Il rallume son insert un soir de novembre dans le Limousin : deux hivers sans ramonage, et l’assureur réclame un certificat qu’il n’a pas

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Il était un peu plus de vingt heures, ce mardi de novembre, et la pluie tapait doucement sur les volets. Dans le salon, Gérard venait de poser une bûche de chêne sur les braises. La porte vitrée de l'insert a claqué, le tirage a ronflé une seconde. Puis une odeur âcre est montée, et une fumée grise a commencé à glisser sous le plafond.

Une maison de pierre, un insert et trente ans d'habitudes

Gérard a cinquante-huit ans et il habite une longère de granit à quelques kilomètres d'Eymoutiers, en Haute-Vienne. Il l'a achetée avec Martine au début des années quatre-vingt-dix, quand les enfants étaient encore petits. Lui travaillait comme chauffeur pour une coopérative agricole, elle tenait le secrétariat d'une école primaire. La maison était froide, les murs épais, et le premier hiver ils ont grelotté sous trois couvertures.

C'est pour cette raison qu'ils ont fait poser un insert dans la vieille cheminée du salon, quelques années plus tard. L'installateur était venu de Limoges avec son camion, il avait tubé le conduit et donné quelques conseils. Depuis, l'insert chauffe presque toute la maison de novembre à mars. Gérard achète son bois chez un voisin, dix stères par an, du chêne et du châtaignier coupés deux ans à l'avance.

Le soir, c'est lui qui s'occupe du feu, toujours de la même façon. Il ouvre la clé de tirage, froisse deux pages de journal, ajoute du petit bois et attend que ça prenne. Martine dit en riant qu'il parle à son poêle comme d'autres parlent à leur chien. Pendant des années, un ramoneur du canton passait chaque automne, frappait à la porte vers dix heures et repartait avec son certificat signé.

Le ramoneur part à la retraite et personne ne le remplace

Il y a deux ans, le ramoneur habituel a pris sa retraite, sans vraiment prévenir ses clients. Gérard l'a appris au bistrot du bourg, entre deux cafés, de la bouche d'un ancien collègue. Il a cherché un remplaçant, a laissé deux messages sur des répondeurs, puis l'automne est arrivé plus vite que prévu. Le bois était rentré, il faisait froid, et le feu a été allumé comme chaque année.

Soyons honnêtes, il ne s'est pas beaucoup inquiété à ce moment-là. Son bois était sec, il le savait, et il pensait qu'un bois sec ne salissait presque pas le conduit. L'insert tirait bien, la vitre restait à peu près claire, et la maison était chaude. Il s'est dit qu'il ferait venir quelqu'un au printemps, quand les artisans seraient moins débordés et les tarifs plus raisonnables.

Le printemps est passé avec les travaux du potager, puis l'été avec la venue des petits-enfants. À l'automne suivant, il y a encore eu cette même hésitation, ce même report tranquille. On connaît tous ça, ces petites corvées qu'on pousse d'une saison à l'autre parce que rien ne presse vraiment. Deux hivers complets se sont ainsi écoulés sans que personne ne monte sur le toit ni ne passe un hérisson dans le conduit.

« Je me disais qu'avec du bois bien sec, le conduit restait propre, alors j'ai laissé passer deux hivers sans y penser. »

Une vitre qui noircit et une odeur que personne ne remarque

Les premiers signes sont arrivés en octobre, presque discrets. La vitre de l'insert se couvrait d'un voile brun en une seule soirée, alors qu'avant elle tenait une semaine. Gérard la nettoyait avec de la cendre et un papier journal humide, comme le lui avait appris son père. Il a mis ça sur le compte d'un lot de châtaignier un peu moins sec que d'habitude.

Martine, elle, trouvait que le salon sentait le feu de bois le matin, même porte fermée. Elle en a parlé une fois au petit déjeuner, sans insister, en ouvrant la fenêtre pour aérer. Gérard a répondu que c'était normal avec le vent d'ouest qui rabattait la fumée. Elle s'est rangée à son avis, parce qu'après tout c'était lui qui connaissait l'insert mieux que personne.

Il y avait aussi ce bruit, parfois, comme un petit crépitement venu du haut du conduit. Gérard pensait à des oiseaux, ou à une branche du tilleul qui frottait contre la souche de cheminée. Il s'était promis de regarder ça avec l'échelle un samedi sans pluie. Ce samedi n'est jamais venu, et les soirées sont devenues plus froides, le feu plus gros, la bûche du soir un peu plus épaisse.

Le soir où la fumée a rempli tout le salon

Ce mardi de novembre, la fumée n'a pas pris le chemin du conduit. Elle s'est échappée par le haut de la porte vitrée, puis par la grille de convection, en volutes lentes et lourdes. En deux minutes, le plafond du salon avait disparu dans un brouillard gris qui piquait les yeux. Le détecteur du couloir s'est mis à hurler, et le chat a filé sous l'escalier.

Gérard a fermé l'arrivée d'air, ouvert grand les fenêtres et sorti Martine sur la terrasse. Il a ensuite appelé les pompiers, un peu gêné, en se demandant s'il ne dérangeait pas pour rien. Mais au téléphone, l'opérateur lui a demandé si le conduit était chaud au toucher dans les chambres. Gérard est monté vérifier, la main à plat sur le mur de la chambre d'amis, et le mur était tiède.

Les pompiers sont arrivés vingt-cinq minutes plus tard, depuis la caserne d'Eymoutiers. Ils ont éteint le foyer, contrôlé le conduit à la caméra thermique et inspecté le grenier. Le sergent a été clair, sans élever la voix : je ne vous dis pas que ça allait brûler ce soir, mais votre conduit est en train de se boucher. Ils sont repartis vers minuit en conseillant de ne plus rien allumer avant une visite.

« Quand j'ai posé la main sur le mur de la chambre et que je l'ai senti tiède, là j'ai vraiment eu peur. »

Le bistre, le plafond taché et la question de l'assureur

Le lendemain, Gérard a trouvé un ramoneur à Saint-Léonard, recommandé par la mairie. L'homme est monté sur le toit, a passé son hérisson, et il est redescendu avec un seau à moitié plein. Il a montré à Gérard des plaques noires et brillantes, dures comme du goudron. C'est du bistre, a-t-il expliqué, ça se forme avec le temps, même avec du bon bois, et ça peut s'enflammer.

Le conduit était rétréci de près d'un tiers sur sa partie haute, là où il traverse les combles froids. Le ramoneur a ajouté que le tubage avait souffert de la chaleur et qu'il faudrait le faire vérifier. Pendant ce temps, Martine faisait le tour des dégâts : un plafond jauni, des rideaux imprégnés, un canapé clair devenu gris. Rien de dramatique, mais un salon entier à repeindre et à nettoyer.

Gérard a donc appelé son assureur, comme pour n'importe quel dégât dans la maison. La conseillère a pris note, ouvert un dossier, puis posé une question qu'il n'attendait pas. Pouvez-vous nous transmettre le dernier certificat de ramonage, s'il vous plaît. Il a fouillé le classeur des papiers de la maison, et le plus récent datait d'il y a plus de deux ans.

Ce que Gérard a appris, et ce qu'il vérifie maintenant chaque automne

La conseillère lui a expliqué que son contrat prévoyait un entretien régulier des conduits de fumée. En Haute-Vienne, comme dans la plupart des départements, le règlement sanitaire départemental impose un ramonage, souvent une à deux fois par an selon le combustible. Sans attestation à jour, l'assureur peut réduire l'indemnisation quand le sinistre est lié à la cheminée. Gérard, lui, a compris qu'il paierait une bonne partie des travaux de sa poche.

Au final, son assureur a appliqué une réduction sur l'indemnisation, sans refuser totalement le dossier. Entre la peinture, le nettoyage du canapé et la reprise du tubage, la facture a dépassé deux mille euros. Gérard dit qu'il s'en veut surtout pour Martine, qui a eu peur ce soir-là. Il répète aussi à qui veut l'entendre que deux ramonages lui auraient coûté moins de deux cents euros.

Désormais, la visite du ramoneur est notée sur le calendrier de la cuisine, en septembre puis en février. Le certificat est rangé dans une pochette plastique, à côté du contrat d'assurance habitation. Martine a même fait installer un détecteur de monoxyde de carbone dans le salon. Et quand un voisin lui parle de son poêle à bois, Gérard pose toujours la même question : il date de quand, ton dernier certificat.

« La conseillère m'a juste demandé le certificat, et j'ai compris en ouvrant le classeur que je ne l'avais pas. »

  • Vérifier dans le règlement sanitaire de son département le nombre de ramonages obligatoires par an.
  • Faire ramoner par un professionnel qui remet une attestation datée et signée.
  • Ranger chaque certificat avec le contrat d'assurance habitation, prêt à être transmis.
  • Relire la clause d'entretien des conduits dans son contrat d'assurance.
  • Surveiller une vitre qui noircit vite, une odeur de fumée persistante ou un crépitement dans le conduit.
  • Installer un détecteur de fumée et un détecteur de monoxyde de carbone près du foyer.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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