Il ramone lui-même son insert avec un hérisson acheté en magasin : après le feu de janvier, l’assureur lui demande un papier qu’il n’a pas

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Le hérisson tournait dans le conduit avec un bruit de brosse sur la tôle, un raclement sourd qui descendait jusqu'au salon. Il était dix heures, un samedi d'octobre, et Gilles, perché sur l'échelle contre le pignon, sentait le froid du matin lui mordre les doigts. En bas, une bâche protégeait le parquet devant l'insert. Comme chaque automne depuis six ans, il faisait ça lui-même.

Six automnes de suite, le même samedi sur le toit

Gilles a cinquante-huit ans et il est technicien de maintenance dans une usine de pneumatiques de la région. Avec Martine, sa femme, il habite une maison des années soixante-dix à une quinzaine de kilomètres de Clermont-Ferrand, sur une pente qui regarde les volcans. L'insert, ils l'ont fait poser en 2018, quand le fioul est devenu trop cher. Depuis, le poêle chauffe presque toute la maison de novembre à mars, et le bûcher derrière le garage est rangé au cordeau.

Le ramonage, pour Gilles, fait partie des rituels de la saison, comme la vidange de la voiture ou le nettoyage des gouttières. Il monte, il passe la brosse, il redescend récupérer la suie dans un seau. Martine tient l'échelle et lui fait la conversation, souvent sur les voisins ou les petits-enfants. Une heure plus tard, tout est fini, l'aspirateur à cendres a ronronné et le café est chaud sur la table de la cuisine.

Il n'y a jamais eu le moindre souci, pas une fumée suspecte, pas une odeur. Gilles est du genre méticuleux, il note ses dates d'entretien dans un petit carnet à spirale rangé dans le tiroir de l'entrée. Ce matin d'octobre, il écrit encore une ligne, au crayon, de son écriture serrée. Il ne se doute pas qu'un jour quelqu'un lui demandera une tout autre trace que celle-là, et que ce carnet ne pèsera presque rien.

Un hérisson à quarante euros plutôt qu'un ramoneur

La première année, pourtant, un ramoneur était venu. Un homme du coin, sympathique, qui avait facturé un peu plus de soixante-dix euros et laissé une feuille que Martine avait glissée quelque part. Gilles l'avait regardé travailler avec attention, la canne, la brosse, les gestes. En le voyant repartir, il s'était dit que tout cela n'avait rien de sorcier pour quelqu'un qui démonte des machines toute la semaine.

Au printemps suivant, dans une grande surface de bricolage de la zone commerciale, il était tombé sur un kit complet. Un hérisson au bon diamètre, des cannes vissables en fibre, le tout pour une quarantaine d'euros. Il avait pesé le pour et le contre devant le rayon, le prix, la facilité, le fait de ne plus attendre un rendez-vous. Soyons honnêtes, beaucoup de gens auraient fait le même calcul que lui ce jour-là.

Pourquoi payer quelqu'un pour un travail que je fais aussi bien, avait-il lancé à Martine en rentrant, le carton sous le bras. Elle n'avait pas protesté, l'argument tenait debout. Le kit avait rejoint l'étagère du garage, à côté des chaînes à neige. Et chaque automne, il ressortait, avec la même confiance, la même bâche et le même seau, sans que personne ne trouve à y redire.

« Pourquoi payer quelqu'un pour un travail que je fais aussi bien, c'est pas sorcier quand on démonte des machines toute la semaine. »

Un sifflement dans le conduit, un soir de grand froid

Le 14 janvier, il faisait moins huit dehors et le vent venait du nord. Gilles avait chargé l'insert plus que d'habitude, avec du chêne bien sec, pour tenir la nuit. Vers vingt-deux heures, devant la télévision, Martine a entendu un bruit étrange, une sorte de sifflement aspiré qui montait dans le conduit. Gilles a haussé les épaules, il a pensé au tirage, plus fort par grand froid, et il a remonté le son.

Quelques minutes plus tard, le sifflement est devenu un grondement, comme un train lointain qui serait passé dans le mur. La vitre de l'insert s'est mise à rougeoyer d'une façon qu'il ne connaissait pas. Martine est sortie dans le jardin en chaussons et a vu des étincelles jaillir du haut de la cheminée, puis une flamme courte. Elle a crié son prénom depuis la terrasse, d'une voix qu'il ne lui connaissait pas.

Gilles a fermé l'arrivée d'air, comme il l'avait lu un jour, et Martine a appelé les pompiers. Ils sont arrivés en vingt minutes, ce qui leur a paru une éternité dans le froid. Feu de cheminée, ont-ils dit, en maîtrisant le conduit par le haut et en vérifiant la charpente à la caméra thermique. Les dégâts restaient limités, quelques chevrons noircis, un plafond taché, de la suie partout dans le salon.

Les papiers de l'assureur et une case restée vide

Le lendemain, Gilles a déclaré le sinistre par téléphone, encore secoué mais rassuré par une idée simple. Il était assuré depuis vingt ans chez le même assureur, il avait toujours payé, la maison était entretenue. Un expert est passé dix jours plus tard, a pris des photos, mesuré, noté. Le devis du charpentier et du plaquiste approchait les huit mille euros, sans compter le nettoyage du salon et des rideaux.

Trois semaines après le feu, un courrier est arrivé. Parmi les pièces demandées figurait le certificat de ramonage de l'année en cours. Gilles a sorti son carnet à spirale, l'a photographié, l'a envoyé avec un mot poli expliquant qu'il ramonait lui-même depuis des années. La réponse a été polie aussi, mais nette : ce document ne pouvait pas tenir lieu de certificat. Il a relu la phrase plusieurs fois dans la cuisine.

Il a appelé sa conseillère, puis une ligne d'assistance, puis un collègue qui avait eu un dégât des eaux. Martine a fouillé les classeurs pour retrouver la feuille du ramoneur de 2018, la seule qui existait. Elle l'a trouvée, jaunie, dans une pochette de factures d'électricité. J'ai cru que ça suffirait, que ça prouvait au moins qu'on était sérieux, dira-t-elle plus tard. Mais la date ne correspondait évidemment à rien de récent.

« J'ai cru que ma feuille de 2018 suffirait, qu'elle prouvait au moins qu'on était des gens sérieux. »

Ce que le règlement exige vraiment, et que Gilles ignorait

C'est le ramoneur rappelé pour inspecter le conduit qui a mis des mots sur la situation. En Auvergne comme ailleurs, le règlement sanitaire départemental impose un ramonage des conduits de fumée par un professionnel qualifié. Selon les départements, c'est une ou deux fois par an, souvent une fois pendant la période de chauffe. Et à chaque passage, le ramoneur remet un certificat qui atteste l'entretien et l'état du conduit, signé et daté.

Le problème, a-t-il expliqué en rangeant ses cannes, n'était pas la qualité du travail de Gilles. Le hérisson du magasin nettoyait sans doute correctement la partie droite du conduit. Mais il ne voyait pas le bistre, ce dépôt dur et goudronneux qui colle aux parois quand le bois ou le tirage ne sont pas parfaits, et qu'une simple brosse ne retire pas. C'était lui qui avait pris feu ce soir de janvier, sous l'effet du grand tirage.

Vous ramoniez, mais pour la loi et pour l'assurance, vous ne ramoniez pas, a résumé l'artisan avec un demi-sourire. Gilles a compris, d'un coup, que le carnet ne prouvait que sa bonne volonté. Le contrat, relu avec Martine le soir même, mentionnait bien l'entretien conforme aux règlements en vigueur. Sans certificat, l'assureur pouvait réduire l'indemnisation, et c'est exactement ce qu'il a fait, en appliquant une réduction importante.

Une facture moins lourde que la leçon, et un rendez-vous fixé

Au bout du compte, Gilles et Martine ont touché à peine plus de la moitié de ce qu'ils espéraient. Le reste, un peu plus de trois mille euros, est sorti de leur épargne, celle qui devait servir à changer les fenêtres. Gilles en parle aujourd'hui sans colère, avec une sorte de lassitude. J'ai économisé soixante-dix euros par an pendant cinq ans, et je l'ai payé d'un coup, dit-il en haussant les épaules.

Depuis, le kit est toujours sur l'étagère du garage, mais il ne sert plus qu'entre deux passages, pour le plaisir. Un ramoneur vient désormais deux fois par an, et le certificat est rangé dans une pochette rouge, avec le contrat d'assurance. Le conduit a été tubé à neuf après l'incendie. Martine, elle, ne charge plus l'insert à ras bord les soirs de grand froid, et elle écoute le tirage autrement.

On connaît tous ça, ces petites tâches qu'on fait soi-même par fierté ou par économie, sans se poser de questions. Gilles en a tiré quelques réflexes qu'il répète volontiers aux voisins. Vérifier ce que dit le règlement sanitaire de son département, sur le nombre de ramonages annuels. Garder chaque certificat, daté, au même endroit. Relire la clause d'entretien de son contrat. Et ne jamais confondre une brosse propre avec une preuve.

« Vous ramoniez, mais pour la loi et pour l'assurance, vous ne ramoniez pas, c'est toute la différence. »

  • Consulter le règlement sanitaire de son département : une ou deux ramonages par an selon les cas.
  • Faire intervenir un ramoneur professionnel qualifié, même si l'on brosse soi-même entre deux passages.
  • Exiger à chaque visite un certificat de ramonage daté et signé.
  • Classer ces certificats avec le contrat d'assurance habitation.
  • Relire la clause d'entretien des conduits dans son contrat.
  • En cas de sifflement ou de grondement dans le conduit, fermer l'arrivée d'air et appeler le 18.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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