Elle achète une friteuse à air affichée moins quarante pour cent à Metz : trois semaines plus tôt, elle l’avait vue au même prix

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Le samedi matin, la zone commerciale d'Augny sentait le café de station-service et le bitume mouillé. Nadine poussait un chariot dont une roue grinçait à chaque mètre. Il était dix heures dix. Au bout de l'allée du petit électroménager, une étiquette rouge vif clignotait presque sous les néons : friteuse à air, moins quarante pour cent, prix barré, offre limitée.

Un samedi ordinaire dans les allées d'une zone commerciale de Metz

Nadine a cinquante-huit ans et travaille comme aide-comptable dans un cabinet du quartier de la gare, à Metz. Elle vit avec Gérard, retraité de la SNCF, dans une maison mitoyenne de Montigny-lès-Metz. Le samedi matin, c'est leur rituel depuis des années : courses à la zone commerciale, puis café chez sa sœur. Gérard reste souvent dans la voiture avec la radio, et Nadine fait le tour des rayons à son rythme. Elle aime prendre son temps, comparer, retourner les boîtes pour lire les petites lignes.

Elle ne se considère pas comme une acheteuse impulsive, plutôt l'inverse. Dans la famille, c'est elle qu'on appelle quand il faut choisir un lave-linge ou un téléphone. Elle garde ses tickets dans une boîte à chaussures, rangés par mois, et note ses grosses dépenses dans un carnet à spirale. Gérard s'en amuse gentiment, il dit qu'elle tiendrait les comptes d'une mairie. Elle répond qu'avec deux retraites qui approchent, mieux vaut savoir où part chaque euro.

Ce matin-là, elle n'était pas venue pour l'électroménager. La liste tenait sur un ticket froissé : lessive, café, piles, un cadeau pour le petit-fils. Mais l'allée du petit électroménager se trouvait sur le chemin des piles, et l'œil s'est arrêté tout seul. Une pyramide de cartons noirs, une affiche rouge, un prix barré à cent quarante-neuf euros, et en dessous, énorme, quatre-vingt-neuf euros quatre-vingt-dix. Elle a ralenti, puis elle s'est arrêtée complètement devant la pile.

Une remise de quarante pour cent qui semblait tomber à pic

Depuis l'hiver, Nadine pensait à une friteuse à air. Sa collègue Sabrina en parlait tous les lundis, avec des photos de frites dorées et de cuisses de poulet croustillantes. Gérard surveille son cholestérol depuis une prise de sang l'an dernier, et le médecin lui avait conseillé de réduire les fritures. Une friteuse sans bain d'huile, sur le papier, cochait toutes les cases. Elle avait même regardé des modèles en ligne, un soir, sans jamais franchir le pas.

Là, devant la pile, le calcul était vite fait. Soixante euros d'économie, c'était presque le plein de la voiture, ou deux semaines de courses de base. L'affiche précisait que l'offre se terminait le dimanche soir. Un couple à côté d'elle hésitait sur le même modèle, et la dame en a déjà mis un dans son chariot. Soyons honnêtes, on connaît tous ce petit pincement quand quelqu'un d'autre prend l'article qu'on regardait.

Elle a appelé Gérard depuis l'allée, la boîte déjà calée contre sa hanche. Il a répondu qu'elle savait mieux que lui, qu'elle n'avait qu'à voir. Elle a mis le carton dans le chariot, à côté de la lessive, avec ce sentiment rare d'avoir fait une bonne affaire sans l'avoir cherchée. À la caisse, la vendeuse a lancé un compliment sur le modèle, très demandé paraît-il. Nadine a payé par carte et rangé le ticket plié en quatre dans son portefeuille.

« Je me suis sentie bête, pas volée, juste bête d'avoir cru que je faisais une affaire. »

Sur la route du retour, un souvenir vient gâcher l'achat

Dans la voiture, Gérard a soulevé le carton du siège arrière pour lire la notice. Il a lu les dimensions à voix haute, la capacité, les programmes préréglés. Nadine conduisait sur la rocade, les essuie-glaces battant mollement contre une bruine fine. C'est en entendant le nom du modèle, prononcé par Gérard, qu'une image lui est revenue. La même boîte noire, le même logo argenté, posée en tête de gondole dans ce même magasin. Mais elle ne savait plus quand, ni à quel prix exactement.

Elle n'a rien dit sur le moment, parce que l'idée lui paraissait un peu absurde. On voit tant de cartons noirs dans une vie de courses que la mémoire mélange tout. Pourtant le souvenir revenait, avec un détail précis : ce jour-là, elle était venue acheter un parapluie pour son petit-fils. Elle se rappelait avoir hésité devant la friteuse, puis renoncé, en se disant que quatre-vingt-dix euros restait trop cher pour une envie. Le chiffre lui collait à l'esprit.

Arrivée à la maison, elle a déposé les courses et, au lieu de déballer la friteuse, elle a sorti sa boîte à chaussures. Gérard la regardait faire depuis le seuil de la cuisine, un sourcil levé. Elle lui a expliqué son impression, sans conviction, comme on avoue un doute idiot. Il a haussé les épaules et dit qu'un prix barré, c'était forcément contrôlé quelque part. Elle a voulu le croire, et elle a quand même continué à fouiller les tickets du mois.

Le ticket du parapluie, la photo et un service client muet

Le ticket du parapluie était là, daté de trois semaines plus tôt, mais il ne mentionnait évidemment pas la friteuse. Alors Nadine a pensé à son téléphone. Ce jour-là, elle avait photographié l'étiquette pour en parler à Sabrina, elle en était presque sûre. Elle a fait défiler sa galerie, entre les photos du petit-fils et celles d'un gâteau raté. Et elle l'a trouvée, un peu floue mais lisible : même modèle, même rayon, quatre-vingt-neuf euros quatre-vingt-dix, sans aucune réduction affichée.

Elle a posé le téléphone sur la table, à côté du carton, et elle est restée silencieuse un long moment. Gérard s'est approché, a regardé l'écran, puis l'étiquette du jour encore collée sur la boîte. Je me suis sentie bête, pas volée, juste bête d'avoir cru que je faisais une affaire, a-t-elle raconté plus tard. Le lundi, elle a appelé le service client de l'enseigne depuis son bureau, pendant la pause de midi.

La conversation a duré onze minutes, dont sept d'attente musicale. Le conseiller a expliqué que les prix varient selon les périodes et que le prix de référence était celui conseillé par le fabricant. Il lui a proposé un bon d'achat de dix euros, à titre commercial. Nadine a refusé, poliment, parce qu'elle ne savait plus très bien ce qu'elle réclamait. Le soir, elle a raconté l'échange à sa sœur Martine, qui lui a dit qu'elle se faisait des idées.

« Moi, je pensais que le prix barré, c'était le prix normal, et en fait ça ne veut rien dire. »

Ce que dit vraiment la règle sur les prix barrés

C'est sa nièce Laure, juriste dans une collectivité à Nancy, qui a remis les choses à plat au téléphone. Laure lui a expliqué qu'en France, depuis 2022, une annonce de réduction de prix doit se calculer à partir du prix le plus bas pratiqué par le magasin dans les trente jours précédant la promotion. Pas le prix conseillé par le fabricant, pas un prix d'il y a six mois. Le prix réellement affiché en rayon, le plus bas sur cette période.

Nadine a repris sa photo et a refait le calcul avec elle. Si la friteuse était à quatre-vingt-neuf euros quatre-vingt-dix trois semaines plus tôt, alors le prix de référence ne pouvait pas être cent quarante-neuf euros. La remise réelle, selon ce raisonnement, tombait à zéro. Moi, je pensais que le prix barré, c'était le prix normal, et en fait ça ne veut rien dire tant qu'on ne sait pas d'où il vient, a résumé Nadine.

Laure a ajouté que ce genre de situation pouvait être signalé à la DGCCRF, la direction chargée de la protection des consommateurs. Il existe pour cela une plateforme en ligne, SignalConso, où l'on décrit le problème et joint ses preuves. Le signalement est transmis à l'entreprise, et les services de contrôle peuvent s'en servir pour orienter leurs enquêtes. Laure a précisé qu'elle ne pouvait pas promettre de remboursement, seulement que le signalement serait lu et enregistré par l'administration.

Un signalement, une friteuse gardée et une boîte à chaussures

Le mercredi soir, Nadine s'est installée à la table de la cuisine avec son ordinateur portable et une tasse de verveine. Elle a rempli le formulaire en vingt minutes, en joignant la photo de l'ancienne étiquette, celle de l'affiche promotionnelle et son ticket de caisse. Elle a écrit les faits sans adjectifs, avec les dates et les montants. Gérard lisait par-dessus son épaule, et pour une fois il n'a fait aucune plaisanterie sur sa boîte à chaussures.

Elle a gardé la friteuse, finalement. Le prix lui semblait honnête trois semaines plus tôt, il l'était encore, et Gérard a découvert les pommes de terre rôties sans huile. Ce qui lui reste, c'est surtout une habitude nouvelle. Maintenant, je photographie les prix des choses qui me font envie, comme ça je sais si la promo est vraie, dit-elle. Sabrina, au bureau, s'y est mise aussi, et elles comparent leurs clichés le lundi.

Quelques semaines plus tard, Nadine a reçu un message indiquant que l'enseigne avait pris connaissance de son signalement. Elle ne sait pas ce qui se passera ensuite, et elle ne s'en fait pas une affaire personnelle. Elle repense surtout à ce couple dans l'allée, à la dame qui avait pris le carton avant elle. Si l'étiquette n'avait pas été rouge, je l'aurais laissée en rayon, comme la première fois, reconnaît-elle. Voici ce qu'elle a appris à vérifier.

« Maintenant, je photographie les prix des choses qui me font envie, comme ça je sais si la promo est vraie. »

  • Une réduction annoncée doit être calculée sur le prix le plus bas pratiqué dans les 30 jours précédents.
  • Photographiez l'étiquette d'un article qui vous intéresse, avec la date, avant toute promotion.
  • Gardez vos tickets de caisse et les photos des affiches promotionnelles comme preuves.
  • Méfiez-vous d'un prix barré présenté comme le prix conseillé par le fabricant.
  • Un faux prix barré peut être signalé à la DGCCRF via la plateforme SignalConso.
  • Un signalement ne garantit pas un remboursement, mais il est transmis à l'enseigne et aux contrôleurs.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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