Elle trouve son fils de seize ans endormi chaque samedi à midi : le médecin scolaire lui parle d’une horloge décalée de deux heures

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Samedi, onze heures quarante, rue de Wazemmes. Dans la cuisine, la bouilloire siffle pour la deuxième fois, et Nathalie regarde le plafond comme on regarde un ciel d'orage. Au-dessus, pas un bruit, pas un pas, seulement le ronronnement du radiateur. Elle pose sa tasse un peu trop fort sur la table, attend une réaction qui ne vient pas, puis soupire en repliant le journal.

Une maison de briques où le samedi commençait toujours à huit heures

Nathalie a quarante-sept ans et travaille comme comptable dans une mutuelle près de la gare Lille-Flandres. Elle vit avec son fils Théo, seize ans, dans une petite maison de briques rouges achetée il y a douze ans. Pendant longtemps, le samedi matin a été leur moment à eux deux, un rituel simple et tranquille. Ils descendaient au marché de Wazemmes vers neuf heures, achetaient des fraises ou des endives selon la saison. Théo portait le cabas et réclamait une gaufre sur le chemin du retour, comme on réclame un dû.

Ce rituel n'avait rien d'exceptionnel, mais Nathalie y tenait plus qu'elle ne voulait l'admettre devant ses collègues. Depuis le départ du père de Théo, ces matinées avaient remplacé les grands repas de famille du dimanche. Elle aimait le froid humide sur les joues, les voix des marchands, le poids du panier qui se remplissait. Théo parlait de ses copains, de ses jeux vidéo, parfois d'une fille de sa classe dont il taisait le prénom. Ces conversations au milieu des étals valaient pour elle toutes les réunions parents-professeurs de l'année scolaire.

Puis, à l'automne de sa seconde, quelque chose a changé sans prévenir, presque sans qu'elle s'en rende compte. Théo a commencé à rester au lit le samedi, d'abord jusqu'à dix heures, ensuite jusqu'à onze heures passées. Elle a mis ça sur le compte de la rentrée, du nouveau lycée, de la fatigue des premières semaines. On connaît tous ça, ces trimestres qui épuisent les enfants plus qu'on ne l'imagine en les regardant partir. Elle allait seule au marché, persuadée que les choses rentreraient dans l'ordre avant les vacances de la Toussaint.

Elle décide de serrer la vis pour lui rendre service

Les vacances sont passées, et les grasses matinées ont continué, s'allongeant même jusqu'à midi et parfois au-delà. Nathalie a commencé à s'agacer, puis à s'inquiéter pour son avenir, d'une inquiétude sourde qu'elle gardait pour elle. Son propre père, ouvrier dans le textile à Roubaix, se levait à cinq heures toute sa vie sans jamais se plaindre. Elle entendait encore sa voix répéter que l'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Voir son fils dormir la moitié de la journée lui semblait presque une trahison de cette histoire familiale.

Un dimanche soir, elle a pris une décision qu'elle croyait juste et même généreuse, au fond, pour lui. Le samedi, désormais, le réveil sonnerait à neuf heures, et Théo descendrait prendre son petit déjeuner avec elle. Elle lui a présenté ça calmement, en expliquant qu'il fallait garder un rythme et ne pas gâcher ses week-ends. Théo a haussé les épaules sans discuter, ce qui l'a surprise et un peu rassurée sur le moment. Elle s'attendait à une dispute, elle a obtenu un simple « si tu veux » marmonné vers son téléphone.

Elle se disait que c'était une question d'habitude, et qu'un corps finit toujours par se plier à une discipline. Ses amies lui donnaient raison, chacune racontant ses propres batailles avec des adolescents enfermés dans leur chambre. Sa sœur Isabelle lui a même conseillé de couper le wifi à vingt-deux heures, comme elle le faisait chez elle. Nathalie a trouvé l'idée un peu dure, mais elle l'a gardée dans un coin de sa tête, au cas où. Pour l'instant, le réveil du samedi suffirait, pensait-elle, à remettre son fils sur de bons rails.

« Je peux te le donner, maman, mais je vais pas dormir plus tôt pour autant, c'est pas comme ça que ça marche. »

Le réveil sonne trois fois et personne ne descend

Le premier samedi, le réveil de Théo a sonné à neuf heures précises, puis encore à neuf heures dix. Nathalie a entendu la sonnerie s'arrêter, puis le silence reprendre sa place dans la maison comme si rien ne s'était passé. Elle est montée frapper à la porte, a ouvert les volets d'un geste un peu théâtral. Théo a grogné, s'est retourné vers le mur, et elle a dû répéter trois fois qu'on l'attendait en bas. Il est finalement descendu à dix heures moins le quart, les yeux gonflés, sans un mot.

Au petit déjeuner, il a bu son chocolat en silence, le regard fixé sur la nappe à carreaux. Nathalie a tenté de parler du marché, des courses, d'un film qu'ils pourraient voir le soir même au cinéma. Il répondait par monosyllabes, la tête posée sur sa main, comme quelqu'un qui sortirait d'une nuit blanche. Elle a pensé qu'il boudait, qu'il lui faisait payer le réveil, et elle s'est un peu vexée. L'après-midi, elle l'a retrouvé endormi sur le canapé, la télévision allumée sur une émission de cuisine.

Un détail, pourtant, ne collait pas avec l'idée qu'elle se faisait de la paresse ou d'une simple bouderie d'adolescent. En rangeant son sac de cours le lundi, elle a trouvé un mot du professeur principal glissé dans l'agenda. Théo s'endormait en cours de mathématiques, le mardi et le jeudi, à huit heures du matin. Le professeur ne se plaignait pas vraiment, il signalait simplement la chose avec une certaine bienveillance. Nathalie a relu le mot deux fois, puis l'a reposé, en se disant qu'il veillait sûrement trop tard sur son téléphone.

Elle confisque le téléphone, et rien ne s'arrange vraiment

Ce soir-là, Nathalie a suivi le conseil de sa sœur et instauré une règle nouvelle, sans négociation possible. Le téléphone de Théo dormirait désormais dans la cuisine, branché sur le chargeur, à partir de vingt-deux heures. Il a protesté pour la forme, puis il a cédé, en lâchant une phrase qu'elle n'a pas comprise sur le moment. Je peux te le donner, maman, mais je vais pas dormir plus tôt pour autant, a-t-il dit. Elle a pris ça pour de l'insolence, alors que c'était peut-être simplement la vérité.

Les nuits suivantes, elle l'entendait tourner dans son lit, se lever pour boire un verre d'eau vers minuit. Une fois, à une heure du matin, elle a vu de la lumière sous sa porte et l'a trouvé en train de lire un manga. Il n'avait pas l'air excité ni agité, plutôt parfaitement éveillé, comme si sa journée venait de commencer. Le matin, en revanche, c'était une lutte, avec des yeux rouges et un bol avalé en trois minutes. Nathalie ne comprenait plus rien, et soyons honnêtes, elle commençait à perdre patience.

Elle a appelé son médecin traitant, qui lui a conseillé de surveiller l'alimentation et de faire un bilan sanguin. Les résultats sont revenus normaux, sans carence ni anomalie particulière, ce qui l'a soulagée sans rien lui expliquer. Elle a ensuite parlé à une collègue dont la fille avait connu une dépression au lycée. Cette conversation l'a inquiétée davantage, et elle a commencé à guetter chez Théo des signes de tristesse. Mais il riait avec ses amis, mangeait bien, jouait au football le mercredi, et ne semblait pas malheureux du tout.

« Mon père se levait à cinq heures toute sa vie, alors voir mon fils dormir jusqu'à midi, ça me rendait folle. »

Dans le bureau du médecin scolaire, une horloge décalée de deux heures

C'est le lycée qui a fini par la convoquer, au mois de février, pour un rendez-vous avec le médecin scolaire. Le docteur Morel, une femme d'une soixantaine d'années, l'a reçue dans un petit bureau qui sentait le désinfectant. Sur la table, il y avait le carnet de correspondance de Théo et un questionnaire qu'il avait rempli la semaine précédente. Nathalie s'attendait à entendre parler de problèmes de comportement, de drogue, ou pire encore. Elle s'était préparée à se défendre, à justifier son éducation, à expliquer qu'elle faisait tout ce qu'elle pouvait.

Le médecin lui a d'abord demandé à quelle heure Théo s'endormait vraiment, et non pas à quelle heure il se couchait. Nathalie a avoué qu'elle n'en savait rien, sans doute vers minuit ou une heure. Le docteur Morel a hoché la tête et lui a expliqué ce qu'elle voyait chaque année chez des dizaines d'élèves. À l'adolescence, a-t-elle dit, la mélatonine, l'hormone qui prépare au sommeil, est sécrétée plus tard le soir. Ce décalage représente environ deux heures, et l'envie de dormir arrive donc bien après celle d'un adulte.

Votre fils n'est pas paresseux, il vit avec une horloge réglée deux heures plus tard que la vôtre, a ajouté le médecin. Le problème, selon elle, c'est que le lycée, lui, commence toujours à huit heures, sans tenir compte de cette horloge. Théo s'endort tard sans le vouloir, se lève tôt par obligation, et accumule une dette de sommeil toute la semaine. Les grasses matinées du samedi ne sont pas un caprice, a-t-elle insisté, mais une façon de rembourser cette dette. Nathalie est restée silencieuse un long moment, en repensant au réveil qu'elle réglait à neuf heures.

Ce que Nathalie a changé dans la maison de briques

En rentrant ce soir-là, Nathalie a frappé à la porte de Théo et s'est assise au bord de son lit. Elle lui a raconté le rendez-vous, l'histoire de l'horloge et de la mélatonine, avec ses mots à elle. Il l'a écoutée sans l'interrompre, puis il a souri, un sourire fatigué mais franchement soulagé. Je te l'avais dit, que c'était pas exprès, a-t-il murmuré en tirant la couette sur lui. Elle a ri, un peu gênée, et elle a supprimé le réveil du samedi sur son propre téléphone.

Le médecin lui avait aussi parlé des écrans, sans dramatiser mais sans détour non plus sur ce point. La lumière des téléphones et des ordinateurs, le soir, retarde encore la sécrétion de mélatonine et accentue le décalage. Le téléphone reste donc dans la cuisine après vingt-deux heures, mais cette fois, Théo comprend pourquoi et l'accepte. Le docteur Morel avait aussi conseillé de ne pas laisser les grasses matinées dépasser largement midi, pour éviter de décaler davantage l'horloge. Nathalie a donc trouvé un compromis : réveil libre le samedi, mais pas de nuit prolongée jusqu'au milieu de l'après-midi.

Trois mois plus tard, Théo ne s'endort plus en cours de mathématiques, du moins pas aussi souvent qu'avant. Il ouvre la fenêtre de sa chambre en se levant, prend son petit déjeuner près de la lumière du jour. Le marché de Wazemmes a changé d'horaire, voilà tout : ils y vont désormais vers midi et demi, quand les marchands remballent. Les fraises sont parfois moins belles, mais les prix baissent et Théo porte toujours le cabas sans rechigner. Nathalie, elle, a appris qu'un corps qui dort n'est pas toujours un corps qui fuit.

« Votre fils n'est pas paresseux, il vit avec une horloge réglée deux heures plus tard que la vôtre. »

  • Demander à l'adolescent à quelle heure il s'endort vraiment, pas seulement à quelle heure il se couche.
  • Considérer les grasses matinées du week-end comme un rattrapage de dette de sommeil, sans les laisser dériver trop loin dans l'après-midi.
  • Éloigner téléphone et ordinateur de la chambre en soirée, leur lumière retardant encore l'endormissement.
  • Favoriser la lumière du jour au réveil : volets ouverts, petit déjeuner près d'une fenêtre.
  • Signaler une somnolence en classe au médecin scolaire, qui connaît bien ce décalage chez les lycéens.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

Articles: 1999