Il accepte au téléphone un audit énergétique gratuit pour sa maison : le jeudi suivant, l’homme sonne avec un bon de commande de 18 000 euros

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Il était un peu plus de dix-neuf heures, la soupe frémissait sur la plaque et la radio parlait de la météo du lendemain. Le téléphone fixe a sonné dans l'entrée, ce vieux bruit aigrelet que Gérard, 68 ans, n'entend presque plus. Il s'est essuyé les mains sur le torchon, a décroché, et une voix jeune, très aimable, a prononcé son nom de famille sans une hésitation.

Une maison de 1978, un poêle et des habitudes bien réglées

Gérard vit depuis plus de quarante ans dans un pavillon de plain-pied, à la sortie d'un bourg de Vendée. Il l'a acheté en 1981 avec Monique, quand les enfants étaient petits et que le crédit leur semblait une montagne. Ancien chef d'atelier dans une menuiserie industrielle, il connaît le bois, les joints, les fenêtres qui gonflent l'hiver. La maison, il l'a entretenue lui-même, pièce par pièce, avec méthode et sans jamais appeler personne pour ce qu'il savait faire.

Depuis la mort de Monique, il y a trois ans, les journées ont trouvé un rythme tranquille et presque immuable. Le matin, le marché ou le jardin, selon le temps. L'après-midi, la sieste courte, puis les mots fléchés à la table de la cuisine. Le soir, la soupe et les informations à la radio, jamais la télévision avant vingt heures. Le chauffage, c'est un vieux poêle à bois dans le salon et des radiateurs électriques dans les chambres, qu'il allume avec parcimonie.

Les factures, en revanche, ont commencé à le tracasser sérieusement depuis l'hiver dernier. L'électricité a pris plusieurs dizaines d'euros par mois, et il a noté chaque hausse dans un petit carnet à spirale. Sa fille Sandrine, qui habite Nantes, lui répète qu'il faudrait isoler les combles et changer les fenêtres du nord. Il répond toujours qu'il verra, qu'il n'a pas envie d'avoir des ouvriers dans les pattes. Au fond, il sait qu'elle a raison, et cette idée le travaille plus qu'il ne l'avoue.

Une voix aimable qui parle de l'État et de gratuité

Au bout du fil, le jeune homme s'est présenté comme conseiller en rénovation, mandaté dans le cadre des aides publiques. Il a parlé d'un programme national, de la transition énergétique, des maisons construites avant 1990 qu'il fallait recenser. Il a cité le département, la commune, et même le type de toiture, ce qui a impressionné Gérard. Selon lui, un technicien passait justement dans le secteur la semaine suivante pour réaliser des audits énergétiques gratuits, entièrement pris en charge par l'État.

Gérard a d'abord dit qu'il n'était pas intéressé, par réflexe, comme il le fait avec les vendeurs de cuisines. Le conseiller n'a pas insisté lourdement, et c'est justement ce qui l'a mis en confiance. Il a simplement rappelé que l'audit n'engageait à rien et permettait de savoir à quelles aides on avait droit. Il a ajouté, d'un ton presque désolé, que les créneaux se remplissaient vite et que le dispositif ne durerait pas éternellement dans la région.

Gérard a pensé aux factures, au carnet à spirale, aux conseils répétés de Sandrine. Il s'est dit qu'un diagnostic gratuit valait mieux que des devis au hasard, et qu'au pire il dirait non. Il a pris un rendez-vous pour le jeudi suivant, à quatorze heures, et l'a noté sur le calendrier des pompiers. En raccrochant, il était plutôt content de lui. Pour une fois, il avait l'impression de prendre les choses en main au lieu de les repousser à plus tard.

« Il connaissait mon nom, ma commune, même le genre de toit que j'ai, alors forcément j'ai cru que c'était sérieux. »

Le numéro masqué et le nom qui ne correspondait à rien

Le lendemain matin, en buvant son café, Gérard a voulu retrouver le nom de l'organisme pour en parler à Sandrine. Il se souvenait vaguement d'un sigle avec le mot rénovation et le mot France dedans. Sur l'écran du téléphone, l'appel apparaissait comme masqué, sans aucun numéro à rappeler. Ça l'a un peu agacé, sans plus. Après tout, se disait-il, les administrations appellent souvent depuis des standards impossibles à joindre, tout le monde connaît ça.

Le mardi, un SMS est arrivé sur son portable pour confirmer le rendez-vous de jeudi. Le message venait d'un numéro à dix chiffres commençant par 09, avec un nom de société qu'il ne connaissait pas. Il y avait une faute d'orthographe dans le mot audit, écrit avec un e à la fin. Gérard l'a remarquée, parce qu'il remarque toujours ce genre de chose, mais il a haussé les épaules. Un stagiaire pressé, sans doute, rien de quoi s'inquiéter vraiment.

Le soir, Sandrine l'a appelé comme chaque mercredi, et il lui a raconté l'affaire avec une certaine fierté. Il s'attendait à des félicitations. Elle a gardé le silence quelques secondes, puis elle a demandé qui l'avait contacté exactement. Il a répondu un conseiller de l'État, sans pouvoir donner un nom précis. Elle a dit, d'une voix plus sèche que d'habitude : Papa, l'État n'appelle pas les gens pour leur vendre des audits. Il a répondu qu'il ne s'agissait pas de vendre, justement.

Un jeudi après-midi, une mallette et un bon de commande

Le jeudi, à quatorze heures pile, une voiture blanche s'est garée devant le portail. L'homme qui en est sorti portait un polo floqué d'un logo vert et bleu, avec une feuille stylisée et le mot énergie. Il avait une tablette, une mallette et un appareil à infrarouge qu'il a pointé sur les murs du salon. Pendant vingt minutes, il a pris des photos, mesuré des fenêtres, soupiré devant les radiateurs. Gérard le suivait de pièce en pièce, un peu impressionné par tout ce sérieux.

Puis l'homme s'est assis à la table de la cuisine et a sorti un document de plusieurs pages. Le diagnostic, selon lui, était catastrophique : déperditions massives, maison classée parmi les pires du secteur. Il a proposé une pompe à chaleur, l'isolation des combles et un ballon thermodynamique. Le tout s'élevait à un peu plus de 18 000 euros, mais les aides, assurait-il, couvriraient presque tout. Il suffisait de signer ce jour-là, parce que le dossier devait partir avant la fin du mois.

Gérard a demandé à réfléchir, et le ton a changé imperceptiblement. Le technicien a parlé d'une enveloppe limitée, de voisins qui avaient déjà signé, d'une occasion qui ne reviendrait pas. Il a tendu un stylo. Gérard a pensé à Sandrine, à son silence au téléphone, et il a reposé le stylo sur la toile cirée. Je vais en parler à ma fille, a-t-il dit. L'homme a laissé une carte de visite sans adresse, a remballé sa mallette et il est reparti assez vite.

« Papa, l'État n'appelle pas les gens pour leur vendre des audits, ça n'existe pas. »

Ce que Sandrine a trouvé en une soirée de recherches

Le soir même, Sandrine a passé une heure à éplucher les sites officiels, son père au bout du fil. Elle a d'abord cherché la société inscrite sur la carte : aucune trace sérieuse, juste une adresse de domiciliation en région parisienne. Puis elle est tombée sur l'information qui a tout éclairé. Depuis une loi de juillet 2020, le démarchage téléphonique pour des travaux de rénovation énergétique est purement et simplement interdit en France, quelle que soit la forme de l'appel.

Gérard a mis un moment à comprendre la portée de la chose. Ce n'était pas une entreprise un peu insistante, ni une méthode commerciale discutable : l'appel lui-même était illégal, dès la première seconde. Sandrine lui a expliqué que les vrais conseillers publics, ceux du réseau France Rénov', ne téléphonent pas au hasard. C'est le particulier qui les contacte, et leurs conseils sont gratuits, sans vente de travaux. Personne, chez eux, ne débarque avec une pompe à chaleur dans sa mallette.

Elle a aussi trouvé des dizaines de témoignages qui ressemblaient à celui de son père, presque mot pour mot. Le prénom connu, la commune citée, la promesse de gratuité, l'urgence d'un dispositif limité dans le temps. Certains avaient signé et se retrouvaient avec des travaux mal faits et un crédit à rembourser. Gérard s'est assis dans le fauteuil de Monique, le téléphone contre l'oreille. Soyons honnêtes, a-t-il dit, je me suis fait avoir comme un débutant, et à deux doigts de signer.

Un signalement en ligne et un carnet un peu plus rempli

Le samedi, Sandrine est venue déjeuner et ils ont fait les démarches ensemble, à la table de la cuisine. Ils ont déposé un signalement sur le site SignalConso, le service de la répression des fraudes, en indiquant la date de l'appel et le nom de la société. Ils ont transféré le SMS au 33700, le numéro gratuit prévu pour les messages indésirables. Gérard a gardé la carte de visite et le document du technicien dans une pochette, au cas où on les lui demanderait.

Ce qui l'a le plus marqué, au fond, c'est de comprendre que la règle était simple et qu'il ne la connaissait pas. Un appel pour des travaux de rénovation énergétique, c'est interdit, point. Pas besoin de vérifier la société, d'analyser le discours ou de deviner les intentions. Pour ses vrais travaux, il a pris rendez-vous avec le conseiller France Rénov' de sa communauté de communes, en appelant lui-même le numéro trouvé sur le site officiel. Le rendez-vous est fixé dans trois semaines.

Les factures, elles, n'ont pas baissé, et l'isolation des combles reste à faire avant l'hiver prochain. Mais Gérard a ajouté une page à son carnet à spirale, sous les chiffres de l'électricité. Il y a écrit, en lettres capitales soignées, la date de la loi et le nom du site de signalement. Quand le téléphone sonne le soir, il regarde désormais l'écran avant de décrocher. Et si on lui parle d'audit gratuit, il répond poliment que c'est illégal, puis il raccroche.

« J'ai reposé le stylo sur la toile cirée parce que j'ai pensé au silence de ma fille au téléphone. »

  • Depuis la loi de juillet 2020, tout démarchage téléphonique pour la rénovation énergétique est interdit en France.
  • Les conseillers publics France Rénov' n'appellent pas spontanément : c'est vous qui les contactez.
  • Signalez l'appel sur SignalConso avec la date, l'heure et le nom de la société citée.
  • Transférez les SMS suspects au 33700, numéro gratuit dédié aux messages indésirables.
  • Ne signez jamais un bon de commande le jour d'une visite, même sous la pression d'une prétendue urgence.
  • Conservez cartes, documents et messages : ils servent en cas de litige ou d'enquête.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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