Il débite son chêne à la tronçonneuse un dimanche près de Périgueux : le mardi, un courrier de la mairie l’attend dans la boîte aux lettres

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Le moteur a toussé deux fois avant de partir, un hurlement aigu qui a fait s'envoler les pies du noyer. Il était un peu plus de quinze heures, ce dimanche d'octobre, et l'odeur d'essence mêlée à la sciure flottait déjà au fond du jardin. Gérard, 58 ans, avait ses lunettes de protection, son casque antibruit, et trois stères de chêne à débiter avant l'hiver.

Un dimanche de chêne au fond du jardin de Gérard

Gérard habite depuis vingt-deux ans une longère en pierre blonde, à la sortie d'un village à quinze kilomètres de Périgueux. Ancien chauffeur de car scolaire, il a pris sa retraite au printemps et s'est promis de ne plus jamais acheter de bois coupé. Le chêne vient d'un arbre abattu chez son beau-frère, tombé lors d'un coup de vent en septembre. Il l'a rapporté en trois voyages avec la remorque, les grumes calées par des sangles orange. Depuis, elles attendaient sous l'appentis, à côté du vieux poêle qu'il compte rallumer dès les premières gelées.

Sa femme, Monique, lit dans la véranda, la radio en sourdine, pendant que la tronçonneuse avance de rondin en rondin. Le terrain est grand, presque trois mille mètres carrés, bordé d'une haie de charmilles et d'un pré où paissent deux ânes. Les maisons voisines sont à une cinquantaine de mètres, peut-être un peu plus pour celle des nouveaux arrivants. Gérard ne s'est jamais posé de question sur le bruit, puisqu'à la campagne tout le monde coupe son bois. Les tracteurs passent le dimanche, les chiens aboient, et le coq du voisin chante à cinq heures du matin.

Il travaille comme son père le faisait, méthodiquement, en empilant les bûches de trente-trois centimètres contre le mur nord. Une pause café vers seize heures, une autre pour affûter la chaîne avec la petite lime ronde rangée dans sa poche. Le soleil descend derrière les peupliers, la lumière devient dorée sur la sciure claire. Il est content de lui, la pile monte vite, et il calcule qu'il aura de quoi tenir jusqu'en février. À dix-huit heures passées, il coupe enfin le moteur, et le silence lui paraît soudain immense, presque épais, au-dessus des prés.

Le seul jour libre, choisi pour de bonnes raisons

Pourquoi le dimanche, lui demandera-t-on plus tard, et il aura une réponse toute prête, sincère et parfaitement logique. La semaine, il garde ses deux petits-enfants le mercredi, accompagne Monique chez le kiné le jeudi, et aide son fils à rénover sa salle de bains. Le samedi, il pleuvait, une pluie fine et têtue qui rend le bois glissant et la chaîne dangereuse. Le dimanche, au contraire, s'annonçait sec, lumineux, avec ce petit vent qui sèche la sciure. Pour un homme qui travaille dehors, c'était simplement le meilleur créneau de la semaine.

Il avait aussi pensé aux voisins, à sa façon, et c'est peut-être ce qui le vexera le plus ensuite. Il n'avait pas démarré le matin, pour ne pas gâcher les grasses matinées ni le déjeuner en famille des uns et des autres. Il s'était dit que l'après-midi, en plein jour, personne ne pouvait lui reprocher quoi que ce soit. Dans sa tête, le bruit n'était interdit que la nuit, après vingt-deux heures, comme dans les fêtes de village. On connaît tous ça, cette règle qu'on croit connaître depuis toujours sans l'avoir jamais lue nulle part.

Monique, elle, avait eu un léger doute en voyant l'heure, sans vraiment insister auprès de son mari. Tu ne crois pas que ça fait beaucoup, un dimanche, avait-elle lancé depuis la porte de la véranda, une tasse à la main. Gérard avait haussé les épaules sous son casque, sans vraiment entendre la question au milieu du vacarme. Il avait levé le pouce, souriant, et repris la coupe du rondin suivant. Elle était retournée à son livre, en se disant qu'au fond, chez eux, ils étaient libres de faire ce qu'ils voulaient.

« Je coupe mon bois chez moi, en plein jour, et on m'envoie la mairie comme si j'étais un délinquant. »

Une voiture ralentit, une silhouette derrière la haie

Il y avait eu un détail, pourtant, ce dimanche-là, que Gérard avait remarqué puis aussitôt oublié dans le flot du travail. Vers seize heures trente, une voiture grise avait ralenti dans le chemin, presque à l'arrêt devant le portail. Il avait cru à un promeneur égaré, à quelqu'un qui cherchait la route du gîte voisin. La voiture était repartie au bout de quelques secondes, sans que personne ne descende ni ne fasse signe. Il avait relancé le moteur, haussé les sourcils, et n'y avait plus repensé de toute la soirée.

Un peu plus tard, en allant chercher un coin dans la remise, il avait aperçu une silhouette derrière la haie de charmilles. C'était la voisine récemment installée, une femme d'une quarantaine d'années venue de Bordeaux avec son compagnon. Elle semblait téléphoner, une main contre l'oreille, tournée vers son terrain à lui. Gérard lui avait adressé un petit geste amical, auquel elle n'avait pas répondu. Sur le moment, il s'était dit qu'elle ne l'avait pas vu, avec le soleil dans les yeux et la haie entre eux.

Le lundi s'était passé sans histoire, entre une course à la quincaillerie et le rangement des dernières bûches sous l'appentis. Gérard avait même raconté sa journée au comptoir du bar-tabac, fier de ses trois stères faits en une seule après-midi. Personne n'avait relevé, sauf un vieil agriculteur qui avait marmonné quelque chose sur les nouveaux qui ne supportent plus rien. Gérard avait ri sans comprendre de quoi il parlait exactement. Ce n'est qu'en rentrant qu'il s'était souvenu de la voiture grise et de la voisine au téléphone, avec une petite gêne.

Le mardi, une enveloppe à en-tête dans la boîte

Le mardi, vers onze heures, le facteur est passé plus tôt que d'habitude, et Monique a rapporté le courrier dans la cuisine. Parmi les publicités et la facture d'électricité, une enveloppe blanche portait le logo de la mairie. Gérard l'a ouverte debout, ses lunettes de lecture remontées sur le front puis redescendues. Le maire y rappelait, en termes polis mais fermes, qu'un signalement avait été reçu pour nuisances sonores le dimanche précédent. Le courrier mentionnait un arrêté encadrant l'usage des outils bruyants, et invitait à le respecter sous peine de suites.

Sa première réaction a été la colère, une colère rouge qui lui est montée aux joues en quelques secondes. Je coupe mon bois chez moi, en plein jour, et on m'envoie la mairie comme à un délinquant, a-t-il lâché à Monique. Il a voulu aller sonner chez la voisine sur-le-champ, puis il s'est ravisé, la lettre froissée à la main. Il a appelé son beau-frère, qui lui a juré que lui coupait le dimanche depuis trente ans sans le moindre souci. Rien de tout cela ne répondait vraiment à la question posée par le courrier.

L'après-midi, il a téléphoné à la mairie, prêt à défendre son droit, persuadé d'un malentendu ou d'un excès de zèle. La secrétaire, qu'il connaît depuis l'école primaire de son fils, lui a répondu avec patience. Elle lui a expliqué qu'il ne s'agissait pas d'une sanction, mais d'un rappel, et que le maire préférait toujours commencer ainsi. Elle lui a proposé de passer prendre une copie de l'arrêté, affiché d'ailleurs près de la porte de la salle des fêtes. Gérard a raccroché, un peu désarmé, et a pris sa voiture dès le lendemain matin.

« Dans ma tête, le bruit, c'était interdit la nuit, après dix heures du soir, comme pour les fêtes de village. »

Ce que disait l'arrêté affiché depuis des années

Le papier jauni était là, sous une vitre, entre le planning du club de belote et une annonce de vide-greniers. Gérard l'a lu deux fois, lentement, en suivant les lignes du doigt comme un écolier. Les travaux de bricolage et de jardinage avec des appareils bruyants, tondeuses, tronçonneuses, perceuses ou bétonnières, y étaient encadrés par des horaires précis. En semaine, des plages larges, le samedi un peu moins, et le dimanche seulement de dix heures à midi. Son après-midi de quinze à dix-huit heures tombait entièrement en dehors de la fenêtre autorisée.

Ce qui l'a le plus surpris, c'est la secrétaire qui le lui a expliqué, en lui tendant la photocopie promise. Le bruit dérangeant n'est pas réservé à la nuit, lui a-t-elle dit, il existe aussi en journée, quand il est répétitif, intense ou durable. Ce n'était donc ni une lubie de la voisine, ni un abus de la mairie, mais une règle locale qu'il ignorait. Selon elle, ces horaires reprennent souvent un arrêté préfectoral départemental, que chaque commune peut adapter ou compléter. Gérard a hoché la tête, la feuille pliée en quatre dans la poche de sa veste.

Elle a ajouté, sans dramatiser, que la gendarmerie pouvait constater l'infraction et dresser une contravention. Elle a parlé d'une amende forfaitaire, de l'ordre de soixante-huit euros d'après ce qu'elle avait entendu, davantage si elle n'est pas payée vite. Soyons honnêtes, a-t-elle glissé en souriant, la plupart des gens l'apprennent comme vous, avec un courrier. Gérard est ressorti dans le soleil d'octobre avec l'impression étrange d'avoir enfreint une loi qu'il croyait connaître. Il a repensé à la voiture grise et compris qu'elle n'était peut-être qu'une voisine hésitant à sonner.

Une bouteille de vin et des horaires sur le frigo

Le samedi suivant, Gérard a pris une bouteille de pécharmant dans la cave et a traversé le pré jusqu'à la maison voisine. La voisine, Claire, a ouvert avec méfiance, puis s'est détendue en voyant la bouteille et son air embarrassé. Elle lui a raconté qu'elle travaille de nuit à l'hôpital de Périgueux et dort l'après-midi le week-end. Ce dimanche-là, elle avait tenté de venir lui parler, puis avait renoncé en voyant le casque et la tronçonneuse. Je n'osais pas, je ne connaissais personne ici, a-t-elle avoué en rougissant un peu.

Ils ont parlé presque une heure sur la terrasse, de bois, de gardes de nuit, des ânes du pré et de la vie au village. Gérard lui a promis de couper désormais en semaine, ou le dimanche matin s'il n'avait vraiment pas le choix. Claire lui a laissé son numéro, pour qu'il la prévienne avant une grosse journée de travaux. Le courrier de la mairie, finalement, n'a eu aucune suite, ni amende ni visite des gendarmes. Il l'a gardé dans le tiroir de la cuisine, avec la photocopie de l'arrêté, comme un rappel discret de cette semaine.

Sur le réfrigérateur, Monique a collé un post-it jaune avec les horaires autorisés, recopiés de sa plus belle écriture. Gérard le regarde parfois en souriant, en se disant qu'il aura appris quelque chose à cinquante-huit ans. Il en parle maintenant au bar-tabac, quand un autre retraité se vante de tondre le dimanche après le déjeuner. Il conseille de vérifier l'arrêté de sa commune, affiché en mairie ou disponible sur demande, avant de sortir les outils. Quant au chêne, il brûle très bien, et la pile contre le mur nord descend doucement depuis les premières gelées.

« Je travaille de nuit à l'hôpital, le dimanche après-midi c'est le seul moment où je dors vraiment. »

  • Demander en mairie l'arrêté municipal ou préfectoral qui fixe les horaires des travaux bruyants.
  • Retenir que le dimanche, ces travaux sont souvent limités à une plage courte, fréquemment 10h-12h.
  • Savoir que le tapage existe aussi en journée si le bruit est intense, répétitif ou durable.
  • Garder en tête qu'une amende forfaitaire peut être dressée après constat par les forces de l'ordre.
  • Prévenir ses voisins avant une grosse journée de tronçonneuse, de tonte ou de bétonnière.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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