Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News
Ce mardi de janvier, vers quinze heures, la salle du club des aînés sentait le café réchauffé et le radiateur poussiéreux. Monique battait les cartes d'un geste sec, le bruit familier claquant sur le tapis vert. Josiane, en face, avait posé ses lunettes sur un relevé bancaire plié en quatre. Elle a lâché un chiffre, presque distraitement, et Monique a arrêté de battre.
Une retraite tranquille à Besançon, réglée comme une horloge comtoise
Monique a soixante et onze ans et elle vit seule dans un deux-pièces du quartier des Chaprais, à Besançon. Elle a travaillé trente-huit ans comme secrétaire dans une mutuelle, puis elle est partie à la retraite avec une pension modeste mais régulière. Son mari est mort il y a six ans, et depuis, elle a appris à tenir ses comptes toute seule, sur un cahier à spirale. Chaque dépense y est notée au stylo bleu, le loyer, l'électricité, les courses du samedi au marché Beaux-Arts.
Ses journées suivent un rythme qu'elle aime bien. Le matin, elle marche jusqu'aux bords du Doubs quand il ne pleut pas, puis elle écoute la radio en préparant un repas simple. Le mardi et le jeudi après-midi, elle retrouve le club des aînés, installé dans une ancienne salle paroissiale aux murs jaunis. On y joue à la belote, on y boit du café trop clair, et surtout on y parle. C'est là que se racontent les petites nouvelles du quartier, les visites des petits-enfants, les ennuis de santé.
Josiane fait partie des habituées depuis le début. Ancienne aide-soignante, veuve elle aussi, elle a une pension très proche de celle de Monique, à quelques dizaines d'euros près. Les deux femmes se sont rapprochées autour d'une table de cartes et de conversations sur le coût de la vie. Elles comparent souvent le prix du beurre, les factures de chauffage, les augmentations de loyer. Jamais, en revanche, elles n'avaient parlé de leurs économies. Ce sujet-là restait discret, un peu comme une affaire de famille qu'on garde pour soi.
Neuf mille euros mis à l'abri, par prudence et par habitude
Au moment de sa retraite, Monique avait reçu une petite indemnité de départ et réuni quelques économies patiemment accumulées. Elle avait tout versé sur son Livret A, ouvert depuis des décennies à la banque où elle avait toujours eu son compte. Au total, neuf mille euros, une somme qu'elle considérait comme un matelas pour les coups durs. Une chaudière qui lâche, des lunettes à refaire, un enterrement à payer, on ne sait jamais. Pour elle, cet argent ne devait surtout pas bouger, ni prendre le moindre risque.
Le Livret A lui semblait le choix le plus raisonnable du monde. Pas de frais, pas d'impôt sur les intérêts, de l'argent disponible à tout moment, et une banque qu'elle connaissait par cœur. Sa mère avait déjà un livret de ce genre, son père aussi, et personne dans la famille n'avait jamais cherché plus loin. Elle se souvient avoir dit au guichetier, le jour du versement, qu'elle voulait du simple. Moi, je ne veux pas de placement compliqué, je veux juste que ça dorme tranquille, avait-elle expliqué.
Soyons honnêtes, beaucoup de retraités raisonnent exactement comme elle. On a vu les crises, on a entendu parler de gens qui avaient perdu de l'argent en Bourse, alors on préfère le livret qu'on connaît. Chaque année, Monique recevait son relevé de fin d'année, regardait vaguement la ligne des intérêts et rangeait la feuille dans une chemise cartonnée. Elle trouvait les montants modestes, mais elle se disait que c'était le prix de la sécurité. Personne ne lui avait jamais proposé autre chose, et elle n'avait jamais rien demandé.
« Moi, je ne veux pas de placement compliqué, je veux juste que ça dorme tranquille, c'est tout ce que je demande. »
Un chiffre lâché entre deux donnes qui ne colle pas
Ce mardi-là, Josiane avait apporté son relevé parce qu'elle ne comprenait pas une ligne de frais sur son compte courant. En cherchant, elle a lu à voix haute le montant de ses intérêts de l'année, avec une petite satisfaction dans la voix. Monique a fait un rapide calcul de tête. Josiane avait à peu près la même somme qu'elle de côté, et pourtant ses intérêts étaient nettement plus élevés, presque le double de ce qu'elle-même avait touché.
Sur le moment, Monique n'a rien dit. Elle a pensé que Josiane s'était trompée, ou qu'elle avait plus d'argent qu'elle ne voulait bien l'avouer. Elle a distribué les cartes, joué sa partie, perdu deux manches d'affilée parce que son esprit était ailleurs. En rentrant chez elle, à pied sous un ciel gris, le chiffre lui trottait encore dans la tête. Elle s'est dit que les banques n'étaient pas toutes pareilles, que Josiane avait peut-être une meilleure agence, voilà tout.
Le soir, elle a ressorti la chemise cartonnée et posé ses relevés des dernières années sur la table de la cuisine. Ligne après ligne, elle a vérifié ses intérêts, en les notant dans la marge de son cahier. Les montants étaient conformes à ce que sa banque lui avait toujours annoncé, rien d'anormal à première vue. Pourtant, quelque chose la gênait. Comment deux femmes avec la même pension et la même épargne pouvaient-elles obtenir des sommes si différentes sur un placement censé être sans surprise ?
Des coups de téléphone, des soupçons et une réponse évasive
Le lendemain matin, Monique a appelé son agence. Elle est tombée sur une plateforme téléphonique, a tapé plusieurs fois sur les touches de son combiné, puis a attendu de longues minutes en écoutant une musique répétitive. Le conseiller qui a fini par décrocher a été poli, mais rapide. Il lui a confirmé que son Livret A était rémunéré au taux réglementé, le même partout en France, quelle que soit la banque. Il n'y avait donc aucune erreur de calcul sur son compte.
Cette réponse, au lieu de la rassurer, l'a encore plus troublée. Si le taux était identique partout, alors Josiane ne pouvait pas avoir un meilleur Livret A ailleurs. Monique a soupçonné un placement risqué, une assurance vie, peut-être un produit que sa voisine n'aurait pas bien compris. Elle a appelé sa fille, installée à Dijon, qui lui a conseillé de ne rien toucher sans avoir toutes les informations. Maman, ne signe rien sur un coup de tête, renseigne-toi d'abord, lui a-t-elle répété.
Le jeudi suivant, au club, Monique a pris son courage à deux mains et posé franchement la question à Josiane. Elle avait un peu honte, comme si parler d'argent entre amies était déplacé. On connaît tous ça, cette gêne au moment de demander combien gagne l'autre. Josiane, elle, a ri doucement et sorti à nouveau son relevé de son sac à main. Elle a pointé du doigt l'intitulé du compte, en haut de la page, écrit en petites lettres sous le nom de la banque.
« Je croyais que c'était un truc pour les jeunes ou pour les gens au chômage, pas pour une retraitée comme moi. »
Trois lettres sur un relevé : le Livret d'épargne populaire
Il n'était pas écrit Livret A, mais LEP, pour Livret d'épargne populaire. Josiane a expliqué que sa conseillère le lui avait proposé quelques années plus tôt, en voyant le montant de sa pension. Ce livret, a-t-elle raconté, est réservé aux personnes dont les revenus restent sous un certain plafond, calculé à partir du revenu fiscal de référence inscrit sur l'avis d'impôt. Il fonctionne comme un Livret A, sans risque et sans impôt sur les intérêts, mais son taux est plus élevé.
Monique est restée un long moment silencieuse, le relevé entre les mains. Elle n'avait jamais entendu parler de ce livret en trente ans de relations avec sa banque. Personne ne lui avait signalé qu'avec sa pension, elle faisait sans doute partie des gens qui pouvaient y prétendre. Je croyais que c'était un truc pour les jeunes ou pour les gens au chômage, a-t-elle avoué à Josiane. Elle avait toujours imaginé qu'un placement mieux payé cachait forcément un piège.
De retour chez elle, Monique a sorti son dernier avis d'impôt sur le revenu et cherché la ligne du revenu fiscal de référence. Sur le site officiel de l'administration, elle a trouvé le tableau des plafonds, qui varient selon le nombre de parts du foyer fiscal. Pour une personne seule comme elle, son revenu se situait nettement en dessous de la limite. Pendant toutes ces années, elle avait laissé dormir son argent sur le livret le moins avantageux des deux, alors qu'elle avait droit à mieux.
Ce qu'elle a changé, et ce que chacun peut vérifier chez soi
La semaine suivante, Monique s'est rendue à son agence, cette fois en personne, avec son avis d'impôt dans une pochette plastique. Le conseiller a vérifié son éligibilité, ce que les banques peuvent désormais faire directement auprès de l'administration fiscale. En vingt minutes, son Livret d'épargne populaire était ouvert. Elle y a transféré une grande partie de ses neuf mille euros, le plafond de dépôt de ce livret étant de dix mille euros. Le reste est resté sur son Livret A, pour les petites urgences.
Monique ne connaîtra jamais exactement le manque à gagner de ses années passées, mais elle a fait un calcul approximatif sur son cahier. Selon ses estimations, plusieurs centaines d'euros lui ont échappé depuis sa retraite. Ce n'est pas une fortune, reconnaît-elle, mais pour une pension comme la sienne, cela représente une facture d'électricité de l'hiver ou un cadeau pour ses petits-enfants. Ce qui l'agace le plus, c'est que personne ne l'ait prévenue. Le taux du LEP change régulièrement, mais il reste supérieur à celui du Livret A.
Depuis, au club, Monique en parle autour d'elle, sans fausse pudeur. Trois autres habituées ont découvert qu'elles pouvaient elles aussi ouvrir ce livret, et l'une d'elles l'a fait dès le lendemain. Les points à retenir tiennent en peu de choses : regarder son revenu fiscal de référence, le comparer au plafond officiel, et demander à sa banque. Chaque personne ne peut détenir qu'un seul LEP. Monique, elle, a rangé son nouveau relevé dans la chemise cartonnée, en se promettant de le relire chaque année.
« Trente ans dans la même banque, et personne ne m'a jamais dit que j'avais droit à ce livret-là. »
- Retrouver son dernier avis d'impôt et repérer la ligne du revenu fiscal de référence.
- Comparer ce montant au plafond officiel du LEP, qui dépend du nombre de parts du foyer.
- Demander l'ouverture d'un LEP à sa banque, qui peut vérifier l'éligibilité auprès du fisc.
- Garder en tête le plafond de dépôt du LEP, fixé à 10 000 euros hors intérêts.
- Conserver le Livret A en complément pour les sommes qui dépassent ce plafond.
- Se rappeler qu'une seule personne ne peut détenir qu'un seul LEP.
Suivi de l'histoire
- 8 Oct 2026Il range son camping-car sous un hangar d’Auvergne pour l’hiver : en avril, la batterie cellule ne tient plus une seule nuit
- 8 Oct 2026Il dépose sa Clio pour une simple vidange dans un garage de Toulouse : à la caisse, une facture de 640 euros pour des pièces jamais demandées
- 8 Oct 2026Elle guette depuis septembre un aspirateur affiché à moins 40 % à Grenoble : le prix barré sur l’étiquette n’a jamais été pratiqué par le magasin
- 8 Oct 2026Il plante une haie de thuyas à un mètre de sa clôture en 2009 : quinze ans plus tard, le nouveau voisin exige qu’il les arrache
- 8 Oct 2026Elle fait tourner son lave-linge acheté à Dijon quatorze mois plus tôt : le vendeur lui tend un devis de réparation à 180 euros
- 8 Oct 2026Ils ouvrent leur avis d’impôt un matin de juillet à Niort : leur fille étudiante a déclaré seule, et la facture a grimpé de 640 euros







