Il envoie à sa voisine la facture du nettoyage de sa gouttière : trois semaines plus tard, une lettre du conciliateur arrive dans sa boîte

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Sept heures et demie, un mardi de novembre, et l'eau tombait en rideau devant la fenêtre de la cuisine. Gérard tenait sa tasse à deux mains, le front presque collé à la vitre. Au-dessus de la porte du garage, la gouttière débordait encore, lâchant de grosses gouttes qui claquaient sur le gravier. Dans le chéneau, une bouillie brune de feuilles de chêne faisait barrage, comme chaque automne.

Trente ans dans la même maison, avec le même chêne

Gérard a 67 ans et il habite cette longère de la Sarthe depuis bientôt trente ans. Ancien chef d'atelier dans une usine de pièces automobiles, il aime que les choses fonctionnent, les moteurs comme les maisons. Sa femme, Annie, dit souvent qu'il connaît chaque tuile de leur toit par son prénom. Le jardin est petit, bien tondu, bordé d'une haie de charmilles taillée au cordeau. De l'autre côté du grillage, il y a la maison d'Odile, et surtout son chêne.

Ce chêne, tout le quartier le connaît. Il monte à plus de quinze mètres, et ses grosses branches s'avancent largement au-dessus du terrain de Gérard. Odile, 74 ans, raconte volontiers que c'est son père qui l'a planté, un jour de printemps, quand elle était encore jeune mariée. Les deux voisins s'entendent bien depuis toujours. Ils échangent des courgettes en été, des nouvelles des petits-enfants, et un coup de main quand l'un des deux part en vacances.

Pendant longtemps, les feuilles n'ont pas posé de vrai problème. Chaque mois de novembre, Gérard sortait son échelle en aluminium, grimpait avec un seau, et vidait la gouttière à la main. Il en avait pour une matinée, deux fois par saison, et il en tirait même une certaine fierté. Annie tenait l'échelle en grommelant qu'il n'avait plus vingt ans. Lui répondait que c'était le prix à payer pour avoir de l'ombre en juillet, et l'affaire en restait là.

Cette année, il appelle un professionnel et garde la facture

Tout a changé au printemps dernier, quand Gérard s'est fait opérer du genou. Rien de grave, a dit le chirurgien, mais plus question de monter sur une échelle avant un bon moment. Alors, quand les premières pluies d'automne ont fait déborder la gouttière, il a cherché un artisan. Un jeune homme du village voisin, qui nettoie les toitures et les chéneaux, est venu un jeudi matin avec sa nacelle. En deux heures, tout était propre, et la facture s'élevait à 180 euros.

Gérard a regardé longtemps ce papier posé sur la table de la cuisine. Il a fait le calcul à voix haute devant Annie : ces feuilles ne venaient pas de chez eux, elles venaient du chêne d'Odile. Pourquoi serait-ce à lui de payer pour un arbre qu'il n'avait pas planté et qu'il ne pouvait pas tailler. Il a dit : moi je veux bien être gentil, mais là ce n'est pas mon arbre, ce n'est pas ma facture.

Annie a hésité, puis elle a haussé les épaules. Soyons honnêtes, l'argument avait l'air de tenir debout, et elle aussi en avait assez de ramasser des feuilles jusqu'à Noël. Gérard a donc rédigé une lettre polie, sans colère, en expliquant la situation et son opération. Il y a joint une photocopie de la facture et a demandé à Odile de bien vouloir la régler. Il a glissé l'enveloppe dans sa boîte aux lettres un dimanche soir, persuadé d'avoir agi correctement.

« Moi je veux bien être gentil, mais là ce n'est pas mon arbre, ce n'est pas ma facture. »

Une réponse courte, et une phrase qu'il ne comprend pas

La réponse est arrivée quatre jours plus tard, écrite à la main sur une carte fleurie. Odile disait qu'elle était désolée pour son genou, qu'elle tenait à leur bonne entente, mais qu'elle ne paierait pas. Elle ajoutait une phrase qui a intrigué Gérard : son neveu, qui travaille dans une agence immobilière, lui avait expliqué que les feuilles ne comptaient pas, et que seul l'emplacement de l'arbre pouvait compter. Elle terminait en lui souhaitant un prompt rétablissement.

Gérard a relu la carte trois fois à voix haute dans le salon. L'emplacement de l'arbre, qu'est-ce que cela venait faire là-dedans. Pour lui, la logique était simple : les feuilles tombaient chez lui, elles bouchaient sa gouttière, elles lui coûtaient de l'argent. Le reste ressemblait à une manière élégante de se défiler. Il a dit à Annie qu'Odile se cachait derrière son neveu, et qu'il n'allait pas se laisser faire pour une question de principe.

Pourtant, un détail le travaillait. Le lendemain matin, en sortant les poubelles, il s'est arrêté devant le grillage et a regardé le tronc avec attention. Il n'y avait jamais vraiment prêté garde, mais le chêne était planté tout près de la limite, peut-être à un mètre et demi. Il est rentré chercher son mètre ruban, a mesuré en tendant le bras à travers les mailles. Un mètre quarante. Il a noté le chiffre sur un coin d'enveloppe, sans encore savoir ce qu'il en ferait.

Des recherches, un forum, et la colère qui monte

Le soir même, Gérard a passé deux heures devant l'ordinateur, les lunettes au bout du nez. Il a lu des forums où chacun affirmait tout et son contraire avec la même assurance. Certains juraient qu'on pouvait faire abattre un arbre trop proche, d'autres que les feuilles étaient toujours à la charge de leur propriétaire. Il a fini par tomber sur un article du Code civil qui parlait de distances de plantation, et il a eu l'impression de tenir enfin quelque chose.

D'après ce qu'il avait lu, un arbre de plus de deux mètres de haut devait se trouver à au moins deux mètres de la limite. Avec son mètre quarante, le chêne d'Odile était donc trop près. Gérard a annoncé à Annie qu'il avait gagné et qu'Odile allait devoir tailler, voire couper. Annie l'a regardé sans rien dire, puis elle a demandé doucement s'il voulait vraiment faire abattre un arbre de quarante ans pour une gouttière.

La question l'a vexé, mais elle l'a aussi freiné. Plutôt que d'écrire une seconde lettre, plus sèche, il a appelé la mairie. La secrétaire lui a conseillé de prendre rendez-vous avec le conciliateur de justice, qui tenait une permanence gratuite le premier mercredi du mois. Elle a précisé que, pour ce genre de petit litige, il fallait de toute façon passer par une tentative de conciliation avant d'aller plus loin. Gérard a noté la date, un peu agacé de devoir attendre trois semaines.

« Elle se cache derrière son neveu, et moi je ne vais pas me laisser faire pour une question de principe. »

Chez le conciliateur, ce n'étaient pas les feuilles qui comptaient

Le conciliateur, un ancien greffier aux cheveux blancs, a reçu Gérard dans une petite salle de la mairie qui sentait le café froid. Il a écouté toute l'histoire sans l'interrompre, la facture, le genou, la carte d'Odile, le mètre quarante. Puis il a posé son stylo et a souri. Il a expliqué que, dans sa pratique, les feuilles qui tombent d'un arbre voisin étaient généralement considérées comme un inconvénient normal du voisinage, surtout dans une commune aussi boisée.

Il a détaillé son raisonnement avec patience. Pour obtenir réparation, a-t-il dit, il faudrait qu'un juge estime le trouble anormal, c'est-à-dire excessif par rapport à ce qu'on peut attendre en vivant à côté d'un jardin. Deux nettoyages de gouttière par an, selon lui, avaient peu de chances d'être vus ainsi. Il a ajouté : vous savez, monsieur, à la campagne, les feuilles tombent chez tout le monde, le juge le sait aussi bien que vous.

Restait la distance, et c'est là que Gérard a eu sa vraie surprise. Le conciliateur a confirmé la règle des deux mètres, mais il a demandé depuis quand le chêne était là. Plus de trente ans, sans aucun doute. Dans ce cas, a-t-il expliqué, la propriétaire pouvait faire valoir que l'arbre était en place depuis trop longtemps pour qu'on exige son arrachage ou sa réduction. Le neveu avait raison sur un point : c'était l'emplacement qui comptait, mais le temps avait joué pour Odile.

Ce qu'il a obtenu, et ce que ça lui a coûté

Il restait pourtant une porte ouverte, et le conciliateur l'a montrée du doigt sur le croquis. Les branches qui avançaient au-dessus du terrain de Gérard, il pouvait demander qu'elles soient coupées par leur propriétaire, même si l'arbre lui-même ne pouvait plus être déplacé. Gérard est ressorti de la mairie avec une idée plus raisonnable que celle avec laquelle il était entré. Il a dit à Annie en rentrant : j'étais parti pour lui faire payer, je reviens pour lui proposer un élagage.

Les deux voisins se sont retrouvés devant le conciliateur un mois plus tard. Odile a accepté de faire élaguer les grosses branches qui surplombaient le toit, et Gérard a renoncé à ses 180 euros. Il a dit, un peu penaud : la facture, je la garde, ça me rappellera de réfléchir avant d'écrire. L'élagueur est passé en février, pour un peu plus de quatre cents euros, réglés par Odile. Gérard, lui, a fait poser une grille de protection sur sa gouttière.

On connaît tous ça, la petite contrariété qui grossit jusqu'à devenir une affaire de principe. Cette année, la gouttière déborde beaucoup moins, et les courgettes ont recommencé à passer par-dessus le grillage. Gérard a gardé l'enveloppe où il avait noté le mètre quarante, glissée dans le tiroir de la cuisine. Avant de réclamer quoi que ce soit à un voisin pour un arbre, il conseille désormais de regarder quelques points simples, qu'il a appris à ses dépens.

« J'étais parti pour lui faire payer, je reviens pour lui proposer un élagage, c'est quand même autre chose. »

  • Mesurer la distance entre le tronc et la limite : deux mètres pour un arbre de plus de deux mètres de haut, cinquante centimètres en dessous.
  • Se renseigner sur l'âge de l'arbre, car une plantation ancienne peut être protégée même si elle est trop proche.
  • Distinguer les feuilles, souvent jugées normales, des branches qui surplombent, dont on peut demander la coupe.
  • Écrire d'abord une lettre aimable avant toute réclamation chiffrée.
  • Prendre rendez-vous avec le conciliateur de justice en mairie, gratuit et souvent exigé avant un juge.
  • Poser une grille de protection sur la gouttière, une dépense modeste qui évite bien des disputes.

Suivi de l'histoire

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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