Elle rentre du travail un soir d’octobre, tableau de bord allumé : un automobiliste lui fait des appels de phares pendant vingt kilomètres

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Il est 18 h 40, fin octobre, et le parking de la zone artisanale se vide dans un bruit de portières. Claire, 41 ans, pose son sac sur le siège passager, appuie sur le bouton de démarrage. Le tableau de bord s'illumine d'un bleu doux, les aiguilles numériques s'allument une à une. Dehors, le ciel vire au gris ardoise, et elle prend la route.

Un trajet de vingt kilomètres qu'elle connaît par cœur

Claire est comptable dans une entreprise de menuiserie, à la sortie d'une petite ville de la Sarthe. Depuis six ans, elle fait le même trajet matin et soir, vingt kilomètres de départementale entre les champs et deux villages. Elle connaît chaque virage, chaque dos-d'âne, la boulangerie qui ferme à dix-neuf heures et le rond-point où les camions ralentissent. Elle pourrait presque conduire les yeux fermés, dit-elle en riant, même si elle sait bien que ce n'est qu'une façon de parler.

Au printemps, elle a changé de voiture. Sa vieille citadine de quinze ans avait rendu l'âme sur la rocade, et son garagiste lui avait conseillé de ne plus rien y investir. Elle a choisi un petit SUV d'occasion récente, propre, avec un écran au milieu et une caméra de recul. Pour elle qui n'avait jamais eu que des voitures simples, c'était un saut dans le confort, presque une récompense après des années à compter chaque euro.

Le soir, elle met la radio, une émission de chansons françaises, et repense à sa journée. Son fils Hugo, douze ans, l'attend à la maison avec ses devoirs de mathématiques. Son mari, Olivier, rentre plus tard, il est chauffeur de bus scolaire et fait aussi des services de soirée. La routine est tranquille, rassurante, et la voiture fait partie de ce décor sans surprise, comme la cafetière ou la machine à laver.

Une voiture qui semble tout faire toute seule

Avec sa nouvelle voiture, Claire a pris des habitudes. Elle ne touche presque plus aux commandes, parce que tout paraît automatique. Les essuie-glaces se déclenchent quand il pleut, le frein de stationnement se serre seul, la climatisation garde la température qu'elle a choisie. Le vendeur lui avait montré tout cela en dix minutes, un vendredi soir, pendant qu'elle signait les papiers. Elle avait retenu l'essentiel, pensait-elle, et le reste viendrait avec l'usage, comme toujours.

Pour les phares, c'était la même chose dans son esprit. Quand elle démarre, une bande lumineuse s'allume à l'avant, elle la voit dans le reflet des vitrines le matin. Le tableau de bord s'éclaire lui aussi, bien lisible, avec ses chiffres blancs. Pourquoi irait-elle tourner une molette qui semble ne servir à rien. Sur son ancienne voiture, le compteur restait sombre tant qu'on n'allumait pas les feux, et c'était un rappel naturel.

Soyons honnêtes, beaucoup de conducteurs fonctionnent comme elle. On fait confiance à la machine, surtout quand elle est récente et qu'elle a coûté cher. Pendant tout l'été, ce réflexe ne pose aucun problème, puisqu'elle rentre en plein jour. En septembre, les journées raccourcissent doucement, mais elle quitte encore le bureau avant que la nuit tombe. Personne ne lui fait la moindre remarque, et elle n'a aucune raison de douter de ses lumières.

« J'étais persuadée qu'il me voulait du mal, j'ai même vérifié que les portières étaient bien fermées. »

Des appels de phares derrière elle, puis encore d'autres

Ce soir de fin octobre, juste après le changement d'heure, tout bascule sans bruit. Au premier village, une voiture se colle derrière elle et lui fait un appel de phares. Claire jette un œil au rétroviseur, un peu agacée. Elle roule à la vitesse autorisée, elle ne voit pas ce qu'on lui reproche. Elle se dit que le conducteur est pressé, qu'il veut la doubler, et elle serre un peu à droite pour lui laisser la place.

Mais la voiture ne double pas. Elle reste derrière, à bonne distance, et recommence ses appels de phares, deux fois, puis trois. Dans la ligne droite après le pont, ça continue. Claire sent son cœur accélérer, ses mains se crispent sur le volant. Elle pense à ces histoires qu'on lit parfois, de faux accidents, de conducteurs qui suivent une femme seule. Elle vérifie que les portières sont verrouillées, d'un geste machinal sur le bouton.

Elle regarde son tableau de bord, cherche un voyant rouge, une alerte, quelque chose. Rien. Tout est allumé, propre, normal. Elle se dit que c'est peut-être un pneu, une portière mal fermée, un coffre entrouvert. Pourtant aucun bip, aucun message sur l'écran. Elle murmure pour elle-même qu'il n'y a rien du tout, que ce type est simplement bizarre. Et elle décide d'ignorer, en montant un peu le son de la radio.

Elle s'arrête sur un parking et appelle son mari

À la sortie du deuxième village, les appels continuent toujours. Claire n'en peut plus. Elle met son clignotant et se gare sur le parking éclairé d'une supérette encore ouverte, là où il y a du monde. La voiture derrière ralentit, hésite, puis passe son chemin. Claire reste assise, le moteur tournant, les mains tremblantes. Elle compose le numéro d'Olivier, qui décroche entre deux arrêts de bus, la voix couverte par le bruit du moteur.

Elle lui raconte tout d'une traite, le conducteur collé, les lumières, la peur. Olivier l'écoute sans l'interrompre, puis lui pose une question simple, presque banale. Il veut savoir si elle a bien allumé ses feux. Elle répond que oui, évidemment, que tout est allumé, que le compteur brille. Il insiste doucement, lui demande de descendre et de faire le tour de la voiture pour regarder l'arrière.

Elle hésite, puis ouvre la portière. L'air est froid, ça sent les feuilles mouillées et le gasoil. Elle marche jusqu'au coffre, et s'arrête net. À l'arrière, rien. Pas une lumière, pas un reflet rouge, juste la carrosserie grise qui se fond dans la pénombre du parking. Elle revient vers l'avant : seule la fine bande des feux de jour brille. Pendant vingt kilomètres, elle a roulé comme une ombre aux yeux des autres.

« Le compteur était allumé, tout brillait devant moi, je ne voyais vraiment pas ce qui clochait. »

Ce n'était ni une panne ni une menace

Le conducteur qui la suivait ne lui voulait aucun mal, bien au contraire. Il essayait de la prévenir, de la seule manière possible sur une route de campagne. Claire le comprend d'un coup, assise de nouveau derrière son volant, partagée entre le soulagement et la honte. Ses feux n'étaient pas grillés, sa voiture n'était pas en panne. Elle n'avait simplement jamais allumé ses feux de croisement depuis l'achat, au printemps.

Le lendemain, son garagiste lui explique la chose avec patience. Sur beaucoup de voitures, les feux de jour ne fonctionnent qu'à l'avant, et ils sont conçus pour être vus en plein jour, pas pour éclairer la route. Le tableau de bord, lui, s'illumine dès le démarrage, quelle que soit la position de la commande. Le conducteur a donc l'impression que tout est allumé, alors que l'arrière de la voiture reste complètement éteint.

Il lui montre la molette au bout du levier, à gauche du volant. Elle était sur la position zéro, celle où rien ne s'allume à part les feux de jour. Un cran plus loin, il y a la position automatique, avec un petit A, où les phares s'allument seuls quand la lumière baisse. Claire n'y avait jamais touché. Le vendeur avait sans doute mis la molette à zéro en déplaçant la voiture dans la concession.

Ce qu'elle regarde désormais avant de démarrer

Depuis ce soir-là, Claire a changé une seule chose, mais elle y tient. Elle a mis la molette sur la position automatique et ne la touche plus. Avant de partir, elle vérifie quand même le petit voyant vert des feux de croisement, sur le tableau de bord. Elle raconte que ce geste lui prend une seconde. Elle dit aussi qu'elle aurait pu provoquer un accident, sous la pluie ou dans le brouillard, sans même le savoir.

Elle en a parlé à ses collègues, à la machine à café, et deux d'entre eux ont avoué le même réflexe. L'un roulait aussi sur la position zéro depuis des mois, persuadé que sa voiture gérait tout. Une autre a découvert que ses feux arrière ne s'allumaient pas avec la position automatique dans les tunnels courts. On connaît tous ça, ces réglages qu'on croit acquis et que personne ne nous a jamais vraiment expliqués.

Olivier, lui, a pris l'habitude de jeter un œil aux voitures qu'il croise le soir avec son bus. Il en voit chaque semaine, dit-il, qui roulent avec une simple bande lumineuse devant et rien derrière. Claire repense souvent à cet inconnu qui l'a suivie sans se décourager. Elle aurait aimé le remercier. À défaut, elle raconte son histoire, pour que d'autres fassent le tour de leur voiture avant que la nuit ne tombe.

« Quand j'ai fait le tour et que j'ai vu l'arrière tout noir, j'ai eu honte d'un coup. »

  • Vérifier la position de la molette des feux : zéro, automatique, ou croisement.
  • Chercher le voyant vert des feux de croisement au tableau de bord.
  • Ne pas se fier à l'éclairage du compteur, qui s'allume souvent seul.
  • Faire le tour de la voiture à la tombée de la nuit pour voir l'arrière.
  • Allumer les feux de croisement à la main par pluie, brouillard ou tunnel.
  • Demander au vendeur de montrer les réglages d'éclairage à l'achat.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

Articles: 2009