Il ferme sa maison du Morvan après la Toussaint sans couper l’eau : en janvier, l’assureur lit une seule ligne de son contrat

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Le volet de la cuisine grinça une dernière fois, puis claqua contre la pierre humide. Il était un peu plus de quatre heures, ce dimanche de Toussaint, et le brouillard montait déjà du lac des Settons. Gérard, 64 ans, fit le tour des pièces, tira les rideaux, posa la clé sous le pot de géranium. L'eau, elle, resta ouverte, comme chaque année.

Une maison de famille au bord du lac, fermée chaque automne

La maison appartenait à la famille depuis trois générations, une longère de granit plantée à la sortie d'un hameau du Morvan. Gérard y avait passé tous ses étés d'enfant, entre les champignons d'octobre et les baignades glacées de juillet. À la retraite, après trente ans comme conducteur de travaux à Dijon, il avait pris l'habitude d'y vivre d'avril à la Toussaint. Sa femme, Monique, préférait l'appartement en ville pour l'hiver, plus près des petits-enfants et du médecin.

Le rituel de fermeture tenait en une après-midi, toujours la même, réglée comme une horloge. On rentrait les chaises du jardin, on vidait le réfrigérateur, on bâchait le bois sous l'appentis. Gérard débranchait la box internet, coupait le chauffe-eau et vérifiait les fenêtres de l'étage. Monique faisait le tour avec un sac pour les restes du garde-manger, et ils repartaient avant la nuit. La route jusqu'à Dijon prenait un peu plus de deux heures, par Saulieu et l'autoroute.

Pendant des années, rien ne s'était jamais passé dans la maison fermée, sinon quelques souris dans la grange. Le voisin, Lucien, un ancien agriculteur de quatre-vingts ans, jetait un œil en passant avec son chien. Il appelait parfois pour signaler une tuile tombée ou un volet mal accroché après un coup de vent. Gérard se sentait tranquille, et soyons honnêtes, il avait de bonnes raisons de l'être. La maison avait traversé des hivers bien plus rudes que ceux d'aujourd'hui, sans jamais broncher.

Laisser l'eau ouverte, une habitude prise pour de bonnes raisons

Couper l'eau, Gérard l'avait fait au début, quand son père était encore là pour le rappeler à l'ordre. Mais le robinet d'arrêt se trouvait dans un regard au fond du terrain, sous une plaque en fonte lourde et rouillée. Deux hivers plus tôt, la vanne avait refusé de se rouvrir au printemps, et il avait fallu appeler le plombier. Depuis, il préférait ne plus y toucher, de peur de la casser pour de bon cette fois.

Il avait aussi son raisonnement, qui lui paraissait solide et même plutôt prudent. Les hivers n'étaient plus ce qu'ils étaient, répétait-il à Monique, on ne voyait presque plus de neige au lac. Les tuyaux passaient dans les murs épais, à l'abri, et la cuisine restait toujours un peu tiède. Il laissait même un radiateur électrique en position hors gel dans la salle de bains, quand il y pensait. Cette année-là, pressé par le brouillard, il l'avait débranché avec le reste.

Monique, dans la voiture, lui avait demandé s'il avait bien tout fermé, comme chaque année. Il avait répondu oui sans y réfléchir, parce que dans sa tête, tout fermer voulait dire volets et portes. L'eau ne faisait pas partie de la liste, elle était simplement là, comme l'air ou la lumière. Il ne s'était jamais vraiment demandé ce que son contrat d'assurance disait d'une maison vide en hiver. Le papier dormait quelque part dans un classeur, à Dijon, entre les factures de fioul.

« Je pensais qu'un dégât des eaux, c'était couvert, point final, je n'avais jamais lu cette ligne du contrat. »

Un relevé de compteur étrange, et personne ne s'en inquiète

Le premier signe arriva à la mi-janvier, sous une forme tellement banale qu'on n'y fit pas attention. Un message automatique du service des eaux de la communauté de communes signalait une consommation inhabituelle. Gérard le lut un soir devant le journal télévisé, en mangeant une soupe, et haussa les épaules. Il pensa à une erreur, à un compteur mal relevé, à un de ces courriels qu'on reçoit par dizaines. Personne n'habitait là-bas, alors comment aurait-on pu consommer de l'eau en plein hiver.

La semaine précédente, pourtant, la radio avait parlé d'une vague de froid sur la Bourgogne. Moins douze degrés à Château-Chinon une nuit, moins neuf la suivante, avec un vent du nord qui mordait. Gérard avait même plaisanté au téléphone avec son fils sur les hivers de son enfance revenus d'un coup. Il n'avait pas fait le lien avec sa maison, ni avec le radiateur débranché. On connaît tous ça, ces informations qui flottent séparément et qu'on n'assemble qu'après coup.

Lucien, de son côté, était resté chez lui pendant tout le froid, avec une mauvaise bronchite. Son chien n'était pas sorti au-delà de la cour, et personne n'était passé devant la longère. Le facteur avait bien remarqué une plaque de glace sur le seuil, sous la porte de la cuisine. Il l'avait trouvée bizarre, il en avait parlé à la boulangère, puis il avait oublié. Pendant ce temps, à l'intérieur, l'eau coulait sans bruit depuis plusieurs jours.

Le coup de fil de Lucien et la route sous la neige

C'est Lucien qui appela, un samedi matin, la voix encore enrouée par la toux. Il avait vu de l'eau sortir sous la porte d'entrée et geler en coulées sur les marches. Gérard, tu devrais venir, ça ne sent pas bon du tout, avait-il dit sans plus d'explications. Gérard prit la voiture une heure plus tard, seul, Monique restant pour garder les petits-enfants. Sur la départementale après Saulieu, la neige tenait encore dans les virages et sur les bas-côtés.

En ouvrant la porte, il fut d'abord saisi par l'odeur, un mélange de plâtre mouillé et de cave. Le plafond de la cuisine s'était effondré en partie, pendant en lambeaux au-dessus de la table. L'eau ruisselait encore le long du mur, depuis la salle de bains de l'étage, au-dessus. Le parquet du salon gonflait par endroits, et les tapis de sa mère baignaient dans deux centimètres d'eau. Il chercha le robinet d'arrêt, glissa dans le jardin, et dut forcer la vanne avec une clé.

Le lendemain, il appela son assureur depuis la cuisine de Lucien, une tasse de café entre les mains. La conseillère enregistra la déclaration, posa des questions précises, prit des notes qu'il ne voyait pas. Depuis quand la maison était-elle inoccupée, l'eau était-elle coupée, y avait-il un chauffage en marche. Gérard répondit franchement, sans voir où elle voulait en venir avec tant d'insistance. Un expert passerait dans la quinzaine, lui dit-elle, et il raccrocha presque soulagé.

« Gérard, tu devrais venir, il y a de l'eau qui sort sous ta porte et qui gèle sur les marches. »

Ce que l'expert pointe dans le contrat, ligne après ligne

L'expert arriva un mardi, un homme jeune avec une tablette et une lampe frontale. Il photographia le tuyau de cuivre fendu sur vingt centimètres, derrière le lavabo de la salle de bains. Le gel, sans aucun doute, dit-il, le métal avait éclaté sous la pression de la glace. Puis il demanda à voir le radiateur, le thermostat, le compteur, la vanne au fond du terrain. Gérard sentait que chaque question resserrait quelque chose, sans comprendre encore exactement quoi.

Le courrier de refus arriva trois semaines plus tard, deux pages au ton poli et sans appel. L'assureur rappelait une clause de son contrat multirisque habitation, que Gérard n'avait jamais lue de sa vie. En cas d'inoccupation pendant la période hivernale, les dommages dus au gel étaient exclus. Sauf si l'assuré avait coupé l'eau et vidangé les canalisations, ou maintenu un chauffage suffisant. Gérard n'avait fait ni l'un ni l'autre, et le dossier se refermait là, sur une seule phrase.

Il relut la lettre trois fois, assis dans la cuisine éventrée, sous le plafond arraché. Je pensais qu'un dégât des eaux, c'était couvert, point final, dit-il plus tard à Monique. Ce n'était ni une tempête, ni une canalisation trop vieille, ni un défaut caché de la maison. C'était une habitude, une vanne qu'on n'ose plus tourner, un radiateur qu'on débranche par réflexe. Son fils, en lisant le courrier, découvrit que sa propre résidence secondaire contenait la même clause.

Douze mille euros de travaux et une nouvelle liste de fermeture

Le devis de l'entreprise de Saulieu tomba en mars, et il fit pâlir Monique à la lecture. Plafond, plâtre, électricité de la cuisine, parquet du salon, plomberie de l'étage, séchage des murs. Plus de douze mille euros au total, que le couple dut sortir de ses économies, faute d'indemnisation. Ils renoncèrent au voyage prévu en Bretagne pour leurs quarante ans de mariage. Gérard passa le printemps sur place, à suivre le chantier et à démonter lui-même ce qu'il pouvait.

Il remplaça aussi la vieille vanne par une neuve, accessible depuis le cellier, sans plaque de fonte à soulever. Le plombier lui montra comment vidanger le circuit en ouvrant les robinets du bas, puis ceux du haut. Il fit poser un thermostat connecté, qui lui envoie une alerte si la température descend sous cinq degrés. Lucien a désormais un double des clés et un numéro à appeler en cas de doute. Et Gérard a sorti son contrat du classeur pour le lire, ligne par ligne, avec un crayon.

Sur le frigo de la longère, une feuille plastifiée affiche maintenant la liste de fermeture complète. Gérard la coche chaque Toussaint, en présence de Monique, qui relit derrière lui sans rien dire. Les conditions varient d'un assureur à l'autre, lui a expliqué son agent, il faut lire son propre contrat. Certains exigent une coupure d'eau, d'autres acceptent un chauffage hors gel, parfois avec des températures précises. Lui ne prend plus de risque : il fait les deux, et il dort mieux l'hiver.

« La vanne était coincée depuis deux ans, j'avais peur de la casser, alors je n'y touchais plus. »

  • Relire la clause gel et inoccupation de son contrat multirisque habitation avant l'hiver.
  • Couper l'eau au robinet d'arrêt et vérifier que la vanne fonctionne bien avant de partir.
  • Vidanger les canalisations en ouvrant tous les robinets, chasse d'eau comprise.
  • Maintenir un chauffage hors gel si le contrat l'admet, et noter la température exigée.
  • Confier un double des clés à un voisin et installer une alerte de température.
  • Signaler à son assureur toute période prolongée d'inoccupation de la maison.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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