Il passe la tondeuse un dimanche à 12 h 30 près de Bourges : vingt minutes plus tard, la police municipale sonne à son portail

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Le moteur a toussé deux fois avant de prendre, et l'odeur d'essence s'est mêlée à celle du rôti qui dorait dans la cuisine. Il était 12 h 30, ce dimanche de mai, dans un lotissement tranquille aux portes de Bourges. Gérard, 58 ans, a poussé la tondeuse sur la première bande d'herbe, persuadé d'avoir largement le temps avant de passer à table.

Un dimanche ordinaire dans un lotissement aux portes de Bourges

Gérard habite la maison au crépi beige depuis presque vingt ans, au bout d'une impasse où tout le monde se connaît de vue. Il a été chauffeur de car scolaire toute sa carrière, et il a gardé de ce métier un goût prononcé pour les horaires. Le samedi, c'est le marché de Bourges avec Martine, sa femme. Le dimanche, c'est le jardin le matin, puis le repas de famille, souvent avec leur fille et les deux petits-enfants qui arrivent vers treize heures.

Son jardin, c'est sa fierté discrète. Une pelouse de quatre cents mètres carrés, un massif d'hortensias, un potager modeste où poussent tomates et courgettes chaque été. Il tond tous les dix jours environ, parfois plus souvent quand le printemps est humide comme cette année. Les voisins le saluent par-dessus la haie de thuyas, échangent quelques mots sur la météo ou sur les taupes qui ravagent les terrains du quartier depuis l'hiver.

Jamais, en vingt ans, il n'a eu le moindre souci avec qui que ce soit. Pas une remarque, pas un regard de travers, pas une lettre dans la boîte. Il se considère comme un voisin correct, de ceux qui rentrent leurs poubelles et ramassent les feuilles sur le trottoir. C'est aussi pour cela que ce dimanche-là, il n'a pas une seconde imaginé que tondre sa propre pelouse puisse poser un problème à quelqu'un.

Une matinée perdue et une tondeuse sortie trop tard

Ce dimanche, pourtant, rien ne s'est passé comme prévu. Leur fille a appelé à neuf heures pour dire qu'elle viendrait finalement avec son compagnon, ce qui faisait deux couverts de plus. Martine a envoyé Gérard chercher du pain et un dessert à la boulangerie du bourg voisin. Il y avait la queue, il a croisé un ancien collègue, ils ont parlé une bonne demi-heure devant la vitrine, comme on le fait tous quand on n'a pas vu quelqu'un depuis longtemps.

Quand il est rentré, il était déjà plus de midi. L'herbe avait poussé à vue d'œil avec les pluies de la semaine, et il voulait que le jardin soit propre pour les petits qui adorent courir pieds nus. Il s'est dit qu'un dimanche, on déjeune rarement avant treize heures dans le quartier. Une petite demi-heure de tondeuse, ça passerait sans gêner personne, d'autant que plusieurs voisins étaient sans doute partis en balade.

Dans sa tête, la règle était simple et il l'avait toujours appliquée ainsi : on ne fait pas de bruit pendant le repas, on ne fait pas de bruit le soir. Le reste du temps, chacun vit sa vie. Il avait vaguement entendu parler d'horaires, à la radio ou dans le bulletin municipal, mais il pensait qu'il s'agissait de recommandations de bon sens. Martine lui a lancé depuis la fenêtre de faire vite, et il a tiré sur le lanceur.

« Je tonds ma pelouse chez moi, il n'est même pas une heure, les gens n'ont pas encore mangé. »

Un rideau qui bouge et un portail qui claque chez les voisins

Les premières minutes ont été tranquilles. Le moteur ronronnait, l'herbe coupée s'accumulait dans le bac, et Gérard suivait ses bandes bien droites comme il aime le faire. À un moment, il a remarqué que le rideau de la maison d'en face, celle d'un couple arrivé l'automne dernier, s'écartait légèrement. Il a levé la main pour saluer, par réflexe. Le rideau est retombé aussitôt, sans réponse, et il n'y a plus pensé.

Un peu plus tard, il a entendu un portail claquer de l'autre côté de la haie. Une voix d'homme a dit quelque chose qu'il n'a pas compris à cause du bruit du moteur. Il a cru à une dispute de famille, ou à un enfant qui sortait le chien. Soyons honnêtes, quand on a les oreilles pleines du vacarme d'une tondeuse thermique, on n'entend plus grand-chose du monde qui nous entoure.

Il a vidé le bac une première fois dans le composteur, au fond du jardin, puis il a repris côté rue. C'était la partie la plus visible, celle qu'il voulait impeccable pour l'arrivée de sa fille. Il était un peu moins de treize heures, et il lui restait peut-être dix minutes de travail. C'est à ce moment-là qu'il a vu, en se retournant, une voiture blanche aux bandes bleues s'arrêter lentement devant chez lui.

Deux agents au portail et un repas qui refroidit

Il a d'abord pensé à un accident dans la rue, ou à une recherche de personne. Il a coupé le moteur, et le silence soudain lui a paru étrange, presque lourd. Deux agents de la police municipale sont descendus, une femme et un homme assez jeunes, polis mais visiblement là pour lui. Ils ont sonné au portail alors qu'il était à quelques mètres, les mains encore pleines d'herbe. Martine est sortie sur le perron, le torchon à l'épaule.

L'agente lui a expliqué calmement qu'un signalement avait été fait pour nuisances sonores. Gérard a d'abord ri, pensant à une erreur. Il a répondu, je tonds ma pelouse chez moi, il n'est même pas une heure, les gens n'ont pas encore mangé. Elle a hoché la tête et lui a demandé s'il connaissait les horaires fixés pour les travaux bruyants dans la commune. Il a dû admettre que non, pas vraiment, pas précisément en tout cas.

Il a voulu appeler son voisin de droite, un ancien conseiller municipal, pour vérifier. Celui-ci n'a pas répondu. Martine a tenté de défendre son mari en expliquant la matinée chaotique, la boulangerie, la famille qui arrivait. Les agents ont écouté sans s'impatienter. Pendant ce temps, dans le four, le rôti continuait de cuire, et la voiture de leur fille venait de se garer derrière celle de la police, ce qui a ajouté une gêne supplémentaire.

« Vingt ans dans cette maison, et je n'avais jamais lu ce fichu arrêté, je pensais que c'était du bon sens. »

Ce n'était ni une vengeance ni une règle de bon sens

L'agente a sorti de sa tablette le texte qui s'appliquait. Dans la commune, comme dans beaucoup d'autres, un arrêté encadre l'usage des tondeuses, taille-haies, perceuses ou tronçonneuses chez les particuliers. Le dimanche et les jours fériés, la plage autorisée se limitait à 10 h-12 h. Passé midi, plus de tondeuse jusqu'au lendemain. Gérard est resté un moment sans rien dire, le regard sur son bout de pelouse encore hirsute le long de la clôture.

Elle lui a précisé que ces horaires étaient fixés par arrêté préfectoral ou municipal, et qu'ils variaient d'une commune à l'autre, parfois de quelques kilomètres seulement. Gérard a dit, à Saint-Doulchard, chez mon frère, il me semblait que c'était différent. Elle a répondu que c'était possible, justement, et que c'est pour cela qu'il faut se renseigner à sa mairie plutôt que de se fier à ce qu'on croit savoir.

Ce jour-là, les agents se sont contentés d'un rappel à la règle, en notant son identité. Ils lui ont expliqué que la verbalisation restait possible en cas de récidive. Le signalement venait bien des nouveaux voisins d'en face, dont le bébé faisait sa sieste au moment où la tondeuse a démarré. Pas de rancune ancienne, pas de calcul : juste un horaire que Gérard ignorait et qu'eux, fraîchement installés, avaient lu dans le bulletin.

Ce que Gérard a vérifié en mairie dès le lundi matin

Le repas a fini par avoir lieu, avec une heure de retard et un rôti un peu sec. Les petits-enfants ont trouvé l'histoire très drôle, la fille de Gérard un peu moins. Le lundi, il est allé à la mairie demander le texte exact. L'employée lui a imprimé l'arrêté, qu'il a affiché sur la porte du garage, à côté du calendrier des pompiers. Il dit qu'il ne veut plus jamais revivre ce moment devant son portail.

Il a découvert que les jours ouvrables offraient des plages plus larges, avec une coupure à l'heure du déjeuner, et que le samedi avait aussi ses propres horaires. Rien de très compliqué, finalement, une fois qu'on a le papier sous les yeux. On connaît tous ce réflexe de croire que le bon sens suffit, alors que la règle est écrite quelque part, souvent sur le site de la commune ou dans le bulletin municipal.

Quelques jours plus tard, Gérard a traversé la rue avec une barquette de fraises du potager. Il a sonné chez le jeune couple, s'est excusé pour la sieste du bébé. Ils ont parlé une dizaine de minutes sur le trottoir, gênés au début, puis plus détendus. Depuis, il tond le dimanche à dix heures pile, quand il tond. Et lorsqu'il va chez son frère, il demande d'abord les horaires de la commune avant de toucher au taille-haie.

« Quand j'ai vu la voiture blanche s'arrêter devant chez moi, j'ai cru qu'il était arrivé quelque chose dans la rue. »

  • Demandez en mairie l'arrêté qui fixe les horaires de bruits de jardinage et de bricolage.
  • Vérifiez aussi l'arrêté préfectoral de votre département, qui peut s'appliquer à défaut de texte municipal.
  • Le dimanche et les jours fériés, la plage autorisée se limite souvent à 10 h-12 h.
  • Les horaires changent d'une commune à l'autre : renseignez-vous avant de bricoler chez un proche.
  • Affichez le texte près de vos outils pour ne plus avoir à vous fier à votre mémoire.
  • En cas de signalement, un échange courtois avec le voisin apaise souvent la situation.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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