Il bâche son camping-car tout l’hiver au fond du jardin alsacien : en avril, la cellule sent le moisi et les joints ont noirci

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Un samedi d'avril, vers neuf heures, Gérard tire sur la dernière corde et la bâche bleue glisse dans l'herbe mouillée avec un froissement de papier. Le camping-car apparaît, blanc, intact en apparence. Il tourne la clé de la porte de la cellule, l'ouvre en grand. Une odeur lourde, sucrée, de cave fermée lui saute au visage avant même qu'il ait posé un pied sur la marche.

Dans un jardin près de Sélestat, un camping-car choyé depuis six ans

Gérard a soixante-quatre ans et il a passé quarante ans à réparer des machines agricoles dans un atelier de la plaine d'Alsace. Depuis sa retraite, sa grande affaire, c'est un camping-car profilé de sept mètres, acheté d'occasion avec sa femme Monique. Ils l'appellent simplement le bateau, parce qu'il est blanc et qu'il les emmène loin. Chaque été, ils descendent vers la Drôme, puis remontent par le Jura, sans jamais réserver de camping à l'avance.

Le véhicule vit le reste de l'année au fond du jardin, sur une dalle de graviers que Gérard a coulée lui-même. Une haie de thuyas le protège du vent d'ouest, et un vieux noyer lui fait de l'ombre l'été. Gérard en parle comme d'un animal de la maison. Il vérifie la pression des pneus, graisse les marchepieds, nettoie les gouttières de toit à chaque automne avec une brosse douce et beaucoup de patience.

Monique se moque gentiment de lui, mais elle avoue aimer cette rigueur tranquille. Avec lui, dit-elle, on ne part jamais avec une ampoule grillée ou un réservoir oublié. En six ans, le camping-car n'a jamais connu de vraie panne, juste un rétroviseur cassé contre un muret en Ardèche. Pour eux, l'entretien est presque un rituel de saison, et ils le vivent avec une confiance tranquille, presque fière.

Une grande bâche bleue achetée pour affronter l'hiver alsacien

L'automne dernier, les prévisions annonçaient un hiver humide, avec des pluies longues et quelques épisodes de neige collante. Gérard a repensé aux traces vertes qu'il avait vues sur le toit d'un voisin, un camping-car resté nu tout l'hiver. Il ne voulait pas de ça. Un dimanche matin, il est allé au magasin de bricolage et il a acheté une grande bâche en polyéthylène tressé, épaisse, vendue comme imperméable et résistante aux ultraviolets.

Le choix lui paraissait évident, presque professionnel. Une bâche de chantier, c'est fait pour protéger des machines qui valent cher, pensait-il, alors pourquoi pas un camping-car. Elle coûtait à peine soixante euros, quand les housses spécifiques dépassaient les trois cents. Il a vidé les réservoirs, coupé le gaz, débranché la batterie cellule, fermé les lanterneaux et les grilles d'aération du réfrigérateur pour que rien ne passe dessous.

Puis il a passé tout un après-midi à tendre la bâche, avec Monique qui tenait l'échelle. Il l'a sanglée sous le châssis, serrée aux coins, lestée avec des pneus usagés pour que le vent ne la gonfle pas. À la fin, il ne restait pas un centimètre de carrosserie visible. Il a reculé de quelques pas pour admirer le travail. Celui-là, il n'aura pas une goutte de l'hiver, a-t-il lancé en rangeant les sangles.

« Celui-là, il n'aura pas une goutte de l'hiver, j'ai serré chaque coin moi-même. »

Des gouttes sous le plastique, aperçues en janvier puis oubliées

Fin janvier, après une semaine de redoux, Gérard est allé jeter un œil, simplement par habitude. Il a soulevé un coin de la bâche côté porte pour vérifier les pneus. Sous le plastique, la carrosserie brillait étrangement, couverte d'une fine pellicule d'eau, comme une vitre de salle de bains après une douche. Sur l'envers de la bâche, de grosses gouttes perlaient et tombaient lentement sur le marchepied.

Il a froncé les sourcils, puis il s'est trouvé une explication rassurante. La bâche avait dû laisser entrer un peu de pluie par le bas, pendant les averses de la semaine, rien de grave. Il a resserré une sangle, remis un pneu en place, et il est rentré se réchauffer près du poêle. Il n'en a même pas parlé à Monique, tant cela lui semblait anodin, un détail de saison.

En février, la neige a recouvert le toit pendant dix jours, puis a fondu sous un soleil franc. Le matin, le jardin fumait légèrement, et la bâche était tendue, tiède au toucher en milieu de journée, glacée la nuit. Gérard ne l'a plus soulevée. Soyons honnêtes, quand tout a l'air bien fermé et bien propre de l'extérieur, on n'a pas très envie d'aller chercher ce qui pourrait clocher dessous.

Une odeur de cave, des joints noirs et des coups de téléphone

Ce samedi d'avril, l'odeur ne laisse aucun doute. Dans la cellule, les coussins de la dînette sont froids et légèrement humides au toucher. Sur le pourtour des baies, les joints en caoutchouc ont pris une teinte grise, puis franchement noire par endroits. Au plafond, près du lanterneau, de petites taches sombres dessinent comme une constellation. Monique ouvre un placard et recule aussitôt : les draps pliés sentent le linge oublié dans une machine.

Gérard pense d'abord à une infiltration par le toit, le cauchemar de tout camping-cariste. Il monte sur l'échelle, inspecte les mastics, les joints du lanterneau, les passages de câbles du panneau solaire. Rien n'est fendu, rien n'est décollé. Il appelle son beau-frère, qui a un fourgon aménagé, puis le concessionnaire de Colmar, qui lui propose un test d'étanchéité pour la semaine suivante. Il faut savoir d'où ça rentre, répète-t-il au téléphone.

Pendant quelques jours, ils aèrent tout grand, sortent les matelas au soleil, frottent les joints au vinaigre blanc. L'odeur recule un peu, puis revient dès qu'on referme les portes. Monique commence à parler de vendre, ou au moins d'annuler le départ prévu en mai vers les Cévennes. Gérard dort mal. On connaît tous ce moment où l'on refait la scène dans sa tête, en cherchant le geste qu'on a raté, sans le trouver.

« Il faut savoir d'où ça rentre, je ne repars pas tant qu'on n'a pas trouvé le trou. »

Le technicien de Colmar ne trouve aucune fuite, seulement de la condensation

Le mardi suivant, un technicien d'une trentaine d'années, Yannick, branche son appareil de mise en dépression et passe l'humidimètre sur chaque panneau. Les mesures sont régulières, sans zone suspecte autour des ouvertures. Il n'y a pas de fuite, conclut-il en rangeant son matériel. Puis il demande à Gérard comment le camping-car a passé l'hiver. Gérard montre la bâche pliée dans l'abri de jardin, presque fier de sa robustesse.

Yannick hoche la tête sans sourire. Pour lui, l'eau n'est pas venue du ciel mais de l'air lui-même, prisonnier sous le plastique. Le jour, le soleil réchauffe l'ensemble, l'humidité de l'herbe et du sol remonte. La nuit, la carrosserie refroidit et la vapeur se condense contre elle, sans jamais pouvoir s'échapper. Votre bâche a fait une serre, a-t-il expliqué, l'eau tournait en rond là-dessous tout l'hiver.

Et comme Gérard avait tout fermé à l'intérieur, l'air de la cellule n'avait pas bougé pendant cinq mois. L'humidité avait fini par gagner les tissus, les joints, les recoins du plafond, là où le froid se pose en premier. Gérard reste un long moment silencieux, les mains dans les poches. Lui qui croyait avoir trop protégé, il découvre qu'il a surtout enfermé. Ce n'était ni une fuite, ni un joint fendu, seulement une protection trop parfaite.

Ce que Gérard fera autrement à l'automne prochain, et combien ça coûte

Le nettoyage a coûté un week-end entier et plusieurs produits antimoisissure. Deux joints de baie, trop marqués, ont dû être remplacés par le concessionnaire, pour un peu plus de deux cents euros avec la pose. Les housses de coussins sont passées au pressing, les rideaux à la machine. Le départ vers les Cévennes a finalement eu lieu, avec une semaine de retard et un sac d'absorbeurs glissé sous la dînette, par précaution.

Pour l'hiver prochain, Gérard a commandé une housse microporeuse, conçue pour son gabarit, à un peu moins de trois cents euros. Le tissu laisse passer la vapeur d'eau vers l'extérieur tout en arrêtant la pluie, a lui expliqué Yannick. Il compte laisser une grille d'aération entrouverte, et passer ouvrir la cellule par temps sec, de temps en temps. J'ai économisé soixante euros pour en perdre cinq cents, résume-t-il en riant jaune.

Monique, elle, a affiché une petite liste dans l'abri de jardin, à côté des sangles et de la pompe à vélo. Elle dit que ce n'est pas pour lui, mais pour les voisins qui viennent demander conseil. Le bateau, lui, sent de nouveau le bois et le café. Gérard l'a garé un peu plus loin du noyer, là où le soleil sèche la dalle plus vite, et il soulève désormais la housse chaque mois.

« Votre bâche a fait une serre, l'eau tournait en rond là-dessous tout l'hiver. »

  • Remplacer la bâche plastique par une housse microporeuse adaptée au gabarit du véhicule.
  • Laisser une aération légère ouverte dans la cellule, sans bloquer toutes les grilles.
  • Placer un ou plusieurs absorbeurs d'humidité dans la cellule et les placards.
  • Ouvrir et aérer le camping-car par temps sec une fois par mois environ.
  • Garer si possible sur un sol drainé, loin de l'herbe haute et à l'abri des arbres.
  • Soulever la housse régulièrement pour vérifier l'absence de gouttes sur la carrosserie.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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