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Il est 4 h 58 à Pau, et la chambre baigne encore dans le noir. Le radiateur cliquette, la rue Bernadotte se tait, Gérard fixe les chiffres rouges du réveil posé sur la table de nuit. Il a les yeux grands ouverts, l'esprit clair comme en plein après-midi. Pour la quatrième nuit d'affilée, le sommeil l'a quitté bien avant le jour.
Gérard, ses mots croisés et le pas tranquille des retraités
Gérard a 67 ans et il a passé trente-cinq ans à conduire des bus pour le réseau de Pau. Depuis sa retraite, il habite un petit appartement au deuxième étage, avec un balcon qui donne plein est sur les Pyrénées. Le matin, il aime regarder la lumière rosir les sommets avant de descendre chercher son pain. Sa vie tient dans des habitudes simples, presque réglées comme ses anciens horaires de ligne.
Il se couchait vers 23 heures, après le journal télévisé et une grille de mots croisés terminée au crayon. Il se levait vers 7 h 30, sans réveil, porté par une sorte de minuterie intérieure. Sa fille Nathalie, qui vit à Bordeaux, l'appelle le dimanche et le trouve toujours en forme. Il marche une heure par jour le long du boulevard des Pyrénées, souvent le matin, parfois l'après-midi.
Soyons honnêtes, Gérard n'a jamais beaucoup pensé à son sommeil. Il dormait, voilà tout, comme on respire sans y réfléchir. Les changements d'heure, il les traversait chaque année en râlant un peu, puis il oubliait. Son voisin de palier, Robert, un ancien instituteur, lui disait souvent qu'il avait une chance insolente. Lui-même tournait des heures dans son lit, alors que Gérard s'endormait en dix minutes, la radio encore allumée.
Le soir du changement d'heure, une idée qui paraît pleine de bon sens
Le samedi 24 octobre, en remontant ses courses, Gérard croise Robert dans l'escalier. Les deux hommes parlent du changement d'heure de la nuit suivante, comme chaque automne. Robert explique qu'il va régler ses pendules avant de dormir, pour ne pas être perdu le lendemain. Gérard, lui, a une autre idée en tête. Il trouve absurde de rester éveillé jusqu'à minuit selon la nouvelle heure, alors qu'il aura sommeil bien avant.
Dès le dimanche 25 octobre, il décide donc de suivre son corps. Puisque 23 heures d'avant correspondent désormais à 22 heures, il se couchera à 22 heures, tout simplement. Il trouve l'idée raisonnable, presque élégante, comme si l'on pouvait déjouer l'administration avec un peu de logique. Il se dit qu'il gagnera une heure de sommeil, et qu'à son âge, ce n'est jamais du luxe.
Je ne vais pas me battre contre ma fatigue pour faire plaisir au gouvernement, dit-il à Robert en riant. Le voisin hausse les épaules, sans trop savoir quoi répondre. Le soir venu, Gérard éteint la télévision avant la fin du film et se glisse sous la couette. Il s'endort vite, satisfait. Le lendemain, il se réveille vers 6 h 30, ce qui lui paraît normal puisque c'est son 7 h 30 d'avant.
« Je ne vais pas me battre contre ma fatigue pour faire plaisir au gouvernement, on verra bien demain. »
Un réveil qui recule chaque matin de quelques minutes
Les premiers jours, Gérard ne remarque presque rien. Il se lève un peu tôt, prépare son café dans la cuisine encore sombre et attend que le ciel s'éclaircisse. Il s'installe sur le balcon avec une couverture sur les genoux, pour regarder le jour se lever sur la chaîne. Avec l'heure d'hiver, la lumière arrive maintenant plus tôt sur l'horloge, et il la reçoit en pleine figure.
Le mercredi, il ouvre l'œil à 6 heures. Le jeudi, à 5 h 40. Il met cela sur le compte du vent qui a soufflé dans la nuit, ou d'un camion poubelle trop bruyant. Le soir, il a de plus en plus de mal à tenir jusqu'à 22 heures. Vers 21 h 15, ses paupières tombent devant les jeux télévisés, et il finit par aller se coucher encore plus tôt.
On connaît tous ça, cette petite fatigue qu'on ne prend pas au sérieux parce qu'elle arrive doucement. Gérard ne s'inquiète pas encore. Il se dit qu'il rattrape peut-être une dette de sommeil accumulée pendant l'été, avec les soirées chaudes. Il ne fait pas le lien entre ses soirées raccourcies, ses matinées sur le balcon et ces réveils qui grignotent la nuit. Le samedi suivant, une semaine après le changement, il ouvre l'œil à 5 heures pile.
Des nuits trop courtes, une pharmacienne et une fausse piste
Cette fois, Gérard s'agace. À 5 heures, impossible de se rendormir, il tourne dans le lit, compte les voitures qui passent. Il finit par se lever, s'assoit dans la cuisine et attend 7 heures comme on attend un train en retard. L'après-midi, il somnole dans son fauteuil, ce qui ne lui arrivait jamais. Il commence à se demander si quelque chose ne va pas, si c'est la vieillesse qui frappe d'un coup.
Le lundi, il passe à la pharmacie de la place Clemenceau. La pharmacienne, une jeune femme patiente, l'écoute raconter ses réveils. Gérard lui demande s'il existe un produit naturel pour dormir plus longtemps. Elle lui conseille d'abord d'en parler à son médecin, puis lui pose une question simple sur l'heure de son coucher. Il répond 21 heures, à peu près. Elle hoche la tête, songeuse, sans rien vendre.
Au téléphone, le dimanche, Nathalie s'inquiète davantage. Papa, tu te couches à l'heure des poules maintenant, lui dit-elle, mi-amusée, mi-préoccupée. Elle évoque le stress, la solitude, le moral qui baisse en automne. Gérard proteste, il ne se sent pas déprimé, juste réveillé trop tôt. Robert, de son côté, lui suggère une tisane de tilleul. Gérard essaie, sans résultat. Le mardi suivant, il est debout à 4 h 50.
« À 5 heures, j'avais les yeux ouverts comme en plein midi, et plus rien à faire de ma journée. »
Chez le médecin, une explication qui tient en deux mots
Le docteur Lasserre suit Gérard depuis quinze ans. Dans son cabinet du quartier du Hédas, il écoute le récit sans l'interrompre, en prenant quelques notes. Puis il demande à Gérard de détailler sa journée, heure par heure. À quelle heure il se couche, à quelle heure il voit le jour, quand il marche, quand il ferme les volets. Gérard raconte le balcon, le café au lever du soleil, la promenade matinale.
Le médecin sourit alors, presque soulagé. Selon lui, Gérard n'est ni malade ni déprimé. Il a simplement déplacé son horloge interne trop vite, et dans le mauvais sens. Il explique que le corps se règle lentement, et qu'en sautant d'un coup d'une heure, Gérard l'a poussé vers l'avant. Ensuite, la lumière du matin, reçue chaque jour au réveil, a continué d'avancer l'horloge, un peu plus chaque jour.
Votre balcon vous réveille plus sûrement qu'un coq, lui dit-il. Gérard reste silencieux un moment. Il n'avait jamais imaginé que sa lumière préférée, celle qu'il guettait chaque matin, pouvait se retourner contre lui. Le docteur lui explique qu'à son âge, beaucoup de gens ont déjà tendance à se réveiller tôt. Dans son cas, la décision du 25 octobre et le soleil matinal ont simplement accentué ce glissement, nuit après nuit.
Retrouver ses soirées par quarts d'heure et avec le soleil couchant
Le docteur Lasserre propose une méthode sans médicament. D'abord, retarder le coucher par petites marches, de quinze minutes tous les deux ou trois jours, jusqu'à retrouver 23 heures. Ensuite, inverser les moments de lumière. Gérard devra marcher en fin d'après-midi, au moment où le jour décline, plutôt qu'à l'aube. Le matin, il gardera les volets mi-clos et prendra son café dans la cuisine, loin du balcon.
Les premiers jours sont un peu laborieux. Gérard lutte contre le sommeil vers 21 h 30, et il appelle parfois Robert pour tenir le coup. Mais au bout de deux semaines, il se réveille vers 6 h 30, puis vers 7 heures. Il retrouve ses mots croisés du soir et ses films jusqu'au bout. J'ai appris qu'on ne bouscule pas son corps, il faut le raccompagner doucement, dit-il à Nathalie.
Gérard n'a rien payé d'autre que la consultation. Il a surtout compris que l'horloge interne se décale lentement, et que la lumière du matin peut la pousser encore plus tôt. Au printemps, il sait déjà ce qu'il fera, et il en a parlé à Robert. Quelques réflexes simples permettent de traverser ces changements sans y laisser ses nuits, et chacun peut les vérifier chez soi, sans matériel particulier.
« Moi qui guettais le soleil sur les montagnes, je ne savais pas qu'il me volait mes nuits. »
- Décaler son heure de coucher par tranches de quinze minutes, tous les deux ou trois jours.
- Éviter d'avancer d'une heure entière le soir même du changement d'heure.
- S'exposer à la lumière en fin de journée, par une promenade avant le coucher du soleil.
- Limiter la lumière vive dès le réveil quand on se lève trop tôt.
- Noter ses heures de coucher et de réveil pendant une semaine pour repérer un glissement.
- En parler à son médecin si les réveils précoces persistent malgré ces ajustements.
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