Il ratisse chaque automne les feuilles du chêne de son voisin en Sologne : le conciliateur lui annonce que l’arbre a gagné depuis longtemps

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Il est huit heures, un samedi de novembre, et le râteau de Gérard gratte déjà la pelouse humide. Au-dessus de lui, le grand chêne du voisin lâche encore ses feuilles brunes, une à une, sans se presser. Le tas grossit contre la haie, les sacs verts s'alignent près du portail. Gérard souffle dans ses mains froides et lève les yeux vers les branches.

Une maison en Sologne, un jardin et un chêne qui dépasse

Gérard a 67 ans et il a passé sa vie dans les assurances, à Orléans. Avec Monique, sa femme, il a acheté cette longère près de Lamotte-Beuvron au moment de la retraite. Ils voulaient du calme, des étangs, un jardin assez grand pour les petits-enfants. La maison était sobre, la pelouse généreuse, le voisinage discret. De l'autre côté du grillage, chez les Bertin, se dressait un chêne immense dont la couronne débordait largement sur leur terrain.

Le jour de la visite, c'était même un argument. Monique avait dit que l'arbre donnait de l'ombre et du caractère à l'ensemble. Le vendeur avait souri en expliquant qu'il était là bien avant tout le monde. Les premiers étés leur ont donné raison : déjeuners sous les branches, chaises longues, fraîcheur jusqu'au soir. Gérard s'était même acheté un hamac qu'il accrochait entre deux piquets, juste à la limite de l'ombre. Le chêne faisait partie du paysage, comme la forêt au bout du chemin.

Les Bertin, eux, sont un couple discret, la soixantaine, qui élève quelques poules et part souvent chez leur fille à Tours. On se salue par-dessus la clôture, on échange des œufs contre des courgettes. Personne ne s'est jamais posé la question de la place exacte de ce chêne. Il était planté à moins d'un mètre du grillage, ce qui saute aux yeux quand on le regarde aujourd'hui. Mais à l'époque, qui mesure la distance entre un arbre et une clôture quand tout va bien ?

Le premier automne, il prend le râteau sans rien dire

Le premier automne, Gérard a découvert l'autre visage de l'arbre. En quelques semaines, sa pelouse a disparu sous une couche épaisse de feuilles, collantes après la pluie. Il a sorti le râteau, rempli des sacs, fait des allers-retours à la déchetterie de la commune. Il s'est dit que c'était le prix de l'ombre de l'été. Monique trouvait ça plutôt sain, une activité au grand air pour un retraité qui restait trop devant la télévision.

Il a pris l'habitude, sans jamais en parler aux voisins. Chaque samedi d'octobre et de novembre, même rituel : le râteau, la brouette, les sacs, le coffre du break. Il ne voulait pas d'histoires, surtout pas avec des gens aimables qui lui apportaient des œufs frais. Soyons honnêtes, on préfère tous ramasser en silence plutôt que de froisser un voisin. Il comptait sur le temps, sur une occasion, sur une conversation qui viendrait d'elle-même un jour ou l'autre.

Les années ont passé et le rituel s'est alourdi. Les gouttières se bouchaient, il fallait monter à l'échelle deux fois par saison. Les glands crevaient la bâche de la piscine hors-sol des petits-enfants. Gérard, lui, avait de plus en plus mal au dos après chaque matinée de ratissage. Il disait à Monique : je ne vais pas faire ça jusqu'à quatre-vingts ans, il faudra bien que quelqu'un s'en occupe. Il pensait déjà que la solution passait par la tronçonneuse.

« Je ne vais pas faire ça jusqu'à quatre-vingts ans, il faudra bien que quelqu'un s'en occupe. »

Une gouttière qui déborde et une idée qui s'installe

Un soir d'orage, l'eau a débordé de la gouttière et s'est infiltrée dans le cellier. Gérard est monté sur l'échelle sous la pluie, a retiré une boue de feuilles noires et de glands. Monique l'a regardé redescendre, trempé, la main crispée sur la rampe. Elle lui a dit qu'il ne remonterait plus là-haut à son âge. Ce soir-là, quelque chose a basculé : le chêne n'était plus un décor, c'était devenu un problème.

Le lendemain, Gérard a pris un mètre ruban et il a mesuré. Moins d'un mètre entre le tronc et le grillage, il a recommencé trois fois. Il se souvenait vaguement d'une règle apprise dans son métier, une histoire de deux mètres pour les arbres hauts. Il est allé vérifier sur internet, a retrouvé l'article du Code civil. Un arbre de plus de deux mètres de haut doit être planté à au moins deux mètres de la limite.

Il s'est senti soudain dans son droit, presque soulagé. Il a dit à Monique : le chêne n'a rien à faire là, c'est la loi, ils vont devoir l'abattre. Elle était moins sûre, elle aimait bien les Bertin et elle aimait bien l'ombre. Mais Gérard avait déjà imaginé la scène : un élagueur, une souche, une pelouse dégagée. Il a laissé passer un week-end, puis il a frappé chez ses voisins avec sa feuille imprimée à la main.

La discussion tourne court et le conciliateur entre en scène

Monsieur Bertin l'a écouté poliment, sur le pas de la porte, les bras croisés. Puis il a secoué la tête : ce chêne, c'est mon grand-père qui l'a planté, il a plus de soixante ans. Il n'était pas question de le couper, ni même de le réduire sévèrement. Il a proposé d'aider à ramasser les feuilles, une fois de temps en temps. Gérard est reparti vexé, sa feuille pliée dans la poche, convaincu que la loi finirait par trancher.

Un ami lui a conseillé de passer par un conciliateur de justice avant toute procédure. C'est gratuit, ça évite le tribunal, et dans beaucoup de litiges de voisinage c'est une étape attendue. Gérard a pris rendez-vous à la mairie, où le conciliateur tient une permanence le mardi matin. Il a préparé un dossier soigné : photos des tas de feuilles, mesure de la distance, facture du plombier pour le cellier. Il avait l'impression d'arriver avec un dossier imparable.

Le conciliateur, un ancien greffier aux cheveux blancs, a tout lu sans l'interrompre. Il a posé quelques questions précises, surtout une : depuis quand cet arbre est-il là ? Gérard a répondu ce que lui avait dit Bertin, une soixantaine d'années. Le conciliateur a hoché la tête, posé son stylo, et l'a regardé avec une forme de gentillesse. Il a dit simplement : alors, monsieur, je crains que l'arbre ait gagné. Gérard a cru d'abord à une plaisanterie de fonctionnaire fatigué.

« Ce chêne, c'est mon grand-père qui l'a planté, il a plus de soixante ans. »

Trente ans de patience suffisent à un arbre pour rester

Le conciliateur a expliqué ce que Gérard ignorait. La règle des deux mètres existe bien, mais on ne peut plus l'invoquer pour un arbre planté depuis plus de trente ans. C'est ce qu'on appelle la prescription trentenaire. Passé ce délai, le voisin n'a plus à arracher ni à abattre, même si l'arbre est trop près. Le point de départ, c'est en général la date où l'arbre a dépassé la hauteur autorisée, ce qui remonte ici à des décennies.

Gérard a tenté une autre piste : et les feuilles, alors, ça ne compte pas ? Le conciliateur lui a répondu que les feuilles mortes sont presque toujours considérées comme un inconvénient normal, surtout à la campagne. Pour obtenir quelque chose, il faudrait un trouble anormal, un dommage d'une vraie gravité, ce qui arrive rarement avec un simple chêne. Il a ajouté, en souriant, qu'en Sologne, se plaindre des feuilles revient un peu à se plaindre de la forêt.

En revanche, il restait une chose que Gérard pouvait demander. Les branches qui avancent au-dessus de son terrain, le voisin peut être contraint de les couper, et ce droit-là ne se prescrit pas. Gérard, lui, n'a pas le droit de les tailler lui-même, il doit l'exiger du propriétaire. Il est sorti de la mairie partagé, entre la déception et une forme d'étrange soulagement. Au moins, il savait enfin où se trouvait la vraie limite, et ce n'était pas celle du grillage.

Un élagage partagé et une nouvelle routine d'automne

Quelques jours plus tard, Gérard est retourné chez les Bertin, sans feuille imprimée cette fois. Il a parlé des branches au-dessus du toit, de la gouttière, du cellier inondé. Bertin a accepté de faire venir un élagueur, et ils ont partagé la facture, environ six cents euros. Les grosses branches surplombant la maison ont été coupées, la couronne allégée. Le chêne est toujours là, un peu plus droit, un peu moins envahissant au-dessus de la longère.

Gérard a aussi changé ses habitudes. Il a fait poser des grilles pare-feuilles sur les gouttières, pour moins de deux cents euros. Il a acheté un broyeur et transforme désormais une partie des feuilles en paillage pour le potager de Monique. Le reste, il le laisse au pied des haies, où les hérissons s'installent pour l'hiver. On connaît tous ces combats qu'on croit gagnés d'avance, et qui finissent en compromis raisonnable autour d'un café.

Ce samedi de novembre, il ratisse encore, mais moins longtemps. Bertin passe parfois la tête par-dessus le grillage, un râteau à la main, pour l'aider une heure. Gérard dit qu'il aurait gagné du temps en posant les bonnes questions dès le premier automne. Avant d'acheter, avant de se fâcher, avant d'imaginer une tronçonneuse. Il garde ses photos et ses factures dans un dossier, au cas où. Mais surtout, il a appris à regarder l'âge des arbres avant de leur déclarer la guerre.

« Alors, monsieur, je crains que l'arbre ait gagné, et depuis bien longtemps. »

  • Mesurez la distance entre l'arbre et la limite : deux mètres minimum pour un arbre de plus de deux mètres de haut.
  • Renseignez-vous sur l'âge de l'arbre : au-delà de trente ans au-dessus de la hauteur permise, l'abattage n'est plus exigible.
  • Les branches qui dépassent chez vous peuvent toujours être réclamées au voisin, mais ne les coupez pas vous-même.
  • Les feuilles mortes relèvent rarement d'un trouble anormal du voisinage, surtout en zone boisée.
  • Passez par un conciliateur de justice, gratuit, avant d'envisager un tribunal.
  • Équipez gouttières et piscine de protections pour limiter les dégâts liés aux feuilles.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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