Il monte sur son échelle chaque novembre pour vider ses gouttières : le conciliateur refuse l’abattage du chêne voisin planté en 1987

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Il était sept heures et demie, un samedi de novembre, et l'eau débordait de la gouttière en un rideau continu devant la fenêtre de la cuisine. Gérard a posé sa tasse, enfilé ses bottes, sorti l'échelle du garage. Au-dessus de lui, le grand chêne des voisins secouait ses dernières feuilles brunes, qui tombaient lentement sur le toit déjà couvert.

Une maison achetée pour le calme et pour la vue sur l'arbre

Gérard et Monique habitent depuis douze ans une maison en pierre au bout d'un lotissement ancien, à la sortie d'un bourg de Charente. Lui a été chef d'atelier dans une usine de pièces automobiles, elle a tenu la caisse d'un supermarché pendant vingt-cinq ans. Quand ils ont visité, c'est le jardin qui les a décidés, avec sa pelouse en pente douce. Et, de l'autre côté du grillage, ce grand chêne qui donnait de l'ombre l'été et du caractère à l'ensemble.

Le chêne appartient à Odile, une ancienne institutrice qui vit seule dans la maison voisine depuis plus de quarante ans. Son mari l'avait planté au printemps 1987, à un peu plus d'un mètre de la clôture, quand ce n'était encore qu'une tige fragile. Aujourd'hui, le tronc dépasse le mètre de circonférence et les branches surplombent largement le toit de Gérard. Les premières années, personne n'y prêtait attention, et les deux foyers échangeaient des confitures et des nouvelles par-dessus le grillage.

Gérard aime que les choses soient en ordre, on connaît tous ce genre de voisin méticuleux. Il tond le samedi, il range ses outils par taille, il nettoie ses gouttières deux fois par an. Pendant longtemps, cette petite corvée d'automne ne lui pesait pas. Il montait sur l'échelle, remplissait deux seaux de feuilles mouillées, puis buvait un café avec Monique en regardant le jardin. Rien ne laissait deviner que cet arbre deviendrait, quelques années plus tard, le sujet de toutes leurs conversations du soir.

Le jour où Gérard décide que l'arbre doit disparaître

Tout a basculé l'hiver dernier, quand une infiltration est apparue au plafond de la chambre d'amis, juste sous l'angle du toit. Un couvreur est venu, a soulevé quelques tuiles et a montré à Gérard une descente pleine de feuilles décomposées. L'eau avait débordé à l'intérieur du chéneau pendant plusieurs semaines sans que personne ne s'en aperçoive. La réparation a coûté un peu plus de huit cents euros, sans compter la peinture du plafond que Gérard a refaite lui-même.

Ce soir-là, il a tourné longtemps dans le salon avant d'annoncer sa décision à Monique. Il ne voulait plus passer ses automnes sur une échelle à soixante-quatre ans, avec un genou qui commençait à fatiguer. Il avait lu quelque part qu'un arbre devait respecter une distance avec la limite de propriété. Pour lui, le raisonnement était simple : le chêne était trop près, il causait des dégâts, il fallait donc l'abattre. Monique a hésité, puis elle a laissé faire.

Il a d'abord frappé chez Odile, poliment, une lettre manuscrite à la main. Il lui a expliqué les infiltrations, la facture, les seaux de feuilles, et il a proposé de partager le coût de l'abattage. La vieille dame l'a écouté sur le pas de sa porte, emmitouflée dans un gilet gris. Elle a répondu que cet arbre était le dernier souvenir de son mari, qu'elle voulait bien le faire élaguer, mais certainement pas le couper. Gérard est reparti en se disant qu'elle finirait par céder.

« Ce n'est pas une question d'argent, c'est une question de principe, voilà ce que je me répétais tous les soirs. »

Un détail sur la date de plantation que personne ne relève

Les semaines suivantes, Gérard a constitué ce qu'il appelait son dossier. Il a photographié les gouttières pleines, le plafond taché, les feuilles amassées contre la porte du garage. Il a mesuré la distance entre le tronc et le grillage avec un mètre ruban : un mètre vingt, pas davantage. Il a imprimé des pages trouvées sur internet sur la règle des deux mètres pour les arbres de plus de deux mètres de haut. Tout lui semblait aller dans son sens, sans la moindre ambiguïté.

Dans la lettre de réponse qu'Odile lui a glissée dans sa boîte, un passage aurait dû l'arrêter. Elle écrivait que son mari avait planté le chêne l'année de la naissance de leur petit-fils, en 1987. Gérard a lu la phrase, haussé les épaules et rangé la lettre dans la chemise cartonnée. Pour lui, c'était de la sentimentalité, rien de plus. Il n'a pas songé un instant que cette date pouvait peser plus lourd que toutes ses photos de gouttières réunies.

Monique, elle, avait remarqué autre chose. Les autres voisins de la rue, qui avaient aussi des arbres près de chez eux, ne se plaignaient jamais. Le fils du boulanger passait chez eux chaque automne avec un souffleur pour quelques billets. Elle en a parlé à Gérard un soir, en servant la soupe. Il l'a regardée comme si elle trahissait la cause. Ce n'est pas une question d'argent, a-t-il répondu, c'est une question de principe et de respect de la loi.

Le recommandé, le silence, puis la convocation chez le conciliateur

Au printemps, Gérard est passé à la vitesse supérieure. Il a envoyé un courrier recommandé à Odile pour la mettre en demeure d'abattre l'arbre dans un délai de deux mois. La lettre est revenue signée, mais aucune réponse n'a suivi. Il a ensuite appelé la mairie, où une secrétaire lui a expliqué gentiment que la commune n'intervenait pas dans les litiges entre particuliers. Elle lui a conseillé de s'adresser au conciliateur de justice qui tenait une permanence le jeudi matin.

La saisine était gratuite et simple, ce qui l'a rassuré. Il a rempli le formulaire, joint ses photos, la facture du couvreur, ses impressions sur la distance légale. Odile a reçu une convocation pour une réunion dans une petite salle de la mairie, un jeudi de juin. Gérard s'y est rendu en chemise repassée, persuadé que l'affaire serait réglée en un quart d'heure. Il se voyait déjà commander l'entreprise d'élagage pour l'automne et ne plus jamais toucher une feuille de chêne.

Odile est venue accompagnée de son petit-fils, Thomas, un grand garçon calme qui travaille dans une banque à Angoulême. Elle tenait dans ses mains une vieille enveloppe jaunie. Le conciliateur, un ancien greffier aux cheveux blancs, a laissé chacun parler sans l'interrompre. Gérard a déroulé son dossier avec méthode. Puis le conciliateur a demandé à Odile si elle savait depuis quand l'arbre était planté. Elle a sorti de l'enveloppe une facture de pépinière datée de mars 1987, et une photo de son mari, bêche à la main.

« Mon mari l'a planté l'année où notre petit-fils est né, je ne vais pas le couper pour des feuilles. »

Ce que le conciliateur explique avec la facture de 1987 sur la table

Le conciliateur a posé la facture au milieu de la table et l'a regardée un long moment. Puis il a expliqué, sans élever la voix, que la règle des distances existait bien dans le Code civil. Mais il a ajouté qu'un voisin ne pouvait plus exiger l'arrachage d'un arbre mal placé lorsque celui-ci avait dépassé la hauteur autorisée depuis plus de trente ans. Ce délai, appelé prescription trentenaire, courait ici depuis bien avant l'arrivée de Gérard dans le quartier.

Gérard a protesté que le problème, c'étaient surtout les feuilles et les dégâts sur sa toiture. Le conciliateur a répondu que la chute des feuilles d'un arbre, en automne, faisait partie des inconvénients ordinaires du voisinage. Pour obtenir quelque chose, il aurait fallu démontrer un trouble anormal, quelque chose d'excessif par rapport à ce qu'on peut attendre en vivant à côté d'un jardin arboré. Des gouttières à nettoyer chaque année, a-t-il dit doucement, la plupart des gens en ont.

Il a toutefois rappelé une chose que Gérard ignorait aussi : les branches qui avancent au-dessus de son terrain pouvaient être coupées, à la demande du voisin, par le propriétaire de l'arbre. Odile a aussitôt hoché la tête. Thomas a proposé de payer un élagueur pour raccourcir les branches qui surplombaient le toit. Gérard est resté silencieux. Il a dit plus tard à Monique qu'il avait eu l'impression de recevoir une leçon qu'il aurait pu s'éviter en lisant une seule lettre jusqu'au bout.

Un automne plus tard, les gouttières et la clôture ont changé

L'élagueur est passé en septembre, avec une nacelle et deux jeunes apprentis. Il a retiré les grosses branches au-dessus de la maison de Gérard, sans toucher à la silhouette générale du chêne. Odile observait depuis sa fenêtre, Gérard depuis la sienne, et les deux ont fini par sortir en même temps dans leur jardin. Ils ont échangé quelques mots sur le temps et sur le bruit de la tronçonneuse. Ce n'était pas une réconciliation, mais c'était déjà autre chose qu'un recommandé.

Gérard a aussi fait poser des grilles pare-feuilles sur ses gouttières, pour un peu moins de trois cents euros. En novembre, les feuilles se sont encore accumulées, mais elles glissaient désormais sur les grilles au lieu de boucher les descentes. Il a passé une heure avec un balai plutôt qu'une matinée sur l'échelle. Soyons honnêtes : il en a voulu au chêne pendant tout le mois, mais le plafond de la chambre d'amis est resté sec, et c'était ce qu'il cherchait vraiment.

Avec le recul, Monique résume l'histoire en une phrase qu'elle répète aux amies qui la questionnent. On voulait abattre un arbre, on a surtout appris à regarder les dates. Pour qui vit à côté d'un grand arbre, quelques vérifications simples évitent bien des tensions. Elles ne remplacent pas l'avis d'un professionnel, mais elles permettent d'aborder un voisin avec des éléments plutôt qu'avec de la colère. Voici ce que Gérard et Monique conseillent désormais à ceux qui leur racontent un conflit semblable.

« J'avais la date sous les yeux depuis des mois, dans sa lettre, et je ne l'ai jamais vraiment lue. »

  • Chercher la date de plantation de l'arbre : facture, photo ancienne, témoignage d'anciens voisins.
  • Mesurer la distance entre le tronc et la limite, et noter depuis quand l'arbre dépasse deux mètres.
  • Demander l'élagage des branches qui avancent au-dessus de son terrain plutôt que l'abattage.
  • Équiper ses gouttières de grilles pare-feuilles avant l'automne.
  • Saisir gratuitement le conciliateur de justice avant toute procédure.
  • Photographier les dégâts réels, en gardant en tête que la chute des feuilles seule n'est pas un trouble anormal.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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