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Sept heures du matin, rue de la Fusterie, à Perpignan. La lumière d'octobre entre de biais par la fenêtre de la salle de bains et frappe le miroir. Hélène, 58 ans, repose le lisseur encore chaud sur le rebord du lavabo, il grésille un peu. Elle penche la tête, soulève une mèche près de la tempe, et s'arrête net.
Deux ans plus tôt, Hélène avait décidé de laisser venir le blanc
Hélène est professeure de musique dans un collège du quartier Saint-Mathieu, et elle a longtemps teint ses cheveux en châtain. Toutes les cinq semaines, elle passait deux heures chez sa coiffeuse, avec la même couleur et les mêmes racines qui revenaient trop vite. Pendant le confinement, elle a laissé faire, un peu par flemme et un peu par curiosité. Quand la repousse a atteint trois centimètres, elle a découvert un blanc franc, presque lumineux, qui lui plaisait davantage que tout ce qu'elle avait connu en flacon.
Il a fallu une coupe courte, quelques mois de transition et beaucoup de remarques au salon des professeurs. Puis les compliments sont arrivés, d'abord timides, ensuite francs, surtout de la part de ses élèves de troisième. Son mari Jacques, ancien cheminot à la retraite, disait qu'elle ressemblait enfin à elle-même. Elle a gardé ce carré argenté, qu'elle lisse chaque matin pour discipliner une onde rebelle sur le côté gauche. Depuis, sa routine tient en trois gestes, rapides et rassurants, qu'elle ne remet jamais en question.
Le dimanche, elle part marcher sur la plage de Canet avec Jacques, sans chapeau, parce qu'elle aime sentir le vent. L'été, elle nage tous les matins à Collioure, la tête hors de l'eau, en bavardant avec sa sœur Mireille. Le soir, elle se lave les cheveux à l'eau du robinet, avec un shampoing doux acheté en pharmacie depuis des années. Rien de compliqué, rien de coûteux, rien qui demande de réfléchir. Pendant deux ans, ce blanc a tenu ses promesses, et elle n'a jamais douté de lui.
Un shampoing fidèle et un lisseur réglé un peu trop fort
Le shampoing de toujours, Hélène l'a choisi pour de bonnes raisons. Il ne pique pas les yeux, il sent légèrement l'amande, et la pharmacienne lui avait dit qu'il convenait aux lavages fréquents. Comme elle transpire beaucoup l'été à Perpignan, où le thermomètre dépasse souvent les trente-cinq degrés, elle se lave les cheveux presque tous les jours. Elle ne voit aucune raison de changer un produit qui ne lui a jamais causé le moindre souci. Une habitude qui marche, soyons honnêtes, on ne la remet pas en cause.
Le lisseur, lui, est arrivé il y a un an, cadeau de sa fille Camille pour ses cinquante-sept ans. Hélène ne sait pas très bien s'en servir, alors elle a monté la température au maximum, à deux cent trente degrés. Comme ça, c'est plus rapide, a-t-elle expliqué à Camille, qui avait levé un sourcil sans rien ajouter. Elle passe l'appareil deux ou trois fois sur chaque mèche, souvent sur des cheveux encore légèrement humides. Le matin, elle est pressée, et le résultat lui paraît parfait.
Cet été a été particulièrement long et sec dans le Roussillon. Hélène a passé juillet et août dehors, entre les baignades, le marché de la place de la République et les terrasses du soir. Elle a remarqué que ses cheveux étaient un peu plus secs, un peu plus rêches au toucher, mais elle a mis cela sur le compte du sel. Elle a acheté un masque nourrissant, l'a utilisé deux fois, puis l'a oublié au fond du placard. Elle se disait que la rentrée remettrait tout en ordre.
« Madame, vos cheveux sont un peu jaunes derrière, c'est fait exprès ou pas du tout ? »
En septembre, une teinte bizarre apparaît sous la lumière de la classe
Le premier signe vient d'une photo de rentrée. Le collège a organisé un cliché de l'équipe pédagogique dans la cour, sous un soleil encore franc. En regardant l'image sur son téléphone, Hélène trouve que ses cheveux ont l'air ternes, presque crème, à côté de la chemise blanche de son collègue. Elle se dit que c'est le filtre, ou la lumière de fin d'après-midi, ou la qualité de l'appareil. Elle range son téléphone et n'y pense plus de la journée.
Quelques jours plus tard, une élève de quatrième lève la main au milieu d'un cours de solfège. Madame, vos cheveux sont un peu jaunes derrière, c'est fait exprès, demande-t-elle avec une franchise désarmante. La classe rit, Hélène rit aussi, mais le soir elle se plante devant le miroir avec un deuxième miroir dans la main. Sur la nuque et au niveau des pointes, là où le lisseur passe le plus souvent, le blanc a pris une teinte paille, comme un vieux papier laissé au soleil.
Elle appelle Jacques, qui regarde attentivement et finit par admettre qu'il voit une différence. C'est peut-être la lumière de la salle de bains, propose-t-il, pour la rassurer plus que par conviction. Hélène lave ses cheveux deux fois de suite ce soir-là, en frottant longuement. Le lendemain, la teinte jaune est toujours là, peut-être même plus nette après le passage du lisseur. Elle commence à se demander si deux ans de cheveux blancs n'étaient pas, finalement, une erreur qu'elle allait devoir réparer.
Hélène change tout, sauf ce qui posait vraiment problème
Sa première idée est de soupçonner son shampoing, peut-être reformulé par le fabricant sans qu'elle s'en aperçoive. Elle compare l'étiquette avec un ancien flacon retrouvé dans la salle de bains de la maison de vacances. La liste des ingrédients est identique, au mot près. Elle achète malgré tout une autre marque, plus chère, vantée pour sa douceur, et l'utilise pendant dix jours. Le jaune ne bouge pas, et ses cheveux deviennent même un peu plus secs, comme de la paille qui craque entre les doigts.
Elle appelle ensuite sa sœur Mireille, qui a gardé ses cheveux teints et se montre peu encourageante. Je te l'avais dit, le blanc, ça vieillit et ça jaunit, il faut le recolorer, tranche Mireille au téléphone. Hélène raccroche vexée, mais l'idée fait son chemin. Elle cherche des conseils sur internet, tombe sur des forums contradictoires où l'on parle de tabac, de pollution, de médicaments, d'âge. Elle ne fume pas, elle prend peu de médicaments, et rien de tout cela ne lui ressemble vraiment.
Un samedi matin, découragée, elle passe devant le salon de coiffure de la rue de l'Ange, où elle n'est pas entrée depuis des mois. Elle hésite sur le trottoir, la main sur la poignée, en se demandant si elle va demander une teinture. Elle pense à ses deux années de patience, aux racines, aux compliments, et elle a presque honte de renoncer. Finalement, elle pousse la porte. La clochette tinte, une odeur de laque flotte dans l'air, et Sandrine, la coiffeuse, lève les yeux de son bac.
« Je te l'avais dit, le blanc, ça vieillit et ça jaunit, il faut le recolorer. »
Ce que Sandrine voit en quelques secondes au-dessus du bac
Sandrine fait asseoir Hélène, prend une mèche entre ses doigts et la retourne sous la lampe. Elle sourit, sans aucune surprise. Ce n'est pas votre shampoing et ce n'est pas votre âge, explique-t-elle tranquillement. Selon elle, le cheveu blanc n'a plus de pigment, et c'est justement ce qui le rend si sensible à tout ce qu'il croise. Un cheveu châtain cache ses petites agressions sous sa couleur, alors qu'un cheveu blanc les affiche comme une page vierge qu'on aurait salie.
La coiffeuse énumère ensuite les coupables, et ils sont tous dans la vie quotidienne d'Hélène. D'abord l'eau de Perpignan, très calcaire, qui laisse des dépôts minéraux à chaque lavage, surtout quand on se lave les cheveux tous les jours. Ensuite le soleil de l'été, les baignades, le vent salé, qui altèrent la fibre et la font virer. Enfin le lisseur à deux cent trente degrés, passé sur des cheveux humides, qui chauffe littéralement le cheveu et accentue le jaunissement. Hélène écoute, un peu sonnée, en comptant mentalement ses habitudes.
Sandrine ne lui propose pas de teinture. Elle sort d'un tiroir un flacon de shampoing au reflet violet profond, presque encre. Le violet est la couleur opposée au jaune, et il le neutralise, explique-t-elle en versant une goutte sur sa paume. Elle applique le produit sur la nuque d'Hélène, le laisse poser trois minutes, puis rince longuement à l'eau tiède. Dans le miroir, quand le séchoir s'arrête, le blanc est revenu, net et froid, comme au premier jour de la transition.
Un flacon violet, un lisseur baissé et un blanc retrouvé
Hélène repart avec le flacon, payé un peu moins de quinze euros, et une consigne précise. Une fois par semaine, pas plus, sinon les cheveux risquent de prendre un reflet mauve ou grisâtre, a prévenu Sandrine. Le reste du temps, elle garde son shampoing doux de toujours, qui n'était coupable de rien. Le dimanche soir est devenu son rendez-vous violet, entre la préparation des cours et le dîner. Je pensais devoir tout changer, et il suffisait d'un geste par semaine, raconte-t-elle à Jacques.
Elle a aussi revu le reste de sa routine, sans en faire une obsession. Le lisseur est désormais réglé à cent quatre-vingts degrés, et elle ne l'utilise plus que sur cheveux parfaitement secs, avec un spray protecteur. L'été prochain, elle promet de porter un chapeau de paille à Collioure, ce qui fait beaucoup rire Mireille. Jacques a installé un petit filtre sur le pommeau de douche, acheté vingt-cinq euros dans une grande surface de bricolage. Elle ne sait pas encore s'il change grand-chose, mais l'eau lui paraît plus douce.
Trois semaines plus tard, la même élève de quatrième remarque que les cheveux de sa professeure sont redevenus très blancs. Hélène, elle, a surtout compris que son blanc demandait un peu d'attention, comme n'importe quelle couleur. On connaît tous ça, ces petites choses qu'on croit acquises et qui demandent un entretien discret. Pour ceux qui assument leurs cheveux blancs, quelques repères simples suffisent souvent à garder l'éclat. Les voici, tels qu'Hélène les a notés sur un post-it collé au miroir de la salle de bains.
« Ce n'est pas votre shampoing et ce n'est pas votre âge, c'est tout ce que votre cheveu blanc a traversé cet été. »
- Utiliser un shampoing déjaunissant violet une fois par semaine, pas davantage, pour éviter un reflet mauve.
- Laisser poser le shampoing violet deux à trois minutes, puis rincer longuement à l'eau tiède.
- Baisser le lisseur autour de 180 degrés et ne l'utiliser que sur cheveux secs, avec un protecteur thermique.
- Protéger ses cheveux blancs du soleil avec un chapeau, surtout après les baignades en mer ou en piscine.
- Dans les régions à eau calcaire, envisager un filtre de douche et rincer soigneusement après chaque lavage.
- Garder son shampoing doux habituel pour les autres lavages de la semaine.
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