Il exige l’abattage du sapin de quinze mètres planté chez son voisin : la réponse tient sur une photo jaunie datée de l’été 1990

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Samedi, neuf heures, sous un ciel gris des Vosges. Le râteau de Gérard racle la pelouse, ramène pour la troisième fois de la semaine un tapis d'aiguilles brunes. Au-dessus de lui, le sapin du voisin bouche le soleil jusqu'à midi. Gérard pose l'outil contre la clôture, mesure l'écart à grands pas, et se dit que cette fois, ça suffit.

Une maison achetée près d'Épinal pour la lumière du matin

Gérard a 64 ans et quarante années de chantier dans les épaules, comme conducteur de travaux. Avec Monique, sa femme, il a acheté cette maison en 2019, dans un lotissement ancien aux portes d'Épinal. Ils voulaient un terrain plat, un potager, et surtout du calme après des années passées en appartement. La maison regardait vers l'est, et c'était l'argument qui avait décidé Monique. Elle imaginait déjà ses tomates, son café dehors, les matins doux du printemps vosgien sur la terrasse.

De l'autre côté du grillage vit René, 78 ans, ancien facteur, veuf depuis six ans. Il habite là depuis toujours, ou presque, et connaît chaque maison de la rue par son histoire. Les premiers temps, les deux hommes échangeaient quelques mots par-dessus la clôture, sur la pluie ou les élections. René offrait des œufs de ses poules, Gérard lui rendait service avec sa remorque. Rien de chaleureux, mais rien de froid non plus, simplement des voisins polis qui se respectaient.

Entre les deux terrains se dresse un sapin immense, un épicéa d'une quinzaine de mètres. Il pousse côté René, à un mètre à peine du grillage, et ses branches débordent largement. Au moment de l'achat, Gérard l'avait trouvé joli, presque rassurant, comme un morceau de forêt au fond du jardin. Il ne s'était pas demandé ce que cet arbre deviendrait dans sa vie quotidienne. Soyons honnêtes, personne ne regarde les arbres du voisin quand il visite une maison pour l'acheter.

La règle des deux mètres, trouvée un soir sur internet

Les années passant, le sapin est devenu un sujet. Les tomates de Monique ne mûrissent plus, l'ombre couvre le potager jusqu'en fin de matinée. Les aiguilles bouchent la gouttière deux fois par an, et Gérard monte à l'échelle en pestant. Un soir d'automne, après une tempête qui a fait plier l'arbre de façon impressionnante, il s'installe devant l'ordinateur. Il tape quelques mots sur les distances de plantation, et il trouve ce qu'il cherchait, noir sur blanc.

La règle semble limpide : un arbre qui dépasse deux mètres de hauteur doit être planté à au moins deux mètres de la limite séparative. En dessous de deux mètres de haut, un demi-mètre suffit. Gérard relit plusieurs fois, sort son mètre ruban dans le noir et mesure à la lampe frontale. Un mètre et cinq centimètres entre le tronc et le grillage. Pour un arbre de quinze mètres, il n'y a pas de discussion possible, pense-t-il en rangeant l'outil.

Il en parle à Monique le soir même, avec l'enthousiasme de quelqu'un qui tient enfin la solution. Elle hésite, n'aime pas les conflits, et rappelle que René a toujours été gentil avec eux. Gérard insiste : la loi est la loi, et il ne demande rien d'extraordinaire. J'ai passé ma vie à faire respecter des plans, ce n'est pas un sapin qui va me faire la leçon, dit-il en riant. La décision est prise pour de bonnes raisons, croit-il, et dans les règles.

« J'ai passé ma vie à faire respecter des plans, ce n'est pas un sapin qui va me faire la leçon. »

Le vieux voisin sourit au lieu de s'inquiéter

Le lendemain, Gérard sonne chez René avec une feuille imprimée à la main. Il explique calmement la règle, la distance mesurée, l'ombre, les gouttières, le risque en cas de tempête. Il s'attend à de la gêne, peut-être à des excuses, au moins à une proposition d'élagage. René écoute sans l'interrompre, les mains dans les poches de son gilet. Puis il sourit, un sourire tranquille que Gérard ne comprend pas, et il répond simplement qu'il va réfléchir.

Ce sourire reste dans la tête de Gérard toute la journée. Il s'attendait à une dispute ou à une capitulation, pas à cette sérénité un peu amusée. Monique, elle, remarque que René n'a même pas regardé la feuille imprimée. On connaît tous ça, ces voisins âgés qui en ont vu d'autres et qui ne se laissent pas impressionner. Gérard balaie le détail d'un geste : le vieil homme gagne du temps, voilà tout, et il cèdera.

Dans les semaines suivantes, rien ne bouge. René salue toujours par-dessus la clôture, demande des nouvelles du potager, comme si de rien n'était. Gérard rédige alors une lettre plus formelle, qu'il dépose dans la boîte aux lettres. Il y rappelle la règle des deux mètres et demande l'abattage avant le printemps. Il ajoute qu'à défaut, il saisira le conciliateur de justice. C'est à ce moment qu'il pense avoir pris l'ascendant, sans voir que le détail du sourire comptait.

Une photo jaunie posée sur la table de la cuisine

Trois jours après la lettre, René frappe à la porte un dimanche matin. Il tient une enveloppe en papier kraft, usée aux angles. Monique propose un café, et il s'assoit à la table de la cuisine, sans hâte. Il sort une photographie aux couleurs passées : un homme jeune, une pelle à la main, à côté d'un petit sapin à peine plus haut que lui. Au dos, une écriture à l'encre bleue indique juillet 1990, plantation du sapin.

C'est moi, avec ma femme qui tenait l'appareil, on l'avait acheté au marché de Remiremont, dit René doucement. Gérard regarde la photo longuement. On reconnaît la clôture d'origine, le même poteau en béton, l'angle de la maison voisine. Le sapin mesure peut-être un mètre cinquante sur l'image. René explique qu'il a dépassé les deux mètres dès les années 1992 ou 1993, et que personne ne s'en est jamais plaint en trente ans.

Gérard ne comprend pas tout de suite où son voisin veut en venir. Il répond que la date ne change rien, que l'arbre est trop près aujourd'hui. René ne s'énerve pas, il finit son café et laisse la photo sur la table. Renseignez-vous sur la prescription, je l'ai fait avant vous, dit-il en partant. Après son départ, Gérard reste assis un long moment, la photo entre les doigts. Monique, elle, ne dit rien, ce qui est pire.

« C'est moi, avec ma femme qui tenait l'appareil, on l'avait acheté au marché de Remiremont. »

Le conciliateur explique ce que change une date de 1990

Gérard maintient pourtant sa démarche et obtient un rendez-vous avec le conciliateur de justice de son canton. Il arrive avec ses mesures, ses photos de l'ombre sur le potager, sa lettre. Le conciliateur, un ancien greffier aux lunettes rondes, écoute tout. Puis il demande depuis quand l'arbre dépasse deux mètres de haut. Gérard tend, à contrecœur, la photo de René dont il a fait une copie. L'homme hoche la tête et repose le document sur son bureau.

Il explique alors ce que Gérard n'avait pas lu jusqu'au bout. La règle des deux mètres existe bien, mais elle connaît une exception. Quand un arbre trop proche a dépassé la hauteur autorisée depuis plus de trente ans, sans contestation, le voisin ne peut plus exiger son arrachage ni sa réduction. C'est ce qu'on appelle la prescription trentenaire. Le délai se compte à partir du moment où l'arbre a franchi les deux mètres, pas à partir de sa plantation.

Avec une plantation en 1990 et une hauteur de deux mètres atteinte quelques années plus tard, le délai est écoulé depuis longtemps. Peu importe que Gérard soit arrivé en 2019 : la situation existait avant lui, et elle s'est transmise avec la maison. Le conciliateur précise toutefois qu'il garde un droit, celui de demander que les branches qui avancent chez lui soient coupées. Ça, ça ne se prescrit pas, monsieur, lui dit-il. Gérard ressort sans l'abattage, mais avec une autre idée en tête.

Le sapin reste debout, les branches tombent au printemps

Le soir même, Gérard passe la clôture avec une bouteille de mirabelle. Il explique à René ce qu'il a appris, sans détour, et reconnaît qu'il était parti trop vite. René rit franchement pour la première fois depuis des semaines. Ils s'entendent sur un élagage des branches qui débordent, partagé à moitié. Un arboriste de Golbey passe en avril, avec sa nacelle, pour un devis de six cent quatre-vingts euros, frais de broyage compris.

Le sapin est toujours là, haut de quinze mètres, et il le restera sans doute longtemps. Mais le potager reçoit désormais deux heures de soleil en plus, et la gouttière respire. Monique a retrouvé ses tomates, un peu tardives, mais rouges. Gérard, lui, garde dans un tiroir la copie de la photo de 1990. Je me suis fait battre par un vieux cliché, et franchement je l'ai mérité, raconte-t-il à ses enfants quand ils viennent dîner.

Avant de partir en guerre contre un arbre, mieux vaut vérifier son âge et son histoire. Les photos anciennes, les souvenirs des voisins, les actes notariés peuvent dater une plantation. La règle locale peut aussi changer la donne, car certains règlements ou usages fixent d'autres distances. Et le dialogue coûte souvent moins cher qu'une procédure. Gérard le reconnaît volontiers aujourd'hui, en ramassant des aiguilles moins nombreuses : il aurait gagné six mois et un voisin en commençant par sonner.

« Renseignez-vous sur la prescription, je l'ai fait avant vous, et ça m'a rassuré. »

  • Mesurer la distance entre le tronc et la limite : deux mètres minimum pour un arbre de plus de deux mètres.
  • Chercher depuis quand l'arbre dépasse deux mètres : photos, témoignages, actes, vues aériennes anciennes.
  • Au-delà de trente ans sans contestation, l'abattage ne peut plus être exigé.
  • Les branches qui débordent chez vous peuvent toujours être réclamées à la coupe.
  • Vérifier en mairie un éventuel règlement ou usage local fixant d'autres distances.
  • Passer par un conciliateur de justice, gratuit, avant toute procédure.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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