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Il est sept heures dix, rue de l'Ange, à Perpignan. Par la fenêtre de la salle de bains, la tramontane fait claquer un volet mal fermé. Camille passe la main dans ses longueurs encore tièdes du séchoir et sent, sous ses doigts, une texture qu'elle ne reconnaît pas : collante, comme cirée. Elle les a pourtant lavés la veille au soir.
Une routine bien rodée entre le marché et la salle de bains
Camille a trente-quatre ans et travaille comme préparatrice dans une pharmacie près de la place de la République. Elle vit depuis six ans dans un deux-pièces au troisième étage, avec un chat roux et une collection de plantes grasses sur le balcon. Ses cheveux châtains descendent jusqu'au milieu du dos, et elle en prend soin avec une régularité presque sérieuse. Deux shampoings par semaine, un après-shampoing à chaque lavage, un masque le dimanche. C'est une routine qu'elle connaît par cœur et qui, jusque-là, ne lui a jamais posé le moindre problème.
Le samedi, elle passe au marché de la place Cassanyes avec sa voisine Inès, qui tient un salon de coiffure à deux rues de là. Elles parlent de tout, des loyers qui montent, des enfants d'Inès, et souvent de cheveux. Inès a l'œil pour ça, elle remarque une pointe fourchue à trois mètres. Camille aime ces conversations parce qu'elle y apprend toujours un petit détail. Elle note les conseils dans son téléphone, entre une liste de courses et un rappel de rendez-vous chez le dentiste.
Ses cheveux, pourtant, souffrent un peu depuis l'été. Le soleil du Roussillon, le sel des baignades à Canet, le chlore de la piscine municipale ont laissé leurs traces. Les pointes sont sèches, la couleur a terni, les longueurs cassent quand elle les démêle trop vite. Rien de grave, rien d'alarmant, mais elle sent qu'il faut faire quelque chose. Comme beaucoup, elle a passé quelques soirées à regarder des vidéos de conseils capillaires, assise sur son canapé, le chat sur les genoux, en se promettant de changer ses habitudes.
Le jour où elle décide de bannir les sulfates de sa douche
Un mardi de septembre, entre deux clientes, elle feuillette un magazine laissé sur le comptoir de la pharmacie. Un article explique que les sulfates, ces agents lavants qui font beaucoup de mousse, peuvent dessécher les cheveux déjà fragilisés. Le mot reste dans sa tête toute la journée. Le soir même, elle retourne son flacon habituel et lit la liste des ingrédients avec attention. Le sodium laureth sulfate apparaît en deuxième position, juste après l'eau. Elle se dit qu'elle tient peut-être là l'explication de ses pointes abîmées.
Le samedi suivant, elle en parle à Inès devant l'étal des tomates. Sa voisine hoche la tête et lui explique que les bases lavantes douces conviennent bien aux cheveux colorés ou sensibilisés. Elle lui conseille simplement d'y aller progressivement et de surveiller comment ses cheveux réagissent. Camille repart avec ses légumes et une idée bien arrêtée. Dans l'après-midi, elle achète un shampoing sans sulfate en parapharmacie, un joli flacon ambré à l'odeur de figue, un peu plus cher que l'ancien mais rassurant.
Elle garde tout le reste de sa routine, sans même y réfléchir. Son après-shampoing, elle l'utilise depuis des années, il démêle parfaitement et laisse ses cheveux brillants. Pourquoi changer ce qui fonctionne, se dit-elle en le rangeant à côté du nouveau flacon. Le premier lavage la ravit. La mousse est plus discrète, presque crémeuse, et ses cheveux semblent plus doux en sortant de la douche. Je crois que j'aurais dû faire ça depuis longtemps, écrit-elle à sa sœur Julie, en joignant une photo de ses longueurs brillantes.
« Je crois que j'aurais dû faire ça depuis longtemps, mes cheveux n'ont jamais été aussi doux. »
Ces longueurs qui brillent un peu trop dès le lendemain
Les deux premières semaines se passent sans histoire. Camille trouve ses cheveux souples, faciles à coiffer, et elle se félicite de son choix chaque matin devant le miroir. Puis, un jeudi, elle remarque que ses longueurs retombent plus mollement qu'à l'ordinaire. Elle avait lavé ses cheveux le mardi soir, ce qui n'a rien d'inhabituel pour elle. Elle met ça sur le compte de l'humidité, puisqu'il a plu toute la nuit sur Perpignan. Elle attache ses cheveux en chignon et n'y pense plus de la journée.
La semaine suivante, le phénomène revient, un peu plus marqué. Ses racines restent à peu près propres, mais à partir des oreilles, ses cheveux paraissent lourds, plaqués, presque luisants. Quand elle passe la main dedans, elle sent un film léger, comme si elle avait appliqué trop de crème. Soyons honnêtes, on a tous déjà connu ces jours où les cheveux ne ressemblent à rien. Camille se dit qu'elle a sans doute mal rincé, ou qu'elle a dormi avec les cheveux un peu humides.
Elle décide de se laver les cheveux plus souvent, un jour sur deux au lieu de deux fois par semaine. Le résultat la déconcerte. Le soir du lavage, tout semble normal, ses cheveux sont doux et légers. Mais dès le lendemain midi, les longueurs graissent à nouveau, collent entre elles et forment des mèches épaisses. Une collègue, Sophie, lui demande innocemment si elle a changé de coiffure. Camille rit pour faire bonne figure, mais en rentrant le soir, elle observe longuement ses cheveux sous la lumière crue de la salle de bains.
Un mois d'essais, de vinaigre et de doutes devant le miroir
Camille commence alors à chercher la cause de tous les côtés. Elle change de taie d'oreiller, lave ses brosses à l'eau savonneuse, arrête le masque du dimanche. Elle se demande si elle ne mange pas trop gras, si le stress du travail ne joue pas, si ses hormones ne lui jouent pas un tour. Elle essaie même un rinçage au vinaigre de cidre trouvé dans une vidéo, qui laisse une odeur tenace dans la salle de bains. Rien ne change vraiment. Ses longueurs restent lourdes et ternes.
Elle appelle sa sœur Julie, qui vit à Montpellier et a les cheveux bouclés. Julie lui raconte qu'elle a eu des cheveux gras après un changement de pilule, et lui suggère de consulter. Camille prend rendez-vous chez son médecin traitant, un peu gênée de venir pour ça. Le médecin examine son cuir chevelu, ne remarque rien de particulier et lui dit que, dans son cas, il ne voit pas de raison médicale apparente. Il lui conseille plutôt d'en parler à une professionnelle des cheveux.
Le plus déroutant, c'est que son cuir chevelu ne graisse pas plus qu'avant. Seules les longueurs posent problème, et de plus en plus. Un dimanche matin, après un mois exactement avec son nouveau shampoing, elle tente de faire une tresse pour un déjeuner en famille. Les mèches glissent, refusent de tenir, et laissent sur ses doigts une impression grasse. Elle s'assoit sur le bord de la baignoire, découragée. J'ai fait tout ça pour protéger mes cheveux, et ils n'ont jamais été dans cet état, dit-elle à voix haute, au chat qui la regarde.
« J'ai fait tout ça pour protéger mes cheveux, et ils n'ont jamais été dans cet état. »
Ce que la coiffeuse découvre en lisant le second flacon
Le samedi suivant, elle ne va pas au marché avec Inès, elle sonne directement au salon. Sa voisine l'installe au bac, passe les doigts dans ses longueurs et fronce les sourcils presque aussitôt. Elle lui demande de décrire toute sa routine, produit par produit. Quand Camille mentionne son après-shampoing habituel, Inès lui demande s'il est dans son sac. Par chance, Camille l'a pris, pensant justement le montrer. Inès retourne le flacon, chausse ses lunettes et parcourt la liste des ingrédients en silence.
Elle pose le doigt sur deux noms : dimethicone et amodimethicone. Ce sont des silicones, explique-t-elle, des agents qui gainent la fibre et donnent cette sensation de douceur et de brillance. Avec l'ancien shampoing, plus détergent, ils étaient en grande partie éliminés à chaque lavage. Avec une base lavante douce, beaucoup de ces silicones restent sur le cheveu. Lavage après lavage, ils s'accumulent en couches successives sur les longueurs. C'est ce dépôt qui alourdit, qui retient le sébum et la poussière, et qui donne cet aspect gras.
Camille reste un moment silencieuse, le flacon dans les mains. Ce n'était donc ni son alimentation, ni ses hormones, ni un problème de cuir chevelu. C'était le mariage de deux produits qui, chacun de leur côté, n'avaient rien de mauvais. Ton nouveau shampoing est très bien, mais il ne peut pas enlever ce que ton soin dépose, résume Inès en souriant. Elle lui propose aussitôt un shampoing clarifiant, plus puissant, pour remettre les compteurs à zéro. Camille accepte, soulagée d'avoir enfin un nom à mettre sur ce mois étrange.
Repartir du bac avec des cheveux légers et une nouvelle routine
Le shampoing clarifiant mousse franchement, et Inès fait deux applications successives en massant longuement les longueurs. Au rinçage, Camille sent déjà la différence sous l'eau tiède, les mèches se séparent et glissent. Après le séchage, ses cheveux retombent légers, avec un mouvement qu'elle n'avait pas vu depuis des semaines. La séance lui coûte vingt-huit euros, ce qui lui paraît bien peu à côté des flacons achetés en vain. Elle avait dépensé une soixantaine d'euros en produits divers depuis le début de ses ennuis.
Inès lui conseille de garder son shampoing sans sulfate, qui convient bien à ses cheveux colorés. En revanche, elle lui suggère de choisir un après-shampoing sans silicones, ou avec des silicones dits légers, plus faciles à rincer. Si Camille tient à son ancien soin, elle peut aussi faire un shampoing clarifiant toutes les deux à quatre semaines, selon ce qu'elle observe. On connaît tous ça, ce produit fétiche dont on ne veut pas se séparer. Camille choisit finalement un nouveau soin, à base d'huiles végétales.
Trois semaines plus tard, ses longueurs ont retrouvé leur tenue, et ses lavages sont redevenus deux fois par semaine. Elle a pris l'habitude de lire les étiquettes de toute sa routine, pas seulement celle du produit qu'elle change. Au comptoir de la pharmacie, elle raconte parfois son histoire aux clientes qui se plaignent de cheveux lourds. Je regardais le shampoing, jamais le reste, leur dit-elle en tendant un flacon. Elle a même rédigé une petite fiche, scotchée dans son armoire de salle de bains, pour ne plus jamais oublier.
« Ton nouveau shampoing est très bien, mais il ne peut pas enlever ce que ton soin dépose. »
- Lire la liste d'ingrédients de l'après-shampoing et du masque, pas seulement du shampoing.
- Repérer les mots finissant en « -methicone » ou « -siloxane », signes de silicones.
- Passer à un soin sans silicones ou à silicones légers en adoptant un shampoing doux.
- Faire un shampoing clarifiant toutes les deux à quatre semaines si on garde son ancien soin.
- Appliquer l'après-shampoing uniquement sur les longueurs et rincer longuement.
- Demander conseil à un coiffeur si les longueurs restent lourdes après quelques lavages.
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