Elle achète le même paquet de biscuits à 2,49 euros depuis des années : au rayon, une affichette jaune annonce cinquante grammes de moins

Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News

Le samedi, vers neuf heures et demie, le supermarché sent encore le pain chaud et le carton mouillé. Le chariot de Monique grince toujours de la même roue avant gauche. Dans l'allée des biscuits, elle tend la main vers le paquet bleu sans même regarder. Puis elle s'arrête : une petite affichette blanche et jaune, collée sur le bord du rayon, n'était pas là la semaine dernière.

Le même paquet bleu, chaque samedi depuis plus de dix ans

Monique a 68 ans et elle a été secrétaire dans un cabinet de géomètres pendant presque quarante ans. Depuis sa retraite, elle fait ses courses le samedi matin, toujours dans le même supermarché, à dix minutes de chez elle en voiture. Elle connaît les allées par cœur, sait où les produits changent de place et repère vite les caissières nouvelles. Ses courses tiennent sur une liste écrite au dos d'une enveloppe, toujours dans le même ordre. Les biscuits arrivent juste après le café, avant les produits laitiers.

Le paquet bleu, ce sont des sablés au beurre qu'elle achète pour ses petits-enfants, Hugo et Jeanne, qui viennent le mercredi après-midi. Elle en garde aussi un pour elle, rangé dans la boîte en fer de la cuisine. Le goûter du mercredi est devenu un rituel, avec le chocolat chaud et les sablés étalés sur une assiette à fleurs. Les enfants les comptent, se les disputent un peu, et il en reste rarement. Monique sait à peu près combien il y en a dans un paquet, sans jamais y avoir vraiment pensé.

Le prix, elle le connaît aussi : 2,49 euros, depuis un bon moment. Il avait augmenté une fois, il y a deux ou trois ans, comme tout le reste, et elle avait soupiré en le voyant. Depuis, il ne bougeait plus, et cette stabilité la rassurait d'une certaine manière. Avec sa pension, elle fait attention à chaque ligne du ticket de caisse, sans pour autant tenir des comptes stricts. Le paquet bleu faisait partie des choses fiables, de celles qu'on met dans le chariot sans se poser de question.

Une confiance tranquille dans un prix qui ne bouge plus

Son mari, Gérard, décédé il y a cinq ans, était celui qui comparait les prix dans la famille. Il lisait les étiquettes avec ses lunettes au bout du nez et revenait parfois avec deux marques différentes pour goûter. Monique, elle, avait pris le parti inverse : rester fidèle aux produits qu'elle connaît pour ne pas perdre de temps. Elle se disait qu'une marque qui garde son prix est une marque honnête. C'était une manière simple de faire ses courses, et pendant longtemps elle n'a pas eu de raison d'en changer.

Ce samedi-là, elle avait d'ailleurs prévu d'en prendre deux paquets au lieu d'un. Hugo fêtait ses neuf ans le mercredi suivant, et elle voulait préparer un plateau plus garni que d'habitude. Elle avait fait son calcul à la maison, sur un coin de table : deux paquets, à peu près cinq euros. Ça rentrait dans son budget de la semaine, avec la galette des rois qu'elle comptait aussi acheter. Tout était prévu, jusqu'à la bougie numérotée qu'elle avait trouvée au bazar du centre-ville.

Soyons honnêtes, on connaît tous ce réflexe de prendre un produit sans vérifier ce qu'il y a dedans. On regarde le prix, parfois la date, rarement le poids écrit en petit sur le côté. Monique ne faisait pas exception, et elle n'en avait aucune honte. Elle jugeait qu'à son âge, elle avait mérité de faire ses courses sans transformer chaque rayon en enquête. Le paquet avait la même couleur, le même dessin de moulin à vent, le même prix affiché. Il n'y avait rien à vérifier.

« J'ai relu deux fois, je croyais vraiment que quelqu'un s'était trompé de carton en remplissant le rayon. »

L'affichette jaune que personne ne semblait lire dans l'allée

L'affichette était petite, à peine plus grande qu'une carte de visite, glissée dans le porte-étiquette sous le prix. Monique a dû se pencher et remonter ses lunettes pour la lire. Il y était écrit que la quantité du produit avait diminué et que le prix au kilo avait donc augmenté. On y lisait l'ancien poids, 200 grammes, et le nouveau, 150 grammes. Elle a relu deux fois, pensant d'abord à une erreur d'étiquetage ou à un vieux carton oublié par un employé.

Autour d'elle, les autres clients passaient sans s'arrêter. Une jeune femme avec une poussette a attrapé le même paquet bleu sans même baisser les yeux vers le rayon. Monique a failli lui dire quelque chose, puis elle s'est retenue, un peu gênée. Elle a retourné le paquet dans sa main et cherché le poids sur l'emballage. Il était bien là, en bas à droite, en tout petits caractères : 150 grammes. Le paquet lui a semblé exactement de la même taille que d'habitude.

Elle a mis les deux paquets dans son chariot quand même, par habitude et parce que l'anniversaire approchait. Mais en continuant ses courses, elle y repensait sans cesse. Dans le rayon des céréales, elle a cru voir une autre affichette du même genre, au loin. Elle ne s'est pas approchée, par lassitude. Ce n'est qu'à la caisse, en voyant le ticket défiler, qu'elle s'est dit à voix basse, pour elle-même : pour le même prix, il y en a un quart de moins, quand même.

Un goûter d'anniversaire trop vite terminé et des coups de fil

Le mercredi, Hugo et Jeanne sont arrivés à quinze heures, les joues rouges de froid. Monique a disposé les sablés sur l'assiette à fleurs, avec la bougie plantée dans la galette. Les deux paquets ont été vidés plus vite que prévu, et Jeanne a réclamé encore un biscuit. Monique a ouvert la boîte en fer pour prendre son propre paquet, celui de la semaine d'avant. En le versant, elle a vu la différence : il y avait nettement plus de sablés dans l'ancien paquet que dans les nouveaux.

Le soir même, elle a appelé sa fille, Claire, qui travaille dans une agence immobilière à Tours. Claire a d'abord ri, puis elle a écouté plus sérieusement quand sa mère a parlé de l'affichette. Elle lui a dit que ce genre de pratique avait un nom, la réduflation, et que tout le monde s'en plaignait au bureau. Ce qui a étonné Monique, c'est que le magasin le signale lui-même. Elle soupçonnait une initiative isolée, peut-être le geste d'un chef de rayon un peu scrupuleux.

Le lendemain, elle est retournée au supermarché pour poser la question à l'accueil. La jeune femme derrière le comptoir ne savait pas trop, et elle a appelé un responsable. L'homme, en polo bleu marine, est arrivé en s'essuyant les mains et lui a parlé d'une obligation. Monique n'a pas bien compris tout ce qu'il disait, et elle a eu l'impression qu'il récitait. Elle est repartie avec plus de questions qu'avant, en se demandant combien d'autres produits de son chariot avaient fondu sans prévenir.

« Pour le même prix, il y en a un quart de moins, quand même, et le paquet a exactement la même taille. »

Ce n'était pas une faveur du magasin mais une règle

C'est Claire qui a fini par trouver l'explication, en cherchant un soir sur son ordinateur. Depuis le 1er juillet 2024, un arrêté oblige les grandes et moyennes surfaces à signaler aux clients les produits dont la quantité a baissé sans que le prix baisse en proportion. L'affichette doit rester en rayon pendant deux mois après la mise en vente du produit réduit. Elle doit indiquer le changement de quantité et la hausse du prix au kilo ou au litre qui en découle.

Monique a mis un moment à digérer l'information. Ce qu'elle avait pris pour un geste d'honnêteté de la marque était en réalité une contrainte imposée au magasin. La marque, elle, n'avait rien annoncé du tout : même dessin, même couleur, même format de boîte. Ce n'était donc ni une promotion ni un rappel de produit, mais une hausse de prix déguisée. Elle a sorti une calculette de son tiroir, celle de Gérard, et elle a refait le calcul en appuyant fort sur les touches.

À 200 grammes pour 2,49 euros, le kilo lui revenait à 12,45 euros. À 150 grammes pour le même prix, le kilo passait à 16,60 euros. Elle a regardé l'écran de la calculette un long moment. Ça faisait environ un tiers de plus, a-t-elle dit à Claire au téléphone, et sans que personne ne change le chiffre sur l'étiquette. Ce chiffre-là, le prix au kilo, figurait pourtant déjà sur l'étiquette du rayon, en plus petit. Elle ne l'avait simplement jamais regardé.

Le samedi suivant, Monique lit d'abord la petite ligne du kilo

Depuis, ses courses du samedi durent un peu plus longtemps, et elle ne s'en plaint pas. Elle a pris l'habitude de regarder la ligne du prix au kilo, sous le prix principal, avant de mettre un produit dans son chariot. Elle compare aussi les marques de distributeur, que Gérard achetait autrefois et qu'elle boudait. Pour les sablés, elle a trouvé un paquet de 250 grammes un peu moins cher au kilo, que les enfants ont trouvé bons. Jeanne a juste dit qu'ils étaient moins sucrés.

Elle sait que l'affichette ne dure que deux mois et qu'ensuite, plus rien ne signalera le changement. C'est ce qui la gêne le plus, explique-t-elle à sa voisine sur le palier : si on rate le moment, on ne le saura jamais. Alors elle note sur son enveloppe le poids de quelques produits qu'elle achète souvent. Café, beurre, céréales, compote : tout y passe, en petits chiffres à côté du nom. Elle compte vérifier de temps en temps, sans en faire une obsession.

Sur un an, elle estime que ces quelques grammes perdus ici et là lui coûtent plusieurs dizaines d'euros. Ce n'est pas une ruine, mais c'est de l'argent qu'elle préfère mettre ailleurs, dans les cadeaux de ses petits-enfants par exemple. Elle a gardé l'affichette jaune, décollée discrètement le dernier jour, aimantée sur son réfrigérateur. Quand Hugo lui a demandé ce que c'était, elle a souri et lui a répondu que c'était un petit papier qui lui avait appris à lire les étiquettes jusqu'au bout.

« Je pensais que le magasin était honnête de le dire, en fait c'est la loi qui l'oblige. »

  • Regarder le prix au kilo ou au litre, affiché en petit sous le prix principal en rayon.
  • Repérer les affichettes de réduction de quantité, obligatoires en grande surface depuis juillet 2024.
  • Se rappeler que ce signalement ne dure que deux mois après la mise en vente du produit réduit.
  • Noter le poids des produits achetés souvent pour comparer d'une semaine à l'autre.
  • Comparer avec les marques de distributeur, parfois moins chères au kilo.
  • Vérifier le poids imprimé sur l'emballage, même quand le format semble identique.

Suivi de l'histoire

Partager :WhatsAppFacebookX
Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

Articles: 1136