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Il était sept heures dix, un mardi de novembre, et l'eau de la douche coulait encore quand Claire a levé les yeux. Au-dessus du rideau, dans l'angle du plafond blanc, une forme jaune pâle s'étalait comme une carte de géographie mal dessinée. Une goutte s'est détachée, lentement, et a claqué sur le carrelage. Claire a coupé l'eau, la serviette encore sur les épaules.
Un appartement nantais tranquille, une salle de bains refaite à neuf
Claire a quarante-sept ans et elle vit depuis neuf ans au deuxième étage d'un immeuble des années soixante, près du quartier Saint-Félix, à Nantes. Elle est préparatrice en pharmacie, elle part tôt, rentre tard, et elle aime que les choses fonctionnent sans qu'on y pense. Son fils Théo, seize ans, occupe la chambre du fond. Le matin, ils se croisent dans le couloir étroit, un bol de café à la main, sans beaucoup de mots.
Trois ans plus tôt, elle avait fait refaire la salle de bains entièrement, avec un carrelage gris clair et un plafond repeint en blanc mat. Elle avait économisé deux ans pour ces travaux, en renonçant à des vacances en Bretagne. Elle en était fière, soyons honnêtes, un peu plus qu'il ne faudrait. C'était la seule pièce de l'appartement qu'elle trouvait vraiment à son goût, lumineuse et propre, malgré la petite fenêtre donnant sur la cour.
Au-dessus d'elle vit Monsieur Garnier, un retraité de la SNCF, poli, discret, qui descend ses poubelles chaque soir à vingt heures précises. Ils échangent quelques phrases dans l'escalier, sur la météo ou les travaux de la rue. La copropriété compte douze logements, un syndic sérieux, un gardien deux matins par semaine. Rien, dans cette vie bien réglée, ne laissait prévoir qu'une tache au plafond allait occuper tout son mois de novembre et une bonne partie de ses soirées.
Elle monte frapper chez le voisin, persuadée de connaître le responsable
Le soir même, Claire est montée au troisième étage avec son téléphone, une photo de la tache affichée à l'écran. Monsieur Garnier a ouvert en pantoufles, il a regardé la photo longuement en plissant les yeux. Il a reconnu que sa baignoire était juste au-dessus, et qu'il avait remarqué un joint un peu noirci. Il s'est excusé plusieurs fois, sincèrement gêné, et lui a donné sans hésiter les coordonnées de son assureur.
Pour Claire, la logique était simple, presque évidente. L'eau venait d'en haut, donc c'était à l'assurance du voisin de payer, de venir constater et de réparer son beau plafond. Elle avait entendu ce raisonnement cent fois, chez des collègues, dans des repas de famille. Celui qui cause le dégât paie les dégâts, voilà tout. Elle a noté le numéro du contrat sur un post-it jaune, collé sur le frigo à côté de la liste de courses.
Le lendemain, pendant sa pause déjeuner, elle s'est installée dans la réserve de la pharmacie, entre les cartons de sérum physiologique. Elle a composé le numéro de la compagnie de Monsieur Garnier en mangeant un sandwich. Elle avait préparé ses phrases, la date, l'étage, la surface approximative de la tache. Elle se sentait dans son bon droit, calme et organisée. Elle pensait régler l'affaire en un quart d'heure, avant la reprise de quatorze heures.
« Je pensais vraiment que c'était à l'assurance du voisin de payer, c'était tellement évident pour moi. »
Une conseillère aimable lui répond que ce n'est pas à elle
La conseillère avait une voix douce et un léger accent du Sud-Ouest. Elle a écouté Claire jusqu'au bout sans l'interrompre, puis elle lui a demandé si l'immeuble était bien une copropriété. Claire a répondu oui, un peu surprise par la question. La conseillère lui a alors expliqué, très poliment, qu'elle devait déclarer le sinistre auprès de sa propre assurance habitation. Ce n'était pas à la compagnie du voisin d'ouvrir le dossier pour son appartement.
Claire a d'abord cru à un malentendu, puis à une manœuvre pour gagner du temps. Elle a répété que la fuite venait d'en haut, que le voisin l'admettait lui-même. La conseillère a répété, toujours aussi aimable, que cela ne changeait rien à la marche à suivre. Elle a prononcé un sigle, IRSI, que Claire n'a pas retenu sur le moment. Elle a raccroché avec l'impression désagréable d'avoir été promenée par une professionnelle.
Le soir, elle en a parlé à sa sœur Nadia au téléphone, en épluchant des carottes. Ils se renvoient la balle, c'est classique, ils veulent juste pas payer, a lancé Nadia sans hésiter. Claire a hoché la tête, même si personne ne la voyait. Pendant ce temps, dans la salle de bains, la tache avait gagné quelques centimètres. Une deuxième auréole, plus petite, apparaissait près du plafonnier, et la peinture commençait à cloquer légèrement.
Des appels en cascade, un syndic débordé et une peinture qui cloque
Claire a d'abord appelé le syndic, en pensant qu'il trancherait. Le gestionnaire, joignable seulement le jeudi matin, lui a conseillé de faire une déclaration, sans préciser auprès de qui. Il a surtout voulu savoir si la canalisation en cause était privative ou commune, ce qu'elle ignorait complètement. Elle a ensuite rappelé l'assurance du voisin, tombant sur un autre conseiller qui lui a répété exactement la même chose, presque mot pour mot.
Pendant dix jours, elle a laissé traîner, persuadée qu'en insistant, elle finirait par obtenir gain de cause. Elle a placé une bassine en plastique bleu sous la goutte, qu'elle vidait chaque matin avant de partir. Théo a commencé à se doucher chez un copain après le sport. On connaît tous ça, ce moment où l'on se dit que ça va s'arranger tout seul. Mais l'odeur d'humidité s'installait, tenace, jusque dans les serviettes.
Monsieur Garnier, de son côté, avait fait venir un plombier qui avait refait le joint de sa baignoire. La goutte, pourtant, n'a pas cessé. Il est descendu un soir, désolé, un sachet de chouquettes à la main. Le plombier dit que c'est peut-être pas ma baignoire, a-t-il murmuré, l'air perdu. Claire l'a remercié, a posé les chouquettes sur la table, et s'est sentie soudain très fatiguée, sans plus savoir à qui s'adresser.
« Ils se renvoient la balle, c'est classique, ils veulent juste pas payer. »
Son propre assureur lui explique enfin la règle des 5 000 euros
C'est Théo, finalement, qui a tapé le sigle sur son téléphone, un dimanche soir, affalé sur le canapé. Il a lu à voix haute un texte sur la convention IRSI, qui organise entre assureurs les dégâts des eaux dans les immeubles. Le lundi, Claire a appelé sa propre compagnie, presque à contrecœur. Un conseiller lui a confirmé ce que tout le monde lui répétait depuis trois semaines, mais cette fois, il a pris le temps d'expliquer.
En copropriété, pour un dégât des eaux dont les dommages ne dépassent pas 5 000 euros hors taxes par local, c'est l'assureur de l'occupant du logement sinistré qui gère le dossier. Peu importe qui est responsable de la fuite, voisin, syndicat ou locataire. Les assureurs règlent ensuite les comptes entre eux, sans que l'assuré ait à s'en mêler. Son assurance pouvait aussi organiser la recherche de fuite, si l'origine restait introuvable, ce qui était justement le cas.
Claire a eu un rire nerveux en raccrochant. Trois semaines de colère contre une conseillère qui avait raison depuis le début. J'ai passé un mois à appeler les mauvaises personnes, a-t-elle avoué à Nadia le soir même. Sa compagnie a envoyé un technicien le vendredi suivant. Il a découvert que l'eau venait d'une colonne d'évacuation commune, fissurée derrière la cloison du voisin, et non de la baignoire de Monsieur Garnier.
Un plafond refait, une déclaration tardive et quelques réflexes à garder
La réparation de la colonne a été prise en charge par la copropriété, et son plafond a été estimé à un peu plus de mille deux cents euros. Son assureur l'a indemnisée directement, après déduction de sa franchise de cent cinquante euros. Claire n'a jamais eu à parler à la compagnie du voisin, ni à celle du syndic. Tout s'est réglé entre eux, en coulisses, comme le prévoit la convention, sans un seul courrier supplémentaire de sa part.
Ce qui lui a coûté, au fond, ce n'est pas l'argent mais le temps perdu. Son contrat prévoyait une déclaration dans les cinq jours ouvrés, et elle avait largement dépassé ce délai à force d'appeler ailleurs. Le conseiller s'est montré compréhensif, mais il l'a prévenue que ce retard aurait pu compliquer les choses. Si j'avais appelé ma propre assurance le premier jour, tout aurait été fini avant Noël, répète-t-elle aujourd'hui à ses collègues.
Le plafond est de nouveau blanc, et Théo a repris ses douches à la maison. Monsieur Garnier a soupiré de soulagement en apprenant que sa baignoire n'y était pour rien. Claire, elle, a gardé quelques habitudes de cette histoire, notées sur une feuille glissée dans le classeur de l'appartement. Elle conseille à ses voisins de vérifier leur contrat, de photographier tout de suite les dégâts, et surtout de ne pas chercher le coupable avant d'appeler.
« Le plombier dit que c'est peut-être pas ma baignoire, je ne comprends plus rien à cette fuite. »
- En copropriété, déclarer d'abord le dégât des eaux à sa propre assurance habitation, même si la fuite vient d'ailleurs.
- Respecter le délai de déclaration prévu au contrat, souvent cinq jours ouvrés.
- Photographier les dégâts dès leur apparition, avec la date, et conserver les factures des travaux.
- Prévenir le voisin concerné et le syndic, et remplir si possible un constat amiable dégât des eaux.
- Savoir que sous 5 000 euros HT de dommages, l'assureur de l'occupant sinistré gère le dossier quel que soit le responsable.
- Demander à son assureur s'il organise la recherche de fuite quand l'origine reste introuvable.
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