Il ramone lui-même sa cheminée depuis vingt ans à chaque automne : en novembre, un feu de conduit et une lettre de l’assureur qui réclame un papier

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Le hérisson métallique remontait le conduit avec un bruit de râpe, et une fine poussière noire tombait dans le seau posé sur l'âtre. Il était dix heures, un samedi d'octobre, et Gérard, 64 ans, tenait les cannes à deux mains, le front couvert de suie. Dans la cuisine, Martine passait l'aspirateur en soupirant. Comme chaque automne depuis vingt ans, la cheminée était prête pour l'hiver.

Vingt automnes de suie, un seau et une brosse

Gérard et Martine habitent une longère en pierre à la sortie d'un village de l'Orne, achetée au début des années deux mille. La maison avait déjà sa grande cheminée, transformée ensuite en insert, qui chauffe tout le rez-de-chaussée de novembre à mars. Gérard, ancien mécanicien agricole, a toujours aimé faire les choses lui-même. Il coupe son bois, il le range sous l'appentis, il répare la tondeuse et les volets. Pour lui, ramoner relevait du même bon sens, une corvée d'une matinée.

La première fois, c'est un voisin qui lui avait prêté le matériel et montré le geste. Ensuite, Gérard a acheté son propre kit dans une grande surface de bricolage, avec des cannes vissables et une brosse ronde. Chaque année, au retour des premières fraîcheurs, il installe une bâche, retire la plaque de l'insert et pousse la brosse vers le toit. Martine se charge de fermer les portes des chambres pour éviter que la poussière ne voyage. À midi, tout est rangé, et l'insert reprend du service.

Le rituel est devenu une petite fierté familiale, presque une tradition. Les petits-enfants regardent la suie tomber dans le seau comme un tour de magie. Gérard raconte volontiers qu'il n'a jamais eu le moindre souci en vingt ans, pas une fumée de travers. Il chauffe avec du chêne et du hêtre bien secs, stockés deux ans, et il en tire une certaine assurance. On connaît tous ce genre de certitude, celle qui naît de l'habitude et qui ne se discute plus autour de la table.

Pourquoi payer quelqu'un pour un geste qu'il maîtrise

Il y a quelques années, un ramoneur avait glissé une carte dans la boîte aux lettres, proposant un passage pour une soixantaine d'euros. Martine avait suggéré de l'appeler, au moins une fois, pour avoir un avis extérieur. Gérard avait haussé les épaules, sans agacement mais sans hésitation non plus. Il trouvait absurde de payer pour un travail qu'il faisait proprement, avec le même matériel qu'un artisan. La carte avait fini aimantée sur le réfrigérateur, puis dans un tiroir, puis à la poubelle.

Son raisonnement tenait debout, en apparence. Il connaissait son conduit mieux que personne, il savait combien de suie il retirait chaque année, et cette quantité restait stable. Il ne brûlait jamais de cartons, jamais de bois traité, jamais de résineux. Pour lui, le ramonage était une affaire d'entretien, pas de paperasse. Il en parlait avec la même simplicité que de la vidange de sa voiture, qu'il faisait aussi lui-même au garage. Personne, dans son entourage, ne lui avait jamais dit qu'il faisait fausse route.

Une fois par an suffisait, pensait-il, puisque la cheminée ne tournait que l'hiver. Il ne s'était jamais demandé si une règle locale disait autre chose. Le contrat d'assurance habitation, signé il y a longtemps et renouvelé sans y penser, dormait dans un classeur du bureau. Soyons honnêtes, peu de gens relisent ces pages serrées, et Gérard n'y faisait pas exception. Il payait sa prime chaque année, il se sentait couvert, et le sujet ne méritait pas qu'on y consacre une soirée entière.

« Vingt ans que je le fais moi-même, jamais une fumée de travers, alors franchement, payer quelqu'un, je ne voyais pas l'intérêt. »

Une odeur âcre et un ronflement qui ne ressemblait à rien

Cet automne-là, Gérard avait remarqué un détail en ramonant. La brosse accrochait davantage dans la partie haute, et il était tombé quelques plaques brillantes, dures, différentes de la suie habituelle. Il avait mis cela sur le compte d'un hiver précédent humide, où il avait dû brûler un lot de bois moins sec. Il avait forcé un peu, gratté encore, puis jugé que le passage était dégagé. Le seau contenait à peu près la même quantité que d'habitude, ce qui l'avait rassuré.

Début novembre, Martine avait signalé une odeur âcre au premier étage, près du conduit qui traverse leur chambre. Gérard était monté, avait reniflé, puis ouvert la fenêtre en parlant d'un vent mal orienté. Quelques soirs plus tard, l'insert tirait mal, la vitre noircissait en une heure. Il avait accusé une bûche, puis le temps doux, puis la qualité du bois livré. Chaque explication semblait raisonnable, et chacune permettait de ne rien changer à la routine de la maison.

Le dix-sept novembre, vers vingt et une heures, un grondement sourd est monté du conduit. Martine a cru d'abord à un avion, puis à un camion sur la départementale. Gérard est sorti dans la cour et a vu des étincelles s'échapper du sommet de la cheminée, comme un feu d'artifice serré. Il se souvient d'avoir pensé que c'était impossible, que tout était propre. Sur le moment, il a juste murmuré à sa femme : appelle les pompiers, et ferme bien l'arrivée d'air de l'insert.

Les pompiers dans le jardin, puis le silence de l'expert

Les pompiers sont arrivés en moins de vingt minutes, gyrophares bleus sur les murs de pierre. Ils ont étouffé le feu dans le conduit, contrôlé la charpente avec une caméra thermique, vérifié la chambre du premier étage. Le plâtre autour du conduit avait fissuré, une poutre était noircie, mais rien n'avait pris dans les combles. Le chef d'agrès a demandé, presque en passant, à quand remontait le dernier ramonage. Gérard a répondu fièrement : le mois dernier, je l'ai fait moi-même, comme chaque année.

Le lendemain, Martine a déclaré le sinistre par téléphone auprès de leur assureur. La conseillère a été aimable, a pris note, puis a demandé de transmettre le certificat de ramonage. Martine a répété la question à Gérard, qui n'a pas compris tout de suite. Un certificat, mais de quoi, puisqu'il n'y avait jamais eu de professionnel. Il a rappelé lui-même, a expliqué son rituel, ses vingt ans sans incident. La conseillère a simplement indiqué qu'un expert passerait, et que le dossier serait étudié.

L'expert est venu dix jours plus tard, un homme calme avec une lampe frontale et un appareil photo. Il a regardé l'insert, le conduit, la sortie de toit, et il a pris beaucoup de photos des dépôts restés collés en hauteur. Il a posé des questions précises sur le bois, la fréquence d'utilisation, le matériel de Gérard. Il n'a rien promis et rien annoncé. En partant, il a seulement dit : vous recevrez un courrier, monsieur, et je vous conseille de faire passer un ramoneur avant de rallumer.

« Un certificat, mais un certificat de quoi, puisque c'est moi qui ramone depuis toujours, avec ma brosse et mes cannes. »

Ce que la brosse n'avait jamais pu arracher

Le ramoneur appelé en urgence, un artisan d'une quarantaine d'années, a passé un long moment avec une caméra d'inspection dans le conduit. Il a montré l'écran à Gérard, sans détour. Sur plusieurs mètres, les parois étaient couvertes de bistre, ce dépôt goudronneux et luisant que la brosse ne fait que lisser. C'étaient ces plaques brillantes tombées en octobre. Elles s'étaient accumulées sur des années, et c'est elles qui avaient pris feu. Gérard a regardé longtemps l'écran sans rien dire.

L'artisan lui a expliqué ce que Gérard n'avait jamais entendu. Dans le département, le règlement sanitaire impose un ramonage mécanique par un professionnel qualifié, deux fois par an pour le bois, dont une pendant la période de chauffe. Le ramoneur remet ensuite un certificat qui atteste l'intervention et l'état du conduit. Gérard a protesté, sincèrement surpris. L'artisan a haussé les épaules : je vois ça toutes les semaines, monsieur, les gens ramonent bien, mais personne ne leur a jamais parlé du papier.

Le courrier de l'assureur est arrivé peu après. L'expertise retenait que le feu venait du bistre accumulé, faute d'entretien conforme. Le contrat prévoyait que l'indemnité pouvait être réduite lorsque le défaut d'entretien obligatoire avait un lien avec le sinistre, et c'était justement le cas. La réparation du plâtre, de la poutre et du tubage était chiffrée à près de huit mille euros. L'assureur annonçait une prise en charge diminuée. Martine a relu la lettre deux fois, puis l'a posée sur la table sans un mot.

Ce qui a changé dans la longère, et ce qu'il faut vérifier

Gérard a fini par négocier, avec l'aide d'un ami ancien agent d'assurance, mais il a dû payer de sa poche près de trois mille euros. Le tubage a été refait, le plâtre remplacé, la poutre traitée. Ce qui l'a le plus marqué, dit-il, ce n'est pas l'argent. C'est d'avoir eu raison pendant vingt ans sur le geste, et tort sur tout le reste. Il a gardé son kit de cannes au fond du garage, comme un souvenir un peu amer de son assurance tranquille.

Désormais, un ramoneur passe en septembre et un autre en janvier, et les certificats sont rangés dans une pochette plastique avec le contrat. Gérard continue parfois de donner un coup de brosse entre deux passages, mais il ne compte plus dessus. Il a aussi installé un détecteur de fumée dans la chambre du haut. Il en parle aux voisins à chaque occasion, avec une insistance nouvelle. Il le dit à sa façon : mon conduit était propre à mes yeux, pas aux yeux de la loi.

Les règles varient selon le département, et c'est le règlement sanitaire local qui fixe la fréquence exacte. Gérard conseille d'aller le consulter en mairie ou sur le site de la préfecture, puis de relire la clause d'entretien de son contrat. Le jour où il faut déclarer un sinistre, raconte-t-il, personne ne demande si l'on sait ramoner. On demande un document daté, signé, avec le nom d'une entreprise. Martine, elle, a remis une carte de ramoneur sur le réfrigérateur, bien en vue cette fois.

« Je vois ça toutes les semaines, les gens ramonent bien, mais personne ne leur a jamais parlé du papier. »

  • Consulter le règlement sanitaire départemental en mairie ou en préfecture pour connaître la fréquence imposée.
  • Faire ramoner par un professionnel qualifié, souvent deux fois par an pour le bois, dont une en période de chauffe.
  • Exiger et conserver chaque certificat de ramonage avec le contrat d'assurance habitation.
  • Relire la clause d'entretien du contrat pour savoir ce que l'assureur peut demander après un sinistre.
  • Brûler uniquement du bois sec et surveiller tout dépôt brillant ou toute odeur âcre près du conduit.
  • Installer un détecteur de fumée dans les pièces traversées par le conduit.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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