Elle nage trois fois par semaine à la piscine de Rouen : en octobre, ses mèches blondes prennent un reflet vert sous la lampe

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Sept heures moins le quart, un mardi d'octobre, et la buée couvre déjà le miroir des vestiaires de la piscine municipale. Claire, 41 ans, essore ses cheveux d'un geste machinal, le sèche-cheveux ronronne au mur. Sous le néon blafard, elle s'arrête net. Sur la mèche qui lui tombe devant l'œil, un reflet pâle, presque vert d'eau, qu'elle n'avait jamais vu.

Trois matins par semaine, Claire retrouve le bassin et son couloir

Claire travaille dans une agence d'assurances du centre de Rouen, à dix minutes à pied de la piscine. À la rentrée de septembre, elle a pris un abonnement trimestriel, décidée à retrouver le dos qu'elle avait à trente ans. Lundi, mercredi et vendredi, elle se lève à six heures, attrape son sac déjà prêt et marche le long des quais encore sombres. Elle aime ce moment où la ville dort encore et où l'eau l'attend.

Dans le bassin de vingt-cinq mètres, elle a ses habitudes et ses voisins de couloir. Il y a Gérard, un retraité de la SNCF qui nage une brasse lente et régulière, et une étudiante qui enchaîne les crawls sans jamais lever la tête. Claire fait ses quarante longueurs, ni plus ni moins, puis file sous la douche. Elle compte sur cette heure pour tenir le reste de la journée, entre les dossiers et les coups de fil.

Ses cheveux, c'est une autre histoire, presque un rituel personnel. Depuis quatre ans, elle passe chez sa coloriste tous les deux mois pour entretenir un balayage blond miel sur sa base châtain. Elle en est fière, sans l'avouer vraiment. Ses collègues le remarquent, sa fille aussi, qui lui dit souvent qu'elle fait plus jeune. Claire n'avait jamais imaginé que la piscine puisse menacer ce petit équilibre qu'elle entretenait avec soin.

Un bonnet trop serré, alors elle décide de s'en passer

Les premières semaines, Claire portait un bonnet en silicone acheté au rayon sport du supermarché. Il lui serrait les tempes, lui laissait une marque rouge sur le front et finissait par lui donner mal à la tête. Au bout de quinze jours, elle a essayé sans, juste une fois, pour voir. La sensation de l'eau sur son crâne lui a plu immédiatement, et elle ne l'a plus jamais remis dans son sac.

Elle s'était dit que le risque était faible et qu'elle rincerait bien en sortant. Après tout, la piscine affichait une eau contrôlée chaque jour, avec les résultats punaisés à l'entrée. Elle utilisait son shampooing habituel, un produit doux pour cheveux colorés, et un après-shampooing en sortant de la douche. Dans sa tête, tout était sous contrôle, et le chlore resterait un ennemi gérable avec un peu de soin.

Soyons honnêtes, on connaît tous ces petites décisions prises pour de bonnes raisons et vite oubliées. Claire dormait mieux, elle avait perdu deux kilos, son dos ne la tirait plus le soir. Ses cheveux, elle les trouvait un peu plus secs, rien de grave. Elle se disait que l'hiver approchait, que c'était normal, et qu'un masque nourrissant le dimanche suffirait largement à compenser ces quelques heures passées dans l'eau.

« Je me suis dit que c'était le néon des vestiaires, que tout le monde a l'air malade sous cette lumière-là. »

Ce reflet pâle sous le néon, elle le met sur la lumière

Ce mardi d'octobre, devant le miroir embué, Claire penche la tête, puis la redresse. Le reflet vert disparaît presque quand elle s'éloigne de la lampe. Elle se dit que c'est le néon, cette lumière froide des vestiaires qui donne à tout le monde un teint de malade. Elle finit de se sécher, enfile son manteau et part travailler, en chassant l'idée assez facilement de son esprit.

Mais à l'agence, dans la lumière plus chaude des bureaux, une collègue la regarde un peu trop longtemps. Elle ne dit rien sur le moment, puis, à la pause café, elle se lance avec précaution. Tu as changé de couleur, Claire, c'est voulu, ce petit côté cendré un peu vert. Claire rit, répond que non, et sent une gêne lui monter aux joues pendant tout l'après-midi.

Le soir, dans la salle de bains, elle allume la lumière la plus crue et sépare ses mèches avec un peigne. Le doute n'est plus permis. Sur les pointes les plus claires, celles du balayage, une nuance verdâtre s'est installée, discrète mais nette. Les racines châtain, elles, n'ont pas bougé. Claire se souvient d'avoir lu quelque part que le chlore abîmait les cheveux, et elle accuse aussitôt l'eau de la piscine.

Shampooings, masques et un appel inquiet à la coloriste

Le lendemain, Claire achète un shampooing violet, celui que les blondes utilisent contre le jaunissement. Elle le laisse poser cinq minutes, comme indiqué sur le flacon, et rince en fermant les yeux. Le résultat la déçoit franchement. Le vert s'atténue à peine, et ses longueurs semblent encore plus ternes qu'avant. Elle recommence deux jours plus tard, puis tente un masque à l'huile de coco qui ne change rien du tout.

Elle appelle alors Sonia, sa coloriste, qui la suit depuis quatre ans dans un petit salon de la rive gauche. Au téléphone, Claire parle vite, raconte la piscine, le bonnet abandonné, le shampooing violet. Sonia l'écoute sans l'interrompre, puis lui demande de passer le samedi matin. Elle veut voir les cheveux à la lumière du jour avant de dire quoi que ce soit, et surtout avant de toucher à la couleur.

En attendant, Claire hésite à arrêter la natation, au moins jusqu'à ce rendez-vous. Elle saute la séance du vendredi, pour la première fois depuis septembre, et le regrette toute la journée. Au bassin, Gérard lui demandera plus tard si elle était malade. Elle lui expliquera, un peu honteuse, qu'elle avait peur pour ses cheveux. Il haussera les épaules en riant, lui qui n'en a presque plus depuis longtemps.

« Moi, je pensais que c'était ma couleur qui virait, pas du tout que ça venait de l'eau. »

Ce n'est pas le chlore qui teinte ses mèches en vert

Le samedi, Sonia installe Claire près de la vitrine et soulève une mèche entre ses doigts. Elle sourit doucement, sans inquiétude. Elle a déjà vu ça, souvent, chez des nageuses et des enfants blonds en été. Ce n'est pas le chlore, dit-elle, c'est le cuivre. Claire la regarde, perplexe, persuadée jusque-là que le chlore était le seul responsable de tous les malheurs capillaires des piscines.

Sonia lui explique ce qu'elle a appris en formation et vérifié sur ses clientes. L'eau traitée des piscines contient souvent du cuivre dissous, venu des canalisations ou de certains produits contre les algues. Le chlore, lui, ouvre et fragilise la fibre, mais c'est le cuivre qui se dépose et colore. Il s'oxyde et donne ce vert. Les cheveux clairs le montrent davantage, et les cheveux décolorés, plus poreux, l'accrochent beaucoup plus facilement.

Claire comprend enfin pourquoi ses racines châtain sont restées intactes. Ses mèches éclaircies, rendues poreuses par la décoloration, agissaient comme une éponge à chaque longueur. Le shampooing violet ne pouvait rien, puisqu'il corrige le jaune, pas un dépôt métallique. Moi, je pensais que c'était ma couleur qui virait, lâche-t-elle, soulagée. Sonia secoue la tête : sa couleur n'y était pour rien, ce sont les métaux de l'eau qui se fixaient dessus.

Un geste avant le bain et un autre flacon dans le sac

Sonia lui conseille d'abord un shampooing chélatant, un produit conçu pour décrocher les dépôts de métaux sur la fibre. Elle lui en applique un au bac, puis un soin hydratant pour refermer les écailles. Le reflet vert s'estompe nettement dès la première séance. Pour Claire, la note s'élève à quarante-cinq euros avec le soin, plus un flacon d'une quinzaine d'euros à utiliser une fois par semaine chez elle.

Mais le vrai changement se joue avant même de plonger, lui explique Sonia. Un cheveu sec plonge dans le bassin comme une éponge vide, il boit l'eau chargée de cuivre. Mouillé à l'eau claire sous la douche avant le bain, il est déjà gorgé et absorbe beaucoup moins. Claire n'y avait jamais pensé. Depuis, elle passe une minute sous la douche avant d'entrer dans l'eau, et ressort son bonnet certains jours.

Trois semaines plus tard, ses mèches ont retrouvé leur blond miel, et Claire nage de nouveau trois fois par semaine. Elle en a parlé à l'étudiante du couloir voisin, blonde elle aussi, qui avait le même reflet sans savoir pourquoi. Dans les vestiaires, la scène du mardi matin la fait sourire maintenant. Elle regarde encore sa mèche sous le néon, par réflexe, mais n'y trouve plus que sa couleur.

« Une minute sous la douche avant de plonger, franchement, je ne savais même pas que ça servait à quelque chose. »

  • Mouiller abondamment ses cheveux à l'eau claire juste avant d'entrer dans le bassin.
  • Porter un bonnet de bain, surtout sur des cheveux décolorés ou méchés.
  • Rincer longuement à l'eau claire dès la sortie, avant le shampooing.
  • Utiliser un shampooing chélatant une fois par semaine pour retirer les dépôts de métaux.
  • Oublier le shampooing violet contre le vert : il corrige le jaune, pas le cuivre.
  • Demander conseil à son coloriste avant toute nouvelle coloration sur des mèches verdies.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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