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Il était sept heures, un mardi de décembre, et la pluie fine de Rennes tapotait contre le double vitrage tout neuf. Thierry, 58 ans, a tiré le rideau de la chambre d'un geste machinal. Une odeur de cave lui est montée au nez. Dans l'angle du plafond, au-dessus de l'armoire, une auréole grise piquetée de points noirs s'étalait comme une carte.
Un pavillon des années soixante-dix et des fenêtres enfin changées
Thierry et Nadine habitent depuis vingt-deux ans un pavillon en parpaing du quartier de Bréquigny, au sud de Rennes. Lui est technicien de maintenance dans une usine de la zone industrielle, elle travaille à la cantine d'un collège voisin. Leurs deux enfants sont partis, la maison est devenue calme, presque trop grande pour eux deux. Le soir, ils regardent la télévision dans le salon, puis montent tôt. Ils connaissent chaque bruit de la maison, le chauffe-eau qui claque, la gouttière qui déborde quand il pleut fort.
Pendant des années, les vieilles fenêtres en bois ont laissé passer le vent breton. Les rideaux bougeaient tout seuls les soirs de tempête, et Nadine glissait des boudins de tissu sous les portes. La facture de fioul grimpait chaque hiver un peu plus. Au printemps, ils ont fini par se décider, avec une partie de leurs économies et une aide locale. Un artisan de Cesson-Sévigné a posé huit fenêtres en PVC à double vitrage, blanches, propres, impeccables. Thierry avait regardé le chantier d'un œil satisfait.
Le premier automne a été une révélation. Plus de courant d'air dans le couloir, plus de sifflement au salon, plus de buée glacée sur les carreaux le matin. Nadine disait qu'elle avait l'impression d'habiter une maison neuve. Thierry relevait les chiffres du compteur chaque dimanche, comme on suit un résultat sportif. Ils dormaient mieux, ils parlaient de refaire la salle de bains l'année suivante. Pour eux, l'histoire des fenêtres était close, réglée, rangée dans la colonne des bonnes décisions.
Trois petites grilles en haut des fenêtres, et un rouleau d'adhésif
C'est en octobre, lors des premiers froids, que Thierry a remarqué les grilles. En haut de chaque fenêtre, une fente en plastique blanc, discrète, longue comme une main. Le soir, quand le vent soufflait, il sentait un mince filet d'air frais lui tomber sur la nuque. Il ne comprenait pas bien. On venait de payer cher pour ne plus avoir de courants d'air, et l'artisan en avait laissé passer exprès. Ça ressemblait à une petite contradiction, presque à une économie de bout de chandelle.
Un samedi matin, il est descendu au garage chercher son rouleau d'adhésif d'électricien, le noir, le plus solide. Il a monté l'escabeau et a bouché les grilles une à une, d'abord dans la chambre, puis dans le salon et le bureau. Le travail lui a pris vingt minutes à peine. Nadine l'a regardé faire sans rien dire, puis a haussé les épaules. Elle aussi trouvait que ce petit sifflement gâchait un peu le confort des nouvelles fenêtres.
Thierry avait de bonnes raisons, et soyons honnêtes, beaucoup auraient fait comme lui. Il pensait à la chaleur qui s'échappait, à l'argent qu'il voyait filer par ces fentes. Il a même calfeutré la petite grille au-dessus de la porte de la cuisine, celle qui donnait sur le cellier. Le soir, il a dit à sa femme qu'on allait voir la différence sur la facture. La chambre semblait plus douce, plus feutrée, et ils ont dormi la porte fermée, comme d'habitude.
« On a une fuite quelque part, c'est sûr, il faut trouver où avant que ça gagne toute la pièce. »
Des vitres qui pleurent chaque matin, et personne ne s'inquiète
Les premiers signes sont arrivés en novembre, si petits qu'on ne les a pas vus comme des signes. Le matin, les vitres de la chambre étaient couvertes d'une buée épaisse, avec des gouttes qui coulaient jusqu'au joint. Nadine passait une éponge en ouvrant les rideaux, sans y penser davantage. Elle mettait ça sur le compte du froid dehors et de la chaleur dedans. On connaît tous ça, une vitre embuée en hiver, ça ne paraît pas bien grave.
Il y avait d'autres détails, épars. Le linge mis à sécher sur l'étendoir du couloir mettait deux jours au lieu d'un. Une odeur un peu lourde flottait dans la chambre au réveil, que Nadine chassait en vaporisant de la lavande. Le papier peint, derrière la tête de lit, semblait légèrement gondolé dans un coin. Thierry a cru à un défaut de pose, vieux de quinze ans, qui ressortait enfin avec l'âge.
Un soir, il a posé la main contre le mur extérieur de la chambre, celui orienté au nord. La paroi était froide et légèrement moite sous la paume, comme une bouteille sortie du réfrigérateur. Il a pensé qu'il avait plu toute la semaine et que le parpaing buvait l'eau. Ça arrive, s'est-il dit, la Bretagne n'est pas l'Andalousie. Il n'a pas fait le lien avec les grilles. Pour lui, l'eau venait forcément de dehors, puisque c'est toujours dehors qu'il pleut.
L'inquiétude grimpe avec les taches, et les hypothèses s'enchaînent
Puis ce mardi de décembre, les points noirs sont apparus dans l'angle du plafond. En quelques jours, ils ont gagné l'autre coin, derrière l'armoire, et le bas des rideaux. Nadine a frotté avec de l'eau de Javel, la tache a pâli, puis elle est revenue la semaine suivante. Elle a commencé à tousser la nuit, une petite toux sèche. Elle disait qu'elle ne voulait plus dormir dans cette pièce. Thierry a dit : On a une fuite quelque part, c'est sûr, il faut trouver où.
Il est monté dans les combles avec une lampe frontale, un samedi après-midi. Il a inspecté les tuiles, l'isolant, le pied de la cheminée, centimètre par centimètre. Tout était sec. Il a appelé un couvreur qui est passé, a regardé le toit depuis la rue et a secoué la tête. Aucune tuile cassée, aucune gouttière bouchée, rien qui puisse expliquer ces taches dans une chambre du premier étage. Le couvreur est reparti avec cinquante euros de déplacement.
Thierry a alors soupçonné les fenêtres neuves, forcément mal posées. Il a téléphoné à l'artisan, un peu sec, en parlant d'infiltration et de malfaçon. Il était prêt à faire jouer la garantie, à envoyer un courrier recommandé. L'artisan a promis de passer dès le jeudi suivant. En attendant, Nadine s'est installée dans l'ancienne chambre de leur fils. La maison neuve dont ils étaient si fiers commençait à leur paraître étrangère, presque hostile, avec ses coins noircis et son odeur de cave.
« Vos fenêtres, elles sont parfaitement étanches, c'est justement ça le problème, monsieur. »
L'eau ne venait pas de dehors, elle venait de leurs nuits
Le jeudi, l'artisan, un homme d'une cinquantaine d'années prénommé Yannick, est arrivé avec un humidimètre. Il a d'abord regardé les joints, puis il a levé les yeux vers le haut de la fenêtre. Il a vu l'adhésif noir et n'a rien dit pendant un moment. Puis il a posé l'appareil contre le mur : plus de soixante-quinze pour cent d'humidité dans l'air de la chambre. Il a dit doucement : Vos fenêtres, elles sont parfaitement étanches, c'est justement ça le problème.
Il a expliqué les choses simplement, assis sur le bord du lit. Deux personnes qui dorment, respirent, transpirent, laissent dans la pièce une quantité d'eau étonnante chaque nuit. Ajoutez les douches, la cuisine, le linge qui sèche dans le couloir. Avant, les vieilles fenêtres fuyaient et cette vapeur s'en allait toute seule. Les grilles, elles, servent à faire entrer de l'air neuf pour que l'air humide puisse être évacué. Une fois bouchées, la vapeur reste enfermée dans la maison.
Et cette vapeur va se poser là où il fait le plus froid, a poursuivi Yannick. Les angles des murs, le coin du plafond, le mur nord, les vitres le matin. Elle s'y condense en fines gouttelettes, comme sur un verre glacé. Dans cette humidité permanente, les moisissures s'installent en quelques semaines. Thierry écoutait, les bras croisés, un peu rouge. Il a fini par lâcher : Donc c'est moi qui ai fabriqué la fuite, avec mon rouleau de scotch. Yannick a souri sans répondre.
Décoller l'adhésif, aérer chaque jour et regarder sa maison autrement
Le soir même, Thierry a remonté l'escabeau et a arraché les bandes noires, une par une, en grognant. Il a dégagé la grille de la cuisine et celle du cellier. Yannick lui avait conseillé de traiter les taches avec un produit adapté et de surveiller l'humidité avec un petit hygromètre. Ils en ont acheté un à quinze euros, posé sur la commode. En dix jours, l'aiguille est redescendue sous les soixante pour cent, et la buée du matin a presque disparu.
Le bilan n'est pas si lourd, mais il pique. Le couvreur, les produits, le papier peint à refaire derrière le lit, une journée de peinture anti-humidité : près de quatre cents euros au total. Et la facture de chauffage n'a presque pas bougé, contrairement à ce qu'il espérait. Thierry le reconnaît sans détour : J'ai voulu gagner trois degrés, j'ai perdu un mur. Nadine est revenue dormir dans la chambre en janvier. Elle ouvre maintenant la fenêtre dix minutes chaque matin, même quand il gèle.
Ce qu'ils retiennent tient en quelques gestes, que Thierry répète désormais à ses collègues. Une maison bien isolée doit respirer, sinon elle garde en elle toute l'eau qu'on y produit. Les taches noires dans les angles ne signalent pas forcément une fuite venue de l'extérieur. Avant d'appeler un couvreur, il vaut mieux regarder ce qu'on a bouché soi-même. Thierry montre parfois la grille blanche, en haut de la fenêtre, à ceux qui passent. Il dit que c'est la plus petite pièce de la maison, et la plus importante.
« Donc c'est moi qui ai fabriqué la fuite, avec mon rouleau de scotch d'électricien. »
- Ne jamais boucher les entrées d'air situées en haut des fenêtres ou dans les murs.
- Vérifier que les bouches d'extraction de la cuisine et de la salle de bains ne sont pas encrassées.
- Aérer chaque pièce cinq à dix minutes par jour, fenêtres grandes ouvertes, même en hiver.
- Éviter de faire sécher le linge dans les chambres ou un couloir fermé.
- Installer un hygromètre et viser un taux d'humidité entre 40 et 60 %.
- Surveiller la buée sur les vitres le matin : c'est le premier signal d'un excès d'humidité.
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