Il ne sort sa voiture que pour le pain et le marché depuis sa retraite : au premier matin à 0 degré, le moteur refuse de tourner

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Le thermomètre accroché au volet de la cuisine marquait zéro pile, ce mardi de novembre, à sept heures et quart. Gérard a enfilé sa parka, pris le cabas en toile et ses clés, comme chaque matin. Dans l'allée, le pare-brise était blanc de givre. Il a tourné la clé, et la voiture a répondu par un cliquetis sec, puis plus rien.

Une petite vie bien réglée à la sortie de Dijon

Gérard a soixante-sept ans et il habite depuis trente ans une maison de plain-pied à Chenôve, juste au sud de Dijon. Pendant toute sa carrière, il a été technicien chez un fabricant de chaudières, avec des tournées qui l'envoyaient jusqu'à Beaune et Auxonne. Il avalait alors ses quarante mille kilomètres par an sans y penser, la radio allumée et le thermos posé sur le siège passager.

Depuis la retraite, tout a changé de rythme, et il ne s'en plaint pas. Le matin, il va chercher la baguette et deux croissants à la boulangerie du centre, à un kilomètre et demi. Le samedi, il pousse jusqu'au marché, où il retrouve le fromager qui lui garde toujours un morceau d'époisses. Le reste du temps, la voiture dort dans l'allée.

Sa femme, Monique, ne conduit plus beaucoup depuis une opération de la hanche. C'est donc lui qui fait les courses, et il en a fait un petit rituel tranquille. La voiture, une citadine achetée neuve il y a cinq ans, affiche à peine trente mille kilomètres au compteur. Pour Gérard, c'est la preuve qu'elle est en parfaite santé et qu'elle ne lui posera jamais de souci.

Rouler moins, il en était sûr, c'était la ménager

Quand il a pris sa retraite, Gérard a pris une décision qu'il trouvait très raisonnable. Il s'est dit qu'une voiture qui roule peu s'use peu, que les pneus dureraient plus longtemps et que l'entretien coûterait moins cher. Il a même résilié l'option assistance de son assurance, persuadé qu'il n'en aurait jamais besoin pour quelques trajets en ville.

Il a aussi vendu l'idée à son entourage avec un certain plaisir. À son beau-frère, qui faisait encore de grands trajets pour voir ses petits-enfants à Lyon, il répétait la même phrase en riant. Moi, ma voiture, elle ne me coûte presque rien, elle fait quatre minutes le matin et elle rentre au chaud, disait-il en servant le café.

Soyons honnêtes, on connaît tous ce raisonnement, et il a l'air de tenir debout. Moins de kilomètres, moins d'usure, moins de dépenses. Sur le papier, tout semblait lui donner raison : une citadine de cinq ans, à peine trente mille kilomètres, quelques trajets de quatre minutes en ville. Les vacances se faisaient désormais en train, chez leur fille à Nantes, et la voiture restait garée pendant ce temps. Parfois, elle ne bougeait pas pendant dix jours d'affilée, sans que Gérard y voie le moindre problème.

« Moi, ma voiture, elle ne me coûte presque rien, elle fait quatre minutes le matin et elle rentre au chaud. »

Un démarrage un peu lent que personne n'a voulu entendre

Le premier signe est arrivé fin octobre, un matin de brouillard humide sur la plaine dijonnaise. En tournant la clé, Gérard a remarqué que le moteur mettait un peu plus de temps à tousser avant de partir. Le démarreur semblait traîner, comme fatigué, avec un son plus grave que d'habitude. Puis tout est reparti normalement.

Il en a parlé à Monique au déjeuner, presque en passant, entre la soupe et le fromage. Elle lui a demandé s'il fallait la faire voir au garage. Il a haussé les épaules en expliquant que c'était sûrement l'humidité, que les vieux moteurs aussi se réveillent doucement. Il trouvait l'image drôle, et l'affaire en est restée là pour plusieurs jours.

Quelques jours plus tard, il a remarqué autre chose. Le soir, en rentrant de chez le voisin, les phares lui ont paru plus jaunes, moins vifs qu'avant. L'horloge du tableau de bord s'était remise à zéro un matin, sans raison apparente. Pris un par un, ces signes semblaient sans importance pour un conducteur qui ne faisait que quelques kilomètres par semaine. Gérard a noté tout cela dans un coin de sa tête, sans faire le lien entre ces détails.

Le matin du gel, les coups de téléphone s'enchaînent

Ce mardi-là, devant le cliquetis sec et le tableau de bord qui clignotait faiblement, Gérard a d'abord insisté. Il a tourné la clé trois fois, puis quatre, en appuyant sur l'accélérateur comme on le faisait sur les anciennes voitures. À chaque essai, le bruit devenait plus faible. Au cinquième, les voyants se sont éteints d'un coup.

Il est rentré dans la cuisine, les doigts gelés, et a appelé son assurance. On lui a rappelé qu'il avait supprimé l'option assistance, et qu'un dépannage lui serait facturé. Il a alors tenté le garage du quartier, qui ne pouvait envoyer personne avant le lendemain. J'avais l'impression d'être un idiot dans ma propre allée, a-t-il raconté plus tard.

C'est finalement le voisin, Karim, mécanicien amateur et propriétaire d'un vieux fourgon, qui est venu avec ses câbles. Il a branché les pinces, laissé tourner son moteur deux minutes, et la citadine a démarré. Gérard a cru l'affaire réglée. Le lendemain matin, après un simple aller-retour à la boulangerie, la voiture refusait à nouveau de partir. Les câbles avaient seulement donné un coup de pouce, sans rien régler sur le fond.

« J'avais l'impression d'être un idiot dans ma propre allée, avec mon cabas et mes clés qui ne servaient à rien. »

Ce n'était pas la panne, c'était sa façon de rouler

Le garagiste, Pascal, a branché un testeur sur la batterie dès l'arrivée de la voiture à l'atelier. Le verdict est tombé en quelques secondes : la batterie était profondément déchargée, presque à plat. Pourtant, elle n'avait que cinq ans et l'alternateur fonctionnait parfaitement. Gérard s'attendait à une pièce cassée, à une grosse réparation, et il n'y avait rien de tout cela. Le problème ne venait ni du démarreur ni de l'alternateur, mais d'une batterie que les trajets trop courts n'avaient jamais laissée se recharger.

Pascal lui a expliqué que chaque démarrage puise beaucoup d'énergie dans la batterie, et que c'est l'alternateur qui la recharge ensuite en roulant. Avec quatre minutes de trajet, il n'a jamais le temps de rendre ce qu'on a pris. Votre batterie, elle a passé des mois à vivre à crédit, monsieur, a-t-il résumé en essuyant ses mains.

Et le froid a fait le reste, a ajouté le garagiste. Par une nuit à zéro degré, une batterie perd une bonne part de sa capacité, alors que le moteur, à l'huile épaissie, demande plus d'effort pour tourner. Une batterie à moitié vide peut encore suffire par temps doux, mais au premier gel, elle lâche. Les démarrages lents, les phares jaunes, l'horloge remise à zéro : tout racontait la même histoire depuis des semaines, simplement personne ne l'avait écoutée.

Une heure de route le dimanche, et la voiture repart

Ce matin d'hiver a coûté à Gérard un peu plus de deux cents euros. Il y a eu la batterie neuve, car l'ancienne, trop souvent vidée, ne tenait plus la charge, puis la main-d'œuvre et le contrôle du circuit. Il a aussi réactivé l'assistance de son assurance, avec un petit sourire gêné au téléphone.

Surtout, il a changé ses habitudes. Désormais, le dimanche, il emmène Monique faire un tour jusqu'à Nuits-Saint-Georges par la route des vins, une bonne demi-heure dans chaque sens. Elle adore regarder les vignes dorées, et lui sait que la batterie se recharge pendant ce temps. Ses quatre minutes du matin pour la baguette et les croissants n'ont pas changé, mais elles ne sont plus les seules sorties de la semaine. Sur les conseils de Pascal, il a aussi acheté un petit chargeur d'entretien à brancher au garage.

Les jours de grand froid, il le branche la veille au soir, et le matin la voiture part au premier tour de clé. Karim se moque gentiment de lui, en lui disant qu'il soigne sa citadine comme un pur-sang. Gérard ne relève plus. Il a compris qu'une voiture qui ne roule presque pas n'est pas forcément une voiture qui se porte bien.

« Votre batterie, elle a passé des mois à vivre à crédit, monsieur, et le gel lui a présenté la facture. »

  • Si vos trajets durent moins de dix minutes, prévoyez au moins une fois par semaine une sortie de trente minutes ou plus.
  • Un démarrage plus lent, des phares plus faibles ou une horloge qui se réinitialise doivent vous alerter.
  • Avant l'hiver, faites tester la batterie au garage : la mesure prend quelques minutes.
  • Un chargeur d'entretien branché la nuit maintient la batterie d'une voiture peu utilisée.
  • Vérifiez que votre contrat d'assurance inclut une assistance panne au domicile.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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