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Le radiateur cliquetait doucement sous la fenêtre neuve, et dehors la pluie d'octobre glissait sans bruit sur le vitrage. Il était sept heures, Martine tirait le rideau de la chambre nord quand elle l'a vu. Dans l'angle, près du plafond, une ombre grise en forme de nuage. Elle a passé le doigt dessus, et le doigt est revenu noir.
Une maison de 1962 qu'ils connaissaient par cœur, jusqu'aux courants d'air
Martine et Gérard habitent depuis vingt-huit ans une maison en parpaings au bout d'un lotissement, à la sortie de Vierzon. Elle a été construite en 1962, avec des murs peu isolés, un garage accolé et un jardin où Gérard fait ses tomates. Lui a été chauffeur de car scolaire toute sa vie, elle travaillait à la cantine du collège voisin. Leurs deux fils sont partis depuis longtemps, et la chambre du fond, côté nord, sert désormais de chambre d'amis. On y range aussi la machine à coudre.
Pendant toutes ces années, la maison a gardé ses fenêtres d'origine, en bois, avec un simple vitrage et des joints fatigués. L'hiver, les rideaux bougeaient tout seuls, même portes fermées. Martine posait des boudins de tissu au pied des portes-fenêtres, Gérard calfeutrait avec du ruban mousse chaque novembre. Les factures de fioul grimpaient, mais on vivait avec. Il faisait un peu frais, on mettait un pull, et c'était comme ça depuis toujours dans ces maisons-là.
Ce qu'ils remarquaient moins, c'est que la maison respirait sans qu'on le lui demande. Les vitres se couvraient bien de buée certains matins, mais elle séchait vite. Il n'y avait jamais eu la moindre trace sur les murs. La salle de bains possédait un petit vasistas, la cuisine une hotte qui recyclait l'air sans l'évacuer, et aucune grille n'avait été prévue dans les pièces. Personne n'y prêtait attention, parce que rien ne posait problème. La maison vivait avec ses défauts, et eux avec elle.
Le devis signé un samedi matin, pour de très bonnes raisons
L'idée est venue au printemps, après un hiver où le fioul avait coûté plus de deux mille euros. Gérard venait de prendre sa retraite, et il voulait profiter de la prime pour engager enfin des travaux sérieux. Un artisan du coin, recommandé par un voisin, est passé un samedi matin. Il a mesuré chaque ouverture, tapoté les vieux cadres pourris en bas, et proposé du PVC blanc avec double vitrage à isolation renforcée. Neuf fenêtres et deux portes-fenêtres, posées en rénovation.
Le devis tournait autour de onze mille euros, aides déduites. Martine a hésité, puis elle a pensé aux courants d'air et aux soirées sous le plaid. Gérard, lui, était convaincu. Il le répétait à qui voulait l'entendre, au café comme au téléphone avec son frère. Pour lui, c'était le meilleur investissement possible, celui qui allait enfin rendre la maison confortable pour leurs vieux jours. Ils ont signé dans la cuisine, sur la toile cirée, avec un café.
La pose a eu lieu fin juin et a duré trois jours. Les ouvriers ont été soigneux, ils ont protégé les sols et emporté les anciens cadres. Le résultat était spectaculaire : plus un bruit de la route, plus un souffle sur la nuque. Gérard a dit en refermant la dernière fenêtre : On dirait qu'on a changé de maison, Martine, écoute ce silence. Personne n'a parlé d'aération, ni de grilles d'entrée d'air, ni de ventilation. Ce n'était pas dans le devis, et eux n'y avaient pas songé.
« On dirait qu'on a changé de maison, Martine, écoute ce silence. »
Une buée tenace sur les vitres que personne ne prend au sérieux
L'été s'est passé sans souci, fenêtres grandes ouvertes la plupart du temps. C'est en septembre, quand les nuits ont fraîchi, que les choses ont commencé à changer. Le matin, les vitres de la chambre nord étaient couvertes d'une buée épaisse, qui coulait en petites rigoles jusqu'au bas du cadre. Martine passait un coup de chiffon, et le lendemain tout recommençait. Dans la salle de bains, le miroir restait embué longtemps après la douche, bien plus qu'avant.
Soyons honnêtes, on connaît tous ça, et on ne s'en inquiète pas vraiment. Martine se disait que c'était l'automne, que les vitres neuves étaient simplement plus froides au début. Gérard pensait au contraire que le double vitrage aurait dû empêcher ce phénomène, mais il n'a rien dit. Ils avaient payé cher, ils ne voulaient pas penser qu'il y avait un problème. Une odeur un peu renfermée flottait dans la chambre d'amis, et Martine y a vaporisé du parfum d'ambiance.
Il y avait un autre détail, qu'ils n'ont relié à rien. Le linge, qu'ils faisaient sécher dans cette chambre l'hiver sur un étendoir, mettait maintenant deux jours à sécher au lieu d'un. Les draps sentaient un peu le moisi en sortant de l'armoire. Puis il y a eu ce matin d'octobre, le doigt noir, et l'ombre dans l'angle. En une semaine, une deuxième tache est apparue derrière l'armoire, puis une troisième, au ras du plafond, juste au-dessus de la fenêtre neuve.
Le couvreur, l'eau de Javel et l'artisan qui ne comprend pas
La première idée de Gérard a été le toit. Il est monté au grenier avec une lampe torche, a inspecté la laine de verre et les tuiles, sans rien trouver d'humide. Il a quand même appelé un couvreur, qui est venu un mardi, a fait le tour et n'a relevé aucune fuite. Il a facturé son déplacement quatre-vingts euros. En partant, il a lâché : Votre toit est sec, monsieur, l'eau ne vient pas d'en haut, cherchez plutôt dedans.
Martine, elle, a pensé à une remontée d'humidité par le sol, comme chez sa sœur dans une vieille longère. Mais les taches étaient en haut des murs, pas en bas, ce qui ne collait pas. Elle a frotté les murs à l'eau de Javel, avec des gants et la fenêtre ouverte. Les taches ont pâli pendant dix jours, puis elles sont revenues, plus larges. Elle a fini par dormir mal, en imaginant les spores dans l'air de la maison où venaient ses petits-enfants.
Gérard a téléphoné à l'artisan qui avait posé les fenêtres, persuadé qu'il y avait un défaut d'étanchéité autour des cadres. L'homme est revenu, a vérifié les joints, passé la main le long des bords, aspergé la façade au jet. Rien ne passait. Il a regardé les murs noircis, puis la chambre close, puis le radiateur. Il a dit, un peu gêné : Mes fenêtres ne fuient pas, justement, c'est peut-être ça votre souci. Gérard n'a pas compris, et il s'est vexé.
« Votre toit est sec, monsieur, l'eau ne vient pas d'en haut, cherchez plutôt dedans. »
Ce n'était ni le toit ni le sol, c'était l'air qui ne circulait plus
C'est leur fils aîné, Julien, technicien en chauffage, qui a mis les mots sur ce qui se passait. Il est venu un dimanche avec un petit hygromètre acheté en grande surface et l'a posé sur la commode de la chambre nord. Le soir, l'appareil affichait soixante-dix-huit pour cent d'humidité. Il a fait le tour des pièces, cherché des grilles au-dessus des fenêtres, une bouche d'extraction dans la salle de bains. Il n'y avait rien, nulle part, dans toute la maison.
Il a expliqué à ses parents ce que la maison faisait sans eux depuis soixante ans. Leurs vieilles fenêtres laissaient passer l'air partout, et ces fuites renouvelaient l'air intérieur en permanence, même mal. En les remplaçant par des menuiseries étanches, ils avaient bouché ces entrées d'air. Or deux personnes produisent chaque jour plusieurs litres de vapeur d'eau, en respirant, en cuisinant, en se douchant, en séchant du linge. Cette vapeur n'avait plus aucun chemin pour sortir, faute d'entrées d'air et de VMC.
Elle allait donc se poser sur la surface la plus froide qu'elle trouvait. Dans cette maison mal isolée, c'étaient les angles de la chambre nord, jamais au soleil, peu chauffée, avec un mur extérieur exposé au vent. L'eau s'y condensait chaque nuit, et la moisissure s'y installait. Julien a dit en rangeant l'hygromètre : Avant, la maison avait froid mais elle respirait, maintenant elle étouffe, et c'est le mur qui transpire. Martine s'est assise sur le lit, longtemps silencieuse, en regardant l'angle noir du plafond.
Des grilles, une VMC et quelques gestes qu'ils ont dû réapprendre
Ils ne sont pas revenus en arrière, évidemment. Les fenêtres neuves ont fait baisser la consommation de fioul de près d'un quart cet hiver-là, et personne ne regrettait les courants d'air. Mais il a fallu compléter le travail. Un électricien a installé une VMC simple flux hygroréglable, avec des bouches d'extraction dans la cuisine, la salle de bains et les toilettes. L'artisan des fenêtres est revenu fraiser des entrées d'air dans les traverses hautes des menuiseries des chambres et du séjour.
L'ensemble leur a coûté un peu plus de mille huit cents euros, sans compter le couvreur et un pot de peinture anti-humidité pour la chambre. Gérard a gratté le papier peint, traité les murs, repeint en blanc. Martine a pris des habitudes nouvelles : aérer dix minutes chaque matin, ne plus sécher le linge dans la chambre, laisser la porte entrouverte la nuit. Elle a confié à une voisine : On croyait faire des économies, on a surtout appris comment marche une maison.
Un an plus tard, l'hygromètre de Julien est toujours sur la commode, et il affiche rarement plus de cinquante-cinq pour cent. Les angles sont restés blancs. Gérard raconte l'histoire au café à ceux qui parlent de changer leurs fenêtres, avec une forme de fierté un peu bourrue. Pour lui, les travaux n'étaient pas une erreur, simplement une moitié de chantier. Avant de signer, il conseille désormais de regarder d'abord par où l'air entre et sort chez soi.
« Mes fenêtres ne fuient pas, justement, c'est peut-être ça votre souci. »
- Avant de changer ses fenêtres, vérifier si la maison possède une VMC ou des bouches d'extraction.
- Demander au poseur des entrées d'air intégrées aux menuiseries des pièces sèches.
- Placer un hygromètre dans la chambre la plus froide et surveiller les valeurs durables au-dessus de 65 %.
- Aérer chaque pièce une dizaine de minutes par jour, même en hiver.
- Éviter de sécher le linge dans une chambre peu chauffée.
- Traiter les premières taches dès leur apparition et chercher la cause avant de repeindre.
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