Elle se fait colorer en roux cuivré chez sa coiffeuse de Besançon : trois semaines plus tard, la couleur a viré terne sur toute la longueur

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Il était presque vingt et une heures, et la buée avait déjà avalé le miroir de la petite salle de bains. Dehors, sur les quais du Doubs, le premier vrai froid de novembre mordait les doigts. Camille, 34 ans, tournait le mitigeur à fond vers la gauche, comme chaque soir. L'eau tambourinait sur le carrelage, et une fine traînée orangée filait doucement vers la bonde.

Un appartement de la Boucle et un rituel du soir bien installé

Camille habite depuis six ans un deux-pièces au troisième étage, dans une vieille maison de la Boucle, à Besançon. Elle est infirmière de jour au CHU Minjoz, et ses journées commencent avant sept heures. Le soir, elle rentre en bus, les épaules raides, les mains glacées par l'attente à l'arrêt. Dès que les températures chutent, son premier geste en passant la porte ne varie jamais. Elle pose son sac, allume le radiateur de la salle de bains et file sous la douche la plus chaude possible.

Ce rituel, elle le tient de sa mère, qui disait qu'une douche brûlante lavait la journée entière. Camille y reste longtemps, parfois un quart d'heure, la tête sous le jet, les yeux fermés. Elle se lave les cheveux presque à chaque fois, parce qu'elle a l'impression qu'ils gardent l'odeur de l'hôpital. Soyons honnêtes, on connaît tous ce plaisir un peu coupable de l'eau qui fume en plein hiver. Pour elle, c'est la frontière nette entre le travail et sa vie à elle.

Ses cheveux, d'un châtain naturel assez neutre, lui arrivent sous les omoplates. Depuis deux ans, elle les fait colorer en roux cuivré chez Sandrine, une coiffeuse installée rue Pasteur. Elle y va toutes les huit à dix semaines, toujours le samedi matin, avec un café dans un gobelet en carton. Elle aime ce reflet qui accroche la lumière, surtout l'automne, quand tout devient gris autour d'elle. Ses collègues la reconnaissent de loin dans les couloirs, et elle avoue que ça lui plaît beaucoup.

Une nouvelle coloration plus intense, juste avant les premiers froids

Fin octobre, Camille décide de pousser un peu plus loin. Elle montre à Sandrine une photo trouvée sur son téléphone, un roux plus profond, presque cuivre rouge. La coiffeuse prévient que ce genre de nuance demande de l'entretien et qu'elle a tendance à partir plus vite. Camille hoche la tête, rassurée par le résultat de ses colorations précédentes. Elle repart avec un shampoing pour cheveux colorés, acheté au salon, et la promesse de revenir dans deux mois. Dans la rue, son reflet dans les vitrines lui donne le sourire.

Le choix lui semblait raisonnable, et même bien pensé. L'hiver approchait, elle voulait une couleur chaude pour traverser les mois sombres. Elle avait pris le bon produit, suivi le conseil d'attendre quarante-huit heures avant le premier shampoing. Elle avait même renoncé à la piscine du dimanche, de peur que le chlore abîme le travail de Sandrine. Rien, dans sa tête, ne laissait prévoir un problème. Elle se disait qu'elle avait enfin trouvé la nuance qui lui ressemblait vraiment, après plusieurs tentatives hésitantes.

La semaine suivante, le froid tombe d'un coup sur la ville. Les matins sont blancs de givre sur les voitures garées le long du quai Vauban. Camille reprend aussitôt ses douches interminables, encore plus chaudes que d'habitude. Elle se lave les cheveux un soir sur deux, parfois davantage après les gardes difficiles. Elle n'y pense pas une seconde, c'est un automatisme. Tout ce qui compte, à ce moment-là, c'est cette chaleur qui lui remonte dans le dos et qui lui permet enfin de se détendre.

« Je n'ai rien fait de spécial, pourtant, je ne comprends pas où est passée ma couleur. »

Une serviette orangée et un reflet qui s'éteint sans prévenir

Le premier signe arrive au bout de quelques jours, et il est minuscule. En s'essorant les cheveux, Camille remarque que sa serviette blanche se teinte d'un léger voile orangé. Elle se dit que c'est normal, que l'excédent de couleur doit partir les premières fois. Sa mère lui avait dit la même chose après sa première coloration, des années plus tôt. Elle met la serviette à la machine et n'y pense plus. Le lendemain, la trace est un peu plus pâle, et cela la rassure tout à fait.

Pourtant, la traînée cuivrée dans le bac de douche ne disparaît pas vraiment. Chaque soir, elle voit le filet d'eau légèrement teinté glisser vers la bonde. Camille hausse les épaules, persuadée qu'une couleur aussi intense met du temps à se stabiliser. Elle songe même que c'est plutôt bon signe, une preuve que le pigment était généreux. Elle continue ses habitudes sans rien changer, entre la chaleur du jet et le parfum sucré de son shampoing. Les journées s'enchaînent, et le sujet sort complètement de son esprit.

Trois semaines après le passage chez Sandrine, c'est une collègue qui met le doigt dessus. Dans la salle de pause, Nadia la regarde avec curiosité et lui demande si elle a changé de couleur. Camille ne comprend pas tout de suite. Le soir, devant le miroir sous le plafonnier, elle observe ses longueurs avec attention. Le cuivre lumineux a laissé place à un roux fané, presque brun orangé, sans éclat. Elle se souvient avoir murmuré : je n'ai rien fait de spécial, pourtant, je ne comprends pas.

Des soupçons sur le shampoing, le calcaire et la coiffeuse

Le lendemain, Camille cherche un coupable, et le premier sur la liste est le shampoing. Elle relit l'étiquette, vérifie qu'il est bien sans sulfates, compare avec des avis lus en ligne. Tout semble correct. Elle pense alors au calcaire, puisque l'eau de Besançon a la réputation d'être dure. Elle achète un filtre à fixer sur le pommeau, persuadée d'avoir trouvé l'explication. Pendant une semaine, elle surveille sa serviette chaque soir. La trace orangée est toujours là, à peine moins visible, et la couleur continue de s'éteindre.

Vient ensuite le soupçon le plus désagréable, celui qui vise la coiffeuse. Camille se demande si le produit était de moindre qualité, ou si le temps de pose avait été trop court. Elle en parle à sa sœur Élodie au téléphone, un dimanche soir. Celle-ci lui conseille de retourner au salon pour réclamer une retouche gratuite. Camille hésite, parce qu'elle apprécie Sandrine et qu'elle n'aime pas les conflits. Elle finit par appeler, gênée, en préparant dans sa tête des phrases polies pour ne froisser personne.

Elle tente aussi des solutions trouvées au hasard des vidéos. Un masque maison au vinaigre de cidre, un soin teinté acheté en pharmacie, un shampoing sec pour espacer les lavages. Le soin teinté redonne un peu de reflet pendant deux jours, puis tout repart. Elle commence à compter les euros dépensés et s'agace contre elle-même. Elle dira plus tard : j'avais l'impression de jeter de l'argent dans le siphon, littéralement. Sandrine accepte de la recevoir le samedi suivant, sans rien promettre au téléphone, juste pour regarder.

« J'avais l'impression de jeter de l'argent dans le siphon, littéralement, chaque soir sous la douche. »

Au salon de la rue Pasteur, la vraie cause apparaît enfin

Le samedi, Sandrine prend une mèche entre ses doigts et la fait glisser lentement sous la lampe. Elle ne parle pas de produit, ni de temps de pose. Elle demande simplement à Camille comment elle se lave les cheveux, à quelle fréquence, et surtout à quelle température. Camille raconte sa douche du soir, brûlante, le quart d'heure sous le jet, les shampoings rapprochés. La coiffeuse sourit sans moquerie. Elle répond que le problème ne vient ni du salon, ni de l'eau calcaire, mais bien de ce rituel réconfortant.

Elle explique alors ce qu'elle voit tous les hivers dans son salon. Le cheveu est recouvert de petites écailles, un peu comme les tuiles d'un toit. Avec une eau très chaude, ces écailles se soulèvent, et les pigments de la coloration s'échappent beaucoup plus facilement. Les coiffeurs appellent cela le dégorgement. Selon elle, les roux et les rouges sont les premiers touchés, parce que leurs pigments partent plus vite que les autres. Plus l'eau est chaude et le lavage long, plus la couleur s'en va dans le bac.

Camille repense à la traînée orangée qu'elle avait prise pour un excédent sans importance. Ce n'était pas un surplus, c'était sa couleur qui partait, soir après soir. Sandrine ajoute une phrase qui la frappe : chez moi, en décembre, ce sont toujours les rousses qui reviennent avant la date. La solution qu'elle propose paraît presque trop simple. Garder la douche chaude pour le corps si elle y tient, mais laver et rincer les cheveux à l'eau tiède, puis finir par un jet plus frais pour refermer les écailles.

Un rinçage tiède et une couleur qui tient jusqu'au printemps

Sandrine refait un gloss cuivré pour raviver le reflet, et Camille paie la prestation sans discuter. Une cinquantaine d'euros, bien moins qu'une nouvelle coloration complète, mais assez pour lui servir de leçon. Ce soir-là, elle règle le mitigeur différemment. Elle se douche toujours au chaud, puis baisse la température avant de passer la tête sous le jet. Les premières fois, l'eau tiède lui paraît presque désagréable en plein hiver. Elle finit pourtant par s'y habituer, en attachant ses cheveux pendant la partie brûlante de la douche.

Au bout de quinze jours, la serviette reste blanche, ou presque. Le bac de douche ne se colore plus d'orange. Surtout, cinq semaines après le gloss, Nadia ne lui pose plus aucune question en salle de pause. Le roux tient, lumineux, jusqu'au rendez-vous suivant, fin janvier. Camille a aussi espacé ses shampoings à deux ou trois par semaine, ce qui, dans son cas, a suffi à faire la différence. Le filtre à calcaire, lui, est resté vissé sur le pommeau, sans qu'elle sache vraiment s'il sert.

Aujourd'hui, elle raconte l'histoire en riant à celles qui admirent son reflet. Elle n'a pas renoncé au plaisir de la chaleur, elle a juste appris à le séparer de ses cheveux. Elle reconnaît que le changement lui a coûté quelques soirées frileuses au début. Mais elle calcule qu'en tenant ses colorations plus longtemps, elle économise au moins un passage au salon par an. Pour celles qui se reconnaîtraient, elle a gardé quelques gestes simples, notés sur un papier collé à l'intérieur de son placard de salle de bains.

« Chez moi, en décembre, ce sont toujours les rousses qui reviennent avant la date prévue. »

  • Laver et rincer les cheveux colorés à l'eau tiède, jamais brûlante.
  • Terminer par un jet d'eau fraîche pour aider à refermer les écailles du cheveu.
  • Attacher ses cheveux pendant la partie très chaude de la douche.
  • Espacer les shampoings, deux ou trois par semaine suffisent souvent.
  • Surveiller la serviette : une trace colorée persistante signale une couleur qui part.
  • Demander à son coiffeur un gloss pour raviver le reflet avant une coloration complète.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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