Il remplace sa haie de thuyas par une palissade anthracite près d’Annecy : trois semaines plus tard, un agent municipal photographie sa clôture

Ne manquez aucune actuSuivez-nous sur Google News

Il était sept heures et quart, et la tronçonneuse du voisin s'était tue depuis la veille. Didier, un bol de café tiède à la main, regardait par la fenêtre de la cuisine les lames grises alignées au fond du jardin. Le composite brillait encore d'humidité. Derrière, plus rien de la vieille haie, seulement la route de Seynod et le bruit des premiers bus.

Vingt ans derrière une haie de thuyas qui ne tenait plus

Didier a cinquante-huit ans et travaille comme technicien de maintenance dans une usine de décolletage de la vallée de l'Arve. Avec Sylvie, sa femme, il habite depuis 2004 une maison des années soixante-dix, sur les hauteurs d'une commune proche d'Annecy. Le terrain fait un peu plus de six cents mètres carrés, avec un potager, un cerisier et une balançoire rouillée que personne n'ose démonter depuis le départ des enfants.

Le long de la route, il y avait une haie de thuyas plantée par les anciens propriétaires. Pendant des années, elle a fait son travail sans qu'on y pense, dense, verte, presque rassurante. Didier la taillait deux fois par an, en mai et en septembre, perché sur un escabeau que Sylvie tenait en grimaçant. Les copeaux finissaient à la déchetterie, dans le coffre du vieux Berlingo familial.

Puis les thuyas ont commencé à brunir par plaques, comme beaucoup dans la région après les étés secs. Un trou est apparu à hauteur d'homme, puis un deuxième, puis une partie entière a séché sur pied. Les promeneurs voyaient désormais la terrasse, le linge étendu, le barbecue du dimanche. Sylvie a fini par dire qu'elle avait l'impression de déjeuner au bord d'un trottoir, et Didier savait qu'elle n'avait pas tort.

Une palissade grise choisie en deux après-midi de magasin

La décision s'est prise un samedi de mars, dans les allées d'une grande surface de bricolage à Épagny. Didier avait comparé le bois, le grillage rigide avec occultants, le PVC, et puis il était tombé sur ces lames en composite gris anthracite. Le vendeur lui avait vanté l'absence d'entretien, la résistance au gel, la teinte qui ne bouge pas. Pour un homme fatigué de l'escabeau, l'argument portait.

Il a fait ses calculs sur un coin de nappe, le soir même. Vingt-deux mètres linéaires, des poteaux aluminium, des lames emboîtables, une hauteur de un mètre quatre-vingts pour ne plus rien voir de la route. Le devis tournait autour de quatre mille deux cents euros, en posant lui-même avec l'aide de son beau-frère. Sylvie a hésité sur la couleur, puis s'est rangée à l'avis général du lotissement voisin.

Car le gris anthracite, soyons honnêtes, on en voit partout autour d'Annecy, sur les volets, les portails, les menuiseries neuves. Didier s'est dit qu'il ne faisait que suivre le mouvement. Il n'a demandé l'avis de personne à la mairie, parce qu'il remplaçait une clôture existante sur son propre terrain. Dans sa tête, une haie et une palissade jouaient le même rôle, et il ne touchait pas à la maison.

« Je pensais remplacer une haie par une autre haie, juste en plus solide, je ne touchais même pas à la maison. »

Le premier détail, une remarque du voisin d'en face

Le chantier a duré deux week-ends. Le beau-frère, Patrick, a apporté sa tarière thermique, et les plots de béton ont séché sous une bâche pendant une semaine de pluie fine. Le deuxième dimanche, la dernière lame s'est emboîtée vers dix-sept heures. Didier a reculé jusqu'au portail, a regardé l'ensemble bien droit, et a ouvert deux bières tièdes sur le muret avec un vrai sentiment de travail fini.

C'est le lundi suivant que Gérard, le voisin d'en face, s'est arrêté en promenant son chien. Retraité de la DDE, il connaît chaque bordure du quartier. Il a regardé la palissade longtemps, sans rien dire, puis il a lâché qu'elle était haute et qu'elle était sombre. Didier a souri en pensant à une remarque de goût. Gérard a ajouté qu'il espérait que la mairie était d'accord.

Didier a haussé les épaules et changé de sujet, parlant des cerises qui s'annonçaient bien. Le soir, il en a parlé à Sylvie en riant à moitié, comme d'une lubie de vieux fonctionnaire. Elle n'a pas ri. Elle a demandé s'il avait déposé quelque chose, un papier, un formulaire. Il a répondu que non, qu'on ne déclare pas une clôture comme on déclare une véranda, et l'affaire en est restée là.

Une voiture blanche, un agent et un appareil photo

Trois semaines plus tard, un mardi vers dix heures, une petite voiture blanche aux armes de la commune s'est garée le long du trottoir. Didier était en repos ce jour-là, il binait le potager. Un agent en polo bleu est sorti, a mesuré la palissade avec un mètre ruban, puis a pris plusieurs photos depuis la route, en prenant soin de cadrer le grand portail.

Didier s'est approché, le sécateur encore à la main. L'agent est resté poli, presque gêné. Il a expliqué qu'il faisait un constat et que le service urbanisme recontacterait le propriétaire. Didier a demandé s'il y avait un problème. L'homme a répondu qu'il n'avait pas trouvé de déclaration préalable pour cette adresse, et que la couleur n'était sans doute pas celle prévue dans le secteur.

Ce soir-là, Didier n'a pas dormi beaucoup. Il a d'abord cru à une dénonciation, il a soupçonné Gérard, puis s'est trouvé injuste. Il a appelé le vendeur du magasin, qui a répondu que la vente de lames n'engageait pas le magasin sur les règles locales. Il a cherché sur des forums, où chacun affirmait le contraire de l'autre. Il a même téléphoné à un cousin géomètre, absent jusqu'à la fin de la semaine.

« Le vendeur m'a dit que le gris ne bougeait jamais, il avait raison, c'est moi qui ai dû bouger. »

Au guichet de l'urbanisme, le règlement tenait en quelques lignes

Le vendredi matin, Didier s'est présenté au service urbanisme, un dossier sous le bras avec ses factures. Une instructrice l'a reçu dans un petit bureau qui sentait le papier chaud de la photocopieuse. Elle a ouvert le plan local d'urbanisme sur son écran, a cherché la zone de sa parcelle, puis a tourné l'écran vers lui sans un mot pour qu'il lise lui-même.

Tout était écrit. Le conseil municipal avait pris une délibération soumettant l'édification des clôtures à déclaration préalable sur tout le territoire communal. Et le règlement de sa zone fixait une hauteur maximale de un mètre cinquante en limite de voie, privilégiait les haies d'essences locales, et limitait les teintes à des tons clairs ou naturels. Le gris anthracite n'y figurait pas. Ce n'était ni le voisin ni le magasin qui décidaient, mais ces quelques lignes.

Didier se souvient surtout du ton calme de l'instructrice. Elle lui a expliqué que ce n'était pas une question de goût, mais de paysage, d'entrée de village, de cohérence entre les rues. Elle a aussi précisé que remplacer une haie par une palissade n'avait rien d'un simple entretien. Pour la commune, c'était bien une nouvelle clôture, avec ses propres règles, et un dossier aurait dû précéder les travaux.

Démonter, régulariser, et regarder enfin le règlement de sa zone

La mairie a laissé à Didier le choix de régulariser plutôt que d'attendre une procédure. Il a déposé une déclaration préalable, mais pour une clôture conforme, ce qui voulait dire tout revoir. Les lames supérieures ont été retirées pour revenir à un mètre cinquante, et une partie du composite a été revendue en ligne à moitié prix. Sylvie a calculé que l'erreur leur coûtait environ mille huit cents euros.

Pour la teinte, ils ont finalement choisi un bois brut traité et, côté route, des charmilles et des noisetiers plantés en pied de clôture. Dans deux ou trois ans, elles cacheront la terrasse aussi bien que les thuyas. Didier dit qu'il a appris à lire un règlement de zone, ce qu'il n'avait jamais fait en vingt ans de propriété. Il reconnaît aussi qu'il a présumé que son terrain n'engageait que lui.

Gérard, lui, a fini par passer avec un sac de plants de lavande. Les deux hommes ont discuté au bord de la route, et Didier a admis qu'il avait cru voir un ennemi là où il y avait surtout quelqu'un qui connaissait les textes. Aujourd'hui, quand un voisin du lotissement parle de changer sa clôture, il lui conseille simplement de commencer par le guichet de la mairie, pas par le magasin.

« Quand j'ai vu le mètre ruban sortir, j'ai compris que ce n'était pas une visite de politesse. »

  • Demander en mairie si une délibération soumet les clôtures à déclaration préalable dans votre commune.
  • Lire le règlement du PLU propre à votre zone, pas seulement les règles générales.
  • Vérifier la hauteur maximale autorisée, souvent différente en limite de voie et entre voisins.
  • Contrôler les matériaux et les teintes admis avant d'acheter quoi que ce soit.
  • Déposer la déclaration préalable et attendre la réponse avant de commencer les travaux.
  • Garder factures et photos du chantier en cas de demande du service urbanisme.

Suivi de l'histoire

Partager :WhatsAppFacebookX
Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

Articles: 1976