Il part dans le Jura pour la Toussaint avec ses pneus été : à l’entrée du col, un panneau rond change la suite des vacances

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Le moteur tournait encore au ralenti sur le petit parking de terre, juste avant les premiers lacets. Il était neuf heures et quart, un matin de novembre, et la buée remontait lentement sur le pare-brise. À l'arrière, les enfants se disputaient une tablette. Julien, les mains encore sur le volant, regardait un panneau rond qu'il n'avait jamais remarqué de sa vie.

Une semaine de gîte réservée depuis l'été, comme chaque année

Julien a 41 ans, il travaille comme technicien dans une entreprise de chauffage près de Dijon. Avec Claire, sa compagne, et leurs deux enfants, Noé et Lily, ils ont pris une habitude qui tient depuis presque cinq ans. À la Toussaint, ils montent une semaine dans le Haut-Jura, dans un gîte en bois loué à une vieille dame. Le chalet se trouve au-dessus de Morez, à une petite heure de route des premiers sommets.

Le rituel ne change presque jamais, et c'est justement ce qui leur plaît. On charge le break la veille, on part le samedi matin, on s'arrête acheter du comté dans une fruitière sur le chemin. Les enfants font des balades en forêt, Claire lit au coin du poêle, Julien coupe du bois pour la propriétaire. Soyons honnêtes, ce sont des vacances sans surprise, et personne dans la famille ne s'en plaint.

Cette année, les vacances scolaires commençaient le samedi 18 octobre, mais Claire travaillait encore la première semaine. Ils ont donc décalé leur séjour sur la seconde, du vendredi 31 octobre au samedi 8 novembre. La propriétaire les attendait le soir du 31, les clés sous le pot de géranium, comme d'habitude. Julien avait vérifié la pression des pneus, l'huile et le liquide de refroidissement. Pour lui, la voiture était prête, comme toutes les autres années.

Des pneus été gardés pour une bonne raison économique

Le break familial roule toute l'année sur des pneus été, un choix que Julien assume sans difficulté. À Dijon, il neige à peine deux ou trois jours par hiver, et la voiture dort dans un garage. Il y a trois ans, un vendeur lui avait proposé un deuxième train de roues pour l'hiver. Le devis approchait les neuf cents euros, montage et stockage compris, et il avait poliment refusé.

Il en parlait encore avec un collègue, Fabrice, quelques jours avant le départ, devant la machine à café. Fabrice, qui monte skier en Savoie, lui avait demandé s'il avait prévu des chaînes pour le Jura. Julien avait haussé les épaules, en rappelant qu'ils y allaient toujours avant les vraies neiges. Les années précédentes, il avait fait beau, tout au plus un peu de givre sur les pare-brise le matin.

Il avait aussi un argument qu'il trouvait solide, et il le répétait volontiers à qui voulait l'entendre. Les pneus hiver, disait-il, s'usent vite sur le sec et coûtent plus cher en carburant. On connaît tous ça, ce petit calcul raisonnable qu'on fait pour ne pas dépenser inutilement. Dans sa tête, l'équipement d'hiver relevait du confort, voire de la prudence, mais certainement pas d'une règle. Il ne lui était pas venu à l'idée que le calendrier pouvait compter plus que la météo.

« C'est aujourd'hui, le 1er novembre, j'ai lu la petite plaque deux fois avant d'y croire. »

Le départ retardé d'un jour et un panneau au bord du virage

La veille du départ, Lily a eu de la fièvre, rien de grave, mais assez pour tout repousser d'une journée. Julien a appelé la propriétaire, qui a répondu qu'il n'y avait aucun problème, qu'elle laisserait les clés. Ils sont donc partis le samedi 1er novembre au matin, sous un ciel gris et doux. Sur l'autoroute, le thermomètre de la voiture affichait onze degrés, et personne ne pensait à la neige.

C'est en quittant la nationale, au pied de la montée, que Julien a vu le panneau pour la première fois. Un disque bleu, bordé de blanc, avec le dessin d'un pneu et d'une chaîne, et une mention en dessous. Il a ralenti, sans vraiment comprendre, pendant que Claire cherchait la musique sur son téléphone. Il a d'abord pensé à une recommandation, comme ces panneaux qui conseillent de rouler doucement par temps de pluie.

Puis il a remarqué un deuxième détail qui l'a fait tiquer, une petite plaque indiquant des dates. Du 1er novembre au 31 mars, disait-elle, en lettres noires. Il a dit à voix haute que c'était aujourd'hui, le 1er novembre, et Claire a levé les yeux. Ça doit être pour quand il neige, a-t-elle répondu, en regardant la route parfaitement sèche. Julien a continué de rouler quelques centaines de mètres, puis il s'est garé sur le parking de terre.

Trois coups de téléphone et un vendeur qui n'a plus de stock

Moteur au ralenti, il a tapé le texte du panneau sur son téléphone, avec un réseau qui allait et venait. Les premières pages parlaient de la loi Montagne et d'une obligation d'équipement dans certaines communes. Il a lu le mot obligation trois fois, en se demandant s'il avait bien compris. Derrière, Noé demandait pourquoi on s'arrêtait, et Lily, encore fatiguée, commençait à pleurnicher sous son plaid.

Il a d'abord appelé Fabrice, qui a répondu entre deux bouchées de croissant. Je t'avais dit de prendre des chaînes, a lâché son collègue, sans méchanceté mais sans pitié non plus. Ensuite, Julien a appelé la propriétaire du gîte, qui lui a confirmé que sa commune figurait sur la liste. Elle a ajouté que les gendarmes passaient parfois en début de saison, surtout les week-ends de vacances.

Restait à trouver une solution, un samedi de Toussaint, à l'entrée d'un massif. Julien a appelé un centre auto de la vallée, à vingt kilomètres en arrière, le seul ouvert ce jour férié. Le vendeur lui a expliqué qu'il ne restait plus de chaînes à sa dimension, toutes parties dans la semaine. Il lui restait deux paires de chaussettes textiles, d'une taille voisine, sans garantie qu'elles conviennent. Julien a fait demi-tour, avec l'impression désagréable d'avoir raté une marche.

« Je t'avais dit de prendre des chaînes, franchement, tu pensais que c'était pour faire joli dans le coffre ? »

Ce n'était ni la neige ni la route, mais une date

C'est au comptoir du centre auto, en attendant qu'on vérifie la taille des chaussettes, que tout s'est éclairé. Le vendeur, un homme d'une soixantaine d'années, a sorti une feuille plastifiée qu'il montrait à tous les clients. Depuis l'hiver 2021, a-t-il expliqué, les communes des massifs désignées par les préfectures imposent un équipement. Du 1er novembre au 31 mars, il faut des pneus hiver, ou bien des chaînes ou chaussettes dans le coffre.

Julien a mis un moment à digérer l'idée centrale, celle qui contredisait tout ce qu'il croyait. La règle ne dépend pas de la neige ni de la température, elle dépend du calendrier et du lieu. Une route sèche à onze degrés, le 1er novembre, dans une commune listée, reste concernée. Le vendeur a précisé que les massifs touchés sont les Alpes, le Jura, les Vosges, le Massif central, les Pyrénées et la Corse.

Il a ajouté un détail que Julien n'a pas oublié, en tapotant la feuille du bout de l'index. Les pneus simplement marqués M+S ne suffisent plus, il faut désormais le symbole de la montagne à trois pics. Je le répète cent fois par an, a soupiré le vendeur, les gens pensent que c'est pour la neige, mais c'est pour les dates. Les chaussettes allaient finalement à la voiture, pour quatre-vingt-neuf euros, que Julien a payés sans discuter.

Une semaine sur place et un calendrier relu autrement

La famille est arrivée au gîte en début d'après-midi, avec deux heures de retard et les chaussettes rangées dans le coffre. Ils ne s'en sont pas servis de la semaine, puisqu'il n'est tombé que quelques flocons le jeudi. Mais Julien a croisé un contrôle à la sortie de Morez, et le gendarme lui a demandé d'ouvrir le coffre. Il a montré le sac neuf avec un soulagement qu'il a eu du mal à cacher.

Ce qui le frappe encore, c'est la coïncidence du calendrier, qu'il n'avait jamais remarquée. Les vacances de la Toussaint chevauchent presque toujours le 1er novembre, si bien que l'obligation commence au milieu du séjour. Les familles parties la première semaine rentrent sans rien voir, celles de la seconde tombent en plein dedans. Je suis monté cinq ans de suite le 25 octobre, dit Julien, et j'étais simplement dans la bonne semaine sans le savoir.

Depuis, il a fait ses comptes et changé d'avis, sans regretter son choix de rouler en pneus été à Dijon. Il garde désormais les chaussettes dans le coffre de novembre à mars, qu'il parte ou non. Claire, elle, vérifie avant chaque départ si la commune de destination figure sur la liste de la préfecture. On prépare la voiture pour le temps qu'il fait, résume Julien, alors qu'il fallait la préparer pour le jour qu'on est.

« Les gens pensent que c'est pour la neige, mais moi je leur répète que c'est pour les dates. »

  • L'obligation court du 1er novembre au 31 mars, quelle que soit la météo du jour.
  • Elle s'applique dans les communes listées par arrêté préfectoral des Alpes, du Jura, des Vosges, du Massif central, des Pyrénées et de Corse.
  • Équipement accepté : pneus hiver marqués du symbole montagne à trois pics, ou chaînes ou chaussettes dans le coffre.
  • Un panneau rond bleu, avec pneu et chaîne dessinés, signale l'entrée dans une zone concernée.
  • Vérifiez la liste de la préfecture de votre destination avant de partir, surtout pour la seconde semaine de la Toussaint.
  • Achetez chaînes ou chaussettes avant le départ : les magasins de vallée sont souvent en rupture à la Toussaint.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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