Elle quitte son poste à Metz après quarante-deux ans de travail : fin octobre, aucun virement de pension sur son compte bancaire

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Le 31 octobre, à sept heures, la bouilloire sifflait dans la cuisine de Martine, rue Mazelle, à Metz. Dehors, la pluie fine collait aux vitres et un bus freinait au carrefour. Elle a ouvert l'application de sa banque sur son téléphone, le pouce encore froid. La ligne attendue n'y était pas. Juste le prélèvement de l'électricité, et un solde qui baissait.

Quarante-deux ans de comptabilité, puis un pot de départ

Martine a 64 ans et elle a passé quarante-deux ans dans la même entreprise de transport, du côté de la zone de Borny. Elle a commencé au standard à vingt-deux ans, puis elle est passée à la comptabilité fournisseurs. Les chiffres, elle connaît, et les échéances aussi. Pendant des décennies, son salaire tombait le dernier jour ouvré du mois, sans jamais un jour de retard. Elle avait fini par ne plus regarder, comme on ne regarde plus l'horloge de sa propre cuisine.

Son dernier jour de travail était le 30 septembre, un mardi. Les collègues avaient commandé une tarte aux mirabelles chez le pâtissier d'en face, et le chef lui avait offert un bon pour un week-end en Alsace. Elle avait rangé son bureau dans un carton de ramettes, avec une plante grasse et une photo de ses petits-enfants. En rentrant, elle s'était sentie légère et un peu perdue, ce qui est sans doute normal après une vie entière au même endroit.

Sa retraite commençait officiellement le 1er octobre. Elle avait fait sa demande en ligne six mois plus tôt, comme on le lui avait conseillé, et reçu sa notification de pension en août. Le montant lui convenait, un peu moins que son salaire, mais avec sa complémentaire, elle s'en sortait. Son mari, Gérard, ancien cheminot, était déjà retraité depuis quatre ans. Ensemble, ils avaient fait leurs comptes sur un cahier à spirale, posé sur la table du salon.

Un projet de cuisine signé dès la première semaine

Depuis des années, Martine rêvait de refaire sa cuisine. Les placards dataient de leur emménagement, en 1994, et la porte du four ne fermait plus qu'avec un coup de hanche. Le premier lundi d'octobre, elle est allée chez un cuisiniste de la route de Thionville avec Gérard. Ils ont choisi des façades vert sauge et un plan de travail en stratifié imitation chêne. Le vendeur a proposé un acompte de mille cinq cents euros, le reste à la pose.

Elle a réfléchi une nuit, puis elle a signé. Dans sa tête, le calcul était simple et rassurant. Son dernier salaire était tombé fin septembre, sa pension tomberait fin octobre, comme le salaire d'avant. Elle a donc vidé une partie du compte courant pour l'acompte, en gardant de quoi tenir jusqu'à la fin du mois. Gérard avait juste demandé si c'était bien prudent, et elle avait souri en lui rappelant qu'elle avait géré des budgets toute sa vie.

Elle a aussi programmé le virement mensuel vers le livret de sa petite-fille, Inès, cinquante euros le 5 de chaque mois. Elle avait toujours fait comme ça. Soyons honnêtes, à sa place, beaucoup d'entre nous auraient fait exactement le même raisonnement. On passe d'un revenu mensuel à un autre revenu mensuel, on imagine que le calendrier suit. Personne ne lui avait dit le contraire, ou alors elle n'avait pas entendu, entre deux cartons et deux embrassades.

« Je ne comprends pas, j'ai tout envoyé, j'ai la notification, ils ont mon RIB depuis le printemps. »

Le 31 octobre, une ligne qui manque sur l'écran

Le matin du 31, elle a donc regardé son téléphone avec une petite impatience, celle de la première fois. Rien. Elle s'est dit que c'était un jeudi de pont, que les banques prenaient leur temps avant la Toussaint. Elle a bu son thé, elle a nourri le chat, elle a regardé à nouveau vers dix heures. Toujours rien. Le solde affichait deux cent douze euros, et les courses de la semaine n'étaient pas encore faites.

Elle a appelé Gérard, qui bricolait dans le garage. Il a essuyé ses mains sur un chiffon et il est monté voir l'écran. Lui, à l'époque, avait touché sa première pension par la SNCF, avec un autre régime et d'autres règles. Il ne se souvenait plus très bien. Il a dit qu'il fallait attendre lundi, que ça arriverait sûrement. Elle a hoché la tête, mais elle a refait le calcul dans sa tête plusieurs fois.

Le lundi 3 novembre, rien non plus. Le mardi, le prélèvement de l'assurance auto est passé, quatre-vingt-sept euros. Le compte est descendu sous les cent trente euros. Elle a annulé le virement pour Inès, avec un pincement qu'elle n'a pas avoué. Elle a dit à Gérard, en reposant le téléphone sur la toile cirée : je ne comprends pas, j'ai tout envoyé, j'ai la notification, ils ont mon RIB depuis le printemps.

Des appels, une attente et une mauvaise piste

Elle a d'abord appelé sa banque, une agence de la place Saint-Louis où elle avait ses habitudes. Le conseiller a regardé, il n'y avait aucun virement en attente, aucun rejet non plus. Il lui a proposé une autorisation de découvert temporaire, qu'elle a acceptée à contrecœur. Ensuite, elle a appelé le 3960, le numéro de l'Assurance retraite. Elle a écouté une musique d'attente pendant vingt-six minutes, le téléphone calé entre l'épaule et l'oreille, en épluchant des pommes de terre.

Pendant ce temps, elle a imaginé le pire. Un dossier perdu, une erreur de numéro de compte, une pièce manquante restée au fond d'un bureau. Elle a même fouillé son espace personnel en ligne, à la recherche d'un message rouge ou d'une alerte. Elle n'a rien trouvé de tel. Elle a appelé aussi son ancienne collègue Sylvie, partie à la retraite deux ans plus tôt, qui lui a répondu en riant à moitié : attends, c'est normal, moi aussi j'ai paniqué.

Martine n'a pas trouvé ça drôle sur le moment. Elle avait l'impression d'être tombée dans un trou que tout le monde connaissait sauf elle. Gérard, lui, avait commencé à parler de reporter la pose de la cuisine, ce qui l'agaçait profondément. On connaît tous ce moment où l'on se sent bête devant une règle que personne n'a pris la peine d'expliquer. Elle a raccroché avec Sylvie, puis la conseillère de la caisse a enfin décroché.

« Attends, c'est normal, moi aussi j'ai paniqué la première fois, tout le monde passe par là. »

La pension d'octobre n'est simplement pas encore due

La conseillère a été patiente. Elle a vérifié le dossier, tout était en ordre, le RIB était bon, aucun problème. Puis elle a expliqué ce que Martine n'avait pas compris. La pension de retraite du régime général est payée à terme échu, c'est-à-dire après le mois concerné. La pension d'octobre n'est donc pas versée fin octobre, mais début novembre. En pratique, le virement arrive autour du 9 du mois suivant, parfois un jour ouvré plus tôt selon le calendrier.

Martine a mis un moment à digérer. Son salaire de septembre avait été payé fin septembre, pour le travail de septembre. Sa pension d'octobre serait payée vers le 9 novembre, pour le mois d'octobre. Entre les deux, il y avait mécaniquement plus d'un mois sans aucune rentrée d'argent du régime général. Ce n'était ni un bug, ni un dossier égaré, ni une sanction. C'était le fonctionnement normal, écrit noir sur blanc, mais elle ne l'avait pas lu.

La conseillère a ajouté que sa retraite complémentaire avait son propre calendrier, et qu'il valait mieux le vérifier aussi. Martine a noté tout cela au dos d'une enveloppe, avec un stylo qui bavait. Elle a dit en raccrochant, plus à elle-même qu'à Gérard : en fait, il me manque un mois, c'est tout, un mois que j'ai déjà dépensé dans des placards. Le 8 novembre au matin, la ligne est enfin apparue sur son écran, et elle a respiré.

Un mois à prévoir avant de signer quoi que ce soit

Au bout du compte, Martine n'a rien perdu, sinon quelques nuits de sommeil et quatorze euros d'agios. La cuisine a été posée en décembre, comme prévu, et les façades vert sauge lui plaisent toujours autant. Mais elle raconte volontiers l'histoire à ses anciennes collègues qui approchent de la date. Elle leur dit de garder de côté l'équivalent d'un mois de dépenses, au minimum, avant de tourner la page du salaire. Pour elle, ce coussin aurait tout changé.

Ce trou d'un mois ne se rattrape pas ensuite, il est simplement décalé jusqu'au bout. Chaque pension arrive autour du 9 du mois suivant, pour le mois écoulé. Martine a donc revu ses prélèvements, déplacé ce qui tombait en début de mois, et remis le virement d'Inès au 12. Gérard, de son côté, a ressorti le cahier à spirale. Ils y ont écrit, en haut d'une page, les dates de versement de chaque caisse, pour ne plus se tromper.

Voici ce qu'elle conseille désormais de regarder chez soi, quelques mois avant le départ, pour éviter le même trou dans le budget.

« En fait, il me manque un mois, c'est tout, un mois que j'ai déjà dépensé dans des placards. »

  • Prévoir une épargne équivalant au moins à un mois de dépenses avant la date de départ.
  • Retenir que la pension du régime général est versée à terme échu, autour du 9 du mois suivant.
  • Vérifier séparément le calendrier de versement de la retraite complémentaire.
  • Décaler les prélèvements et virements programmés après la date habituelle de versement.
  • Reporter les grosses dépenses prévues dans le premier mois de retraite.
  • Contrôler le RIB et la notification de pension dans l'espace personnel en ligne.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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