Elle découvre une tache brune au plafond de sa cuisine à Lyon : c’est son propre assureur qui vient payer les dégâts du voisin

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Il était six heures et quart, la bouilloire commençait à siffler sur la plaque, et Claire cherchait ses lunettes à tâtons sur le plan de travail. Puis elle a entendu un petit bruit sec, régulier, presque poli. Une goutte, puis une autre, tombait du plafond dans l'évier en inox. Au-dessus de la hotte, une auréole brune s'étalait doucement sur la peinture blanche.

Un troisième étage tranquille, au-dessus d'une rue en pente

Claire a cinquante-huit ans et elle vit depuis douze ans dans un trois-pièces de la Croix-Rousse, à Lyon. Elle travaille comme secrétaire médicale dans un cabinet du quatrième arrondissement, à dix minutes à pied. Son appartement donne sur une rue en pente, avec de hautes fenêtres et des parquets qui craquent sous les pas. Elle connaît chaque bruit de l'immeuble, le vieil ascenseur, la porte du hall qui claque, le chat du rez-de-chaussée qui miaule le soir.

La cuisine, elle l'a refaite il y a quatre ans, après avoir longtemps économisé pour ce projet. Des placards vert sauge, un plan de travail en bois clair, une peinture lessivable au plafond choisie avec soin. Elle avait payé un artisan du quartier, un homme sérieux qui avait passé trois semaines chez elle. C'était son petit luxe, la pièce où elle prenait son café le matin en écoutant la radio, avant de descendre la rue vers le cabinet.

Au-dessus vit Julien, un jeune ingénieur arrivé il y a deux ans avec sa compagne. Ils se croisent dans l'escalier, échangent quelques mots sur la météo ou sur les travaux de la rue. Rien de plus, rien de moins, des voisins comme on en a tous. Claire ne s'était jamais posé de questions sur la tuyauterie de l'immeuble, ni sur son contrat d'assurance, signé un jour pressé et rangé depuis dans une pochette cartonnée au fond du buffet.

Elle choisit d'attendre que le voisin règle son problème

Ce matin-là, Claire monte frapper chez Julien en robe de chambre, la serpillière encore à la main. Il ouvre, les cheveux en bataille, et descend aussitôt voir le plafond avec elle. Il est confus, il s'excuse plusieurs fois et promet d'appeler un plombier dans la journée. Sous son évier, il découvre un raccord humide, une petite flaque derrière les produits ménagers. Il coupe l'arrivée d'eau, éponge, et assure que tout va s'arranger rapidement, sans qu'elle ait à s'en occuper.

Claire, elle, se dit que l'affaire est simple et presque rassurante dans sa logique. C'est chez lui que ça fuit, c'est donc à lui et à son assurance de payer les réparations. Elle a toujours entendu ça autour d'elle, chez ses collègues comme dans sa famille. Le responsable paie, voilà tout. Elle note le nom de la compagnie de Julien sur un post-it collé au frigo et part travailler, un peu en retard mais plutôt soulagée par l'attitude de son voisin.

Le soir, Julien lui glisse un mot sous la porte avec son numéro de contrat et le nom de son assureur. Il ajoute qu'un plombier passera vendredi pour changer le raccord fatigué. Claire range le papier avec le post-it et décide de patienter. Ça ne sert à rien de déranger ma propre assurance pour un problème qui n'est pas le mien, explique-t-elle à sa sœur au téléphone. Elle pense de bonne foi que l'autre compagnie finira par la contacter d'elle-même.

« C'est chez lui que ça fuit, alors je me disais que c'était à son assurance de payer, point final. »

Le plafond sèche, mais une odeur reste dans les placards

Les jours passent et l'auréole cesse de grandir, ce qui la rassure d'abord. Le plombier est venu chez Julien, le raccord a été changé, plus aucune goutte ne tombe dans l'évier. Claire ouvre les fenêtres, laisse la hotte tourner, pose un petit ventilateur sur le plan de travail. La tache jaunit en séchant, mais elle se dit qu'un coup de peinture suffira, peut-être au printemps. Elle n'a toujours reçu aucun appel, aucun courrier, aucun signe de la compagnie de son voisin.

Puis, un dimanche, en cherchant un paquet de farine, elle remarque une odeur de moisi dans le placard haut. Le fond en aggloméré a gonflé, il se détache légèrement sur un côté. En passant la main, elle sent le bois mou, presque spongieux sous ses doigts. Elle allume la lampe de son téléphone et voit des points noirs le long de la cloison. L'eau avait coulé derrière, sans bruit, pendant des heures, avant qu'elle ne s'en aperçoive ce matin-là.

Elle referme le placard, puis le rouvre, comme si l'odeur pouvait disparaître toute seule. Soyons honnêtes, on connaît tous ce réflexe de repousser ce qui coûte cher. Elle se dit que l'assurance de Julien va forcément se manifester, qu'il faut juste un peu de patience. Mais une question la travaille désormais toute la nuit. Et si personne ne bougeait jamais, si ce dossier restait coincé quelque part entre deux compagnies qui ne savaient même pas qu'il existait ?

Elle appelle la compagnie du voisin, qui la renvoie ailleurs

Le lundi, pendant sa pause déjeuner, Claire compose le numéro de l'assureur de Julien. Elle attend vingt minutes, une musique d'ascenseur dans l'oreille, assise sur un banc du parc voisin. Une conseillère finit par décrocher, écoute poliment, note le numéro de contrat. Puis elle lui explique qu'elle ne peut pas ouvrir de dossier pour elle. Vous devez contacter votre propre assureur, madame, c'est lui qui gère votre sinistre. Claire raccroche, persuadée d'avoir mal compris ou d'être tombée sur quelqu'un de pressé.

Elle en parle le soir même à Julien, qui lui répond qu'il a déjà déclaré la fuite de son côté. Son assurance lui a demandé de remplir un constat amiable de dégât des eaux avec la voisine du dessous. Il en a imprimé un exemplaire et le lui tend dans l'escalier, un peu gêné. Claire regarde les cases, les croquis, les mentions sur les deux occupants. Elle a l'impression qu'on lui confie un travail qui devrait revenir à quelqu'un d'autre.

Elle appelle aussi le syndic, qui lui répond par un courriel bref deux jours plus tard. La fuite venant d'une partie privative, la copropriété n'est pas concernée, écrit le gestionnaire. Claire se sent ballottée d'un interlocuteur à l'autre, avec son placard qui moisit et sa tache brune. Je payais trois assurances sans le savoir, entre la mienne, celle du voisin et les charges, et personne ne voulait de mon plafond, dit-elle à une collègue, mi-amusée, mi-agacée.

« Je payais trois assurances sans le savoir, et personne ne voulait s'occuper de mon plafond. »

Son propre assureur lui parle d'une convention qu'elle ignorait

Le jeudi, elle se décide enfin à appeler sa propre compagnie, son vieux contrat posé sur la table. Le conseiller ne s'étonne de rien, il a l'air d'entendre cette histoire dix fois par jour. Il lui parle d'une convention signée entre assureurs, appelée IRSI, en vigueur depuis 2018. Pour un dégât des eaux dont les dommages chez elle ne dépassent pas 5 000 euros hors taxes, c'est l'assureur de l'occupant sinistré qui gère le dossier. Autrement dit, c'est lui.

Claire reste silencieuse quelques secondes, le stylo suspendu au-dessus de son carnet. Le conseiller poursuit et lui explique la suite avec patience. Sa compagnie va l'indemniser, puis, selon le montant et la répartition des responsabilités, se retourner contre l'assureur de Julien. Ce sont les compagnies qui règlent leurs comptes entre elles, pas les voisins dans l'escalier. Le système existe justement pour éviter qu'une personne attende des mois qu'un assureur qui ne la connaît pas daigne la rappeler.

Il lui précise aussi qu'elle aurait dû déclarer le sinistre plus vite, en principe dans les cinq jours ouvrés. Comme le constat est rempli et que la cause est claire, il ouvre le dossier sans difficulté. J'étais restée bloquée sur l'idée que celui qui casse paie, et en fait, c'est mon assurance qui avance tout, raconte Claire. Elle note le numéro de dossier en gros sur le post-it du frigo, juste en dessous du nom de la compagnie de Julien, désormais inutile.

Un expert, un devis, et un placard enfin remplacé

Dix jours plus tard, un expert mandaté par sa compagnie sonne à l'interphone un mardi matin. Il photographie le plafond, mesure l'humidité de la cloison avec un petit appareil, ouvre chaque placard. Il estime les dégâts à un peu moins de trois mille euros, peinture et caisson compris. Claire envoie le devis de son artisan, celui qui avait refait la cuisine quatre ans plus tôt. Après déduction de sa franchise, l'indemnisation arrive sur son compte en un peu plus d'un mois.

Julien, de son côté, n'a rien eu à avancer pour la cuisine de sa voisine. Son assurance a pris en charge la réparation de la fuite chez lui, selon son propre contrat. Les deux compagnies se sont arrangées entre elles, sans que Claire ait à suivre leurs échanges. L'artisan a remplacé le caisson moisi, traité la cloison et repeint tout le plafond. La cuisine sent de nouveau le café le matin, et la radio couvre le bruit des pas au-dessus.

Claire garde de cette histoire une petite règle qu'elle répète volontiers autour d'elle. Quand l'eau tombe du plafond, on appelle d'abord sa propre assurance, même si la faute est ailleurs. Elle a depuis relu son contrat, vérifié sa franchise et rangé le constat vierge dans le buffet. Si c'est moi qui inonde quelqu'un un jour, je saurai au moins quoi lui dire, sourit-elle. Voici ce qu'elle conseille désormais de vérifier chez soi, avant que la première goutte ne tombe.

« J'étais restée bloquée sur l'idée que celui qui casse paie, alors que c'est la mienne qui avance tout. »

  • Appeler sa propre assurance habitation dès la découverte du dégât, même si la fuite vient du voisin.
  • Déclarer le sinistre dans les délais du contrat, souvent cinq jours ouvrés.
  • Remplir un constat amiable de dégât des eaux avec le voisin concerné.
  • Photographier plafond, murs et meubles abîmés avant toute réparation.
  • Vérifier l'intérieur des placards et l'arrière des cloisons, où l'humidité se cache.
  • Garder les devis et factures d'artisan pour les transmettre à l'expert.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

Articles: 1999