Il ferme les radiateurs des deux chambres d’amis pour économiser l’hiver : en février, le papier peint noircit derrière les armoires et la facture bouge à peine

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Le radiateur a émis un petit claquement métallique quand Gérard a tourné la tête thermostatique jusqu'à l'astérisque. Il était sept heures du matin, début novembre, et la lumière grise entrait à peine par le volet entrouvert de la chambre d'amis. Il a refermé la porte derrière lui, satisfait, puis il a fait la même chose dans la pièce d'à côté.

Une maison trop grande pour deux, depuis que les enfants sont partis

Gérard a soixante-quatre ans et il a passé trente ans comme technicien chez un fabricant de chaudières, ce qui, pense-t-il, lui donne une certaine autorité sur la question. Avec Martine, ils vivent dans un pavillon des années 1980 à la sortie de Vierzon. Quatre chambres, un garage, un jardin où les tomates poussent mal, et une chaudière gaz changée il y a six ans. Les deux garçons sont partis depuis longtemps, l'un à Lyon, l'autre à Nantes.

Les deux chambres du fond sont devenues des chambres d'amis, c'est-à-dire des pièces où personne ne dort dix mois sur douze. On y a rangé les cartons de vaisselle, une machine à coudre, des manteaux d'hiver dans de grandes armoires en chêne héritées de la mère de Martine. Le lit est fait, les rideaux sont tirés, et la porte reste fermée. On connaît tous ces pièces qui ressemblent à un musée familial que l'on visite deux fois par an.

Le reste de la maison vit au rythme tranquille des retraités. Le café à sept heures, la radio dans la cuisine, les mots croisés sur la table du séjour. Martine fait sécher le linge sur un étendoir près de la baie vitrée, parce que le sèche-linge consomme trop, dit-elle. Gérard surveille les compteurs comme d'autres surveillent la météo. Chaque mois, il note les relevés dans un petit carnet à spirale rangé dans le tiroir du buffet.

Le calcul simple d'un homme qui croit connaître le chauffage

À l'automne, la lettre du fournisseur de gaz est arrivée avec une nouvelle grille tarifaire, et Gérard a passé une soirée entière à faire des additions. Les deux chambres du fond représentent presque trente mètres carrés, soit à peu près un quart de la surface chauffée. Pourquoi payer pour réchauffer des cartons et une machine à coudre, s'est-il demandé à voix haute. Martine a haussé les épaules, sans vraiment contester l'argument, qui semblait de bon sens.

Le raisonnement tenait en une phrase, et il la répétait volontiers aux voisins. Un quart de surface en moins, c'est un quart de gaz en moins, ou pas loin. Il a donc fermé les deux radiateurs en position hors gel, calfeutré le bas des portes avec des boudins de tissu, et coupé la ventilation en bouchant les grilles d'aération des fenêtres avec du ruban adhésif. Pour garder la chaleur ailleurs, expliquait-il, il fallait isoler ces pièces mortes.

Martine trouvait l'idée raisonnable, même si le couloir lui paraissait un peu plus frais le matin. Elle a mis un gilet de plus, voilà tout. Le fils aîné, au téléphone, a dit que c'était malin, que lui aussi le faisait dans son appartement avec la chambre du bébé pas encore né. Personne n'a soulevé la moindre objection. Soyons honnêtes, à ce moment-là, l'idée paraissait aussi évidente que d'éteindre la lumière en quittant une pièce.

« Pourquoi est-ce que je paierais pour chauffer des cartons et une vieille machine à coudre, franchement, ça n'a pas de sens. »

Une odeur de cave dans la chambre où dorment les manteaux

Le premier signe est venu juste avant Noël, quand Martine est allée chercher la grande nappe brodée dans l'armoire du fond. En ouvrant la porte de la chambre, elle a senti une odeur de cave, une odeur de terre mouillée qui ne ressemblait à rien de connu dans la maison. La pièce était glaciale, bien sûr, mais elle s'y attendait. Elle a sorti la nappe, l'a trouvée un peu raide, et l'a mise directement à laver.

Le soir, elle en a parlé à Gérard, qui a répondu que c'était normal, qu'une pièce fermée sent toujours le renfermé. Il a ouvert la fenêtre dix minutes, puis il l'a refermée en grelottant. Sur la vitre, il a remarqué de fines gouttes accrochées au bas du carreau, et une petite flaque sur le rebord en bois. Il l'a essuyée avec un mouchoir, en se disant que le froid de décembre expliquait tout cela.

Début janvier, les enfants sont venus pour le week-end des rois, et le cadet a dormi dans la chambre du fond. Il a fallu rallumer le radiateur la veille, et la pièce n'a jamais vraiment chauffé. Au petit déjeuner, le garçon a dit qu'il avait eu l'impression de dormir dans des draps humides. Ça sentait le champignon, papa, a-t-il lâché en riant. Gérard a souri, sans y prêter davantage attention, et la porte s'est refermée le lundi.

Une facture têtue et des taches qui grimpent derrière l'armoire

Le choc, si l'on peut dire, est venu par la boîte aux lettres en février. Gérard a ouvert l'enveloppe du fournisseur à la table de la cuisine, son carnet à spirale posé à côté. La consommation de gaz avait baissé, mais à peine, quelques pour cent par rapport à l'hiver précédent, alors que les températures avaient été comparables. Il a refait ses calculs trois fois, persuadé qu'il y avait une erreur de relevé ou un compteur défaillant.

Le même week-end, Martine a voulu déplacer l'armoire en chêne pour récupérer un carton tombé derrière. Elle a appelé Gérard, d'une voix qu'il ne lui connaissait pas. Sur le papier peint à fleurs, des taches noires couraient du plinthe jusqu'à hauteur d'épaule, en éventail, exactement à l'emplacement du meuble. Le dos de l'armoire lui-même était piqué de points gris, et un manteau en laine portait une auréole verdâtre sur l'épaule.

Gérard a d'abord pensé à une fuite. Il a inspecté la toiture depuis l'échelle, vérifié la gouttière, sondé le mur extérieur avec le plat de la main. Rien. Il a appelé un plombier, qui n'a trouvé aucune canalisation dans ce mur, puis un couvreur, qui a juré que les tuiles étaient saines. On pense à des remontées capillaires, a suggéré un voisin. Gérard a commencé à chercher le prix d'un traitement des murs, et les devis donnaient le vertige.

« J'ai poussé l'armoire et j'ai vu le mur tout noir, du sol jusqu'à mon épaule, j'ai cru que la maison pourrissait. »

Ce n'était pas le toit, c'était la maison entière qui respirait

C'est un thermicien, venu pour un diagnostic payé deux cents euros, qui a tout remis à l'endroit. Il a posé un petit appareil contre le mur noirci et a montré l'écran à Gérard : onze degrés en surface, contre dix-neuf dans le séjour. Il a ensuite mesuré l'humidité de l'air dans le couloir, où l'étendoir de Martine séchait encore une lessive. Votre maison produit de la vapeur, a-t-il dit, et cette vapeur va là où il fait froid.

L'explication tenait en peu de mots. Une maison habitée fabrique chaque jour plusieurs litres d'eau sous forme de vapeur, par la cuisine, la douche, le linge, la respiration. Cette vapeur circule sous les portes et à travers les cloisons. Quand elle rencontre une paroi froide, elle se condense, comme sur un verre sorti du frigo. Les deux chambres fermées étaient devenues le point froid de la maison, et le mur derrière l'armoire, sans air, en était le plus froid.

Quant à la facture, le thermicien l'a expliquée tout aussi simplement. Les pièces chauffées partagent des murs avec les chambres glacées, et la chaleur fuit à travers ces cloisons peu isolées. La chaudière compensait donc une bonne partie de ce qu'il croyait économiser. Vous avez fait un frigo au milieu de votre maison, a résumé l'homme, sans méchanceté. Gérard est resté silencieux un long moment, lui qui avait passé sa carrière entouré de chaudières et de radiateurs.

Seize degrés, une fenêtre ouverte et un autre carnet de relevés

Les conseils du thermicien ont tenu sur une feuille, que Gérard a scotchée à l'intérieur du placard de la cuisine. Remettre les deux chambres autour de seize degrés, en continu, plutôt que de les couper complètement. Rouvrir les grilles d'aération, aérer chaque pièce dix minutes par jour, même en plein hiver. Écarter les armoires de quelques centimètres des murs extérieurs. Et faire sécher le linge dans une pièce ventilée, ou dehors quand le temps le permet.

Pour le reste, la note est salée. Il a fallu traiter les murs, refaire le papier peint des deux chambres, jeter deux manteaux et un tapis. En tout, près de neuf cents euros, sans compter le diagnostic. Le coût du gaz supplémentaire pour maintenir seize degrés, lui, reste modeste selon les premiers relevés notés dans le carnet. Gérard dit qu'au fond, il aura payé cher pour apprendre ce que son métier aurait dû lui apprendre.

Aujourd'hui, la porte du fond reste entrouverte, et Martine y passe chaque matin pour ouvrir la fenêtre en grand. L'odeur de cave a disparu, le nouveau papier peint est clair, sans la moindre trace. Gérard parle de son erreur aux voisins avec une certaine gêne, mais il en parle. On croit bien faire en fermant, a-t-il confié à son fils au téléphone, et en réalité on fabrique de l'humidité. Le cadet a promis de vérifier la chambre du bébé.

« Trente ans dans les chaudières, et c'est un gamin avec un thermomètre qui m'explique que j'ai fabriqué un frigo chez moi. »

  • Garder les pièces peu utilisées autour de 16 °C en continu plutôt que de couper le radiateur.
  • Aérer chaque pièce une dizaine de minutes par jour, même en hiver.
  • Ne jamais boucher les grilles d'aération des fenêtres ni la VMC.
  • Écarter les meubles de quelques centimètres des murs donnant sur l'extérieur.
  • Éviter de sécher le linge à l'intérieur sans ventilation.
  • Surveiller buée sur les vitres et odeur de renfermé, premiers signes de condensation.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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