Il étend son linge dans la chambre d’amis pour économiser l’électricité : en novembre, les vitres ruissellent et le papier peint se décolle

Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News

Il est sept heures moins le quart, et la maison sent encore le café froid de la veille. Gérard pousse la porte de la chambre d'amis avec l'épaule, une bassine de linge humide calée sur la hanche. Un air lourd lui colle au visage. Sur la fenêtre, de longues gouttes descendent lentement et s'accumulent en flaque sur l'appui en bois.

Une maison des années soixante-dix et des habitudes bien rodées

Gérard a cinquante-huit ans et travaille comme magasinier dans une coopérative agricole, à vingt minutes de chez lui. Avec Martine, sa femme, il vit depuis vingt-deux ans dans un pavillon de plain-pied construit en 1976, au bout d'un lotissement tranquille. La maison n'a rien d'extraordinaire, mais ils l'aiment pour son jardin, son garage spacieux et ses volets verts repeints chaque printemps. Ils y ont élevé deux enfants, aujourd'hui partis à Lyon et à Nantes, qui reviennent surtout pour les fêtes.

La chambre du fils est devenue chambre d'amis, avec un lit double, une armoire en pin et un papier peint à fines rayures beiges posé il y a une dizaine d'années. On n'y entre presque jamais, sauf quand la sœur de Martine passe un week-end. Le reste du temps, la porte reste fermée et le radiateur réglé au minimum. Pour Gérard, c'est une pièce qui dort, une réserve d'espace dont on ne sait pas trop quoi faire.

Côté linge, la routine était simple depuis des années. Le lave-linge tournait trois ou quatre fois par semaine dans le cellier, puis tout passait dans le sèche-linge installé juste au-dessus. Martine pliait le soir devant la télévision, en écoutant les informations régionales. Personne ne se posait de question, la machine faisait son bruit de soufflerie et le linge ressortait chaud et souple. C'était le genre de confort qu'on ne remarque plus, jusqu'au jour où l'on décide de s'en passer.

La facture de septembre et une décision pleine de bon sens

Tout a commencé avec la régularisation d'électricité, arrivée fin septembre dans la boîte aux lettres. Gérard l'a ouverte debout dans l'entrée, encore en chaussures de sécurité, et il a relu le montant deux fois. Les mensualités allaient augmenter sensiblement pour l'année suivante. Le soir même, il a sorti un carnet à spirale et a commencé à lister les appareils de la maison, avec leur puissance relevée sur les étiquettes, comme il le fait au travail avec les stocks.

Le sèche-linge est vite apparu comme le coupable idéal. Gérard a lu qu'il faisait partie des appareils les plus gourmands d'un foyer, et il a fait son calcul sur un coin de table. Martine était d'accord, elle trouvait même que le linge séché à l'air sentait meilleur. Dehors, l'automne commençait à s'installer, avec des matins humides et des journées trop courtes pour un étendage au jardin. Il fallait donc trouver une solution à l'intérieur.

C'est là que la chambre d'amis a retrouvé une utilité. Gérard a acheté deux grands étendoirs pliants au magasin de bricolage et les a installés au pied du lit, près du radiateur. Il en était assez fier, il faut bien le dire. Pas besoin d'encombrer le salon, pas de chaussettes qui traînent dans le couloir, et une porte qu'on referme derrière soi. Ça ne coûte rien, et le linge sèche tout seul, a-t-il répété à son fils au téléphone.

« Ça ne coûte rien, et le linge sèche tout seul, je ne vois pas pourquoi on s'est embêtés avec cette machine pendant vingt ans. »

Des gouttes sur la vitre que personne ne prend au sérieux

Les premières semaines d'octobre, tout semble fonctionner. Le linge met un peu plus de temps à sécher, deux jours parfois pour les serviettes épaisses, mais Martine s'en accommode. Un matin, en allant chercher un pull, Gérard remarque que la fenêtre de la chambre est couverte de buée. Il passe la main dessus, essuie avec sa manche, et n'y pense plus. Après tout, il fait frais dehors, et on connaît tous ces vitres embuées des matins d'automne.

Mais la buée revient le lendemain, puis le surlendemain, de plus en plus épaisse. Bientôt, ce ne sont plus de fines gouttelettes mais de véritables coulures qui glissent jusqu'au bas du vitrage. Gérard pose un torchon roulé sur l'appui de fenêtre pour éponger. Il le change tous les deux jours, puis tous les matins. Il se dit que les joints du double vitrage doivent être fatigués, ce qui serait normal après vingt ans de service.

Martine, elle, remarque autre chose : une odeur. Une odeur de cave, légère mais tenace, qui accroche les draps propres rangés dans l'armoire. Elle en parle à Gérard un dimanche, en sortant une housse de couette qui sent le renfermé alors qu'elle venait d'être lavée. Il hausse les épaules, propose d'ouvrir un peu plus souvent. Elle ouvre la fenêtre cinq minutes, puis la referme vite, parce qu'il fait froid et qu'on paie le chauffage.

Le papier peint qui gondole et les mauvaises pistes

Début novembre, c'est le papier peint qui lâche. Dans l'angle derrière l'armoire, sur le mur qui donne au nord, une bande se décolle du haut et pend comme une langue molle. En dessous, Gérard découvre des points noirs, d'abord quelques-uns, puis une tache grisâtre de la taille d'une assiette. Il appuie du doigt sur le plâtre et le sent froid, presque mouillé. Cette fois, il commence vraiment à s'inquiéter pour la maison.

Sa première idée, c'est une fuite. Il monte dans les combles avec une lampe frontale, inspecte les tuiles, la charpente, la gaine de la cheminée. Tout est sec. Il appelle ensuite un couvreur du village, qui passe un samedi matin et confirme que la toiture va bien. Puis il soupçonne une remontée d'humidité par le sol, et un voisin lui conseille un traitement des murs coûteux. Gérard demande un devis, qui dépasse largement ce qu'il espérait économiser sur l'électricité.

Le soir, il en discute avec Martine dans la cuisine, le devis posé entre les tasses. Je ne comprends pas, on n'a jamais eu ça en vingt ans, dit-il en tournant sa cuillère. Elle propose d'acheter un déshumidificateur, il hésite, parce que ça consomme aussi. Ils tournent en rond, chacun avec sa théorie. Personne ne fait le lien avec les deux étendoirs chargés de jeans et de serviettes qui occupent toujours le milieu de la pièce.

« Je ne comprends pas, on n'a jamais eu ça en vingt ans, le toit est sec et les murs n'ont pas bougé. »

Ce n'était ni le toit ni le mur, c'était le linge

C'est leur fille, Camille, venue pour le week-end de la Toussaint prolongé, qui met le doigt dessus. Elle doit dormir dans la chambre d'amis et découvre les étendoirs, la vitre ruisselante, le torchon trempé. Elle travaille dans un bureau d'études thermiques à Nantes et regarde la scène avec un petit sourire. Papa, tu sèches combien de machines ici par semaine, demande-t-elle. Gérard compte sur ses doigts : trois, parfois quatre, et toujours porte fermée.

Camille lui explique alors ce qu'elle voit tous les jours dans son métier. Une machine de linge, même bien essorée, contient encore un à deux litres d'eau. En séchant, cette eau ne disparaît pas, elle passe dans l'air de la pièce sous forme de vapeur. Avec trois ou quatre machines par semaine, cela fait plusieurs litres relâchés dans une petite chambre fermée. Et cette vapeur va forcément se déposer quelque part, sur ce qui est le plus froid.

Dans leur maison, le plus froid, ce sont la vitre et le mur nord, mal isolé depuis 1976. Et il n'y a pas de VMC dans cette chambre, seulement une grille d'aération à moitié bouchée par la peinture. L'air humide se refroidit au contact des surfaces froides et se transforme en gouttes, exactement comme sur un verre d'eau fraîche en été. Tu as fabriqué un sauna à l'envers, résume Camille. Gérard reste un long moment silencieux devant la fenêtre.

Ce que l'économie a vraiment coûté, et ce qu'ils ont changé

Les comptes de Gérard ne sont pas très glorieux, soyons honnêtes. Le papier peint de la chambre est à refaire, l'angle moisi doit être traité, et deux draps tachés de petits points noirs ont fini à la poubelle. Il estime avoir économisé quelques dizaines d'euros d'électricité en six semaines, pour plusieurs centaines d'euros de réparation. Le devis du traitement des murs, lui, est resté dans le tiroir. Il n'a jamais été question de remontées capillaires, seulement de vapeur d'eau mal évacuée.

Le couple n'est pas revenu pour autant au sèche-linge systématique. Les jours secs, le linge part au jardin ou sous l'abri du garage, bien ventilé. Pour le reste, Gérard a réservé le sèche-linge aux serviettes et aux draps, les pièces les plus lourdes en eau. Il a débouché la grille d'aération, posé un petit hygromètre sur la commode et pris l'habitude d'ouvrir la fenêtre en grand dix minutes matin et soir. L'hygromètre, dit-il, est devenu son nouveau thermomètre.

En décembre, la vitre de la chambre est redevenue sèche presque tous les matins. Gérard a recollé une partie du papier peint en attendant les travaux, et il parle désormais d'humidité à qui veut l'entendre, au travail comme chez les voisins. Ce qui le frappe le plus, c'est qu'il n'a rien vu venir alors que l'eau était sous ses yeux, suspendue sur les étendoirs. Avant de transformer une pièce en séchoir, quelques vérifications simples lui auraient évité bien des soucis.

« Papa, chaque machine que tu étends ici, c'est un à deux litres d'eau qui partent dans l'air de la chambre. »

  • Étendre le linge dans une pièce équipée d'une VMC ou d'une aération qui fonctionne vraiment.
  • Vérifier que les grilles et bouches d'aération ne sont pas obstruées par la peinture ou la poussière.
  • Ouvrir la fenêtre en grand cinq à dix minutes matin et soir plutôt qu'entrouverte toute la journée.
  • Placer un hygromètre dans la pièce et réagir si l'humidité reste durablement élevée.
  • Éviter les pièces froides, mal isolées ou exposées au nord pour faire sécher le linge.
  • Bien essorer le linge avant de l'étendre et le sécher dehors ou sous abri dès que le temps le permet.

Suivi de l'histoire

Partager :WhatsAppFacebookX
Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

Articles: 1136