À 62 ans, Gérard prend sa retraite près de Clermont-Ferrand : fin octobre, sa complémentaire tombe, mais la Carsat ne verse toujours rien

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Le café refroidissait dans le bol, la radio murmurait la météo des volcans. Ce matin du 31 octobre, à Cournon-d'Auvergne, Gérard avait ouvert l'application de sa banque vers huit heures, comme on vérifie la porte avant de partir. Une ligne verte, l'Agirc-Arrco. Rien d'autre. Il a fait défiler l'écran trois fois, le pouce un peu raide, pendant que Martine rinçait la cafetière.

Quarante-deux ans d'usine, puis un premier octobre enfin libre

Gérard a 62 ans et il a passé quarante-deux années dans une usine de pneumatiques de la banlieue clermontoise. Il a commencé en apprentissage, fini technicien de maintenance, avec des horaires en trois-huit pendant presque vingt ans. Son dos s'en souvient, ses oreilles aussi. La maison de Cournon, achetée en 1994, est payée depuis longtemps. Il reste la vieille Clio, le potager derrière le garage, et ce camping-car d'occasion qu'ils ont acheté au printemps, en se disant qu'ils le rembourseraient tranquillement avec la retraite.

Martine, sa femme, travaille encore à mi-temps dans une pharmacie du centre-ville, il lui reste deux ans avant de partir. À eux deux, ils ont toujours tenu leurs comptes avec sérieux, un cahier à spirale rangé dans le buffet, les dépenses notées au stylo bleu. Gérard n'a jamais été à découvert de sa vie, il le dit avec une certaine fierté. Les grosses dépenses sont prévues, les petites surveillées. Pour eux, l'argent n'a jamais été un sujet de dispute, plutôt une affaire de méthode.

Son dernier jour à l'usine, le 30 septembre, les collègues lui ont offert une canne à pêche et un gâteau au chocolat trop sucré. Il a serré des mains pendant une heure, la gorge un peu nouée. Le lendemain, premier octobre, il s'est réveillé à six heures par habitude, puis s'est rendormi avec délice. Je me suis dit que j'avais gagné ce droit-là, celui de ne plus regarder le réveil, raconte-t-il aujourd'hui en souriant. Tout semblait en ordre, le dossier validé depuis l'été.

Un dossier bouclé tôt et un budget calé au centime

Gérard avait fait les choses dans les règles, et même en avance. Dès le mois de mars, il avait déposé sa demande de retraite en ligne, sur le site commun aux régimes, avec l'aide de son fils Julien. Ils avaient scanné les bulletins de salaire manquants, vérifié le relevé de carrière ligne par ligne. En juillet, la notification de la Carsat Auvergne était arrivée par courrier, avec le montant de la pension de base. Quelques semaines plus tard, l'Agirc-Arrco confirmait à son tour la complémentaire.

Avec ces deux courriers sous les yeux, il a refait son budget dans le fameux cahier à spirale. La pension de base, un peu plus de mille quatre cents euros, et la complémentaire, autour de huit cents. Il a additionné les deux, soustrait les charges, la mensualité du camping-car, l'assurance, les impôts prélevés à la source. Le compte tombait juste, avec une petite marge. Il a donc maintenu tous les prélèvements à leur date habituelle, début de mois, comme quand le salaire arrivait le dernier jour ouvré.

Dans sa tête, la logique était simple, et soyons honnêtes, beaucoup auraient raisonné comme lui. Un salaire tombe à la fin du mois travaillé, donc une pension tombe à la fin du premier mois de retraite. Il n'a pas imaginé une seconde que les deux caisses puissent fonctionner selon des calendriers différents. Pour moi, la retraite c'était un salaire en moins fatigant, dit-il. Martine, elle, avait vaguement entendu une cliente parler d'un décalage, mais elle n'y avait pas prêté attention ce jour-là.

« Je me suis dit que j'avais gagné ce droit-là, celui de ne plus regarder le réveil le matin. »

Une ligne verte au début du mois, et un silence ensuite

Le premier détail curieux est arrivé dès les premiers jours d'octobre. Le virement de l'Agirc-Arrco est apparu sur le compte alors qu'il venait à peine de quitter l'usine. Gérard a trouvé ça étonnant, presque trop rapide, mais plutôt agréable. Il s'est dit que la complémentaire avait de l'avance, que tout le reste suivrait naturellement. Il en a même plaisanté au téléphone avec son frère, en disant qu'il était payé avant d'avoir commencé à se reposer. Personne n'a relevé.

Pendant ce temps, octobre a déroulé ses prélèvements habituels. L'électricité, la mutuelle, le crédit du camping-car, le forfait téléphonique. Le compte baissait normalement, sans alerte. Le dernier salaire de septembre, versé fin septembre, faisait encore office de coussin. Gérard s'occupait du potager, ramassait les dernières courges, réparait la clôture du voisin. On connaît tous ces premières semaines où l'on ne regarde plus vraiment la date. Les jours se ressemblaient, agréablement, et la banque n'était plus qu'une icône sur l'écran.

Puis est arrivé ce matin du 31 octobre et cette seule ligne verte. Le relevé affichait le versement complémentaire du début du mois, et rien de la Carsat. Gérard a vérifié le numéro de compte sur la notification de juillet, c'était le bon. Il a regardé la date du jour, puis celle des prélèvements de novembre, qui tomberaient dès le lendemain. Le solde suffirait à peine pour la mensualité du camping-car. Martine a posé le torchon et s'est assise en face de lui, sans un mot.

Des appels sans réponse et une nuit à refaire les comptes

Ce jour-là, Gérard a d'abord pensé à une erreur de dossier. Il a appelé le numéro de l'Assurance retraite vers neuf heures, puis à dix, puis en début d'après-midi. Musique d'attente, message enregistré, temps d'attente estimé trop long. Il a raccroché trois fois, la mâchoire serrée. Julien, joint au travail, a proposé de se connecter à son espace personnel en ligne. Le site indiquait bien que la retraite était attribuée, avec la date d'effet au premier octobre, mais aucun paiement listé.

Ça a été le moment le plus désagréable, se souvient-il. J'avais l'impression que mon dossier avait disparu quelque part entre deux bureaux, ajoute-t-il. Le soir, il a ressorti le cahier et refait les comptes de novembre. Sans la pension de base, le mois ne passait pas. Il fallait reporter des dépenses, peut-être appeler la banque pour une autorisation de découvert, chose qu'il n'avait jamais faite. Martine proposait d'avancer l'argent sur son propre salaire. Il refusait, par orgueil autant que par principe.

Le lendemain, il est allé à l'accueil de son agence bancaire à Cournon. Le conseiller, un jeune homme poli, a vérifié qu'aucun virement n'avait été rejeté. Rien de bloqué, rien de refusé, simplement rien d'arrivé. Il a évoqué, sans certitude, un possible délai de mise en paiement. Gérard est reparti avec un rendez-vous pour le mardi suivant et le sentiment pénible de ne rien maîtriser. Dans la voiture, il a imaginé une lettre recommandée, un recours, une erreur sur ses trimestres. Il ne dormait plus très bien.

« Pour moi, la retraite c'était un salaire, juste en moins fatigant, je n'ai pas cherché plus loin. »

Le neuf novembre, la pension de base arrive enfin

C'est une voisine, Josiane, ancienne secrétaire dans un cabinet comptable, qui a mis fin au mystère, un après-midi par-dessus la clôture. Elle a écouté Gérard raconter son histoire, puis elle a souri. Tu n'as rien perdu, tu as juste un mois de retard dans ta tête, lui a-t-elle dit. Pour elle, la situation était banale. Elle avait vécu exactement la même chose trois ans plus tôt, avec la même angoisse, le même téléphone qui sonnait dans le vide.

Elle lui a expliqué ce que Gérard ignorait. La pension du régime général, celle de la Carsat, est versée à terme échu : la retraite d'octobre est payée en novembre, aux alentours du 9 du mois. À l'inverse, l'Agirc-Arrco verse la complémentaire en début de mois, pour le mois qui commence. Voilà pourquoi une ligne était arrivée si vite et l'autre pas du tout. Aucun dossier perdu, aucune erreur. Simplement deux calendriers qui ne se ressemblent pas et dont personne ne lui avait vraiment parlé.

Le 9 novembre au matin, Gérard a ouvert l'application avant même de faire le café. Une deuxième ligne verte s'affichait enfin : pension de retraite, Carsat, montant conforme à la notification. Il a eu un rire bref, nerveux, presque gêné. J'ai passé dix jours à imaginer le pire pour un simple calendrier, a-t-il soufflé à Martine. Elle lui a rappelé qu'il avait refusé son aide par fierté. Il n'a pas répondu, mais il a rayé dans le cahier la mention urgent qu'il avait écrite en rouge.

Un mois de trou à prévoir et un cahier réorganisé

Avec le recul, Gérard parle de ce mois comme d'un trou d'air dans son budget. Le dernier salaire est tombé fin septembre, la complémentaire début octobre, mais la pension de base d'octobre n'est arrivée que le 9 novembre. Entre les deux, il a dû faire tenir un mois entier avec une seule des deux pensions. Dans son cas, l'écart représentait environ mille quatre cents euros. Il s'en est sorti avec un petit découvert ponctuel, accordé sans frais excessifs par sa banque, et quelques dépenses repoussées.

Il a ensuite tout réorganisé. Le prélèvement du camping-car a été décalé au 12 du mois, après l'arrivée de la pension de base. L'électricité reste au début du mois, couverte par la complémentaire. Il parle désormais de deux salaires qui ne tombent pas le même jour. Si c'était à refaire, je garderais un mois d'avance sur le compte courant avant de partir, dit-il. Il insiste, c'est son expérience à lui, avec ses chiffres, pas une règle valable pour tout le monde.

Depuis, il raconte l'histoire à ses anciens collègues qui approchent de la retraite. Deux d'entre eux partent au printemps, et ni l'un ni l'autre ne connaissait ce décalage. Gérard leur conseille, à sa manière, de regarder leur propre calendrier de versements et de mettre un peu d'argent de côté pendant les derniers mois de travail. Le camping-car, lui, est toujours garé devant la maison. Ils sont partis en Lozère fin novembre, trois jours, en payant le gasoil sans regarder le compte avant chaque plein.

« J'avais l'impression que mon dossier avait disparu quelque part entre deux bureaux de la Carsat. »

  • La pension de base de la Carsat est versée à terme échu, vers le 9 du mois suivant.
  • La complémentaire Agirc-Arrco est versée en début de mois, pour le mois en cours.
  • Le premier mois, prévoir l'équivalent d'une pension de base de réserve sur le compte.
  • Décaler les gros prélèvements après le 10 du mois pour éviter les découverts.
  • Vérifier dans son espace personnel en ligne la date d'effet et le calendrier des paiements.
  • En cas de doute, contacter sa banque avant la fin du premier mois pour anticiper.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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