Il monte vers Super-Besse avec ses pneus été comme chaque novembre : un gendarme l’arrête sur une route sèche, sans un flocon

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Le moteur ronronnait encore quand Didier a coupé la radio, à 8 h 40, sur le bas-côté de la départementale. Dehors, l'air piquait les joues et la route brillait, noire et parfaitement sèche. Un gendarme en gilet jaune s'approchait lentement de la portière, une main levée. Sur le siège passager, un thermos de café tiédissait à côté des clés du chalet.

Chaque mi-novembre, la même route vers le chalet de Besse

Didier a 58 ans, il est artisan menuisier à Vichy, et depuis douze ans il monte au chalet familial au-dessus de Besse. C'est un rituel qui n'a jamais bougé, à peu près à la même date. Mi-novembre, il va fermer l'eau, vérifier le toit, rentrer le bois coupé pendant l'été. Sa femme, Sylvie, reste en bas avec le chien, qui déteste les virages. Lui aime ce trajet seul, la lumière basse sur les volcans, les vaches encore dehors dans les prés jaunis.

La voiture est un break diesel de neuf ans, entretenu chez le même garagiste depuis l'achat. Didier connaît chaque bruit de ce moteur et chaque défaut de cette boîte de vitesses. Il roule prudemment, ne dépasse pas, s'arrête toujours à la même boulangerie de Champeix pour prendre une fougasse. Le trajet dure un peu plus d'une heure quand tout va bien. En douze ans, il n'a jamais eu le moindre accrochage, jamais reçu une seule amende, et il en tire une certaine fierté.

Ce matin-là, le ciel était d'un bleu net, presque trop beau pour la saison. La météo annonçait du sec sur tout le massif jusqu'au week-end, avec des gelées le matin seulement. Didier avait chargé la caisse à outils, deux sacs de granulés et une couverture dans le coffre. Il était parti à 7 h 30, la radio réglée sur une station locale qui passait de vieilles chansons. Rien, absolument rien, ne laissait prévoir que la matinée prendrait une autre tournure.

Des pneus été gardés par habitude et par économie

Les pneus hiver, Didier en avait eu une fois, il y a longtemps, sur une ancienne voiture. Il avait trouvé ça cher, encombrant, et il ne savait jamais où stocker le deuxième jeu dans son atelier. Quand il a changé de break, il ne les a pas rachetés, tout simplement. Son raisonnement tenait en une phrase, qu'il répétait volontiers à ses clients. Je monte quand il fait beau, je redescends quand il neige, pourquoi payer pour des pneus dont je ne me sers pas.

Il faut dire que l'argument n'était pas idiot, du moins en apparence. Didier ne monte au chalet qu'à des dates choisies, en regardant la météo plusieurs jours à l'avance. L'hiver, quand la route devient blanche, il préfère rester chez lui ou attendre un redoux. Sylvie lui avait bien suggéré des pneus quatre saisons lors du dernier changement de gommes. Il avait haussé les épaules, rappelant que le garagiste lui proposait un modèle été moins cher, très bien noté, qui tenait la route sous la pluie.

Ses pneus actuels avaient deux ans et encore une belle profondeur de sculpture. Didier les vérifiait lui-même avec une pièce de monnaie, comme lui avait appris son père. Il gonflait tous les mois à la station de lavage, en respectant les pressions de la portière. Dans sa tête, une voiture bien entretenue et un conducteur prudent suffisaient à faire face. Soyons honnêtes, beaucoup d'automobilistes raisonnent exactement comme lui, surtout ceux qui ne vivent pas en montagne et n'y passent que quelques jours par an.

« Je montais quand il faisait beau, je redescendais quand il neigeait, je pensais vraiment que ça suffisait. »

Un panneau rond et blanc que personne ne regardait

Il y avait pourtant eu un signe, quelques kilomètres avant le contrôle, à l'entrée d'une commune. Un panneau rond, cerclé, avec un pneu dessiné et une mention d'obligation entre le premier novembre et le trente et un mars. Didier l'a vu, il s'en souvient très bien, mais il l'a lu de travers. Pour lui, c'était un panneau de neige, du genre de ceux qu'on sort quand la route est enneigée. Or la route était sèche, donc le panneau ne le concernait pas, croyait-il.

Un peu plus loin, il a croisé une camionnette de livraison qui roulait avec des chaînes rangées sur le siège avant. Il a souri en pensant que le chauffeur était bien prévoyant pour une journée pareille. À la boulangerie de Champeix, la vendeuse avait évoqué des contrôles la semaine précédente sur la route de la station. Didier avait compris des contrôles de vitesse, ou d'alcoolémie à la sortie des bars. Il avait répondu en riant qu'il ne buvait jamais avant midi et qu'il roulait comme un retraité.

Ces trois détails, mis bout à bout, racontaient pourtant une histoire assez claire. Mais on connaît tous ça : quand une habitude est installée depuis des années, l'esprit trie les informations pour la protéger. Didier ne cherchait pas à enfreindre une règle, il ignorait simplement qu'elle existait. Il a continué à monter, la fenêtre entrouverte pour sentir l'air froid. Trois kilomètres avant la station, derrière un virage, il a aperçu deux voitures bleues garées sur un terre-plein et un homme qui lui faisait signe.

Au bord de la route, les papiers puis le silence

Didier s'est arrêté sans inquiétude, persuadé qu'il s'agissait d'un contrôle de routine. Il a tendu son permis, sa carte grise et l'attestation d'assurance, rangés dans une pochette plastique. Le gendarme a jeté un œil rapide aux documents, puis il a fait le tour du véhicule. Il s'est penché sur la roue avant gauche, longtemps, comme on examine un meuble chez un brocanteur. Ensuite il est revenu vers la portière et a demandé, d'une voix calme, si Didier avait des chaînes dans le coffre.

Didier a cru à une plaisanterie et a montré le ciel, sans un nuage. Il a expliqué qu'il ne montait jamais par temps de neige, qu'il connaissait la route par cœur. Le gendarme a hoché la tête, poliment, puis il a répété sa question. Didier a ouvert le coffre et a déplacé les sacs de granulés, espérant y trouver un vieux kit oublié. Il n'y avait que la caisse à outils, la couverture et un triangle de signalisation encore sous plastique.

Il a alors appelé Sylvie, debout près de la voiture, le téléphone collé à l'oreille. Tu te souviens si on a gardé les chaînes de l'ancienne Peugeot, a-t-il demandé à voix basse. Sylvie ne savait pas, elle pensait qu'ils les avaient données à un voisin. Didier a tenté une dernière fois sa chance auprès du gendarme, en promettant de redescendre aussitôt. L'homme a sorti un boîtier électronique de sa poche, sans hausser le ton, et a commencé à saisir les informations du véhicule.

« J'ai vu le panneau, hein, je l'ai vu, mais pour moi c'était un panneau pour les jours de neige. »

Ce n'était pas la neige, c'était le calendrier

Le gendarme a pris le temps d'expliquer, ce que Didier reconnaît volontiers aujourd'hui. Depuis quelques années, une règle issue de la loi montagne s'applique dans certaines communes classées par arrêté préfectoral. Du premier novembre au trente et un mars, chaque voiture doit soit porter quatre pneus hiver, soit transporter des chaînes ou des chaussettes à neige. Peu importe qu'il neige ou non ce jour-là. Ce qui compte, c'est la date, et le fait de circuler dans une zone signalée par ce fameux panneau rond.

Le Puy-de-Dôme fait partie des départements concernés, avec une longue liste de communes autour du Sancy. Didier a appris que les pneus marqués d'un flocon dans une montagne à trois pics étaient ceux reconnus. Le gendarme lui a précisé que l'amende prévue s'élevait à 135 euros. Didier a encaissé la nouvelle en silence, les mains dans les poches de sa veste. Ce qui le frappait le plus, c'était l'idée qu'il roulait en infraction depuis plusieurs hivers, sans jamais avoir été arrêté jusque-là.

Il a demandé ce qu'il devait faire pour finir sa journée, puisque le chalet n'était plus qu'à quelques minutes. Le gendarme lui a conseillé de trouver des chaînes ou des chaussettes dans un commerce de la vallée avant de reprendre la route. Didier est redescendu jusqu'à un magasin de pièces auto, à une vingtaine de minutes. Il a acheté une paire de chaussettes textiles, qu'il n'a jamais sorties de leur boîte ce jour-là. Puis il est remonté, cette fois avec le coffre en règle.

La facture, l'atelier, et une nouvelle routine à prendre

Au total, la matinée lui a coûté l'amende, les chaussettes et presque deux heures de route en plus. Didier a fait ses comptes le soir même, sur un coin de table, devant Sylvie un peu amusée. Avec le recul, il trouve que les pneus quatre saisons proposés par le garagiste n'étaient finalement pas si chers. Il a pris rendez-vous pour les faire monter au printemps, quand ses pneus été seront à changer. En attendant, les chaussettes restent dans le coffre, sous la couverture, de novembre à fin mars.

Ce qui l'a le plus marqué, c'est la facilité avec laquelle il a mal lu ce panneau. Il en a parlé à ses clients, à ses voisins, à son beau-frère qui monte skier chaque février. Presque tous pensaient, comme lui, que l'obligation ne valait que les jours de neige. Plusieurs ont avoué rouler sans rien dans le coffre en zone de montagne. Didier ne fait pas la morale, il raconte simplement sa matinée au bord de la départementale, en insistant sur la route sèche et le ciel bleu.

Avant de reprendre la route vers un massif, quelques vérifications simples évitent ce genre de surprise. Il suffit de regarder le flanc de ses pneus, de vérifier la présence d'un équipement dans le coffre et de repérer les panneaux à l'entrée des communes. Les listes des communes concernées sont publiées par chaque préfecture, souvent consultables en ligne. Didier a gardé le procès-verbal, plié dans la boîte à gants, comme un pense-bête. Il dit qu'il le regarde chaque fois qu'il passe devant la boulangerie de Champeix.

« Le gendarme m'a demandé si j'avais des chaînes, j'ai cru qu'il plaisantait, j'ai montré le ciel bleu. »

  • Vérifier la période : l'obligation court du 1er novembre au 31 mars dans les communes classées.
  • Regarder le flanc des pneus : le marquage reconnu est le symbole montagne à trois pics avec un flocon.
  • Sans pneus hiver, garder chaînes ou chaussettes à neige dans le coffre pendant toute la saison.
  • Repérer le panneau rond d'obligation à l'entrée des communes, même quand la route est sèche.
  • Consulter la liste des communes concernées publiée par la préfecture du département traversé.
  • Retenir le montant prévu en cas de contrôle : une amende de 135 euros.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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