Il remplace sa vieille haie de thuyas par des panneaux occultants près de Vannes : trois mois plus tard, la mairie lui réclame une déclaration préalable

Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News

Un samedi de mars, vers neuf heures, la tronçonneuse de Yannick toussait dans le brouillard qui montait du golfe. Les thuyas tombaient un à un sur la pelouse détrempée, avec ce craquement sec qui fait sursauter les merles. Sa femme, Nolwenn, tenait une tasse de café sur le perron. Au fond du jardin, les palettes de panneaux gris anthracite attendaient sous une bâche bleue.

Vingt ans de thuyas au fond d'un jardin de Theix

Yannick a 58 ans, il est technicien de maintenance dans une usine agroalimentaire de la zone du Prat. Avec Nolwenn, aide-soignante, il habite depuis vingt-deux ans une maison des années quatre-vingt, à quelques kilomètres de Vannes. Le terrain fait un peu plus de six cents mètres carrés, avec un potager, une balançoire rouillée et ce long rideau de thuyas planté par l'ancien propriétaire. Pendant des années, la haie a rempli son rôle sans faire d'histoire. Elle cachait la route, coupait le vent d'ouest et donnait au jardin une intimité que le couple appréciait le soir.

Mais les thuyas vieillissent mal, et ceux-là avaient largement dépassé l'âge raisonnable. Chaque été, Yannick passait deux week-ends perché sur un escabeau, le taille-haie au bout des bras, les épaules en feu. Les branches basses avaient jauni, des trous apparaissaient vers le bas, et la base se dégarnissait au point qu'on voyait passer les voitures. Nolwenn, de son côté, ne supportait plus les aiguilles qui s'accumulaient dans le potager. Elle répétait que la terre devenait acide et que ses tomates poussaient de travers depuis trois saisons.

Le quartier était calme, presque endormi en semaine, avec des retraités et quelques jeunes familles arrivées récemment. Les voisins se saluaient par-dessus les clôtures, se prêtaient une remorque ou une échelle, échangeaient des courgettes en août. Personne ne se posait de grandes questions sur l'urbanisme, on connaît tous ça. Chacun avait sa façon de fermer son jardin : grillage vert, muret en parpaing, palissade en bois, haie de laurier. Pour Yannick, c'était simple : chez soi, on fait ce qu'on veut, du moment qu'on ne gêne personne et qu'on reste raisonnable.

Une décision réfléchie, un budget calculé, un week-end de chantier

L'idée est venue en novembre, en regardant un voisin installer des panneaux composites devant sa maison. Le résultat était net, sans entretien, et surtout opaque. Yannick a fait ses comptes un dimanche soir sur la table de la cuisine, avec une calculatrice et un catalogue de magasin de bricolage. Vingt-quatre mètres linéaires, des poteaux aluminium, des lames gris anthracite, des sabots à sceller. Il arrivait à un peu plus de trois mille euros, en posant lui-même. C'était une somme, mais la haie, à remplacer par des arbustes, aurait coûté presque autant.

Il a choisi la hauteur maximale proposée, un mètre quatre-vingts, pour ne plus voir la route du tout. Nolwenn avait hésité, trouvant que ça ferait un peu mur de prison. Il lui a montré des photos de jardins avec des panneaux et des jardinières devant, et elle a fini par se laisser convaincre. Il a pensé à prévenir les voisins de droite, un couple de retraités nantais, qui ont trouvé l'idée très bien. Sur le côté route, il n'y avait personne à prévenir, seulement le trottoir et un poteau électrique.

À aucun moment il n'a pensé à la mairie. Dans son esprit, une clôture n'était pas une construction, pas plus qu'un barbecue ou un abri de jardin démontable. Le vendeur du magasin ne lui en a pas parlé non plus, trop occupé à vérifier le stock de poteaux. Il m'a juste demandé si j'avais une voiture assez grande pour tout charger, se souvient Yannick. Le chantier a pris deux week-ends, avec l'aide de son fils venu de Lorient. Fin mars, la clôture était debout, droite, impeccable, et le couple était plutôt fier du résultat.

« Je pensais qu'une clôture, c'était comme planter un arbre, on ne demande la permission à personne. »

Une voiture blanche ralentit devant la maison un mardi matin

Le premier signe est passé presque inaperçu. Un mardi d'avril, Nolwenn, de repos, a vu une petite voiture blanche ralentir devant la maison, puis s'arrêter quelques secondes. Une femme a regardé la clôture, semblait prendre une photo avec son téléphone, puis elle est repartie. Nolwenn a pensé à une agente immobilière, ou à quelqu'un qui cherchait des idées pour son propre jardin. Elle en a parlé le soir au dîner, en riant un peu. Yannick a haussé les épaules, il trouvait plutôt flatteur que sa palissade attire l'attention des passants.

Quelques semaines plus tard, une voisine plus âgée, Annick, a glissé une remarque en passant avec son chien. Elle avait elle-même refait son portail l'année précédente, et elle avait dû remplir un papier, disait-elle. Yannick a cru qu'elle parlait d'un portail motorisé, ou d'un changement de façade. Il n'a pas posé de question. Soyons honnêtes, personne n'aime entendre qu'il a peut-être oublié quelque chose, surtout quand le chantier est terminé et payé. Annick n'a pas insisté, elle a juste dit que la mairie était pointilleuse dans le coin.

Le printemps a passé, avec les premières salades et les jardinières installées devant les panneaux, comme promis à Nolwenn. Le couple profitait de sa terrasse sans regards extérieurs, pour la première fois depuis longtemps. La voiture blanche n'est pas revenue, ou en tout cas personne ne l'a revue. L'histoire aurait pu s'arrêter là. Mais fin juin, trois mois presque jour pour jour après la pose du dernier panneau, une enveloppe à l'en-tête de la commune attendait dans la boîte aux lettres, entre une publicité de pizzeria et la facture d'eau.

Un courrier poli, un formulaire et un délai d'un mois

Le courrier était court, poli, presque administratif au point d'en être froid. Le service urbanisme indiquait qu'une clôture avait été édifiée sur la parcelle sans autorisation d'urbanisme préalable. Il invitait Yannick à déposer une déclaration préalable de travaux dans un délai d'un mois pour régulariser la situation. Un formulaire était mentionné, le Cerfa des déclarations préalables, avec une liste de pièces à joindre : plan de situation, plan de masse, photographies, description des matériaux et des couleurs. Yannick l'a relu trois fois debout dans l'entrée, sans même enlever ses chaussures de travail.

Sa première réaction a été la colère, puis l'incompréhension. Pour lui, il n'avait rien construit, il avait juste remplacé une haie par autre chose. J'ai cru à une erreur, que c'était pour une autre maison, raconte-t-il. Il a appelé la mairie le lendemain à huit heures trente, dès l'ouverture. La standardiste l'a transféré au service urbanisme, où personne n'a décroché. Il a laissé un message un peu sec, puis a rappelé dans l'après-midi. Une agente a fini par lui répondre, en lui proposant un rendez-vous la semaine suivante.

En attendant, il a passé ses soirées sur internet, et c'est là que tout s'est compliqué. Certains sites affirmaient qu'aucune clôture n'avait besoin d'autorisation, d'autres parlaient de deux mètres de hauteur, d'autres encore de lotissements. Sur un forum, un homme racontait avoir dû démonter sa palissade. Nolwenn a commencé à s'inquiéter pour de bon, imaginant déjà une amende ou la démolition. Son fils lui conseillait de ne rien faire et d'attendre. Un collègue d'usine jurait que la mairie n'avait pas le droit. Personne, finalement, ne savait vraiment.

« J'ai cru à une erreur, que c'était pour une autre maison, alors j'ai appelé à la première heure. »

Au guichet de l'urbanisme, une carte et deux règles

Le rendez-vous a eu lieu un jeudi matin, dans un petit bureau au premier étage de la mairie. L'agente, une femme d'une quarantaine d'années, avait déjà le dossier sous les yeux, avec les photos prises en avril. Elle a sorti le plan local d'urbanisme et a posé le doigt sur la parcelle. Le conseil municipal, a-t-elle expliqué, avait délibéré pour soumettre l'édification des clôtures à déclaration préalable sur l'ensemble du territoire communal. C'est la commune qui avait fait ce choix, comme beaucoup de communes le font, notamment sur le littoral breton.

Elle a ajouté un second point, que Yannick n'avait jamais soupçonné. Une partie du quartier se trouvait dans le périmètre de protection d'un monument historique, une ancienne chapelle à quelques centaines de mètres. Dans ces secteurs protégés, a-t-elle précisé, une clôture est soumise à déclaration de toute façon, et l'architecte des Bâtiments de France peut donner son avis. Elle a montré la limite sur la carte, une ligne pointillée qui passait juste derrière sa maison. Ce n'était donc ni la hauteur, ni un voisin mécontent qui avait déclenché le courrier.

Tout était écrit dans le règlement du PLU, consultable en ligne et en mairie depuis des années. Le document précisait aussi les hauteurs autorisées, les matériaux et parfois les couleurs à respecter selon les zones. Je n'avais jamais ouvert ce truc de ma vie, je ne savais même pas que ça existait, avoue Yannick. L'agente l'a rassuré sur un point. Le dépôt d'une déclaration permettait de régulariser, à condition que la clôture respecte les règles de la zone. Si elle ne les respectait pas, il faudrait la modifier. Restait à vérifier la hauteur maximale autorisée.

Une régularisation, quelques ajustements et ce qu'il faut vérifier chez soi

Le règlement de la zone fixait la hauteur maximale à un mètre quatre-vingts en limite de voie, avec une préférence pour les teintes sombres. Yannick a poussé un long soupir de soulagement dans le bureau. Sa clôture passait, de justesse, mais elle passait. Il a passé un samedi entier à préparer le dossier, avec l'aide de Nolwenn pour les plans tracés à la règle. Il a joint les photos, la référence des panneaux, la fiche de couleur. Le dossier est parti fin juillet, et l'accord tacite est arrivé un mois plus tard, sans opposition de la mairie.

Au total, l'aventure lui a coûté surtout du temps et quelques nuits agitées. Il a aussi dû ajouter deux arbustes devant les panneaux côté route, sur une suggestion de l'agente, pour adoucir l'aspect depuis le trottoir. Une centaine d'euros de plus, rien de dramatique. Mais il sait que l'affaire aurait pu mal tourner avec deux mètres au lieu d'un mètre quatre-vingts. Si on m'avait dit qu'un PLU ça se lit avant d'acheter des panneaux, j'aurais gagné trois mois, dit-il aujourd'hui en riant à moitié.

Depuis, Yannick est devenu, malgré lui, le conseiller du quartier. Un jeune couple voisin lui a demandé son avis avant de poser un grillage rigide, et il les a envoyés directement en mairie. La règle, il l'a retenue : une clôture n'est pas toujours libre, ça dépend de la commune et du secteur. Certaines communes n'exigent rien, d'autres demandent une déclaration partout, et les zones protégées ont leurs propres exigences. Le seul moyen de savoir, c'est le PLU et le service urbanisme. Nolwenn, elle, a juste demandé qu'on ne touche plus au jardin avant longtemps.

« Je n'avais jamais ouvert ce truc de ma vie, je ne savais même pas que le PLU existait. »

  • Consulter le règlement du PLU de sa commune, en ligne ou en mairie, avant tout achat.
  • Vérifier si le conseil municipal a soumis les clôtures à déclaration préalable.
  • Regarder si le terrain est dans un périmètre protégé, comme les abords d'un monument historique.
  • Noter la hauteur, les matériaux et les couleurs autorisés dans sa zone.
  • Déposer le formulaire Cerfa de déclaration préalable et attendre la réponse avant les travaux.
  • En cas de courrier de la mairie, prendre rendez-vous au service urbanisme pour régulariser.

Suivi de l'histoire

Partager :WhatsAppFacebookX
Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

Articles: 1944