Il gagne une heure de sommeil au changement d’heure d’octobre : toute la semaine suivante, il s’endort au bureau et s’emporte contre ses collègues

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Dimanche matin, 7 h 10, la lumière grise filtrait déjà entre les lattes du store. Julien, 41 ans, a ouvert un œil, puis regardé son téléphone avec un sourire. Il était en réalité 6 h 10 pour son corps, et il venait de gagner une heure. Dans la cuisine, la bouilloire a sifflé. Il s'est dit que la semaine commençait bien.

Un dimanche matin où tout semblait offert en cadeau

Julien vit à Tours depuis douze ans, dans un petit appartement au troisième étage, avec vue sur une rangée de platanes. Il est technicien de maintenance dans une entreprise de chauffage, et ses journées commencent tôt. Le réveil sonne à 6 h 15 du lundi au vendredi, sans exception. Il prend sa voiture à 7 h, une vieille Clio grise, et arrive sur le premier chantier vers 7 h 40. C'est une vie réglée, qu'il connaît par cœur et qui lui convient plutôt bien.

Ce dimanche de fin octobre, il avait donc l'impression d'avoir reçu un petit cadeau. Une heure de plus, offerte par le calendrier, sans rien demander à personne. Il a pris son café lentement, a feuilleté un magazine de bricolage, puis est descendu acheter du pain. Sur le trottoir, le boulanger lui a lancé que la nuit tomberait désormais à 18 h. Julien a haussé les épaules en riant. Pour lui, le passage à l'heure d'hiver avait toujours été le bon côté du changement d'heure.

Sa compagne, Nadia, infirmière de nuit à l'hôpital, était moins enthousiaste. Elle avait travaillé pendant la bascule et trouvait que cette heure en plus ressemblait surtout à une heure de garde supplémentaire. Ils en ont plaisanté au déjeuner, autour d'un poulet rôti. Julien lui a dit, mi-sérieux, qu'il allait enfin rattraper son sommeil en retard. Il comptait se coucher à la même heure que d'habitude, vers 22 h 30, et profiter de cette avance tranquille. Sur le papier, tout semblait parfaitement logique.

Il décide de ne rien changer, puisque l'heure joue pour lui

Le soir même, Julien a regardé un film, puis s'est couché à 22 h 30 à l'heure affichée. Sauf que pour son organisme, il était 23 h 30, et il ne s'en souciait pas. Il s'est endormi vite, presque d'un coup. Le lendemain, le réveil a sonné à 6 h 15, et il s'est levé sans difficulté. Il avait l'impression d'être en avance sur sa journée. Dans la voiture, la radio parlait des embouteillages, et il conduisait l'esprit clair, presque léger.

Sa logique tenait en une phrase, qu'il a répétée à un collègue à la pause : on dort une heure de plus, donc on est plus reposé. Soyons honnêtes, c'est ce que pense à peu près tout le monde. Personne ne s'inquiète du passage à l'heure d'hiver, on garde les inquiétudes pour le printemps, quand on perd une heure. Julien n'a donc rien préparé, rien adapté. Il n'en voyait aucune raison, puisque le changement allait dans son sens.

Il a aussi gardé ses repas exactement aux mêmes heures affichées. Déjeuner à midi pile sur le chantier, dîner vers 19 h 30 devant le journal télévisé. Pour son estomac, cela revenait pourtant à manger une heure plus tard que la veille. Il ne l'a pas remarqué, ou plutôt il a noté une faim un peu bizarre vers 11 h, qu'il a calmée avec une barre de céréales. Rien de grave, pensait-il. Il mettait ça sur le compte du froid qui revenait.

« Je me disais que j'avais gagné une heure, alors pourquoi j'avais l'impression d'avoir fait une nuit blanche ? »

Mardi après-midi, une fatigue qui ne colle pas

Le mardi, vers 15 h, Julien était dans une chaufferie d'immeuble, à genoux devant une chaudière. Il s'est surpris à relire trois fois la même notice technique sans en comprendre une ligne. Ses paupières tombaient, et il avait la tête lourde, comme après une nuit blanche. Il a mis ça sur le compte de l'air confiné et du ronronnement des pompes. Il est sorti respirer cinq minutes sur le parking, puis il a repris le travail sans y penser davantage.

Le soir, en rentrant, la nuit était déjà tombée à 18 h 15. Il a allumé toutes les lampes de l'appartement, a mangé rapidement et s'est senti étrangement nerveux. Nadia lui a demandé s'il allait bien, parce qu'il avait claqué un placard un peu fort. Il a répondu que oui, que c'était juste une journée longue. Pourtant, rien de particulier ne s'était passé au travail. Aucun client difficile, aucune panne compliquée, rien qui justifie ce mauvais caractère.

Mercredi, la même chose s'est reproduite, en plus marqué. Réveil à 5 h 20, deux heures avant l'heure prévue, les yeux grands ouverts dans le noir. Impossible de se rendormir. Il est resté allongé, à écouter le frigo ronronner et les premiers bus passer dans la rue. Il se répétait qu'il avait gagné une heure, qu'il devrait être en pleine forme. Cette contradiction l'agaçait plus que la fatigue elle-même. Il ne comprenait pas ce qui se passait dans son propre corps.

Il s'énerve, il essaie tout, rien ne marche vraiment

Jeudi matin, Julien a eu un accrochage verbal avec Karim, son binôme depuis six ans. Une histoire de clé à molette mal rangée, une broutille. Julien a haussé le ton, et Karim l'a regardé sans rien dire, surpris. Plus tard, dans la camionnette, Karim a lâché qu'il ne le reconnaissait pas cette semaine. Julien s'est excusé, gêné. Il a avoué qu'il dormait mal, qu'il se réveillait trop tôt et qu'il piquait du nez l'après-midi, sans trouver la moindre explication.

Alors il a essayé ce qu'on essaie tous. Un troisième café à 14 h, puis un quatrième, qui l'ont rendu encore plus agité le soir. Une sieste de vingt minutes dans la voiture, pendant la pause déjeuner, dont il est sorti groggy. Le jeudi soir, il s'est couché à 21 h, épuisé, en pensant se rattraper. Il s'est réveillé à 4 h 40. Il a fini par se lever pour boire un verre d'eau, debout dans la cuisine, perplexe et franchement inquiet.

Vendredi, il a appelé sa sœur, Claire, qui travaille dans une pharmacie. Il lui a décrit les réveils, la somnolence, l'irritabilité. Elle lui a demandé s'il avait de la fièvre, s'il était stressé, s'il avait des soucis au travail. À chaque question, il répondait non. Il se demandait déjà s'il couvait quelque chose, ou si l'âge commençait à le rattraper. Claire a réfléchi un instant, puis elle a posé une question à laquelle il ne s'attendait pas du tout.

« Je me réveillais à cinq heures, les yeux grands ouverts, et je fixais le plafond en attendant que ça passe. »

Ce n'était pas l'heure perdue, c'était l'horloge intérieure

Claire lui a simplement demandé : tu as changé l'heure dimanche, et tu n'as rien adapté. Julien a d'abord ri, puis il s'est tu. Sa sœur lui a expliqué ce qu'elle voyait souvent au comptoir chaque fin octobre. Des clients fatigués, irritables, persuadés d'être malades, alors qu'ils avaient juste une semaine de décalage dans les jambes. Selon elle, le corps fonctionne avec sa propre horloge, réglée sur la lumière du jour, et cette horloge ne se change pas d'un geste.

Elle lui a raconté ce qu'elle avait lu sur le sujet, dans des brochures de santé publique. L'horloge interne se recale surtout grâce à la lumière du matin, et cela prend plusieurs jours, parfois une semaine. Pendant ce temps, le sommeil, la faim et la vigilance restent calés sur l'ancien horaire. Ses réveils à 5 h, c'était 6 h pour son corps. Sa somnolence de 15 h tombait à l'heure de son ancienne fin de journée. Rien de mystérieux, juste un décalage.

Julien a reconnu chaque détail dans ce qu'elle décrivait. La faim de 11 h, les yeux ouverts dans le noir, l'agacement sans raison. Il avait aggravé les choses en se couchant plus tôt, puis en buvant du café l'après-midi. Il a repensé à sa phrase du dimanche, à cette heure offerte. Elle n'avait rien d'un cadeau pour son organisme. Comme il l'a dit plus tard à Nadia, il avait cru gagner une heure, alors qu'il venait de se mettre en décalage horaire sans quitter Tours.

L'an prochain, il commencera dix jours avant le 25 octobre

Le week-end suivant, Julien a suivi les conseils de sa sœur. Il est sorti marcher le samedi matin, à la lumière, une demi-heure le long de la Loire. Il a évité le café après midi et repris des horaires de coucher stables. En trois ou quatre jours, la fatigue de l'après-midi a disparu. Le mardi suivant, il a même offert un croissant à Karim pour se faire pardonner. Son binôme a souri, en disant que le vrai Julien était revenu.

Surtout, il a noté dans son agenda une idée pour l'année suivante. Claire lui avait expliqué qu'on pouvait préparer le passage plutôt que le subir. Il s'agit de décaler progressivement l'heure du coucher et celle des repas d'un quart d'heure, tous les deux ou trois jours, avant la nuit du changement, prévue le 25 octobre. Ainsi, le corps arrive déjà presque calé sur le nouvel horaire. Selon elle, ce petit effort réduit nettement le contrecoup de la semaine suivante.

Julien en parle maintenant autour de lui, un peu comme d'un secret de bricoleur. On connaît tous ça, cette semaine grise de novembre qu'on met sur le compte de la météo. Lui sait désormais que la météo n'y est pour pas grand-chose. Cela ne lui a rien coûté, sinon quelques disputes évitables et une semaine de travail gâchée. Pour l'année prochaine, il a déjà préparé une petite liste, collée sur la porte du frigo, à côté des factures et des photos de vacances.

« Karim m'a regardé sans rien dire, et là j'ai compris que c'était moi le problème cette semaine. »

  • Dix jours avant le 25 octobre, décaler le coucher d'un quart d'heure tous les deux ou trois jours.
  • Décaler aussi les repas d'un quart d'heure au même rythme, petit-déjeuner compris.
  • Sortir à la lumière du jour le matin, même vingt minutes, pendant la semaine qui suit.
  • Éviter le café après midi plutôt que d'en ajouter pour tenir l'après-midi.
  • Garder des horaires de coucher stables au lieu de se coucher très tôt pour récupérer.
  • Prévenir son entourage que la semaine suivante peut être plus tendue.

Suivi de l'histoire

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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