À 66 ans, Monique se remarie dans une mairie de Perpignan : trois mois plus tard, une partie de sa pension de veuve disparaît de son compte

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Il était sept heures et demie, rue du Ruisseau, et le volet roulant grinçait comme chaque matin. Monique posait deux tasses sur la toile cirée jaune, pendant que Gérard cherchait ses clés dans la poche de sa veste. Sur le buffet, la photo du mariage trônait encore dans son cadre neuf. Dans la boîte aux lettres, une enveloppe blanche à fenêtre attendait depuis la veille.

Une veuve tranquille dans sa maison de Perpignan

Monique a soixante-six ans et vit depuis trente ans dans une petite maison à un étage, près du quartier Saint-Mathieu. Elle a été secrétaire dans un cabinet de géomètres, puis elle a arrêté plus tôt pour s'occuper de sa mère. Son premier mari, Jean-Pierre, était chef d'atelier dans une entreprise de menuiserie industrielle. Il est mort d'un infarctus il y a sept ans, un dimanche, en revenant du marché. Depuis, Monique a appris à tenir seule les comptes de la maison, carnet après carnet.

Chaque mois, trois virements arrivaient sur son compte, toujours dans le même ordre. Sa petite retraite à elle, la pension de réversion de la caisse de base, et la réversion complémentaire versée pour Jean-Pierre. Elle notait tout au stylo bleu dans un cahier à spirale rangé dans le tiroir de la cuisine. Ces sommes réunies lui permettaient de payer la taxe foncière, l'entretien de sa vieille Clio et quelques sorties. Elle ne se plaignait pas, elle trouvait même que l'équilibre était plutôt confortable pour une veuve.

Sa vie avait repris un rythme doux, entre la chorale du jeudi et les promenades sur les quais de la Têt. C'est à la chorale qu'elle a rencontré Gérard, ancien conducteur de travaux, veuf lui aussi, avec une voix de baryton. Ils ont commencé par prendre un café après les répétitions, puis par partager des dimanches à Collioure. Les enfants de Monique ont vu arriver ce monsieur poli avec soulagement. Leur mère riait de nouveau, elle s'achetait des robes, elle parlait de voyages en Andalousie.

Le choix de se marier plutôt que de vivre ensemble

Au bout de deux ans, Gérard a proposé le mariage, un soir, sur la terrasse, sans bague mais avec une bouteille de muscat. Monique a d'abord ri, puis elle a réfléchi plusieurs semaines avant de répondre. Elle pensait surtout à la maison, aux enfants, à ce qui se passerait si l'un des deux partait le premier. Le mariage lui semblait plus protecteur qu'une simple vie commune, notamment pour la succession. Gérard possédait un appartement à Canet, elle avait sa maison, et ils voulaient que tout soit clair.

Elle en a parlé à sa fille, Sandrine, qui travaille dans une agence immobilière à Narbonne. Sandrine trouvait l'idée belle et sensée, et elle a même aidé à organiser le repas. Personne, dans la famille, n'a évoqué la question des pensions. Monique pensait qu'une réversion, une fois accordée, restait acquise comme une retraite ordinaire. Elle l'a dit plus tard, avec un sourire un peu triste : c'est l'argent de Jean-Pierre, je croyais qu'on ne pouvait pas me le reprendre, puisqu'il l'avait gagné toute sa vie.

Le notaire a rédigé un contrat de séparation de biens, et ils ont fixé la date au mois de mai. La cérémonie a eu lieu à la mairie de Perpignan, dans une salle aux boiseries claires, devant une trentaine d'invités. Les petits-enfants avaient fabriqué des cocardes en papier, et la chorale a chanté sur les marches. Le soir, ils ont dîné dans un restaurant du Vernet, avec des anchois et un gâteau à la crème catalane. Monique a déclaré son changement de situation comme on le lui avait demandé, sans y penser davantage.

« C'est l'argent de Jean-Pierre, je croyais qu'on ne pouvait pas me le reprendre, puisqu'il l'avait gagné toute sa vie. »

Un relevé bancaire qui ne ressemble pas aux autres

Les deux premiers mois sont passés sans surprise, entre les remerciements à écrire et un court séjour à Barcelone. Monique a ouvert ses relevés comme d'habitude, en recopiant les chiffres dans son cahier. Au troisième mois, en août, elle a remarqué qu'une ligne manquait, mais elle a pensé à un simple décalage. Les caisses de retraite payent parfois à des dates différentes, surtout l'été, se disait-elle. Elle a donc rangé le relevé sans inquiétude, persuadée que la somme arriverait quelques jours plus tard sur son compte.

Une semaine après, rien n'était arrivé, et le solde du compte paraissait plus maigre que prévu. Il manquait quatre cent douze euros, exactement le montant de la réversion complémentaire de Jean-Pierre. Monique a vérifié deux fois, puis trois, en suivant les colonnes du doigt. La réversion de la caisse de base, elle, était bien là, comme sa propre retraite. Gérard a haussé les épaules en disant que l'administration se trompait souvent, et qu'un coup de téléphone suffirait sans doute à tout arranger dès la rentrée.

C'est alors qu'elle a retrouvé l'enveloppe blanche, posée sur le buffet depuis plusieurs jours, à côté de la photo de mariage. Elle l'avait prise pour une publicité ou un simple récapitulatif annuel. Le courrier était bref, rédigé dans une langue administrative qu'elle a dû relire lentement. Il était question de la date du mariage et de la fin des droits à réversion. Elle a reposé la feuille sur la toile cirée, a bu son café froid, et a dit simplement à Gérard que quelque chose n'allait pas du tout.

Les appels sans fin et la musique d'attente

Dès le lundi suivant, Monique s'est installée près du téléphone fixe, le courrier et son cahier à portée de main. Elle a composé le numéro indiqué, a écouté un message enregistré, puis une musique d'attente qui tournait en boucle. Au bout de vingt minutes, la ligne a coupé. Elle a recommencé l'après-midi, sans plus de succès. Le lendemain, elle a obtenu une conseillère pressée, qui lui a confirmé la décision sans entrer dans les détails. Monique a raccroché avec les mains qui tremblaient légèrement.

Sandrine a pris le relais depuis Narbonne, en cherchant sur internet et en remplissant un formulaire de contact. Elle a d'abord cru à une erreur de saisie liée au changement de nom de sa mère. Monique, elle, s'imaginait déjà devoir rembourser des sommes, ou perdre aussi l'autre réversion. La nuit, elle refaisait ses calculs, la lampe de chevet allumée. Je me disais que j'allais devoir vendre la Clio, ou demander de l'aide aux enfants, a-t-elle raconté plus tard à une amie de la chorale.

Une voisine, ancienne employée de mutuelle, lui a conseillé de prendre rendez-vous dans un point d'accueil retraite à Perpignan. Monique y est allée un mardi matin, avec une pochette cartonnée contenant son livret de famille, ses relevés et le courrier. Elle a attendu près d'une heure dans une salle aux chaises orange, entre un jeune homme et un couple âgé. Gérard l'avait accompagnée mais restait dehors, sur un banc, mal à l'aise. Il se sentait responsable, même si personne ne lui reprochait rien.

« J'ai cru à un retard de virement, l'été, les caisses payent parfois quelques jours plus tard, voilà ce que je me disais. »

Ce que le mariage changeait vraiment pour ses deux réversions

Le conseiller, un homme calme aux lunettes rondes, a pris le temps de tout reprendre depuis le début. Il a expliqué qu'il ne s'agissait ni d'une erreur ni d'une sanction, mais d'une règle propre à la retraite complémentaire. Chez l'Agirc-Arrco, la réversion s'arrête définitivement en cas de remariage. Même un divorce futur ou un nouveau veuvage ne la ferait pas revenir. Monique a demandé s'il pouvait faire une exception, compte tenu de son âge. Il a secoué la tête doucement, sans détour.

Il a ensuite rassuré Monique sur la réversion de la caisse de base, celle qui continuait d'arriver. Celle-là, le remariage ne la supprime pas, a-t-il précisé, mais elle reste soumise à des conditions de ressources. La différence, c'est que désormais, les revenus de Gérard entrent dans le calcul, comme ceux d'un couple. Si les ressources du ménage dépassent le plafond prévu, le montant peut être réduit, voire suspendu. Monique a pensé à la retraite de conducteur de travaux de Gérard, plutôt correcte, et son ventre s'est serré.

Le conseiller lui a montré comment la caisse de base allait réexaminer son dossier avec les nouvelles informations. Il lui a conseillé de déclarer rapidement les revenus exacts du couple, pour éviter un trop-perçu à rembourser plus tard. Monique a pris des notes, en lettres appliquées, dans son cahier à spirale. En sortant, elle a rejoint Gérard sur son banc et lui a tout répété. Il a dit à voix basse : si j'avais su, on serait restés pacsés, ou juste ensemble, comme beaucoup de gens de notre âge.

Refaire les comptes à deux et prévenir les autres

Quelques semaines plus tard, la caisse de base a envoyé son nouveau calcul, et la réversion a été légèrement réduite. Avec la complémentaire supprimée, Monique perd un peu plus de cinq cents euros par mois, soit plus de six mille euros par an. Ils ont revu leur budget sur la table de la cuisine, ligne par ligne. Gérard prend désormais en charge une partie des factures de la maison, et le voyage en Andalousie attendra. Soyons honnêtes, personne ne lit les règles des pensions avant de choisir sa robe de mariée.

Monique ne regrette pas son mariage, elle le répète à qui veut l'entendre. Mais elle aurait aimé décider en connaissant le prix exact de ce choix. Pour elle, un pacs ou un concubinage n'aurait pas eu les mêmes effets sur la réversion complémentaire, ce que le conseiller lui a confirmé dans son cas. À la chorale, elle en a parlé à deux veuves qui envisageaient de se remarier. L'une d'elles a demandé une simulation à sa caisse avant de fixer la date de la cérémonie.

Désormais, Monique garde dans sa pochette cartonnée une feuille avec les questions à poser, au cas où une amie en aurait besoin. Elle conseille de vérifier chaque régime séparément, parce que les règles ne sont pas les mêmes. Elle insiste aussi sur les courriers à fenêtre, qu'il ne faut jamais laisser traîner sur un buffet. Sa fille a gardé une copie de tout le dossier. Et le soir, quand Gérard chante à voix basse dans la cuisine, Monique se dit que l'essentiel, finalement, est resté intact.

« Je ne regrette pas d'avoir épousé Gérard, mais j'aurais voulu connaître le prix exact avant de dire oui à la mairie. »

  • Avant un remariage, demander à chaque caisse de retraite l'effet précis sur sa pension de réversion.
  • Savoir que la réversion Agirc-Arrco s'arrête définitivement au remariage, même en cas de divorce ultérieur.
  • Prévoir que la réversion du régime de base est réexaminée avec les revenus du nouveau conjoint.
  • Déclarer vite les ressources exactes du couple pour éviter un trop-perçu à rembourser.
  • Comparer, avec un conseiller, les effets d'un mariage, d'un pacs ou d'une vie commune dans sa situation.
  • Ouvrir sans tarder tout courrier d'une caisse de retraite et conserver les copies.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

Articles: 1999