À 63 ans, Monique attend sa première pension à Clermont-Ferrand : fin septembre, son compte bancaire affiche toujours zéro euro de retraite

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Le 30 septembre, à sept heures et quart, la bouilloire sifflait dans la petite cuisine de Monique, rue de l'Oradou à Clermont-Ferrand. Elle avait posé sa tablette contre le pot de sucre, ouvert l'application de sa banque, et faisait défiler les lignes du doigt. Dehors, un bus freinait au carrefour. Sur l'écran, pas la moindre trace de sa première pension de retraite.

Trente-huit ans de comptabilité, puis une première matinée libre

Monique a soixante-trois ans et elle a passé trente-huit années dans le service comptable d'une entreprise de pneumatiques. Elle connaît les chiffres, les échéances, les virements qui arrivent à date fixe. Son salaire tombait chaque mois le vingt-huit, avec la régularité d'une horloge, et elle n'y avait jamais vraiment pensé. C'était une donnée du paysage, comme la chaîne des Puys qu'elle voit au loin depuis la fenêtre de son salon.

Le 31 août, ses collègues lui avaient offert un pot de départ, une plante verte et un bon pour un week-end en Auvergne thermale. Le lendemain, premier septembre, elle s'était réveillée sans réveil pour la première fois depuis des décennies. Elle avait pris son café lentement, sur le balcon, en écoutant les voisins partir travailler. Elle se souvient d'avoir pensé que la vie allait enfin ralentir un peu, sans mauvaise surprise.

Son mari, Gérard, est parti trois ans plus tôt, et elle vit seule depuis dans leur appartement de quatre pièces. Elle a une petite Clio grise, un abonnement à la médiathèque et une fille, Sandrine, installée à Lyon. Sa situation est simple, se disait-elle, et son dossier de retraite avait été validé sans difficulté au printemps. Elle avait même reçu le courrier de notification, avec le montant mensuel imprimé noir sur blanc.

Un dossier bouclé tôt et un budget calé sur septembre

Monique avait fait les choses en ordre, comme elle a toujours fait. Elle avait déposé sa demande six mois avant la date choisie, rassemblé ses relevés de carrière et vérifié chaque trimestre. Quand le montant de sa pension de base lui avait été notifié, elle avait sorti un cahier à spirale. Elle y avait recalculé son budget mensuel, ligne par ligne, en partant de cette nouvelle somme plus modeste que son salaire.

Dans sa tête, le raisonnement était limpide : elle cessait de travailler le premier septembre, donc la retraite prenait le relais en septembre. Le dernier salaire était tombé fin août, la première pension arriverait fin septembre. Elle avait programmé ses prélèvements en conséquence, le loyer du garage, l'assurance, l'électricité. Elle avait aussi prévu de payer en septembre la révision de la voiture et un nouveau matelas, repoussés depuis l'hiver.

Sandrine lui avait bien demandé au téléphone si elle avait un peu d'avance, au cas où. Monique avait répondu en riant que tout était sous contrôle, qu'elle avait toujours tenu les comptes des autres. Je ne vais pas me faire avoir sur les miens, avait-elle dit, je sais compter jusqu'à trente. Sa fille n'avait pas insisté. Le matelas avait été livré le douze septembre, la révision faite le dix-neuf.

« Je ne vais pas me faire avoir sur mes propres comptes, je sais compter jusqu'à trente quand même. »

Le solde qui descend un peu plus vite que prévu

Vers le vingt septembre, Monique a remarqué que son compte courant descendait plus bas que d'habitude. Rien d'alarmant, pensait-elle, c'était normal avec les dépenses exceptionnelles du mois. Le salaire d'août avait déjà absorbé la fin du mois précédent, et la prime de départ restait modeste. Elle a regardé le chiffre, a froncé les sourcils, puis a refermé l'application pour aller marcher au jardin Lecoq.

Le vingt-huit, jour où son salaire tombait autrefois, elle a ouvert l'application par réflexe. Rien, évidemment, puisqu'elle ne touchait plus de salaire. Elle s'est dit que la caisse de retraite avait sans doute son propre calendrier, un ou deux jours plus tard. Le vingt-neuf, toujours rien. Elle a mis ça sur le compte d'une banque un peu lente, ou d'un week-end mal placé.

Le trente au matin, devant la bouilloire, elle a fait défiler l'écran trois fois de suite. Le prélèvement de l'assurance était passé, celui de l'électricité aussi. Le solde affichait cent quarante euros, et aucune ligne ne portait le nom de la caisse. Soyons honnêtes, elle a d'abord pensé à une panne d'application. Elle s'est connectée sur l'ordinateur, puis a appelé le serveur vocal de la banque.

Une matinée au téléphone et une colère qui grandit

La conseillère bancaire a été aimable mais formelle : aucun virement en attente, aucun rejet, rien de bloqué. Monique a raccroché avec la conviction que le problème venait de la caisse. Elle a cherché le numéro sur son courrier de notification, a patienté vingt-cinq minutes en musique d'attente. Pendant ce temps, elle imaginait son dossier égaré quelque part, une erreur de coordonnées bancaires, un chiffre inversé dans son relevé.

Ils ont dû perdre mon RIB, je ne vois que ça, a-t-elle dit à Sandrine, qui l'appelait à midi. Sa fille a proposé de lui virer trois cents euros tout de suite. Monique a refusé d'abord, par fierté, puis accepté le soir, quand le prélèvement du garage s'est présenté. Elle a très mal dormi cette nuit-là, ruminant les démarches à engager, les lettres recommandées à écrire.

Le lendemain, premier octobre, elle a pris le bus jusqu'à un point d'accueil retraite, sans rendez-vous. Elle avait glissé dans son sac la notification, ses relevés et un relevé bancaire imprimé. Dans la file, une femme plus âgée lui a dit qu'elle avait vécu la même chose, des années plus tôt. Monique ne l'a pas vraiment écoutée. Elle répétait dans sa tête la phrase qu'elle comptait dire au guichet.

« Ils ont dû perdre mon RIB, je ne vois que ça, sinon l'argent serait là depuis deux jours. »

Au guichet, la pension de septembre arrive en octobre

L'agent, un homme d'une cinquantaine d'années aux lunettes relevées sur le front, a tapé son numéro de sécurité sociale. Il a regardé l'écran, puis l'a tourné vers elle. Votre dossier est parfait, madame, votre première pension sera versée autour du neuf octobre. Monique a cru qu'il se trompait de mois. Il lui a expliqué, calmement, que la retraite de base est payée à terme échu.

Concrètement, la pension de septembre rémunère le mois écoulé, et elle est versée après, vers le neuf du mois suivant. Le salaire, lui, tombait souvent à la fin du mois travaillé. Entre les deux, il y a donc un premier mois sans rentrée, presque six semaines entre le dernier salaire et la première pension. On voit ça toutes les semaines, a-t-il ajouté, les gens pensent tous à une erreur.

Monique est restée un long moment assise, son sac sur les genoux, un peu honteuse et un peu soulagée. Rien n'était perdu, la somme arriverait bien, simplement plus tard qu'elle ne l'avait calculé. Je suis comptable, j'ai passé ma vie avec des décalages de trésorerie, et je n'ai pas vu le mien, a-t-elle soufflé. L'agent a souri. Il lui a rappelé que sa complémentaire suivait ses propres règles, à vérifier aussi.

Ce que Monique conseille désormais à ses anciennes collègues

Le neuf octobre, la ligne est apparue sur son relevé, avec le nom de la caisse et le montant exact annoncé. Monique a remboursé Sandrine le jour même, puis a repris son cahier à spirale. Elle a compris que ce décalage ne coûtait rien en soi, mais qu'il pouvait coûter cher en agios ou en rejets de prélèvement. Dans son cas, une seule dépense repoussée aurait suffi à tout éviter.

Depuis, elle en parle à toutes ses anciennes collègues qui approchent de la date. On connaît tous ça, les projets qu'on se promet pour le premier mois de liberté, le voyage, les travaux, les cadeaux. Elle leur dit de garder ces envies pour octobre ou novembre. Et elle conseille de mettre de côté, avant le départ, l'équivalent d'un mois et demi de dépenses courantes, au minimum.

Elle a aussi pris l'habitude de regarder son espace en ligne, où les dates de paiement sont indiquées. Aujourd'hui, le neuf de chaque mois, elle sait ce qui l'attend, et elle a recalé ses prélèvements après le dix. Elle rit encore de cette matinée devant la bouilloire. Mais quand une amie lui annonce sa date de départ, elle lui demande d'abord combien elle a sur son compte.

« J'ai passé ma vie avec des décalages de trésorerie, et je n'ai pas vu venir le mien. »

  • La retraite de base est versée à terme échu, vers le 9 du mois suivant le mois concerné.
  • Prévoir environ six semaines entre le dernier salaire et la première pension de base.
  • Mettre de côté au moins un mois et demi de dépenses courantes avant le départ.
  • Reporter les grosses dépenses et décaler les prélèvements après le 10 du mois.
  • Vérifier séparément le calendrier de versement de la retraite complémentaire.
  • Consulter son espace retraite en ligne, où figurent les dates de paiement.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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