Elle garde ses petits-enfants chaque week-end près de Toulouse : le lundi matin, leur mère ne parvient plus à les sortir du lit

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Il est vingt-deux heures quarante, un samedi de novembre, dans la cuisine de Monique à Plaisance-du-Touch. La pâte à crêpes repose sous un torchon, la poêle grésille encore, et les rires de Lucas et Inès couvrent le bruit du lave-vaisselle. Sur le buffet, l'horloge en bois tourne sans que personne ne la regarde. Ici, le week-end, on ne compte pas les heures.

Chez Monique, le samedi soir ressemble à une petite fête

Monique a soixante-sept ans et elle a passé trente ans comme aide-soignante à l'hôpital Purpan. Depuis sa retraite, elle vit seule dans une maison basse, entourée d'un jardin où poussent des tomates l'été et des poireaux l'hiver. Sa fille Claire travaille à Blagnac, dans un bureau d'études, et son mari fait des déplacements fréquents. Alors depuis la rentrée, Lucas, neuf ans, et Inès, six ans, viennent dormir chez leur grand-mère du vendredi soir au dimanche après-midi.

Le rituel s'est installé tout seul, sans que personne ne le décide vraiment. Le vendredi, on regarde un film sur le canapé, avec une couverture en laine et un bol de pop-corn. Le samedi, on fait des crêpes, on joue aux petits chevaux, on raconte des histoires de famille jusqu'à tard. Monique adore ces soirées, qui remplissent sa maison d'un bruit qu'elle avait oublié depuis le départ de ses propres enfants.

Les petits, eux, attendent ces week-ends avec une impatience qui fait sourire leurs parents. Inès prépare son sac dès le jeudi, avec son doudou lapin et sa lampe de poche. Lucas a même dessiné un calendrier où il coche les jours avant le prochain séjour. Claire, de son côté, se sent soulagée de savoir ses enfants heureux, bien nourris, entourés. Tout le monde, en somme, a l'impression d'avoir trouvé un équilibre qui convient à chacun.

Elle choisit de les laisser veiller, parce qu'ils grandissent si vite

À la maison, chez leurs parents, Lucas et Inès se couchent à vingt et une heures, réveil à sept heures pour l'école. Monique connaît ces horaires, Claire les lui a donnés dès le premier week-end. Mais chez elle, elle a pris une autre décision, en toute bonne foi. Elle repousse le coucher vers vingt-trois heures, et le lendemain, elle laisse les enfants dormir jusqu'à neuf heures passées.

Ses raisons sont simples, et elle les défend avec tendresse. Elle ne voit ses petits-enfants que deux jours par semaine, et elle veut profiter de chaque minute avec eux. Elle se souvient aussi de sa propre enfance, des veillées chez sa grand-mère dans le Gers. On y restait tard autour du feu, personne ne parlait d'horaires, et elle n'en garde que des souvenirs heureux.

Je ne vais pas les envoyer au lit comme à la caserne, dit-elle à sa voisine Josiane un dimanche matin. Ils sont en vacances chez moi, ils ont le droit de souffler. Et puis, raisonne-t-elle, ils dorment autant que d'habitude, puisqu'ils se lèvent plus tard. Dix heures de sommeil, c'est dix heures de sommeil, quelle que soit l'heure où on éteint la lumière. Sur le papier, le calcul paraît imparable.

« Je ne vais pas les envoyer au lit comme à la caserne, ils sont en vacances chez moi. »

Le lundi, Claire décrit des matins qui ne ressemblent à rien

Le premier message arrive un lundi de fin septembre, un peu avant midi. Claire écrit que Lucas a pleuré en se levant, qu'Inès a refusé son petit-déjeuner, que tout le monde est parti en retard. Monique répond par un émoji qui sourit et met ça sur le compte de la rentrée. Les enfants sont fatigués en septembre, on connaît tous ça, il suffit d'attendre que le rythme se prenne.

Mais les lundis suivants ressemblent au premier, puis empirent un peu. Claire raconte qu'elle doit secouer Lucas trois fois avant qu'il ouvre les yeux. Inès s'endort dans la voiture sur le trajet de l'école, pourtant à cinq minutes de la maison. Le soir, à l'inverse, impossible de les coucher, ils tournent dans leur lit jusqu'à plus de vingt-deux heures, parfaitement réveillés.

Monique écoute, un peu vexée, sans vraiment faire le lien avec ses soirées crêpes. Elle pense plutôt aux écrans, aux sucreries du goûter, à l'école qui demande beaucoup. Elle note aussi que le mardi va un peu mieux, et que le mercredi, tout semble rentré dans l'ordre. Ce détail-là, elle le garde dans un coin de sa tête, sans savoir encore qu'il compte plus que tout le reste.

Ils essaient le sirop, les tisanes, puis le médecin de famille

En octobre, la maîtresse de Lucas glisse un mot dans son cahier de liaison. Elle signale que l'enfant semble absent le lundi et le mardi matin, qu'il a du mal à se concentrer en dictée. Claire s'inquiète franchement cette fois, et elle appelle sa mère un soir, la voix tendue. Elle se demande s'il ne couve pas quelque chose, une carence, une anémie, un virus qui traîne.

Les solutions s'enchaînent sans grand résultat pendant plusieurs semaines. Claire essaie une tisane au tilleul le dimanche soir, supprime la tablette après dix-neuf heures, avance le dîner. Monique, de son côté, achète des vitamines à la pharmacie du village sur le conseil d'une vendeuse. Rien ne change vraiment, et les lundis restent aussi pénibles qu'avant, comme si un mur se dressait chaque semaine au même endroit.

Finalement, Claire prend rendez-vous chez le docteur Ferrand, le médecin qui suit la famille depuis la naissance de Lucas. Elle s'attend à une prise de sang, peut-être à une ordonnance. J'avais peur qu'on me dise qu'il était malade, raconte-t-elle plus tard, et en même temps j'espérais une explication claire. Le médecin l'écoute longuement, puis lui pose une question à laquelle elle n'avait jamais pensé : à quelle heure se couchent-ils, le week-end ?

« J'avais peur qu'on me dise qu'il était malade, et en fait il était juste décalé. »

Ce n'était pas une maladie, c'était un voyage sans valise

Claire répond honnêtement : vers vingt-trois heures chez leur grand-mère, avec un lever vers neuf heures. Le docteur Ferrand hoche la tête, comme s'il avait entendu cette histoire cent fois. Il explique que les enfants ne manquent pas de sommeil au sens strict. Ils subissent ce que les spécialistes appellent un jet lag social, un décalage horaire fabriqué à la maison, sans prendre l'avion.

Il dessine sur une feuille une horloge, celle que chacun porte à l'intérieur de soi. Cette horloge règle l'envie de dormir, la faim, la température du corps, l'humeur du matin. Quand on décale le coucher et le lever de deux heures, elle se recale doucement sur ce nouveau rythme. Le lundi, le corps se croit encore à six heures du matin quand le réveil sonne à sept, un peu comme après un retour de New York.

Le plus surprenant, pour Claire, c'est la durée de la remise à l'heure. Selon le médecin, il faut plusieurs jours pour que l'horloge revienne à sa place, ce qui expliquait le mercredi enfin calme. Et le vendredi soir, tout recommençait dans l'autre sens. Mes enfants passaient leur vie entre deux fuseaux horaires, résume-t-elle, et personne ne s'en rendait compte. Le soir même, elle appelle sa mère pour lui raconter.

Monique déplace l'horloge du buffet, et les lundis redeviennent ordinaires

Au téléphone, Monique se tait un long moment avant de répondre. Elle se sent coupable, puis un peu ridicule d'avoir défendu son calcul des dix heures de sommeil. J'ai cru leur faire un cadeau, et je leur faisais traverser l'Atlantique chaque samedi, dit-elle. Claire la rassure : personne ne savait, et le médecin lui-même a dit que c'était une erreur très répandue dans les familles.

Elles décident ensemble d'un compromis qui garde la magie des week-ends. Le coucher chez Monique passe à vingt et une heures trente, le lever ne dépasse plus huit heures. Les crêpes se font désormais au goûter, les petits chevaux juste après le dîner, et l'histoire du soir se lit au lit. Au bout de trois semaines, la maîtresse note dans le cahier que Lucas a retrouvé son entrain du lundi.

Monique a gardé une habitude de ces mois difficiles : elle regarde enfin l'horloge du buffet. Soyons honnêtes, dit-elle en riant, les enfants n'ont pas remarqué la différence, ce sont les crêpes qui comptent. Claire, elle, a raconté l'histoire à d'autres parents de l'école, et plusieurs ont reconnu leurs propres lundis. Dans beaucoup de maisons, la fatigue du début de semaine ne vient pas d'un manque de sommeil, mais d'un rythme qui change de place.

« Mes enfants passaient leur vie entre deux fuseaux horaires, et personne ne s'en rendait compte. »

  • Comparer les heures de coucher et de lever de la semaine et du week-end : un écart de deux heures suffit à dérégler.
  • Garder le week-end des horaires proches de ceux de la semaine, à une demi-heure près.
  • Transmettre les horaires habituels aux grands-parents ou à la personne qui garde les enfants.
  • Déplacer les moments festifs vers l'après-midi ou le début de soirée plutôt que de veiller tard.
  • Repérer un schéma : lundi difficile, mercredi apaisé signale souvent un décalage de rythme.
  • En cas de fatigue persistante, en parler au médecin de l'enfant en décrivant les horaires du week-end.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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