Il roule vers le Jura chez sa sœur pour la Toussaint : à l’entrée d’un village, un panneau bleu l’oblige à se garer sur le bas-côté

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Le moteur tournait encore, les essuie-glaces battaient doucement contre une bruine froide. Il était un peu plus de quinze heures, ce samedi de Toussaint, sur une départementale qui grimpe vers les Rousses. Gérard avait le pied sur le frein, la Peugeot arrêtée sur le gravier du bas-côté. Devant lui, à l'entrée du village, un panneau rond et bleu qu'il n'avait jamais remarqué.

Une route qu'il connaissait par cœur depuis vingt ans

Gérard a 58 ans, il est chauffeur de bus à Villeurbanne, et chaque Toussaint il monte chez sa sœur Martine. Elle vit dans une maison en bois au-dessus de Morez, avec un poêle qui ronfle et des voisins qui passent sans prévenir. Le trajet dure un peu plus de deux heures, toujours le même, avec une pause café à la sortie de Bourg-en-Bresse. Il connaît chaque virage, chaque radar, chaque boulangerie qui ferme le dimanche après-midi sur la route.

Dans le coffre, cette année, il y avait un cageot de pommes de son jardin et une bouteille pour son beau-frère. Sur la banquette arrière, son manteau, une écharpe, et le chargeur du téléphone qu'il oublie une fois sur deux. Gérard aime ce voyage parce qu'il annonce l'hiver sans le subir vraiment. La neige, dans le Jura, il la voit plutôt à Noël, quand il revient pour le réveillon. En novembre, il trouve généralement des forêts rousses, du brouillard et des routes simplement mouillées.

Sa voiture, une 308 de huit ans, il l'entretient lui-même avec un soin presque maniaque. Vidange à l'heure, pression vérifiée tous les mois, carrosserie lavée le dimanche matin quand il fait beau. Il dit souvent que conduire un bus toute la journée apprend à respecter les machines. Martine se moque gentiment de lui, de sa façon de tapoter le volant avant de démarrer. Cette confiance tranquille, construite sur des années de trajets sans histoire, faisait partie du voyage autant que les pommes dans le coffre.

Le choix raisonnable de garder ses pneus d'été

Au printemps, Gérard avait changé ses quatre pneus, des pneus été de bonne marque, achetés dans un centre auto près de chez lui. Le vendeur lui avait proposé des pneus quatre saisons, un peu plus chers, en lui parlant de ses trajets en montagne. Gérard avait réfléchi, calculé, puis décidé que ce n'était pas nécessaire pour deux voyages par an. À Lyon, il neige presque jamais, et il roule surtout en ville, sur des routes salées dès le premier flocon.

Il avait une règle simple, qu'il répétait à qui voulait l'entendre dans la salle de repos du dépôt. S'il neige, je ne pars pas, ou je pars le lendemain, voilà tout. Il regardait la météo de Morez trois jours avant, puis la veille, puis le matin même. Ce samedi-là, le site annonçait huit degrés, de la pluie fine et aucun flocon avant la semaine suivante. Pour lui, l'affaire était entendue, et il avait chargé la voiture avec la conscience parfaitement tranquille.

Soyons honnêtes, beaucoup de conducteurs raisonnent exactement comme lui, et ce raisonnement n'a rien d'absurde. Les pneus hiver coûtent cher, il faut les stocker, les faire monter, les démonter au printemps. Gérard pensait que la loi suivait la neige, qu'on risquait une amende seulement quand la route était blanche. Il se souvenait vaguement d'un reportage à la télévision sur des chaînes, quelques années plus tôt. Il avait classé ça dans la catégorie des choses qui concernent les stations de ski, pas les visites de famille.

« S'il neige, je ne pars pas, ou je pars le lendemain, voilà tout, c'était ma règle depuis toujours. »

Un panneau bleu qu'il n'avait jamais vraiment regardé

Après Saint-Claude, la route s'est mise à monter franchement, entre des sapins noirs et des prés détrempés. Gérard écoutait une émission sur les vieux tubes des années soixante-dix, le chauffage réglé un peu trop fort. À l'entrée d'un petit village, il a ralenti par habitude, comme on le fait devant chaque panneau de limitation. C'est là qu'il a vu ce disque bleu, avec le dessin d'un pneu et d'une chaîne, et un panonceau dessous. Il n'avait aucun souvenir de l'avoir déjà croisé, alors qu'il passait là depuis vingt ans.

Sur le panonceau, quelques mots parlaient d'équipements obligatoires et de période hivernale, sans plus de précisions visibles à cette vitesse. Gérard a d'abord pensé à une signalisation de station, une recommandation pour les touristes qui montent skier. Il a même haussé les épaules, tout seul dans la voiture, en se disant que la route était sèche par endroits. Puis il a repensé à la date, le premier novembre, et quelque chose s'est mis à le gratter. Il a mis son clignotant et s'est garé sur le gravier.

Il est resté une minute à regarder le panneau à travers le pare-brise, les essuie-glaces toujours en marche. Il ne savait pas si ce rond bleu était une obligation ou un simple conseil, et cette incertitude l'agaçait. Je conduis des gens toute la journée, je connais le code, et là je ne savais pas lire un panneau, raconte-t-il. Il a sorti son téléphone, qui affichait seulement deux barres de réseau. Il a tapé quelques mots dans un moteur de recherche, sans vraiment savoir quoi demander exactement.

Un appel à sa sœur et des réponses qui se contredisent

Le premier réflexe de Gérard a été d'appeler Martine, qui a décroché en riant, persuadée qu'il était déjà tout près. Il lui a décrit le panneau, la chaîne dessinée, le pneu, les mots sur le panonceau. Martine a répondu que tout le monde ici avait des pneus neige, que c'était une évidence pour les gens du coin. Mais elle ne savait pas si c'était une loi, ni ce qu'on risquait en roulant sans. Son mari, en fond sonore, a crié qu'on ne verbalisait jamais quand il ne neigeait pas.

Gérard a ensuite fouillé sur internet, assis dans sa voiture, pendant que la buée envahissait doucement les vitres. Il est tombé sur des forums où chacun affirmait le contraire de son voisin avec la même assurance. Certains parlaient d'une simple recommandation, d'autres de sanctions suspendues, d'autres encore d'amendes distribuées sans pitié. Un message expliquait que seuls les pneus avec un certain symbole comptaient, un autre que n'importe quel pneu neige suffisait. Plus il lisait, moins il comprenait, et plus l'heure tournait sur le tableau de bord.

On connaît tous ce moment où l'on se sent bête et seul, au bord d'une route, avec un téléphone qui charge lentement. Gérard a hésité à faire demi-tour, à redescendre dormir à Saint-Claude et rappeler sa sœur le lendemain. Il a aussi pensé à continuer doucement, en espérant que personne ne l'arrête sur les derniers kilomètres. C'est à ce moment qu'une voiture de gendarmerie est passée lentement, a ralenti à sa hauteur, puis s'est garée un peu plus loin. Gérard a senti son ventre se serrer d'un coup.

« Je conduis des gens toute la journée, je connais le code, et là je ne savais pas lire un panneau. »

Ce n'était pas la neige qui comptait mais le calendrier

Le gendarme qui s'est approché était jeune, poli, et visiblement habitué à ce genre de conducteur arrêté devant le panneau. Gérard a baissé sa vitre et a tout de suite avoué qu'il roulait en pneus été, sans chaînes dans le coffre. Le gendarme lui a expliqué que ce panneau marquait l'entrée d'une commune concernée par la loi Montagne. Dans ces communes, a-t-il précisé, l'obligation court du premier novembre au trente et un mars, quelle que soit la météo du jour. Gérard est resté silencieux un long moment, les mains sur le volant.

Le gendarme a détaillé ce qu'il fallait avoir pour être en règle dans ces zones signalées. Soit quatre pneus hiver portant le symbole de la montagne avec le flocon, soit des chaînes ou des chaussettes à neige dans le coffre. Il a ajouté que trente-quatre départements de massifs montagneux étaient concernés, et que le Jura en faisait partie. La liste exacte des communes, a-t-il dit, est fixée par chaque préfecture et se consulte en ligne. Le panneau à l'entrée du village servait justement à prévenir les conducteurs comme lui.

Gérard a demandé ce qu'il risquait, d'une voix qu'il trouvait lui-même un peu trop aiguë. Le gendarme a parlé d'une amende de 135 euros, et de la possibilité d'immobiliser le véhicule si les conditions le justifiaient. Ce jour-là, il s'est contenté d'un avertissement, en lui conseillant fermement de s'équiper avant de repartir vers les hauteurs. Il m'a dit que la loi ne regarde pas le ciel, elle regarde la date, se souvient Gérard. Cette phrase, il l'a répétée à tout le dépôt la semaine suivante.

Des chaussettes à neige achetées et une leçon retenue

Gérard a fini le trajet très lentement, jusqu'à la maison de Martine, où son beau-frère l'attendait sur le pas de la porte. Le lendemain matin, ils sont descendus ensemble à Morez acheter des chaussettes textiles dans un magasin de pièces auto. Il a payé un peu moins de quatre-vingts euros, en se disant que c'était moins cher qu'une amende. Il a aussi essayé de les enfiler dans la cour, sous le regard amusé de sa sœur. Il a mis vingt minutes la première fois, et à peine cinq la seconde.

De retour à Villeurbanne, il a repris rendez-vous au centre auto, avec le vendeur du printemps qui l'a reconnu tout de suite. Ils ont parlé de pneus quatre saisons portant le marquage montagne, qui permettent de rouler toute l'année sans changer de train. Gérard a calculé que l'écart de prix se rattraperait sur quelques hivers, surtout avec ses allers-retours dans le Jura. Il n'a pas encore décidé, mais les chaussettes restent dans le coffre jusqu'au trente et un mars. Il les vérifie avant chaque départ, comme le reste.

Le plus étonnant, pour lui, c'est d'avoir roulé tant d'années sans jamais vraiment lire ce panneau. Il en parle maintenant à ses collègues qui partent skier, à ses voisins, à son fils qui monte dans les Vosges. Je croyais que la règle, c'était la neige, alors que c'était le calendrier, résume-t-il en haussant les épaules. Martine, elle, a collé un petit mot sur le frigo pour le Noël suivant, en lettres rouges. Il y est simplement écrit : pense aux chaussettes, et Gérard trouve ça plutôt drôle.

« Il m'a dit que la loi ne regarde pas le ciel, elle regarde la date, et ça m'a refroidi. »

  • Vérifier avant de partir si les communes traversées figurent dans l'arrêté de la préfecture du département.
  • Retenir la période : du 1er novembre au 31 mars, même sans neige sur la route.
  • Contrôler le marquage des pneus : le symbole montagne avec flocon (3PMSF) sur le flanc.
  • À défaut, garder dans le coffre des chaînes ou des chaussettes à neige adaptées à la taille des pneus.
  • S'entraîner à les poser chez soi, au sec, avant d'en avoir besoin en bord de route.
  • Repérer le panneau rond bleu à l'entrée des communes concernées : il signale l'obligation.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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