Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News
Le vendredi soir, vers dix-neuf heures, la portière de la Clio grise claqua dans l'allée gravillonnée. Bernard, 64 ans, tendit les clés à son neveu Hugo, sac de sport sur l'épaule. Le moteur tournait déjà, la radio grésillait une vieille chanson. Hugo promit de rouler doucement jusqu'à la mer, et Bernard le regarda partir en agitant la main, parfaitement tranquille.
Une maison au bout de l'allée et une voiture qui ne sort plus
Bernard habite depuis trente ans une maison de lotissement près d'Angers, avec un jardin qu'il entretient chaque matin. Ancien conducteur de travaux, il a pris sa retraite il y a deux ans et roule beaucoup moins qu'avant. Sa Clio grise, achetée d'occasion en 2017, sort désormais surtout pour le marché du samedi et les visites chez sa sœur. Elle dort le reste du temps sous l'auvent, propre, révisée, avec moins de six mille kilomètres par an au compteur. Bernard en parle comme d'une vieille compagne fiable qui ne lui a jamais causé le moindre souci.
Son assurance, il ne s'en est jamais vraiment occupé depuis la signature. Le contrat tous risques passe en prélèvement chaque mois, sans surprise, et il n'a déclaré aucun sinistre depuis plus de quinze ans. Son bonus est au plus bas, ce qui lui vaut une prime raisonnable qu'il juge correcte. Quand l'assureur envoie l'avis d'échéance chaque automne, il le range dans une chemise cartonnée sans le relire. Soyons honnêtes, la plupart d'entre nous font exactement pareil avec ces papiers épais et serrés qu'on croit connaître par cœur.
Hugo, le fils de sa sœur, a vingt ans et étudie dans un IUT de la région. Il a obtenu son permis huit mois plus tôt, après une conduite accompagnée faite sérieusement avec son père. Il n'a pas encore de voiture, faute de moyens, et emprunte parfois celle de ses parents pour rentrer le week-end. Bernard l'aime beaucoup, le trouve posé, réfléchi, bien plus prudent que lui au même âge. Les deux se voient souvent le dimanche, autour d'un café, à discuter de football et de moteurs.
Un service rendu au neveu pour un week-end entre amis
Un mercredi soir, Hugo appelle son oncle avec une voix un peu gênée. Ses amis organisent un week-end à Pornic, dans la maison d'une grand-mère, et la voiture prévue vient de tomber en panne. Les parents d'Hugo ont besoin de la leur pour un mariage dans l'Est. Il demande si, par hasard, la Clio pourrait servir trois jours. Il promet de faire le plein, de ne pas dépasser les limites, de la rendre lavée. Bernard n'hésite pas longtemps, parce que la voiture ne bouge presque pas et que le garçon mérite sa confiance.
Bernard se pose quand même une question, par réflexe. Il se demande si son assurance couvre quelqu'un d'autre au volant. Il se souvient vaguement qu'on lui avait parlé de prêt de volant à la signature, sans plus de détail. Il se dit que, de toute façon, prêter sa voiture à un membre de sa famille se fait partout. Ses voisins le font, ses amis aussi, et personne ne s'est jamais vu refuser une indemnisation pour ça. Il range donc la question dans un coin de sa tête et prépare les papiers.
Le vendredi, il laisse dans la boîte à gants la carte grise, l'attestation d'assurance et un constat amiable vierge. Il montre à Hugo où se trouvent le gilet jaune et le triangle, explique le petit défaut du frein à main. Le neveu écoute avec sérieux, hoche la tête, répète les consignes. Il est ému d'être pris au sérieux. Je te la rends comme neuve, tonton, lance-t-il en souriant. Bernard rit, lui tape sur l'épaule et le regarde s'éloigner au bout de l'allée, sans la moindre inquiétude.
« Je te la rends comme neuve, tonton, je te promets que je roulerai doucement tout le week-end. »
Un parking de supermarché et un rétroviseur arraché
Le samedi après-midi, à Pornic, Hugo et ses amis vont faire des courses pour le barbecue du soir. Le parking du supermarché est bondé, les places sont étroites, les chariots traînent partout. En reculant pour sortir, Hugo surveille un enfant qui court derrière lui et ne voit pas le pilier en béton côté passager. Le choc est léger, un bruit sourd de plastique, puis un craquement sec. Le rétroviseur pend, l'aile arrière est enfoncée, et le pare-chocs d'un monospace stationné porte une longue rayure blanche.
Le propriétaire du monospace arrive quelques minutes plus tard, chargé de sacs. Il est calme, presque amusé, et dit que ça arrive à tout le monde sur ces parkings. Hugo sort le constat de la boîte à gants, les mains un peu tremblantes. Ils le remplissent ensemble sur le capot, cochent les cases, dessinent les deux voitures avec application. Hugo inscrit son nom comme conducteur, la date de son permis, et le nom de son oncle comme assuré. Personne ne voit rien d'anormal dans ce papier, rempli honnêtement et sans contestation.
Le soir même, Hugo appelle Bernard pour tout lui raconter, la gorge serrée. Il s'excuse plusieurs fois, propose de payer les réparations avec ses économies de job d'été. Bernard le rassure tout de suite. Une aile froissée et un rétroviseur, ce n'est rien, dit-il, il est assuré tous risques. La franchise, il l'estime à trois cents euros, il se souvient de ce chiffre sur son contrat. Il dit à son neveu de profiter du week-end, de ne plus y penser, et raccroche avec le sentiment que l'affaire est réglée.
Des appels qui tournent en rond et un courrier qui tarde
Le lundi matin, Bernard déclare le sinistre en ligne, joint le constat scanné et des photos de la Clio. Il reçoit un accusé de réception automatique, puis plus rien pendant une dizaine de jours. Il fait établir un devis au garage de son quartier, qui annonce un peu plus de mille huit cents euros. Le garagiste lui demande s'il connaît le montant exact de sa franchise. Bernard répond trois cents euros, sans hésiter. Le garagiste hausse les épaules et dit qu'il attendra l'accord de l'expert avant de commander les pièces.
L'expert passe, prend des mesures, photographie l'aile sous tous les angles. Puis un conseiller de l'assurance rappelle Bernard pour vérifier quelques informations. Il pose des questions précises sur le conducteur : son âge, la date d'obtention de son permis, s'il est déclaré au contrat. Bernard répond franchement, sans voir où l'on veut en venir. Le conseiller reste poli mais évasif, parle d'un calcul en cours, promet un courrier. Bernard sent pour la première fois quelque chose de bizarre dans la voix au bout du fil.
Il rappelle la plateforme deux fois dans la semaine suivante. À chaque appel, il tombe sur une personne différente qui lit son dossier à l'écran sans pouvoir conclure. On lui répète que le sinistre est bien pris en charge, ce qui le soulage un moment. Mais personne ne veut lui donner le chiffre de ce qui restera à sa charge. Je posais une question simple, et on me répondait à côté, raconte-t-il. Sa sœur, informée, commence à s'inquiéter pour son fils, qui ne dort plus très bien.
« Je posais une question simple, combien je vais payer, et on me répondait toujours à côté. »
La ligne du contrat qu'il n'avait jamais lue
Trois semaines après l'accrochage, le courrier arrive enfin. Bernard l'ouvre debout dans l'entrée, ses lunettes sur le nez. La prise en charge est confirmée, mais la franchise retenue s'élève à mille cinq cents euros. Il relit le chiffre deux fois, croit d'abord à une erreur de frappe. La lettre mentionne une franchise spécifique appliquée lorsque le véhicule est conduit par un conducteur novice non désigné au contrat. Il ne se souvient absolument pas avoir lu cette phrase, ni signé quoi que ce soit de ce genre.
Il ressort la chemise cartonnée et étale ses conditions générales sur la table de la cuisine. Après une heure de recherche, il trouve le paragraphe, page vingt-trois, en petits caractères. Le prêt du véhicule y est bien autorisé, à n'importe quel conducteur titulaire du permis. Mais une franchise majorée s'applique si celui-ci a moins de trois ans de permis et n'est pas nommé au contrat. Le montant est inscrit noir sur blanc dans ses conditions particulières. Rien n'était caché, simplement personne ne lit ces pages-là.
Bernard appelle son assureur une dernière fois, cette fois avec le contrat sous les yeux. La conseillère confirme calmement. La garantie fonctionne, le tiers sera indemnisé, la Clio réparée, mais la franchise change selon la personne au volant. Elle explique qu'un jeune permis représente, pour sa compagnie, un risque plus élevé, d'où cette majoration. Elle précise qu'il aurait suffi de déclarer Hugo, même pour un week-end, pour éviter cette surprise. Je n'avais rien fait d'interdit, et pourtant c'est moi qui paie la différence, soupire Bernard en raccrochant.
Ce qu'il a changé depuis et ce qu'il dit aux autres
Bernard a payé les mille cinq cents euros au garage, en grimaçant. Hugo a insisté pour en rembourser une partie, et ils se sont mis d'accord sur cinq cents euros, en plusieurs fois. L'oncle refuse d'en vouloir à son neveu, qui a fait exactement ce qu'il fallait après le choc. Ce qui l'agace, c'est de ne pas avoir passé un simple coup de fil avant de prêter les clés. On connaît tous ça, ces contrats qu'on signe en confiance, et qu'on ne relit qu'une fois le problème arrivé.
Depuis, il a relu son contrat entièrement, crayon en main. Il a découvert que son assureur proposait d'ajouter un conducteur occasionnel, parfois pour quelques euros ou même gratuitement selon les formules. Il a aussi appris que les franchises et les règles varient beaucoup d'une compagnie à l'autre. Certaines n'appliquent aucune majoration, d'autres prévoient une franchise spéciale pour tout conducteur non désigné, novice ou non. Il a demandé un document récapitulatif écrit, qu'il garde désormais avec la carte grise.
Autour de lui, Bernard raconte son histoire à qui veut l'entendre, au marché comme au club de pétanque. Plusieurs amis ont ressorti leurs papiers et trouvé la même clause, avec des montants parfois plus élevés encore. Avant de prêter, téléphonez, c'est tout ce que je dis, répète-t-il. La Clio grise a retrouvé sa place sous l'auvent, avec une aile neuve un peu plus brillante que le reste. Hugo, lui, a promis de revenir l'emprunter, mais cette fois après que son oncle aura prévenu l'assureur.
« Je n'avais rien fait d'interdit, et pourtant c'est moi qui paie la différence. »
- Chercher dans ses conditions générales la clause sur le prêt du volant et les conducteurs non désignés.
- Vérifier dans les conditions particulières le montant exact de la franchise pour un jeune permis.
- Appeler son assureur avant de prêter la voiture pour connaître les règles de son contrat.
- Demander si un conducteur occasionnel peut être ajouté, même pour quelques jours, et à quel prix.
- Laisser dans la boîte à gants l'attestation d'assurance et un constat amiable vierge.
- Garder une trace écrite de toute modification ou confirmation donnée par l'assureur.
Suivi de l'histoire
- 7 Oct 2026Source non publiable : le contre-budget du RN à 125 milliards d’euros d’économies sort de la ligne beauté et coiffure du média
- 7 Oct 2026Il range son camping-car près de Vannes, tout éteint et bien bâché : en mars, la cellule reste muette et la batterie part à la déchetterie
- 7 Oct 2026Elle vend les vêtements trop petits de ses trois enfants sur Vinted : en septembre, un mail lui annonce que ses ventes partent au fisc
- 7 Oct 2026Deux élevages de Vence et Peille passés au crible : aucun des quatre PFAS recherchés retrouvé dans leurs œufs, selon Radio France
- 7 Oct 2026Il prête sa Clio à son neveu pour un week-end à Bordeaux : trois semaines plus tard, c’est son permis qui perd un point
- 7 Oct 2026Dans les Hauts-de-France, Xavier Bertrand promet aux lycéens une réponse sous 48 heures pour signaler les travaux urgents de leur établissement







