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Le moteur toussa deux fois avant de partir, un ronflement aigu qui rebondit contre les façades de la rue. Il était 8 h 40, ce dimanche de novembre, à Dijon, et le ciel hésitait entre le gris et le blanc. Bernard, 64 ans, ajusta son bonnet, cala le souffleur contre sa hanche et poussa la première vague de feuilles mouillées vers le portail.
Un dimanche de novembre ordinaire dans une rue tranquille de Dijon
Bernard habite depuis vingt-deux ans une maison en meulière du quartier des Grésilles, avec un jardin de taille modeste et un grand tilleul. Ancien technicien chez un fabricant de chaudières, il a gardé l'habitude de se lever tôt, même à la retraite. Chaque matin, il boit son café debout près de la fenêtre de la cuisine. Il regarde la rue, les volets encore fermés, les voitures couvertes de buée. Ce dimanche-là, le tilleul avait lâché presque toutes ses feuilles pendant la nuit, et l'allée ressemblait à un tapis brun et glissant.
Sa femme, Monique, dormait encore à l'étage, comme tous les dimanches où elle ne garde pas leurs petits-enfants. Bernard aime ces heures calmes, où personne ne lui demande rien et où il peut bricoler à son rythme. Il connaît ses voisins de vue, échange quelques mots avec eux au moment des poubelles ou des fêtes de fin d'année. En face vit un jeune couple arrivé l'an dernier. À droite, il y a Gérard, un ancien professeur de musique, discret, qui promène son chien deux fois par jour sans jamais traîner.
Jusque-là, dans la rue, personne ne s'était jamais vraiment plaint de personne. On se tolérait, on se saluait, on s'arrangeait pour les haies qui dépassaient ou les branches qui tombaient chez l'autre. Bernard se voyait comme un voisin correct, de ceux qui ramassent leurs feuilles et entretiennent leur trottoir. Il en tirait même une petite fierté, soyons honnêtes. Quand il regardait l'allée encombrée ce matin-là, il ne voyait qu'une corvée à expédier avant le déjeuner familial prévu à midi. Rien, dans cette matinée grise, ne laissait deviner la suite.
Le souffleur acheté pour gagner du temps devient son réflexe du dimanche
Le souffleur, Bernard l'avait acheté au printemps dans une grande surface de bricolage de la zone commerciale de Quetigny. Un modèle thermique, puissant, vendu cent quatre-vingts euros avec un bidon de mélange offert. Pendant des années, il avait ratissé à la main, mais son dos commençait à protester à chaque automne. Le vendeur lui avait promis qu'il ferait en vingt minutes ce qui lui prenait une matinée. Sur ce point au moins, le vendeur avait dit vrai, et Bernard ne regrettait pas son achat.
Il s'en servait surtout le samedi, en début d'après-midi, au moment où la rue s'animait déjà. Mais ce samedi-là, il pleuvait des cordes, et les feuilles collaient au sol comme des timbres. Le dimanche, le temps était sec, et ses enfants arrivaient pour midi avec les petits. Il voulait une allée propre, pour que personne ne glisse en portant les plats ou la poussette. La décision s'était imposée sans débat intérieur : commencer tôt, finir vite, ranger l'appareil avant l'arrivée de la famille.
Dans son esprit, le dimanche matin n'avait rien d'interdit, puisqu'il ne faisait ni fête ni travaux dans la maison. Il me semblait que le bruit, c'était la nuit qu'il était interdit, je n'avais jamais cherché plus loin, racontera-t-il plus tard. Il avait vu d'autres voisins tondre le dimanche, au printemps, sans que cela déclenche le moindre incident. Il se disait aussi qu'à neuf heures, tout le monde était réveillé. Une règle de bon sens, pensait-il, celle que l'on se fabrique sans jamais vérifier, comme on le fait tous.
« Il me semblait que le bruit, c'était la nuit qu'il était interdit, je n'avais jamais cherché plus loin. »
Un rideau qui bouge, puis une fenêtre qui se referme brusquement
Vers 8 h 50, alors qu'il attaquait le coin du garage, Bernard remarqua un mouvement chez Gérard. Le rideau du salon s'écarta, resta ouvert quelques secondes, puis retomba d'un geste sec. Bernard leva la main pour saluer, par réflexe, mais personne ne répondit derrière la vitre. Il pensa que son voisin regardait simplement le temps qu'il faisait. Il remit les gaz, et le moteur reprit son hurlement. Les feuilles s'envolaient en nuages bruns contre le muret, et le travail avançait vite, exactement comme promis.
Quelques minutes plus tard, une fenêtre s'ouvrit à l'étage de la maison d'en face, celle du jeune couple. Bernard aperçut une silhouette en tee-shirt, les bras croisés, qui le fixait sans rien dire. Puis la fenêtre se referma avec un claquement qu'il entendit malgré le bruit du souffleur. Il se dit que le bébé avait peut-être mal dormi, que les parents étaient fatigués. Il eut une pointe de gêne, rapidement chassée par l'idée qu'il n'en avait plus que pour un quart d'heure.
Il ne s'arrêta donc pas, et c'est sans doute là que tout s'est joué. Il ne sortit pas non plus pour aller s'excuser ou demander si le bruit gênait. On connaît tous ça : on voit le signe, on le range dans un coin de sa tête, on se promet d'y penser après. Sur le trottoir, une femme qui promenait son chien pressa le pas en se bouchant une oreille. Bernard nota le geste, haussa les épaules et termina la bande de pelouse près de la boîte aux lettres.
À neuf heures pile, une voiture blanche se gare devant le portail
Il était à peine neuf heures quand Monique descendit en robe de chambre, les cheveux en bataille. Elle ouvrit la porte d'entrée et lui fit signe d'arrêter, avec ce regard qu'il connaissait bien. Tu as vu l'heure, Bernard, toute la rue t'entend, lui lança-t-elle depuis le perron. Il coupa le moteur, un peu vexé, en lui expliquant qu'il avait presque fini. C'est à ce moment-là qu'une voiture blanche aux bandes bleues tourna au coin de la rue et ralentit devant chez eux.
Deux agents de la police municipale descendirent, une femme et un homme, polis mais fermés. Ils expliquèrent qu'un appel avait été reçu pour nuisance sonore liée à un appareil de jardinage. Bernard tenta de se justifier, parla de ses petits-enfants, de la pluie de la veille, de l'allée glissante. Il demanda qui avait appelé, sans obtenir de réponse. Il jeta pourtant un regard vers la maison de Gérard, où le rideau restait obstinément fermé. Monique, derrière lui, serrait les pans de sa robe de chambre contre elle, mal à l'aise.
Il essaya un dernier argument, celui du bon sens, celui qu'il croyait solide depuis le début. Mais enfin, à neuf heures, ce n'est plus la nuit, je ne réveille personne, dit-il. L'agente le laissa finir, sans hausser le ton, puis sortit un carnet de sa poche. Elle lui demanda s'il connaissait les horaires fixés pour ce type d'appareils dans la commune. Bernard ouvrit la bouche et la referma. Il réalisa qu'il n'en avait aucune idée précise, qu'il n'avait jamais lu une ligne là-dessus.
« Mais enfin, à neuf heures, ce n'est plus la nuit, je ne réveille personne. »
Ce n'était pas une question d'heure tardive mais d'arrêté
L'agente lui expliqua calmement que les appareils bruyants de jardinage et de bricolage ne s'utilisent pas à n'importe quelle heure. Tondeuses, taille-haies, tronçonneuses, souffleurs thermiques : leurs horaires sont encadrés par un arrêté, préfectoral ou municipal selon les endroits. Et le dimanche, lui précisa-t-elle, la plage autorisée est généralement très courte, souvent quelques heures en fin de matinée. Bernard découvrait que neuf heures, ce dimanche-là, se trouvait justement en dehors de ce qui était permis, et que le bruit lui-même n'était pas la question.
Ce n'était donc ni la nuit, ni le volume extraordinaire de son appareil, qui posait problème. C'était le calendrier, tout simplement, une règle écrite qu'il ignorait depuis des années. Les agents se contentèrent cette fois d'un rappel à la réglementation, en lui conseillant de vérifier les horaires en vigueur auprès de la mairie. Ils précisèrent qu'en cas de récidive, une contravention pouvait être dressée. Je ne savais même pas que ça existait, un arrêté pour les feuilles mortes, souffla Bernard à sa femme une fois la voiture repartie.
Dans l'après-midi, après le déjeuner, son fils chercha l'information sur le site de la préfecture et celui de la ville. Bernard lut les lignes à voix haute, lunettes sur le nez, devant toute la famille réunie autour du café. Les jours ouvrables, les samedis et les dimanches avaient chacun leurs créneaux, plus restreints à mesure qu'on approchait du week-end. Le dimanche, la fenêtre se limitait à une courte plage en fin de matinée. Il comprit que, s'il avait attendu un peu, personne n'aurait rien eu à lui reprocher.
Une boîte de chocolats chez Gérard et une nouvelle habitude
Le lundi, Bernard hésita longtemps avant de sonner chez Gérard, une boîte de chocolats à la main. Le vieux professeur ouvrit, un peu raide, puis finit par l'inviter à entrer prendre un café. Il avoua avoir appelé, après une semaine de nuits difficiles et des acouphènes qui le fatiguent. Ce n'est pas contre vous, c'est ce bruit-là, aigu, qui me traverse la tête, expliqua-t-il. Bernard l'écouta sans se défendre, et les deux hommes parlèrent ensuite du tilleul, des feuilles, et du chien.
Sur le fond, l'incident ne lui a rien coûté, sinon une matinée gâchée et un peu d'amour-propre. Mais Bernard sait désormais qu'une prochaine fois aurait pu se finir par une amende, et surtout par une brouille durable. Il a collé sur la porte du garage une feuille imprimée avec les horaires de la commune. Il prévient maintenant ses voisins quand il prévoit une grosse séance de souffleur. Il envisage même de revendre son modèle thermique pour un appareil électrique, plus discret, ou de revenir au râteau certains dimanches.
Pour ceux qui veulent éviter la même scène, quelques gestes simples suffisent, selon lui. Il s'agit d'abord de chercher l'arrêté qui s'applique chez soi, car les horaires changent d'un département ou d'une commune à l'autre. Il faut ensuite regarder de près la plage du dimanche et des jours fériés, souvent la plus courte. Parler à ses voisins avant de lancer la machine reste, d'après lui, le meilleur des réflexes. Désormais, le dimanche, Bernard boit son café plus lentement, en surveillant l'horloge de la cuisine.
« Je ne savais même pas que ça existait, un arrêté pour les feuilles mortes. »
- Chercher l'arrêté préfectoral ou municipal qui fixe les horaires des appareils bruyants dans sa commune.
- Vérifier en priorité la plage autorisée le dimanche et les jours fériés, souvent courte et en fin de matinée.
- Afficher ces horaires près du garage ou de l'abri de jardin pour ne plus avoir à y penser.
- Prévenir ses voisins proches avant une longue séance de souffleur, de tondeuse ou de taille-haie.
- Envisager un appareil électrique ou le râteau pour les petites surfaces et les matins de week-end.
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