Il remplace toutes les fenêtres de sa maison des Vosges par du double vitrage : en novembre, des taches noires montent dans les angles des chambres

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Le radiateur cliquetait doucement sous la fenêtre neuve, et dehors la brume de novembre noyait les sapins jusqu'au bas du jardin. Il était sept heures, Thierry tirait le rideau de la chambre de sa fille avec une tasse de café dans l'autre main. C'est là, dans l'angle du plafond, qu'il a vu la tache. Une ombre noire, grande comme une main ouverte.

Une vieille maison de Gérardmer, chauffée au bois depuis vingt ans

Thierry, 54 ans, habite avec Sandrine une maison en granit construite au début des années soixante, sur les hauteurs de Gérardmer. Il est technicien dans une scierie de la vallée, elle travaille à la mairie trois jours par semaine. Leurs deux enfants ont grandi entre ces murs épais, la plus jeune, Clara, a encore sa chambre à l'étage. La maison n'a jamais été parfaite, mais elle a toujours été vivante, solide, rassurante pendant les hivers longs des Vosges.

Pendant vingt ans, ils ont chauffé avec un poêle à bois dans le séjour et quelques radiateurs électriques dans les chambres. Les fenêtres en bois d'origine laissaient passer des filets d'air que tout le monde connaissait. Sandrine roulait des boudins de tissu au pied des vantaux, Thierry recalait les crémones chaque automne. Les vitres se couvraient parfois de buée le matin, on l'essuyait d'un geste avec la manche, sans y penser davantage.

On connaît tous ça, ces maisons qui ont leurs habitudes et qu'on finit par comprendre comme une vieille voiture. Thierry savait quelle porte grinçait, quelle marche craquait, quelle pièce restait fraîche en août. Il fendait ses huit stères de bois chaque été et les rangeait sous l'appentis avec une sorte de fierté tranquille. Rien, dans cette routine, ne laissait imaginer qu'un simple chantier de menuiserie allait bousculer l'équilibre fragile de toute la maison.

Le devis signé un soir d'hiver, pour en finir avec les courants d'air

L'idée est venue un soir de janvier, quand la facture d'électricité est arrivée avec un montant qui a fait grimacer Sandrine. Elle avait lu qu'une grande partie de la chaleur s'échappait par les ouvertures mal isolées. Thierry, lui, en avait assez de recaler ses fenêtres et de sentir l'air froid sur ses chevilles devant la télévision. Ils ont demandé trois devis à des menuisiers du secteur, et comparé pendant plusieurs semaines autour de la table de la cuisine.

Ils ont choisi un artisan d'Épinal, recommandé par un collègue de Thierry, pour des fenêtres en PVC à double vitrage. Onze fenêtres et la porte-fenêtre du séjour, pour un peu plus de quatorze mille euros, aides déduites. Le menuisier a posé l'ensemble en quatre jours, fin juin, avec des joints soignés et des mousses expansives partout. Les nouvelles fenêtres fermaient d'un geste ferme, avec un petit bruit sourd que Thierry trouvait très satisfaisant.

Ça ferme enfin, on n'entend même plus la route, avait dit Sandrine le premier soir, debout au milieu du salon silencieux. L'été est passé sans histoire, fenêtres grandes ouvertes la plupart du temps, comme chaque année. Thierry se réjouissait déjà de l'hiver à venir, persuadé d'économiser une bonne partie de son bois. Personne n'a remarqué que les anciennes menuiseries avaient des fentes, et que les nouvelles n'en avaient aucune, pas même une petite grille.

« Ça ferme enfin, on n'entend même plus la route, c'est comme si on avait changé de maison. »

En octobre, la buée ne disparaît plus des vitres le matin

Les premiers froids sont arrivés début octobre, avec des nuits à deux ou trois degrés sur les hauteurs. Thierry a rallumé le poêle, Sandrine a remis les couettes épaisses, et les fenêtres sont restées fermées jour et nuit. Très vite, la maison a semblé plus chaude, plus calme, presque feutrée. Mais chaque matin, les vitres des chambres ruisselaient d'eau, avec de petites flaques sur les appuis en PVC tout neufs.

Au début, ils ont trouvé ça plutôt normal, et même rassurant d'une certaine façon. La buée était du bon côté, se disait Thierry, preuve que le vitrage gardait la chaleur à l'intérieur. Sandrine passait une éponge sur les rebords en faisant les lits, puis n'y pensait plus de la journée. Clara, elle, se plaignait d'une odeur un peu lourde dans sa chambre, comme une cave, mais ils ont mis ça sur le compte du linge.

Soyons honnêtes, personne ne s'inquiète pour quelques gouttes sur une vitre en automne. Pourtant, les signes s'accumulaient discrètement : un papier peint qui gondolait derrière l'armoire, une serviette qui ne séchait plus dans la salle de bains. Le sel dans la salière collait, les draps semblaient légèrement froids au coucher. Thierry a même remarqué que l'hygromètre de la station météo, posé dans l'entrée, affichait soixante-quinze pour cent d'humidité, sans savoir quoi en penser.

Javel, déshumidificateur et couvreur : tout ce qu'ils ont essayé

Après la découverte de la tache, Sandrine a frotté l'angle à l'eau de Javel, gants aux mains, fenêtre grande ouverte. La tache a pâli, puis elle est revenue en dix jours, plus large qu'avant. Une autre est apparue dans leur propre chambre, derrière la tête de lit, puis une troisième au-dessus de la fenêtre du bureau. Toutes se trouvaient dans les angles, contre les murs extérieurs, là où la pièce était la plus froide.

Thierry a d'abord pensé au toit, et il a appelé un couvreur de Xonrupt. L'homme est monté dans les combles avec une lampe, a inspecté les tuiles, les solins, la cheminée. Il n'a rien trouvé, pas une ardoise déplacée, pas une trace d'infiltration sur la charpente. Alors ils ont acheté un déshumidificateur électrique, qui remplissait un bac de deux litres chaque jour dans la chambre de Clara, ce qui a fini de les inquiéter.

Je vidais ce bac matin et soir, et je me demandais d'où pouvait venir toute cette eau, raconte Thierry. Un voisin a parlé de remontées capillaires, un autre de fuite dans la tuyauterie encastrée. Sandrine a commencé à chercher des entreprises de traitement des murs, avec des devis qui faisaient peur. Clara, elle, a fini par dormir dans le canapé du séjour, parce que l'odeur et la toux du matin la gênaient trop.

« Je vidais ce bac matin et soir, et je me demandais d'où pouvait venir toute cette eau. »

Le thermicien regarde les fenêtres et pose une seule question

C'est la mairie, où travaille Sandrine, qui leur a donné le numéro d'un conseiller en rénovation énergétique du département. Un jeune homme est venu un mercredi après-midi, avec une caméra thermique et un hygromètre. Il a fait le tour des pièces lentement, en touchant les murs, en regardant les angles et les menuiseries. Puis il s'est arrêté devant une fenêtre neuve et a demandé simplement où se trouvaient les entrées d'air.

Thierry n'a pas compris la question. Le conseiller lui a montré le haut du cadre, lisse, sans la moindre fente ni grille. Il a expliqué que les vieilles fenêtres en bois laissaient passer de l'air en permanence, et que ces fuites ventilaient la maison sans que personne ne s'en rende compte. En les remplaçant par des menuiseries étanches, ils avaient fermé la seule sortie de l'humidité produite chaque jour par la famille.

Votre maison ne respire plus, voilà tout, a-t-il résumé en rangeant sa caméra. Les douches, la cuisine, le linge, la respiration de trois personnes : toute cette vapeur restait enfermée. Sans VMC et sans entrées d'air, elle se déposait sur les surfaces les plus froides, les angles des murs en granit non isolés. Ce n'était ni le toit, ni une fuite, ni les fondations. C'était l'eau de leur propre vie quotidienne, piégée par des fenêtres trop bien posées.

Rétablir l'air qui circule, et regarder sa maison autrement

Le menuisier est revenu en décembre pour percer des mortaises en haut des fenêtres des pièces sèches et poser des grilles d'entrée d'air. Un électricien a installé une VMC simple flux hygroréglable, avec des bouches d'extraction dans la cuisine, la salle de bains et les toilettes. L'ensemble leur a coûté environ deux mille trois cents euros, sans compter le traitement des murs et le papier peint à refaire. Thierry avoue qu'il aurait préféré l'apprendre avant de signer son premier devis.

En trois semaines, l'hygromètre de l'entrée est redescendu autour de cinquante-cinq pour cent. La buée a disparu des vitres le matin, le déshumidificateur est retourné au garage. Les taches traitées ne sont pas revenues, et Clara a retrouvé sa chambre après les vacances de Noël. Sandrine ouvre toujours les fenêtres dix minutes chaque matin, par habitude désormais, et elle ne bouche plus aucune grille avec ses boudins de tissu.

Ce qui nous a sauvés, c'est que quelqu'un a regardé l'ensemble de la maison, pas juste une tache, dit Sandrine. Thierry, lui, en parle maintenant à tous ses collègues qui envisagent de changer leurs menuiseries. Il répète qu'une maison ancienne vit avec ses courants d'air, et qu'on ne peut pas les supprimer sans les remplacer par autre chose. Les fenêtres neuves tiennent leurs promesses, la facture de bois a baissé, mais l'air, désormais, circule par le bon chemin.

« Votre maison ne respire plus, voilà tout, vous avez bouché la seule sortie qu'avait l'humidité. »

  • Avant de changer des fenêtres, vérifier comment la maison est ventilée : VMC, grilles, conduits.
  • Demander au menuisier des entrées d'air intégrées dans les fenêtres des pièces sèches.
  • Ne jamais boucher les grilles d'aération, même quand il fait froid dehors.
  • Surveiller l'humidité intérieure avec un hygromètre : au-delà de 65 %, il faut agir.
  • Ouvrir les fenêtres quelques minutes chaque jour, surtout après la douche et la cuisine.
  • Faire appel à un conseiller en rénovation énergétique pour un regard global sur la maison.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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