Elle s’offre une longue sieste chaque dimanche après le repas de famille : le soir, elle fixe le plafond jusqu’à une heure du matin

Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News

Le dimanche, vers quinze heures trente, la maison de la rue Kléber retombe dans un calme épais. La vaisselle sèche sur l'égouttoir, le gigot refroidit sous un torchon, et Claire tire le rideau de la chambre en bâillant. Dehors, un tram glisse sur les rails du cours, puis plus rien. Elle s'allonge tout habillée, la couette remontée jusqu'au menton, persuadée de mériter ce moment.

Le repas du dimanche, la vaisselle, puis la chambre aux volets mi-clos

Claire a quarante-sept ans, elle est comptable dans un cabinet du quartier des Chartrons. Elle vit à Bordeaux depuis vingt ans, dans une échoppe en pierre blonde achetée avec Olivier, son mari. Chaque dimanche, ses parents et sa sœur Hélène viennent déjeuner, et le repas déborde toujours largement sur l'après-midi. On commence par un apéritif, on enchaîne avec un plat mijoté, un fromage, une tarte, et un petit café pour finir. Quand tout le monde repart, vers quinze heures, Claire se sent lourde, vidée, et contente.

Cette fatigue-là, elle l'aime bien, au fond. C'est celle d'une semaine bouclée, d'une famille réunie, d'une maison qui a servi à quelque chose. Olivier, lui, préfère partir marcher le long de la Garonne avec le chien, jusqu'au pont de pierre. Claire monte à l'étage, ferme les volets à moitié et pose son téléphone sur la table de nuit. Elle ne met jamais de réveil, parce que le dimanche, dit-elle, c'est justement le jour où l'on n'obéit à personne.

Elle dort profondément, le plus souvent jusqu'à dix-sept heures, parfois un peu au-delà quand il pleut. Elle se réveille la bouche pâteuse, un peu perdue, avec la sensation étrange d'avoir traversé une nuit entière. Elle descend, se fait un thé, regarde la lumière baisser sur les toits voisins. Cette routine dure depuis le printemps, depuis qu'un dossier difficile au travail lui a mangé ses samedis. Pour elle, la sieste du dimanche est devenue une petite récompense, un rendez-vous qu'elle tient avec elle-même.

Une habitude prise pour récupérer d'une semaine trop chargée

Tout a commencé en avril, avec un client qui a changé de logiciel en pleine clôture des comptes. Pendant six semaines, Claire a quitté le bureau à vingt heures et rouvert son ordinateur le samedi matin. Elle dormait mal, se levait tôt, et sentait la fatigue s'accumuler comme une dette qu'il faudrait rembourser. Un dimanche, après le déjeuner, elle s'est allongée dix minutes, et s'est réveillée deux heures plus tard. Elle s'est sentie si reposée qu'elle a décidé de recommencer la semaine suivante.

Sa sœur Hélène l'a d'ailleurs encouragée, un jour où elles débarrassaient la table ensemble. Elle lui a raconté que son médecin lui avait parlé des bienfaits de la sieste pour le cœur et la concentration. Claire en a conclu, assez logiquement, que plus la sieste était longue, plus elle lui faisait de bien. Soyons honnêtes, on connaît tous ce raisonnement, celui qui transforme une bonne chose en une meilleure chose en doublant la dose. Personne autour d'elle n'y a vu le moindre problème.

Le dossier du client difficile s'est terminé en juin, mais la sieste, elle, est restée. Elle s'est installée dans le dimanche comme le gigot et la tarte aux pommes de sa mère. Claire n'y pense même plus, elle y va comme on rentre chez soi. Je ne fais pas de mal à personne, je dors, c'est tout, répondait-elle à Olivier quand il la taquinait. Et c'était vrai, en apparence : elle ne prenait aucun médicament, ne buvait presque pas, faisait du vélo pour aller travailler.

« Je ne fais pas de mal à personne, je dors, c'est tout, le dimanche c'est mon moment à moi. »

Le dimanche soir, le plafond, et les chiffres rouges du radio-réveil

Le premier signe est passé presque inaperçu, un dimanche de juillet où il faisait encore chaud à minuit. Claire s'est couchée à vingt-trois heures, comme d'habitude, et n'a pas réussi à fermer l'œil. Elle a mis ça sur le compte de la chaleur, a ouvert la fenêtre et écouté les voitures sur le boulevard. Elle a fini par s'endormir vers une heure, sans vraiment s'en inquiéter. Le lendemain, au bureau, elle a bu trois cafés au lieu d'un et n'y a plus pensé.

Mais le dimanche suivant, la même chose s'est produite, puis encore celui d'après. Elle se tournait d'un côté, puis de l'autre, retournait l'oreiller pour trouver le côté frais. Les chiffres rouges du radio-réveil avançaient lentement, vingt-trois heures quarante, minuit vingt, minuit cinquante. Elle avait l'esprit clair, presque trop, comme en plein milieu de l'après-midi. Elle repensait à ses factures, à un mail mal formulé, à une remarque de sa mère sur la cuisson du gigot.

Le plus curieux, c'est que les autres soirs de la semaine, elle s'endormait sans aucune difficulté. Le mardi, le mercredi, le jeudi, elle sombrait en quelques minutes, épuisée par sa journée. Seul le dimanche résistait, avec une régularité presque comique. Elle a cru d'abord à une coïncidence, puis à l'angoisse du lundi, ce fameux blues dont tout le monde parle. C'est le travail qui me travaille, voilà tout, a-t-elle dit à Olivier un lundi matin, les yeux rougis par le manque de sommeil.

Tisanes, applications, magnésium : tout essayer sauf la bonne piste

En août, Claire a décidé de s'attaquer au problème avec la méthode qu'elle applique aux comptes de ses clients. Elle a supprimé le café après midi le dimanche, remplacé le thé noir par une tisane de verveine. Elle a téléchargé une application de méditation qui diffusait des bruits de pluie et une voix très douce. Elle a acheté du magnésium à la pharmacie de la place Gambetta, sur les conseils d'une collègue. Rien n'a changé, et elle continuait de voir défiler une heure du matin, chaque dimanche.

Elle a ensuite soupçonné le repas lui-même, trop riche, trop arrosé, trop tardif. Elle a demandé à sa mère de cuisiner plus léger, ce qui a provoqué une petite brouille familiale. Pendant deux dimanches, on a mangé du poisson vapeur et une salade de fruits, dans une ambiance un peu froide. Claire s'est couchée le ventre léger et l'esprit inquiet, persuadée que cette fois serait la bonne. À une heure, elle était toujours éveillée, et sa mère, vexée, avait promis de revenir au gigot.

Olivier, lui, avait une théorie plus simple, qu'il n'osait pas trop formuler à voix haute. Il remarquait que Claire, le dimanche soir, avait l'air parfaitement en forme vers vingt-deux heures. Elle rangeait la cuisine, préparait ses affaires, discutait avec entrain, quand lui-même tombait de sommeil. Tu ne trouves pas que tu es drôlement réveillée pour quelqu'un qui n'arrive pas à dormir, lui a-t-il demandé un soir. Elle a haussé les épaules et lui a répondu qu'il ne comprenait rien à la fatigue nerveuse.

« C'est le travail qui me travaille, voilà tout, ça doit être l'angoisse du lundi. »

Une infirmière de nuit pose enfin la question de l'après-midi

La réponse est venue d'une conversation de terrasse, un samedi de septembre, place du Parlement. Claire prenait un verre avec Sophie, une amie d'enfance devenue infirmière dans un service de nuit à Pellegrin. Elle a raconté ses dimanches sans sommeil, la verveine, le magnésium, le poisson vapeur. Sophie l'a écoutée jusqu'au bout, puis lui a posé une seule question, très simple. Elle voulait savoir à quelle heure et combien de temps Claire dormait l'après-midi du dimanche.

Quand Claire a répondu de quinze heures trente à dix-sept heures, parfois plus, Sophie a souri. Elle lui a expliqué ce qu'on lui avait appris pour gérer ses propres gardes de nuit. Depuis le réveil du matin, le corps accumule une sorte de pression de sommeil, un besoin de dormir qui grossit heure après heure. C'est cette pression qui fait tomber les paupières le soir, au moment du coucher. Tu la vides complètement avec ta sieste, et le soir, il n'en reste presque plus, lui a-t-elle dit.

Sophie a ajouté que ce n'est pas la sieste en elle-même qui pose problème, mais sa durée et son horaire. Au-delà d'une trentaine de minutes, on plonge dans un sommeil profond qui efface une grande partie de la fatigue accumulée. Et après quinze heures, il reste trop peu d'heures avant le coucher pour la reconstruire. Moi, avant une garde, je dors vingt minutes vers treize heures trente, et ça ne m'empêche jamais de dormir ensuite, a-t-elle précisé. Claire a reposé son verre, interloquée par la simplicité de la chose.

Vingt minutes avant quinze heures, et des dimanches soir retrouvés

Le dimanche suivant, Claire a tenté l'expérience, non sans une certaine méfiance. Elle a demandé à ses parents d'avancer un peu le déjeuner, ce qui a fait plaisir à son père, levé tôt. Vers quatorze heures, elle s'est allongée sur le canapé du salon, pas dans la chambre, avec un réveil réglé sur vingt minutes. Elle a eu du mal à se lever, mais elle s'est sentie étonnamment claire ensuite. Ce soir-là, à vingt-trois heures quinze, elle dormait déjà profondément.

Il lui a fallu quelques semaines pour renoncer vraiment à ses longues siestes d'avant. Certains dimanches pluvieux, la tentation de rester sous la couette jusqu'à la nuit revenait très fort. Elle a appris à sortir marcher avec Olivier et le chien quand la fatigue de l'après-midi devenait pesante. La lumière du dehors, le mouvement, le vent sur les quais suffisaient souvent à passer le creux. Je croyais me reposer, en fait je volais mon sommeil de la nuit, a-t-elle résumé un jour à sa sœur.

Aujourd'hui, ses lundis ne commencent plus avec quatre heures de sommeil et trois cafés serrés. Le gigot est revenu sur la table, sa mère a pardonné, et la sieste a simplement changé de forme. Claire en parle autour d'elle, parce qu'elle a découvert que beaucoup de ses proches vivaient la même chose sans faire le lien. Ce qu'elle retient tient en peu de choses, faciles à vérifier chez soi. Une sieste courte et prise assez tôt ne dérange pas la nuit ; une longue sieste tardive, si.

« Tu la vides complètement avec ta sieste, et le soir, il n'en reste presque plus rien pour t'endormir. »

  • Limiter la sieste à 20 ou 30 minutes, avec un réveil pour ne pas glisser dans le sommeil profond.
  • La faire tôt, idéalement avant 15 heures, pour laisser au besoin de dormir le temps de se reconstruire.
  • S'allonger sur un canapé plutôt que dans son lit, pour éviter de s'installer pour de longues heures.
  • Si la fatigue de l'après-midi est forte, sortir marcher à la lumière du jour plutôt que dormir tard.
  • Noter pendant deux semaines l'heure et la durée des siestes, et l'heure d'endormissement le soir.
  • Si les difficultés persistent malgré ces ajustements, en parler à son médecin.

Suivi de l'histoire

Partager :WhatsAppFacebookX
Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

Articles: 1944