Il s’endort sur le canapé à 17 heures depuis la mi-octobre : sa femme parle de mauvaise humeur, lui croit simplement qu’il vieillit

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Il est 17 h 10, un mardi de fin octobre, dans une maison de briques du quartier Saint-Marc, à Rouen. Dehors, le ciel vire déjà au gris ardoise au-dessus des toits mouillés. Gérard repose sa tasse sur la toile cirée, le cliquetis de la cuillère résonne dans la cuisine silencieuse, et il sent ses épaules tomber d'un coup, comme si quelqu'un avait coupé le courant.

Une maison tranquille où chaque journée suivait le même fil

Gérard a 63 ans et il a passé trente-cinq ans à réparer des ascenseurs dans toute l'agglomération rouennaise. Depuis sa retraite, il y a deux ans, il s'est inventé une routine qu'il aime bien. Il bricole dans le garage, il passe à la boulangerie de la place, il lit le journal en entier. Sa femme, Martine, travaille encore trois jours par semaine dans une pharmacie du centre-ville.

Le couple vit dans cette maison depuis 1994, avec un petit jardin à l'arrière et un cerisier qui perd ses feuilles sur la pelouse. Les enfants sont partis, l'un à Caen, l'autre à Lille, et reviennent pour les fêtes. Le soir, d'habitude, Gérard prépare le dîner pendant que Martine rentre à pied. Ils mangent tôt, regardent un film, parfois sortent marcher au bord de la Seine.

Tout l'été, Gérard a été d'une énergie que Martine lui enviait presque. Il a repeint la clôture, remonté un vieux vélo, organisé un barbecue pour les voisins de la rue. Il se levait tôt, prenait son café sur la terrasse et partait faire ses courses à pied. Rien, dans cette vie réglée et plutôt heureuse, ne laissait deviner que l'automne allait la secouer à ce point.

Pour profiter de la retraite, il décide de faire la grasse matinée

À la rentrée, Gérard a pris une décision qui lui semblait parfaitement raisonnable. Après des décennies de réveils à six heures, il a décidé de ne plus mettre de réveil du tout. Il se disait qu'il avait bien gagné le droit de dormir, que son corps saurait ce dont il avait besoin. Martine trouvait l'idée sensée, et elle l'a même encouragé, un peu amusée.

Alors Gérard s'est mis à émerger vers huit heures et demie, parfois neuf heures. Il prenait son petit-déjeuner dans la cuisine, volets à moitié fermés, à la lumière du plafonnier. Puis il descendait au garage, une pièce sans fenêtre éclairée par deux néons qui bourdonnent. Il y passait la matinée entière, absorbé par une commode qu'il restaure pour sa fille.

Pour les courses, il a aussi changé ses habitudes, en prenant la voiture pour aller au supermarché en début d'après-midi. Soyons honnêtes, avec la pluie normande d'octobre, personne n'a très envie de marcher. Je me suis dit que j'avais assez marché dans ma vie, racontera-t-il plus tard en riant à moitié. Sur le moment, tout cela ressemblait simplement à une retraite bien méritée.

« Je me suis dit que j'avais assez marché dans ma vie, alors j'ai pris la voiture pour tout. »

Vers cinq heures, un coup de fatigue qu'il met sur le compte de l'âge

Les premiers jours, Gérard n'a presque rien remarqué. Vers la mi-octobre, il a senti une sorte de lassitude descendre sur lui en fin d'après-midi. Il avait l'impression que ses bras pesaient plus lourd, que le moindre projet devenait une montagne. La commode attendait dans le garage, et il n'avait tout simplement plus envie d'y toucher après 17 heures.

Il s'est mis à s'asseoir sur le canapé avec la télévision allumée, sans vraiment la regarder. Parfois, il s'endormait une demi-heure, puis se réveillait la bouche pâteuse et l'humeur sombre. Le soir, il n'arrivait plus à trouver le sommeil avant une heure du matin. Le lendemain, forcément, il se levait encore plus tard, et la journée semblait commencer déjà fatiguée.

Gérard a trouvé une explication qui le rassurait autant qu'elle l'attristait. Il s'est dit qu'il vieillissait, tout bêtement, que c'était le contrecoup de la retraite. Son père, au même âge, faisait la sieste tous les jours, après tout. On connaît tous ce petit refrain intérieur qui transforme chaque fatigue en signe du temps qui passe. Il n'en a parlé à personne, pas même à Martine.

Martine y voit de la mauvaise humeur et la maison se tend

Martine, elle, a vu autre chose. Quand elle rentrait de la pharmacie, elle trouvait un mari grognon, affalé, qui répondait par monosyllabes. Le dîner n'était plus préparé, les volets n'étaient pas fermés, la maison baignait dans la pénombre. Elle a d'abord cru à une contrariété passagère, une dispute avec un voisin ou un souci avec les enfants.

Au bout de deux semaines, l'agacement a pris le dessus. Tu fais la tête depuis des jours et tu ne me dis pas pourquoi, lui a-t-elle lancé un soir en posant son sac. Gérard a haussé les épaules, vexé d'être accusé d'un caractère qu'il ne se reconnaissait pas. Le repas s'est terminé en silence, chacun dans son coin, la télévision trop forte.

Gérard a tenté de se secouer. Il a bu un deuxième café à 16 heures, ce qui n'a fait qu'aggraver ses nuits blanches. Il a essayé de se coucher plus tôt, sans succès, les yeux grands ouverts dans le noir. Il a même envisagé d'appeler son médecin, avant de renoncer par peur de passer pour un vieux qui se plaint. Les tensions, elles, s'installaient doucement dans la maison.

« Tu fais la tête depuis des jours et tu ne me dis pas pourquoi, c'est fatigant. »

Une collègue de pharmacie pose la question à laquelle personne n'avait pensé

C'est à la pharmacie que la piste est apparue, presque par hasard. Martine racontait sa soirée à Sandrine, une collègue de cinquante ans, pendant une pause café. Sandrine a écouté, puis elle a posé une question simple : à quelle heure ton mari voit-il la lumière du jour, le matin. Martine a ouvert la bouche, et s'est aperçue qu'elle ne savait pas répondre.

Sandrine lui a expliqué ce qu'elle avait elle-même vécu, plusieurs automnes de suite. Chez moi, quand je ne sortais pas le matin, je m'effondrais dès que le jour tombait, a-t-elle raconté. Elle avait appris que notre horloge interne se cale en grande partie sur la lumière, et surtout sur celle du matin. Quand les jours raccourcissent vite, en octobre, ce réglage peut se dérégler.

Le soir même, Martine a reconstitué la journée de Gérard, et tout s'est éclairé. Lever tardif, petit-déjeuner sous une ampoule, matinée dans un garage sans fenêtre, courses en voiture. Il ne voyait presque jamais le ciel avant midi, au moment précis où les journées perdaient de la lumière. Ce n'était ni la vieillesse ni la mauvaise humeur : son corps ne savait simplement plus quelle heure il était.

Trois semaines de marches matinales et un rythme qui revient

Gérard a d'abord ricané, puis il a accepté d'essayer, surtout pour faire plaisir à sa femme. Il a remis un réveil à 7 h 30 et s'est imposé une règle : sortir avant neuf heures, quel que soit le temps. Chaque matin, il marche une demi-heure jusqu'à la boulangerie, en prenant le chemin le plus long. Même sous un ciel couvert, il reste dehors, sans lunettes de soleil.

Les premiers jours ont été rudes, avec des réveils pénibles et des jambes lourdes. Mais au bout d'une semaine, la chute de 17 heures s'est faite moins brutale. Au bout de trois semaines, il s'endormait de nouveau vers 23 heures et retrouvait l'envie de descendre au garage. J'ai l'impression qu'on m'a rendu mes fins de journée, dit-il aujourd'hui. La commode est presque terminée.

Le changement n'a rien coûté, sinon un peu de discipline et un bonnet. Martine, elle, a présenté ses excuses pour ses reproches, et Gérard a reconnu qu'il aurait dû parler plus tôt. Ils marchent ensemble le samedi matin, désormais, sur les quais de la Seine. Gérard le dit à sa façon : ce n'est pas un remède miracle, c'est juste une habitude qu'il avait perdue sans s'en rendre compte.

« Chez moi, quand je ne sortais pas le matin, je m'effondrais dès que le jour tombait. »

  • Sortir dehors dans la première heure après le lever, même par temps gris.
  • Marcher vingt à trente minutes le matin plutôt qu'en fin de journée.
  • Garder une heure de réveil régulière, y compris le week-end.
  • Ouvrir largement les volets et prendre le petit-déjeuner près d'une fenêtre.
  • Éviter le café après le milieu d'après-midi quand le sommeil se dérègle.
  • Consulter son médecin si la fatigue persiste malgré ces changements.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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