Il taille la haie de thuyas qui déborde dans son jardin près d’Angers : une semaine plus tard, son voisin lui réclame trois arbres morts

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Le taille-haie s'est tu vers onze heures, un samedi de juin, dans un lotissement tranquille de Saint-Barthélemy-d'Anjou. Gérard a posé l'outil sur la pelouse, essuyé son front avec l'avant-bras et reculé de trois pas pour juger son travail. Sur le gazon, un tapis de branches vertes sentait la résine chaude. De l'autre côté de la haie, personne n'avait rien entendu, ou personne n'avait rien dit.

Vingt ans de voisinage tranquille derrière une haie de thuyas

Gérard a 64 ans et il a passé toute sa carrière comme électricien dans une entreprise de bâtiment angevine. Avec Monique, sa femme, il habite depuis vingt-deux ans un pavillon de plain-pied au bout d'une impasse. Le jardin n'est pas immense, mais il en est fier : une pelouse tondue chaque semaine, trois rosiers, un petit potager derrière le garage. Le dimanche, il boit son café sur la terrasse en regardant les merles fouiller la terre. C'est une vie ordinaire, réglée, sans éclats, et c'est exactement ce qu'il voulait.

Côté ouest, une haie de thuyas sépare son terrain de celui de Thierry, un voisin arrivé il y a une dizaine d'années. La haie est plantée chez Thierry, à une bonne distance de la limite, et elle a bien poussé. Les deux hommes se saluent par-dessus le grillage, échangent quelques mots sur la météo ou sur le ramassage des poubelles. Ils ne sont pas amis, mais ils ne se sont jamais disputés. Une fois, Thierry a même prêté sa remorque pour évacuer de vieux meubles.

Pendant longtemps, la haie a été taillée régulièrement par un jardinier que Thierry faisait venir deux fois par an. Puis le jardinier a pris sa retraite, et Thierry, absorbé par son travail de commercial qui le fait rouler toute la semaine, a laissé filer. Une saison, puis deux, puis trois. Les thuyas ont gagné en largeur, lentement, sans que personne ne s'en inquiète vraiment. Gérard le voyait bien, en tondant le long de la bordure, mais il se disait que ça finirait par s'arranger tout seul.

Un samedi matin, Gérard décide de régler le problème lui-même

Ce printemps-là, la haie mordait franchement sur le jardin de Gérard, près de soixante centimètres par endroits. Les branches frottaient contre la cabane à outils, et la bande de pelouse au pied des thuyas jaunissait faute de lumière. Monique se plaignait de ne plus pouvoir étendre le linge sans accrocher les draps aux aiguilles. Un soir, en rentrant les chaises de jardin, Gérard a mesuré avec son mètre ruban. Il a regardé le chiffre, longtemps, puis il a dit à sa femme qu'il allait s'en occuper.

Il aurait pu sonner chez Thierry, bien sûr. Mais le voisin partait tôt, rentrait tard, et Gérard n'aimait pas l'idée de passer pour celui qui se plaint. Soyons honnêtes, on connaît tous ça : on préfère faire soi-même plutôt que d'avoir une conversation gênante. Il s'est dit qu'il rendait plutôt service, en fait. Après tout, il ne touchait qu'à ce qui dépassait chez lui, sur son terrain, et il comptait bien ramasser chaque branche. Ça lui semblait du simple bon sens.

Le samedi suivant, il a sorti le taille-haie électrique, l'escabeau et une bâche pour récupérer les déchets. Il a coupé droit, à l'aplomb du grillage, en remontant jusqu'à deux mètres de hauteur. Par endroits, il a dû entailler profond pour retrouver une ligne nette, et il est tombé sur du bois brun, sans aiguilles. Il a continué, appliqué, satisfait de voir réapparaître la lumière sur sa pelouse. Il a rempli six sacs de déchets verts et les a portés à la déchetterie l'après-midi même.

« Je me disais que je lui rendais service, franchement, je ne touchais qu'à ce qui était chez moi. »

Des taches brunes apparaissent au cœur des thuyas taillés

Les premiers jours, Gérard n'a rien remarqué de particulier, à part le plaisir de retrouver un côté de jardin dégagé. Monique a pu étendre son linge, la cabane ne grinçait plus contre les branches. Il faisait chaud, très chaud même pour un mois de juin, et l'arrosage du potager occupait ses soirées. En passant le long de la haie, il a bien vu que la face taillée paraissait un peu pelée, presque grise. Il s'est dit que ça repousserait, comme repoussent toutes les haies après une taille.

Au bout de quatre ou cinq jours, la couleur a changé. Sur trois thuyas en particulier, ceux où il avait coupé le plus profond, le vert vif virait au roux. Ça commençait au milieu, là où le bois nu était exposé au soleil de l'après-midi, puis ça gagnait vers le haut. Gérard a frotté une branche entre ses doigts : les aiguilles se détachaient, sèches comme du papier. Il a pensé à la canicule, à un manque d'eau, peut-être à une maladie qui traînait déjà.

Il n'en a pas parlé à Monique, ou à peine, au détour d'une phrase pendant le dîner. Elle a haussé les épaules et dit que les thuyas, de toute façon, attrapaient toujours quelque chose. Gérard s'est rassuré avec cette idée. Ce n'était pas sa haie, après tout, et ce n'était pas son problème si le voisin ne l'arrosait jamais. Il a continué à tondre, à arroser ses tomates, à boire son café du dimanche. Il ne regardait plus trop du côté ouest du jardin.

Le voisin sonne avec une photo et un devis de pépiniériste

Le samedi suivant, une semaine exactement après la taille, on a sonné à la porte vers dix heures. C'était Thierry, en polo, le téléphone à la main, l'air fermé. Il a montré des photos prises depuis son jardin : trois thuyas entièrement bruns, raides, morts. Il a dit d'une voix calme qu'il avait vu les branches coupées en rentrant d'un déplacement. Puis il a tendu une feuille pliée en quatre. C'était un devis d'une pépinière de la route de Cholet.

Le devis mentionnait l'arrachage de trois thuyas, le remplacement par des sujets de même taille et la plantation, pour un total de 540 euros. Gérard a senti la chaleur lui monter au visage. Il a répondu que les branches dépassaient chez lui depuis des années, qu'il n'avait fait que nettoyer sa propriété. Thierry l'a écouté sans l'interrompre. Puis il a dit : tu aurais pu me demander, je l'aurais fait faire. Il est reparti en laissant le devis sur le muret de l'entrée.

Le soir, Gérard a passé des heures sur des forums de jardinage et des sites qui se contredisaient. Il a appelé son beau-frère, qui lui a assuré qu'on a toujours le droit de couper ce qui dépasse chez soi. Il a appelé un ancien collègue, qui pensait l'inverse sans savoir pourquoi. Il a même envisagé de contester que les arbres soient morts à cause de lui. Monique, elle, répétait qu'il fallait arrêter de chercher et aller voir quelqu'un qui connaissait vraiment la question.

« Tu aurais pu me demander, je l'aurais fait faire, ça m'aurait coûté moins cher qu'un procès entre nous. »

À la mairie, le conciliateur lui explique ce qu'il a fait

Monique a trouvé l'information sur le site de la mairie : un conciliateur de justice tenait une permanence gratuite le jeudi matin. Gérard y est allé avec le devis, les photos et une feuille où il avait noté ses arguments. Le conciliateur, un ancien greffier aux cheveux blancs, l'a écouté jusqu'au bout sans rien dire. Puis il a posé son stylo. Il a expliqué que, dans la situation de Gérard, la règle du Code civil était assez claire, même si beaucoup de gens l'ignorent.

Selon lui, Gérard avait tout à fait le droit d'exiger que Thierry coupe les branches qui avançaient sur son terrain, et ce droit ne se perd pas avec le temps, même après vingt ans. Mais il n'avait pas le droit de les couper lui-même. Pour les racines, les ronces ou les brindilles, c'était l'inverse : il aurait pu les couper seul, à la limite séparative. Les branches, elles, restent celles du voisin, a résumé le conciliateur, et c'est au voisin de les tailler.

Il a ajouté une chose que Gérard n'attendait pas. Le thuya, a-t-il dit, ne repart presque jamais sur du bois nu : quand on taille au-delà du vert, la branche ne repousse pas, et avec la chaleur, l'arbre peut sécher en quelques jours. Ce n'était donc ni la canicule ni une maladie, c'était la profondeur de la coupe. Gérard est resté silencieux un long moment. Il a fini par dire : j'ai cru bien faire, et en fait j'ai fait le travail de travers.

Un chèque, une poignée de main et une règle retenue

Le conciliateur a proposé de réunir les deux voisins avant que l'affaire ne prenne un tour plus sérieux. La rencontre a eu lieu deux semaines plus tard, dans une petite salle de la mairie qui sentait le café réchauffé. Thierry a reconnu qu'il avait trop longtemps laissé la haie pousser sans entretien. Gérard a reconnu qu'il aurait dû sonner avant de sortir le taille-haie. Ils se sont mis d'accord : Gérard paierait les trois thuyas, Thierry la plantation et une taille complète par un professionnel.

Au total, la note de Gérard s'est élevée à 360 euros, sans compter les heures passées à ruminer. Ce n'est pas une fortune, dit-il aujourd'hui, mais c'est cher pour une matinée de bonne volonté. Le plus difficile, raconte Monique, a été de retrouver un ton normal par-dessus le grillage. Les saluts sont revenus, un peu raides d'abord, puis naturels. À l'automne, Thierry a fait tailler toute la haie, proprement, à l'aplomb de la limite. Gérard a regardé faire depuis sa terrasse.

Depuis, Gérard raconte l'histoire à qui veut l'entendre, au club de pétanque comme aux repas de famille. Il conseille de commencer par une discussion, puis par une lettre si rien ne bouge, et de garder des photos datées. Il cite le conciliateur mot pour mot, comme une leçon apprise tard. Si une branche dépasse, on demande, a-t-il dit à son petit-fils venu l'aider au potager. Si c'est une racine, on peut couper à la limite. Et un thuya, on ne le taille jamais dans le brun.

« Les branches restent celles du voisin, c'est à lui de les tailler, même si elles poussent au-dessus de votre pelouse. »

  • Parler d'abord au voisin, de vive voix, avant de toucher à quoi que ce soit.
  • Si rien ne bouge, envoyer un courrier, puis une lettre recommandée demandant la taille des branches.
  • Prendre des photos datées et mesurer le débord sur son terrain.
  • Les racines, ronces et brindilles qui passent la limite peuvent être coupées soi-même, à la limite.
  • Solliciter le conciliateur de justice de sa mairie, gratuit, avant toute procédure.
  • Ne jamais tailler un thuya au-delà du feuillage vert : il ne repousse pas sur le bois nu.

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Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure
Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.

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