Elle garde intact le studio de sa mère près de Saint-Étienne : en novembre, un avis de taxe d’habitation arrive à son nom

Lu 1 fois

Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News

Le radiateur cliquetait doucement sous la fenêtre, et l'odeur de lavande flottait encore dans le placard de l'entrée. Ce samedi de novembre, vers dix heures, Nadine avait ouvert les volets du studio de sa mère, à Firminy, comme chaque mois. Sur le paillasson, entre deux prospectus, une enveloppe à fenêtre des finances publiques attendait, adressée à son nom à elle.

Un studio à Firminy où rien n'a bougé depuis deux ans

Nadine a cinquante-huit ans, elle est aide-soignante dans une clinique de Saint-Étienne et vit avec son mari dans une maison à Roche-la-Molière. Le studio de sa mère se trouve à une dizaine de minutes en voiture, au deuxième étage d'un petit immeuble sans ascenseur. Sa mère, Josette, y a vécu dix-neuf ans, entourée de ses napperons, de son buffet en merisier et de son poste de radio. Elle est partie un hiver, doucement, à quatre-vingt-sept ans, en laissant les clés sur la commode.

Depuis, Nadine y passe une fois par mois, souvent le samedi matin, avant le marché. Elle aère, elle passe un coup de chiffon sur le buffet, elle relève le courrier qui arrive encore parfois au nom de sa mère. Elle laisse le chauffage au minimum pour éviter l'humidité, comme Josette le lui avait toujours conseillé. Le frigo est débranché, la porte entrouverte, mais le lit est fait, avec le couvre-lit au crochet que sa mère avait terminé elle-même.

Elle n'a jamais vraiment décidé de garder le studio, elle a simplement repoussé le moment de le vider. Son frère, installé à Lyon, lui a laissé la main après la succession, signée chez le notaire au printemps suivant. Le logement est désormais à elle, et elle s'y sent un peu chez sa mère, un peu chez elle. Quand on lui demande ce qu'elle compte en faire, elle hausse les épaules et répond qu'elle verra plus tard, quand elle aura le courage.

Garder les meubles, pour de bonnes raisons et sans rien calculer

Louer le studio, elle y a pensé, bien sûr, une agence de Firminy lui avait même proposé une estimation. Mais il aurait fallu vider les placards, trier les photos, repeindre la cuisine et changer la vieille baignoire. Surtout, il aurait fallu voir quelqu'un d'autre dormir dans la chambre de sa mère, et cette idée lui serrait le ventre. Elle s'était dit qu'un logement qui ne rapporte rien ne coûte pas grand-chose non plus, à part la taxe foncière et les charges.

Elle connaissait la taxe foncière, cette somme qui tombe chaque automne pour tous les propriétaires, et elle l'avait prévue. Pour le reste, elle était tranquille, parce qu'elle avait entendu partout que la taxe d'habitation avait été supprimée. Elle se souvenait des reportages au journal télévisé, des discussions au travail, de sa propre feuille d'impôt allégée. On connaît tous ça, ces réformes dont on retient le titre et qu'on range dans un coin de sa tête comme une affaire réglée.

Son mari, Gérard, retraité de la métallurgie, lui avait simplement conseillé de garder un œil sur les fuites d'eau. Il passait parfois avec elle pour vérifier le compteur et purger le radiateur avant l'hiver. Personne autour d'eux ne parlait d'impôts pour un logement vide. Les meubles restaient là, le buffet en merisier, le fauteuil près de la fenêtre, la table pliante. Nadine trouvait même une forme de réconfort à retrouver chaque mois ce décor intact, comme si le temps s'y était arrêté sans lui demander son avis.

« Je n'y mets même pas les pieds la nuit, comment ça pourrait être une résidence secondaire. »

Une enveloppe à son nom, et un montant qu'elle ne comprend pas

Ce samedi-là, elle a d'abord cru à une erreur d'adresse, puis à un dernier courrier concernant la succession. Elle a ouvert l'enveloppe debout dans l'entrée, le sac de courses encore au bras. En haut de la page, elle a lu les mots taxe d'habitation, et juste en dessous, l'adresse du studio. Le montant indiquait six cent douze euros, à régler avant la mi-décembre. Elle a relu deux fois, puis elle s'est assise sur le fauteuil de sa mère, la feuille posée sur ses genoux.

Sa première réaction a été de penser que le fisc n'était pas au courant du décès de Josette. Elle a cherché le nom de sa mère sur l'avis, mais c'était bien le sien qui apparaissait, en tant que propriétaire. Elle s'est dit qu'il devait y avoir un retard administratif, une ancienne base de calcul restée dans les ordinateurs. Elle a plié la feuille en quatre, l'a glissée dans son sac et a fermé les volets plus vite que d'habitude.

Au marché, elle n'a presque rien acheté, et elle a raconté l'histoire à la marchande de fromages qu'elle connaît depuis des années. Celle-ci a haussé les sourcils et lui a dit, sur le ton de l'évidence, que la taxe d'habitation n'existait plus. Ça a rassuré Nadine pendant une heure à peine. En rentrant, elle a posé l'avis sur la table de la cuisine, et Gérard l'a lu en silence, ses lunettes au bout du nez, avant de soupirer longuement.

Des appels, un formulaire en ligne et beaucoup d'attente

Le lundi, pendant sa pause, Nadine a appelé le numéro inscrit sur l'avis depuis le parking de la clinique. Elle a patienté vingt-cinq minutes avec une musique en boucle, puis l'appel a coupé. Le soir, elle a réessayé, sans plus de succès, en tournant en rond dans le salon. Gérard lui a proposé de passer par l'espace particulier sur internet, celui qu'ils utilisent pour leur déclaration de revenus. Ensemble, ils ont rédigé un message expliquant que le logement était vide et que sa mère était décédée.

Elle a aussi téléphoné à son frère, qui n'en savait pas plus et lui a conseillé de ne rien payer tant qu'elle n'avait pas de réponse. Soyons honnêtes, c'était la solution qui l'arrangeait, mais elle n'en dormait pas mieux. Une collègue lui a raconté qu'une cousine avait reçu le même genre d'avis pour une maison de vacances en Ardèche. Nadine a répondu que ce n'était pas pareil, que le studio n'était pas une maison de vacances, qu'elle n'y dormait jamais.

Je n'y mets même pas les pieds la nuit, comment ça pourrait être une résidence secondaire, répétait-elle à qui voulait l'entendre. Les jours passaient, la date limite approchait, et la réponse en ligne tardait. Elle a fini par prendre une demi-journée pour se rendre au centre des finances publiques de Saint-Étienne. Dans la file d'attente, elle a compté au moins trois personnes qui tenaient le même papier qu'elle, pliées sur leur feuille, avec la même mine fatiguée.

« Tout le monde me disait que la taxe d'habitation n'existait plus, alors je n'ai même pas cherché plus loin. »

Au guichet, le mot résidence secondaire change toute l'histoire

L'agent qui l'a reçue, une femme d'une quarantaine d'années, a regardé l'avis puis l'a écoutée sans l'interrompre. Elle lui a expliqué calmement que la taxe d'habitation n'avait été supprimée que pour les résidences principales, c'est-à-dire le logement où l'on vit vraiment. Pour les autres logements, elle existe toujours. Un logement meublé, même inoccupé, est considéré comme disponible pour être habité, et il est donc taxé comme une résidence secondaire. Ce qui compte, ce n'est pas qu'on y dorme, c'est qu'on puisse y dormir.

Nadine a protesté, elle a parlé de sa mère, du deuil, du lit qu'elle n'avait pas le cœur de démonter. L'agent a hoché la tête, elle avait déjà entendu beaucoup d'histoires de ce genre. Le buffet, le lit, la table et les chaises suffisaient à faire du studio un logement meublé au sens de l'impôt. Elle a ajouté que certaines communes appliquent en plus une majoration sur les résidences secondaires, mais qu'il fallait vérifier ce que la commune avait décidé.

Ce n'est pas une erreur, madame, c'est le statut du logement qui compte, a-t-elle conclu en lui rendant son avis. Elle lui a aussi rappelé qu'il existait une déclaration d'occupation des biens à remplir sur internet par les propriétaires. Nadine ne l'avait jamais faite pour le studio. En sortant, elle est restée un moment sur le trottoir, dans le vent froid, à regarder les voitures passer, avec l'impression étrange d'avoir été prise en faute sans avoir rien fait de mal.

Six cents euros par an, et une décision qu'elle ne peut plus reporter

Elle a payé les six cent douze euros, en deux fois, avec un pincement au cœur à chaque prélèvement. Puis, un dimanche soir, elle a fait le calcul avec Gérard sur un coin de nappe. La taxe foncière, les charges de copropriété, l'assurance, l'électricité du chauffage au minimum, et maintenant la taxe d'habitation. Au total, le studio lui coûtait plus de deux mille euros par an, pour un lieu où elle passait une heure par mois. Le chiffre l'a laissée muette un long moment.

Je payais pour garder un musée, et je ne le savais même pas, a-t-elle fini par dire en riant à moitié. Elle n'a pas encore tout décidé, mais elle a commencé à trier les placards avec son frère, un week-end de janvier. Ils envisagent de louer le studio vide, ou de le vendre au printemps. Chaque situation reste particulière, et elle compte demander conseil avant de trancher, mais elle sait désormais que garder un logement meublé n'est jamais neutre.

Avant de laisser un logement hérité en l'état, quelques vérifications peuvent éviter la mauvaise surprise de novembre. Il faut d'abord savoir quel statut le fisc lui attribue, et vérifier ce qui a été déclaré en ligne. Il faut aussi se renseigner sur les décisions de la commune, car certaines appliquent une majoration sur les résidences secondaires. Enfin, il vaut la peine de chiffrer l'ensemble des frais sur une année entière. Nadine, elle, a gardé le couvre-lit au crochet, plié dans une armoire de sa maison.

« Ce n'est pas une erreur, madame, c'est le statut du logement qui compte. »

  • Remplir la déclaration d'occupation des biens dans son espace en ligne sur impots.gouv.fr.
  • Retenir que seule la résidence principale échappe à la taxe d'habitation.
  • Savoir qu'un logement meublé inoccupé est taxé comme une résidence secondaire.
  • Se renseigner en mairie sur une éventuelle majoration pour les résidences secondaires.
  • Additionner taxes, charges, assurance et énergie pour connaître le coût annuel réel.
  • Contacter le centre des finances publiques en cas de doute sur la situation du logement.

Suivi de l'histoire

Partager :WhatsAppFacebookX
Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

Articles: 2153