Il purge un à un les neuf radiateurs de sa maison près de Nancy : le lendemain matin, la chaudière affiche un code et refuse de redémarrer

Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News

Il était un peu plus de dix heures, ce dimanche d'octobre, quand Thierry a posé la petite clé carrée sur la vis du premier radiateur. Un sifflement fin est sorti de la purge, puis un crachotement, puis un filet d'eau tiède dans le bol de cuisine qu'il tenait dessous. Dehors, à Ludres, les feuilles des tilleuls collaient au trottoir mouillé. L'hiver approchait, et il voulait être prêt.

Une maison de Ludres, un rituel d'automne pris très au sérieux

Thierry a 58 ans et il travaille comme magasinier dans une entreprise de matériel électrique, du côté de Vandœuvre. Avec Sylvie, sa femme, il vit depuis presque vingt ans dans une maison des années soixante-dix, à Ludres, à quelques kilomètres au sud de Nancy. Il y a un jardin, un garage où la voiture ne rentre plus vraiment, et une chaudière murale au gaz installée dans la buanderie. Elle a été changée il y a sept ans, et depuis, elle ronronne sans histoire, hiver après hiver.

Chaque année, quand les matins se mettent à piquer, Thierry fait le tour de la maison avant de rallumer le chauffage pour de bon. Il vérifie les thermostats, il dépoussière les radiateurs avec un vieux pinceau, il regarde si les vannes tournent encore. C'est un rituel qu'il tient de son père, cheminot à Frouard, qui disait qu'une maison se prépare comme une voiture avant les vacances. Sylvie se moque gentiment de lui, mais elle reconnaît que la maison a toujours été chaude.

Cette année pourtant, quelque chose le dérangeait depuis quelques jours. Le radiateur de la chambre du fond, celle qui sert de bureau, chauffait en bas mais restait froid sur sa moitié haute. Le soir, dans le silence, on entendait aussi un petit glouglou dans les tuyaux, comme un ruisseau coincé dans le mur. Thierry connaissait ce bruit, on connaît tous ça : de l'air dans le circuit. Il avait la solution, il l'avait déjà appliquée plusieurs fois. Ce dimanche, il allait purger.

Neuf radiateurs, une bassine et la satisfaction du travail bien fait

Il a commencé par le rez-de-chaussée, en suivant l'ordre que lui avait appris un chauffagiste des années plus tôt. On allume le chauffage un moment, on le coupe, on attend que ça se calme, puis on part du radiateur le plus bas vers le plus haut. Thierry avait préparé une serpillière, la clé de purge rangée dans le tiroir à bazar, et ce bol en inox qu'il réserve à cet usage. Sylvie lisait dans le salon, en levant parfois les yeux vers lui.

À chaque radiateur, c'était la même petite musique. Un quart de tour, le sifflement de l'air, puis l'eau qui finit par couler en continu, et on referme. Sur celui du bureau, l'air a sifflé longtemps, presque une minute, et Thierry a souri en entendant enfin l'eau arriver. Il est monté à l'étage, a fait les deux chambres, la salle de bains et le petit radiateur du palier. Au total, neuf radiateurs, et presque deux bols d'eau noirâtre versés dans l'évier.

Il a même pris le temps de recommencer sur deux radiateurs qui lui semblaient encore glouglouter. Il voulait faire les choses à fond, pour ne pas avoir à y revenir en plein mois de janvier. Vers midi, il a rallumé le chauffage, et les radiateurs ont tous tiédi de haut en bas, y compris celui du bureau. Ils ne faisaient plus de bruit. Thierry s'est lavé les mains, satisfait. Je crois que c'est la meilleure purge que j'ai jamais faite, a-t-il lancé à Sylvie en passant.

« Je crois que c'est la meilleure purge que j'ai jamais faite, et le lendemain matin la maison était froide. »

Une petite aiguille au bas de la chaudière, que personne ne regarde

Il y a un détail que Thierry n'a pas vu ce jour-là, et soyons honnêtes, peu de gens l'auraient vu. Sous la chaudière, derrière un petit volet en plastique, se trouve un manomètre, un cadran rond avec une aiguille. Il indique la pression de l'eau dans le circuit de chauffage. Thierry savait vaguement qu'il existait, il l'avait remarqué lors de l'entretien annuel. Mais il ne le regardait jamais. La chaudière marchait, alors pourquoi regarder un cadran qui ne bougeait pas.

Le dimanche soir, pourtant, Sylvie a remarqué que la chaudière se rallumait plus souvent que d'habitude. On entendait le déclic de l'allumage, le souffle du brûleur, puis un arrêt, puis de nouveau un déclic quelques minutes plus tard. Elle l'a dit à Thierry pendant le dîner. Il a haussé les épaules. Après une purge, a-t-il expliqué, il faut que le circuit se remette en place, que l'eau circule normalement. Ça lui semblait logique, et elle n'a pas insisté.

Avant d'aller se coucher, il est passé dans la buanderie pour éteindre la lumière qu'il avait oubliée. Un petit voyant orange clignotait sur l'écran de la chaudière, à côté d'un chiffre qu'il n'a pas pris le temps de lire. Il s'est dit que c'était sans doute un rappel d'entretien, comme sur la voiture quand la vidange approche. Il était fatigué, la maison était encore chaude, et le lendemain il se levait à six heures. Il a éteint la lumière et il est monté.

Le lundi matin, seize degrés au salon et un code d'erreur

C'est le froid du carrelage qui l'a réveillé avant le réveil. Dans la salle de bains, la serviette sur le sèche-serviettes était glacée, et l'eau de la douche est restée tiède, puis franchement froide. Thierry est descendu en tee-shirt, a posé la main sur le radiateur du salon : rien. Le thermomètre de la cuisine affichait seize degrés. Dans la buanderie, l'écran de la chaudière ne clignotait plus en orange. Il affichait un code en rouge, fixe, et un petit symbole de clé.

Il a fait ce que tout le monde fait. Il a appuyé sur le bouton de réarmement, une fois, deux fois, en comptant jusqu'à dix entre chaque essai. La chaudière a fait un bruit de pompe, un déclic, puis s'est arrêtée de nouveau, avec le même code. Il a coupé le disjoncteur de la chaudière, attendu une minute, remis le courant. Même résultat. Sylvie est descendue, emmitouflée dans un gilet. Elle a demandé si c'était le gaz. Il n'en savait rien, et il devait partir travailler.

Depuis le parking de son entreprise, il a appelé le service d'assistance inscrit sur le contrat d'entretien. Une musique d'attente, puis une voix pressée qui lui a proposé un passage de technicien le jeudi suivant. Jeudi, avec des nuits annoncées à trois degrés en Lorraine. Il a raccroché, il a cherché le code sur son téléphone pendant la pause, et il est tombé sur des forums où l'on parlait de carte électronique, de pompe grillée, de réparations à plusieurs centaines d'euros. Il a passé la matinée à ruminer.

« Tu as purgé tous tes radiateurs, d'accord, mais tu as regardé ta pression après, ou pas du tout ? »

Ce n'était ni la pompe ni la carte, mais de l'eau en moins

C'est Karim, un collègue du magasin, qui a débloqué la situation à la cantine. Il avait été apprenti plombier avant de changer de métier, et il a écouté Thierry raconter son dimanche en hochant la tête. Tu as purgé tous tes radiateurs, et tu as regardé ta pression après, lui a-t-il demandé. Thierry a dû avouer que non. Karim a souri. Il lui a expliqué que chaque bol d'eau versé dans l'évier, c'était de l'eau qui manquait désormais dans le circuit.

Le principe est simple, une fois qu'on l'entend. Un circuit de chauffage est un circuit fermé, rempli d'eau, et cette eau est maintenue sous une légère pression. Quand on purge, on chasse l'air, mais on laisse aussi partir un peu d'eau, et la pression baisse. Sur un radiateur, ça ne se voit pas. Sur neuf, avec des passages répétés, ça finit par compter. Selon Karim, la plupart des chaudières murales se mettent en sécurité quand la pression descend sous un bar, pour protéger leurs composants.

Le soir, Thierry a ouvert le petit volet sous la chaudière, la lampe du téléphone à la main. L'aiguille du manomètre était presque collée au zéro, entre zéro et un demi-bar. D'habitude, se souvenait-il vaguement, elle se trouvait plus haut. Karim lui avait montré sur son téléphone la photo d'un robinet de remplissage, souvent un petit robinet bleu ou noir placé sous la chaudière. Thierry l'a trouvé, un peu caché derrière les tuyaux de cuivre. Il avait les mains moites, comme devant un examen.

Un quart de tour, un bar et demi, et ce qu'il surveille désormais

Il a attendu que tout soit bien froid, comme le lui avait conseillé Karim, parce que la pression se lit à froid. Puis il a ouvert le robinet très doucement, en gardant les yeux sur l'aiguille. Un léger sifflement d'eau, et l'aiguille a commencé à monter, lentement. Arrivé à un bar et demi, il a refermé, en serrant bien. Il a appuyé sur le réarmement. La pompe a tourné, le brûleur s'est allumé avec son souffle habituel, et cette fois il ne s'est pas arrêté.

Une heure plus tard, les radiateurs étaient chauds et le salon remontait à dix-neuf degrés. Thierry a appelé l'assistance pour annuler le rendez-vous du jeudi. Le technicien qui l'a rappelé pour confirmer lui a dit, sans ironie, que c'était l'un des appels les plus fréquents de l'automne. J'ai passé une journée à me voir payer une carte électronique, et c'était juste de l'eau, a soufflé Thierry à Sylvie. Elle a ri, puis elle lui a demandé de lui montrer le cadran, au cas où.

Depuis, Thierry a collé une petite étiquette sur le volet de la chaudière, avec ses chiffres écrits au feutre. Il a aussi retenu ce que le technicien lui a dit : si la pression retombe régulièrement sans aucune purge, c'est qu'il y a probablement une fuite quelque part, et là il faut un professionnel. Pour lui, la leçon tient en peu de choses. La purge fait partie de l'entretien, mais elle a une suite, et cette suite se joue devant un petit cadran rond qu'on ne regarde jamais.

« J'ai passé une journée à me voir payer une carte électronique, et c'était juste de l'eau. »

  • Avant de purger, repérez le manomètre de la chaudière et notez la pression habituelle, chauffage froid.
  • Purgez avec le chauffage coupé et refroidi, du radiateur le plus bas vers le plus haut.
  • Après la purge, vérifiez la pression : sous 1 bar, beaucoup de chaudières se mettent en sécurité.
  • Remettez de l'eau doucement via le robinet de remplissage jusqu'à 1 à 1,5 bar à froid, puis refermez bien.
  • Réarmez la chaudière seulement après avoir rétabli la pression, en suivant sa notice.
  • Si la pression rechute sans purge, faites appel à un chauffagiste : une fuite est possible.

Suivi de l'histoire

Partager :WhatsAppFacebookX
Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

Articles: 2124