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Le radio-réveil s'est allumé à six heures quarante, sur un bulletin météo qui annonçait deux degrés. Thierry a posé les pieds sur le parquet froid, tiré le rideau d'un geste machinal, puis il s'est arrêté. La vitre neuve était couverte de gouttes serrées, qui glissaient lentement vers le joint gris. Sur le rebord, une petite flaque attendait, tiède et brillante sous la lampe.
Une maison de 1974 que Thierry connaît par cœur depuis vingt ans
Thierry a cinquante-huit ans et il est technicien chez un fournisseur d'eau, dans une commune tranquille de la périphérie de Tours. Avec Sylvie, sa femme, il habite depuis vingt ans une maison de plain-pied construite en 1974. Elle a des murs en parpaings, un crépi beige et un jardin où pousse un vieux cerisier. Leurs deux enfants sont partis, mais leur fils revient souvent le week-end avec sa compagne et le chien.
Pendant toutes ces années, la maison a eu ses habitudes, et eux avec elle. En hiver, on sentait un petit courant d'air près de la porte-fenêtre du salon, et Sylvie y glissait un boudin en tissu. Les fenêtres en bois d'origine grinçaient, laissaient passer le bruit de la route et blanchissaient parfois légèrement le matin. Personne ne s'en inquiétait vraiment, c'était simplement la vieille maison qui respirait comme elle pouvait.
Thierry aime comprendre comment les choses fonctionnent, et il entretient tout lui-même depuis le premier jour. Il a refait la toiture du garage, changé la chaudière, posé un nouveau parquet dans la chambre en 2016. Il tient un cahier où il note chaque dépense et chaque relevé de compteur, mois après mois. C'est d'ailleurs ce cahier qui, un soir de l'hiver dernier, lui a donné l'idée du grand chantier de l'année.
Le devis signé au printemps pour en finir avec le froid
La facture de gaz avait grimpé de près de quarante pour cent en deux hivers, et Thierry ne le supportait plus. En mars, il a fait venir trois artisans pour remplacer les neuf fenêtres et la porte-fenêtre du salon. Il a choisi du PVC blanc avec double vitrage, un modèle bien noté, posé par une entreprise du coin recommandée par son beau-frère. Le devis dépassait légèrement les onze mille euros, une somme qu'ils avaient mise de côté patiemment.
La pose a eu lieu la deuxième semaine de septembre, par un temps doux et lumineux. Deux poseurs ont tout fait en trois jours, proprement, en emportant les vieux cadres en bois dans leur camionnette. Sylvie a passé l'aspirateur derrière eux et s'est émerveillée du silence soudain, la route semblait avoir disparu. Le soir, ils ont fermé les fenêtres et se sont assis dans le salon, presque surpris par le calme.
Thierry, lui, a fait le tour de chaque pièce en passant la main le long des joints. Plus aucun souffle, plus aucun sifflement les jours de vent, la maison était enfin fermée. Il a même retiré le boudin de Sylvie et l'a rangé au grenier, avec une certaine satisfaction. Soyons honnêtes, on connaît tous ce plaisir d'avoir réglé un problème une fois pour toutes, et il le savourait pleinement.
« J'ai mis onze mille euros pour ne plus avoir froid, et je me suis retrouvé à éponger mes fenêtres tous les matins. »
Les premières gouttes sur la vitre, qu'on essuie sans y penser
Les premiers matins froids sont arrivés vers la fin octobre, avec des nuits proches de zéro. Thierry a d'abord remarqué de la buée sur la fenêtre de la chambre, puis sur celle de la salle de bains. Il a pensé que c'était normal, que le verre neuf devait se faire, comme on dit d'un moteur qu'il doit se roder. Il a passé un chiffon et il est parti travailler sans y repenser davantage.
Mais la buée est revenue chaque matin, et elle ne restait plus une simple buée. Des gouttes épaisses coulaient le long du vitrage et s'accumulaient sur l'appui, au point de mouiller le rideau. Sylvie a pris l'habitude de poser un torchon plié sur chaque rebord avant de se coucher. Dans la cuisine, après la soupe du soir, les carreaux devenaient complètement opaques en quelques minutes à peine.
Un samedi de novembre, en changeant les draps, Sylvie a déplacé l'armoire de quelques centimètres pour récupérer une chaussette. Derrière, dans l'angle du mur extérieur, une tache noire de la taille d'une main s'étalait sur le papier peint. Elle a frotté avec l'ongle, la tache n'est pas partie, et une odeur de cave est montée. Elle a appelé Thierry, qui est resté un long moment devant le mur, les mains sur les hanches.
Le poseur, le beau-frère et les fausses pistes de novembre
Le premier réflexe de Thierry a été d'accuser les fenêtres, puisque tout avait commencé avec elles. Il a téléphoné à l'entreprise en expliquant que ses vitres neuves pleuraient tous les matins. Le patron est venu le mardi suivant, a vérifié les joints, les fixations, l'équerrage, et n'a rien trouvé. Avant de repartir, il a lâché une phrase que Thierry n'a pas comprise sur le moment : vous ne ventilez pas assez.
Vexé, Thierry a cherché ailleurs. Il a monté une échelle pour inspecter les gouttières au-dessus de la chambre, persuadé qu'une fuite d'eau traversait le mur. Il a sondé le crépi, regardé la toiture, vérifié le joint autour du tuyau de la chaudière. Le beau-frère, venu en renfort un dimanche, a évoqué de l'humidité remontant du sol, une histoire de capillarité qu'il avait lue quelque part. Rien de tout cela ne tenait vraiment debout.
Pendant ce temps, la tache gagnait du terrain, et une deuxième est apparue derrière le meuble de la salle de bains. Sylvie a acheté un produit anti-moisissure au supermarché, qui blanchissait le mur deux semaines avant que le noir revienne. Elle dormait mal, toussait un peu le matin et ne supportait plus l'odeur de la chambre. Je dors dans une pièce qui sent le linge oublié dans la machine, a-t-elle dit un soir, fatiguée.
« Le poseur m'a dit que je ne ventilais pas assez, j'ai cru qu'il cherchait juste à se couvrir. »
L'hygromètre à douze euros qui a tout fait basculer
C'est un collègue de Thierry, Karim, qui a fini par lui conseiller d'acheter un petit hygromètre. Le soir même, Thierry l'a posé sur la table de chevet, et le lendemain matin il affichait soixante-dix-huit pour cent d'humidité. Il n'en revenait pas. Dans le salon, en pleine journée, l'appareil montait encore au-dessus de soixante-cinq dès que quelqu'un cuisinait ou étendait du linge.
Un thermicien, recommandé par Karim, est passé un jeudi soir et a tout expliqué calmement, en montrant les murs. Une famille produit chaque jour plusieurs litres de vapeur d'eau, en respirant, en se douchant, en cuisinant, en faisant sécher le linge. Avant, les vieilles fenêtres laissaient passer assez d'air pour évacuer cette vapeur sans que personne ne le remarque. Les fenêtres neuves, parfaitement étanches, avaient supprimé cette ventilation involontaire du jour au lendemain.
La maison n'avait ni ventilation mécanique ni entrées d'air sur les nouvelles menuiseries, puisque Thierry avait choisi des modèles sans grilles. La vapeur restait donc prisonnière et allait se déposer sur les endroits les plus froids : le vitrage tôt le matin, l'angle du mur extérieur derrière l'armoire. Là où l'eau se condensait jour après jour, les moisissures trouvaient tout ce qu'il leur fallait. Ce n'étaient ni les fenêtres, ni une fuite, c'était l'air.
Ce que Thierry a changé, et ce qu'il a dû payer
Thierry a d'abord ressenti une drôle de honte, lui qui croyait si bien connaître sa maison. Il avait voulu la fermer pour garder la chaleur, sans imaginer qu'elle avait aussi besoin de respirer. Sur les conseils du thermicien, il a fait installer une ventilation mécanique simple flux, avec des bouches dans la cuisine et la salle de bains. Le poseur est revenu ajouter des entrées d'air dans les chambres et le salon, au-dessus des menuiseries neuves.
L'ensemble lui a coûté un peu plus de deux mille euros, auxquels se sont ajoutés le papier peint et le traitement du mur. Le vrai prix, selon lui, c'est surtout l'hiver passé à frotter des taches et à mal dormir. Depuis janvier, l'hygromètre de la chambre oscille entre cinquante et cinquante-cinq pour cent, et les vitres restent sèches. La facture de gaz, elle, a quand même baissé, moins que prévu mais réellement.
Sylvie a gardé une nouvelle habitude : ouvrir grand les fenêtres dix minutes chaque matin, même quand il gèle dehors. Thierry, lui, a rangé l'hygromètre dans son cahier de dépenses, comme un trophée un peu amer. Il raconte son histoire à tous ceux qui parlent de changer leurs fenêtres, en commençant toujours par la même question. Et l'air, vous avez prévu par où il allait passer, maintenant que tout est fermé ?
« Quand j'ai vu soixante-dix-huit pour cent sur l'hygromètre, j'ai compris que le problème n'était pas dans le mur. »
- Avant de changer les fenêtres, vérifier si la maison dispose d'une VMC ou d'entrées d'air.
- Demander à l'artisan des menuiseries équipées de grilles d'entrée d'air dans les pièces sèches.
- Placer un hygromètre dans la chambre : au-delà de 60 % durable, l'air se renouvelle mal.
- Aérer chaque pièce cinq à dix minutes par jour, fenêtres grandes ouvertes, même en hiver.
- Laisser quelques centimètres entre les meubles et les murs extérieurs, souvent les plus froids.
- Ne jamais boucher les bouches d'aération existantes, même quand elles semblent laisser passer le froid.
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