Elle se réveille chaque dimanche d’octobre au bruit du souffleur voisin : à la mairie, une feuille punaisée depuis des années change tout

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Neuf heures pile, un dimanche d'octobre, dans un lotissement tranquille à quelques kilomètres de Dijon. Martine tenait son bol de café à deux mains, la fenêtre de la cuisine entrouverte sur l'odeur de terre mouillée. Puis le moteur a démarré de l'autre côté de la haie, un hurlement aigu qui a fait trembler la vitre. Comme chaque dimanche depuis trois semaines, le voisin soufflait ses feuilles.

Un lotissement calme où Martine croyait connaître tous les bruits

Martine a cinquante-huit ans et elle habite cette maison de plain-pied depuis bientôt vingt ans. Elle travaille comme aide-soignante dans une clinique de Dijon, souvent de nuit, parfois le samedi. Le dimanche matin est donc son seul vrai moment de repos, celui qu'elle protège comme un trésor. Elle se lève sans réveil, fait couler un café lent, écoute la radio à voix basse. Son mari Gérard, retraité de la SNCF, lit le journal sur la terrasse quand il fait doux.

Le lotissement compte une quinzaine de maisons, toutes construites à la même époque, avec les mêmes haies de thuyas. On s'y salue, on se rend des services, on échange des courgettes en été. Martine connaissait tous les bruits du quartier, le chien des Perrin, la tondeuse du samedi, les enfants à vélo. Rien ne la dérangeait vraiment, parce que tout arrivait à des heures raisonnables. Elle aimait dire que c'était une rue où les gens savaient vivre ensemble.

Le voisin de droite, lui, est arrivé au printemps dernier. Il s'appelle Thierry, il doit avoir la quarantaine, il travaille dans l'informatique et semble toujours pressé. Il a repris la maison des Lambert, avec son grand jardin planté de deux vieux tilleuls. Les premiers mois, Martine ne l'a presque pas croisé. Un signe de la main au portail, un bonjour rapide en sortant les poubelles, rien de plus. Elle le trouvait poli, un peu distant, mais elle ne s'en plaignait pas.

Elle choisit de se taire, parce que chacun fait ce qu'il veut chez soi

Le premier dimanche d'octobre, les tilleuls ont commencé à lâcher leurs feuilles par paquets entiers. À neuf heures, le souffleur thermique de Thierry s'est mis en marche, un moteur deux temps qui couvrait tout. Martine a sursauté, renversé un peu de café sur la nappe, puis elle a haussé les épaules. Elle s'est dit que c'était exceptionnel, qu'il voulait sans doute profiter du soleil avant la pluie. Le vacarme a duré près d'une heure, avec des pauses courtes et des reprises brutales.

Le dimanche suivant, le même scénario s'est répété, à la même minute presque. Gérard a posé son journal et a grommelé quelque chose sur les gens qui ne respectent rien. Martine l'a calmé aussitôt, elle ne voulait pas d'histoire avec le nouveau voisin. C'est son jardin, il fait ce qu'il veut chez lui, voilà ce qu'elle a répondu. Elle pensait sincèrement qu'il n'existait aucune règle, que le jardin privé était un territoire où chacun décidait seul. Et puis elle redoutait la brouille durable.

Soyons honnêtes, beaucoup de gens raisonnent comme elle. On n'ose pas aller sonner chez quelqu'un pour un bruit de moteur, on craint de passer pour la grincheuse du quartier. Martine avait vu une ancienne collègue se fâcher pour toujours avec ses voisins à cause d'une haie trop haute. Elle ne voulait pas revivre ça, surtout à côté d'un homme qu'elle connaissait à peine. Alors elle a fermé la fenêtre, monté le son de la radio, et décidé de patienter jusqu'à la fin de l'automne.

« C'est son jardin, il fait ce qu'il veut chez lui, je ne vais pas aller me fâcher pour des feuilles. »

Un détail sur le panneau de la salle des fêtes la fait douter

Le troisième dimanche, Martine a pris sa voiture pour aller au marché du village plutôt que de subir le moteur. Elle s'est garée devant la mairie, à côté du panneau d'affichage vitré où l'on punaise les avis officiels. Entre l'annonce du repas des anciens et un avis d'enquête publique, une feuille jaunie dépassait. Elle a lu le titre sans vraiment y penser, quelque chose sur la lutte contre les bruits de voisinage. Puis elle est repartie avec ses poireaux et son pain.

C'est seulement le soir, en épluchant les légumes, que le mot lui est revenu en tête. Arrêté, il y avait écrit arrêté, avec des horaires et le mot dimanche en gras. Elle n'avait pas retenu les chiffres, mais l'idée la travaillait. Elle en a parlé à Gérard, qui a d'abord ri en disant que ces papiers ne servaient à rien. Pourtant, lui aussi a semblé intrigué. Il avait toujours tondu le samedi, par habitude, sans savoir s'il obéissait à une règle quelconque.

Martine a tenté une recherche rapide sur son téléphone, assise au bord du canapé. Elle est tombée sur des forums où chacun affirmait des choses différentes, des horaires contradictoires, des histoires de procès interminables. Un internaute jurait qu'on pouvait faire du bruit librement jusqu'à vingt-deux heures. Un autre parlait d'amendes salées. Elle a éteint l'écran, plus perdue qu'avant. J'ai l'impression que personne ne sait vraiment, a-t-elle soupiré. Elle s'est promis de retourner lire la feuille de près, à tête reposée.

Une conversation ratée au portail et des nuits plus courtes

Avant de retourner à la mairie, Martine a voulu tenter la voie simple, celle du dialogue. Un mercredi soir, elle a guetté le retour de Thierry et l'a abordé près de sa boîte aux lettres. Elle a choisi ses mots avec soin, expliqué qu'elle travaillait de nuit et que le dimanche matin comptait beaucoup pour elle. Elle a demandé s'il pouvait souffler ses feuilles un peu plus tard. Elle tremblait légèrement, la gorge serrée, comme une élève devant le directeur.

Thierry l'a écoutée avec un sourire poli, mais sa réponse l'a désarmée. Il a expliqué que la semaine il partait à sept heures et rentrait à la nuit. Le samedi, il emmenait ses enfants au foot. Le dimanche matin, c'était le seul créneau pour le jardin, a-t-il dit, et il était chez lui. Il n'était pas agressif, simplement sûr de son droit. Martine a bredouillé un d'accord, je comprends, et elle est rentrée la tête basse, furieuse contre elle-même.

Le dimanche suivant, le souffleur a démarré à neuf heures, exactement comme avant. Martine, rentrée de garde à six heures du matin, n'a dormi que trois heures. Elle a passé la journée la tête lourde, irritable, à se reprocher sa propre faiblesse. Gérard voulait aller frapper chez le voisin, elle l'en a empêché. On connaît tous ça, ce moment où une petite gêne devient une obsession qui gâche les week-ends. Le lundi, elle a appelé la mairie dès l'ouverture.

« Ce n'est pas une question de politesse, madame, c'est écrit noir sur blanc dans l'arrêté. »

À la mairie, la secrétaire sort un classeur et lit les horaires

La secrétaire de mairie s'appelle Nadine, elle occupe ce bureau depuis quinze ans et connaît chaque rue du village. Elle a invité Martine à passer, puis elle a sorti un classeur gris rangé derrière elle. Dedans, l'arrêté municipal sur les bruits de voisinage, appuyé sur l'arrêté préfectoral du département. Ce n'est pas une question de politesse, madame, c'est écrit noir sur blanc, a-t-elle dit en tournant le document. Martine s'est penchée, incrédule, et a lu ligne par ligne.

Le texte visait précisément les tondeuses, tronçonneuses, perceuses, et tous les appareils de jardinage bruyants, souffleurs compris. Il fixait des plages horaires pour les jours ouvrables, d'autres plus courtes pour le samedi. Pour le dimanche et les jours fériés, la commune n'autorisait ces engins qu'entre dix heures et midi. Neuf heures, donc, était tout simplement hors des clous. Nadine a précisé que ces horaires variaient d'une commune à l'autre, mais que le dimanche était presque partout le jour le plus restreint.

Martine est restée silencieuse un long moment, le doigt posé sur la ligne du dimanche. Pendant des semaines, elle avait cru que le jardin privé échappait à toute règle, que se plaindre revenait à empiéter sur la liberté d'autrui. En réalité, la règle existait depuis des années, punaisée à quelques mètres de chez elle. Nadine a ajouté que le maire pouvait faire respecter l'arrêté, d'abord par un rappel courtois, ensuite par l'intervention de la gendarmerie si rien ne changeait. Le problème n'était pas le jardin, mais l'heure.

Un courrier du maire, et des dimanches qui retrouvent leur silence

Nadine a proposé une solution douce, celle que la mairie utilise le plus souvent. Un simple courrier de rappel, sans nom de plaignant, adressé aux riverains du lotissement avec l'extrait de l'arrêté. Martine a accepté, soulagée de ne pas avoir à affronter Thierry une seconde fois. Trois semaines plus tard, l'enveloppe est arrivée dans toutes les boîtes de la rue. Gérard l'a lue à voix haute dans la cuisine, avec un plaisir qu'il ne cachait pas. Le dimanche suivant, neuf heures ont sonné en silence.

Le souffleur a démarré à dix heures dix, et il s'est tu avant midi. Quelques jours après, Thierry a même frappé chez Martine pour s'excuser. Il a avoué qu'il ne savait pas, qu'il pensait sincèrement que tout était permis chez soi. Franchement, je croyais que la mairie ne s'occupait pas des jardins, a-t-il reconnu en riant un peu. Ils ont fini par parler des tilleuls, et il a promis d'essayer un modèle électrique moins bruyant. La haie, elle, n'a plus jamais semblé aussi haute.

Martine raconte aujourd'hui cette histoire à ses collègues de nuit, qui sont nombreuses à vivre la même chose. Elle insiste sur un point : elle a perdu un mois de dimanches à cause d'une idée fausse. Avant de se résigner, il suffisait de pousser la porte de la mairie et de demander à lire l'arrêté. Dans son cas, cela n'a coûté qu'un timbre à la commune et un peu de courage. Voici, selon elle, ce qu'il faut vérifier chez soi avant de serrer les dents.

« Le dimanche, chez nous, c'est entre dix heures et midi, pas avant, et ça vaut pour les souffleurs aussi. »

  • Demander à la mairie l'arrêté municipal ou préfectoral sur les bruits de voisinage de sa commune.
  • Repérer les horaires du dimanche et des jours fériés, souvent les plus restreints de la semaine.
  • Vérifier que les souffleurs, tondeuses et tronçonneuses figurent bien parmi les engins visés.
  • Tenter d'abord une discussion calme avec le voisin, en citant les horaires officiels.
  • Si rien ne change, solliciter un courrier de rappel de la mairie, qui peut rester anonyme.
  • Noter les dates et heures des nuisances, utiles si le maire ou la gendarmerie doivent intervenir.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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